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« L’étrangleur » 1 de Jacques Tardi.

Un feuilleton de Jacques Tardi vendu sous forme de véritable journal… Pour qui a suivi comme votre serviteur les premières aventures d’Adèle Blanc-Sec, « Adèle et la bête » dans les pages de Sud Ouest, « L’étrangleur » prend des allures de madeleine de Proust format A3. L’initiative est audacieuse. Ce chantre des rues de Paris a conçu dès l’origine son récit en vue de cette initiative de prépublication originale, qui n’a malheureusement pas pu trouver sa place en kiosques. Sa diffusion reste limitée en librairie. Cinq numéros sont prévus, avant parution d’un album classique, programmé en octobre.

Tardi adapte une nouvelle fois un classique du polar. Après Léo Malet (Nestor Burma) et Jean-Patrick Manchette (Le petit bleu de la côte Ouest), il s’attaque aujourd’hui à Pierre Siniac, décédé en 2002, en s’appropriant son très amoral « Monsieur Cauchemar ». Ou l’histoire d’un libraire spécialisé qui rêve du crime parfait et profite d’une conjonction d’événements favorables - un épais brouillard, une grève de la police - pour passer à l’acte. Et de Foncinet, orphelin d’un père assassin, qui devient peu à peu son disciple… Ce roman publié pour la première fois en 1960 est un modèle du genre, qui proposait à l’époque trois fins différentes. Il avait déjà fait l’objet en 1987 d’une adaptation en bande dessinée par André Benn (Glénat), qui en avait transposé l’action en Angleterre.

Tardi revient à la lettre du texte et réinvestit la capitale. Faisant sienne une idée de son éditrice Nadia Gibert, cet auteur inclassable a travaillé le récit en cinq épisodes de quatorze pages, publiés tous les mois. Un hommage avoué aux anciens feuilletons populaires - et aux bandes dessinées - dont on retrouvait quotidiennement un épisode dans la plupart des journaux. Jacques Tardi a réuni autour de lui une bande d’amis pour la mise en place des rédactionnels. Pierre Lebedel pour les actualités reprenant les faits divers du roman, Michel Boujut pour le cinéma. Et même Dominique Grange, la propre compagne du dessinateur, qui commente en « der » des faits d’actualité ancrés dans l’époque. Sans oublier l’indispensable annonce de l’épisode suivant, qui là encore n’est pas sans rappeler les aventures d’Adèle Blanc-Sec. Un exercice de style brillamment réussi par ses auteurs, même si à mon sens, le graphisme de Tardi souffre de l’agrandissement des pages. Il devrait retrouver toute sa densité lors de la parution en album.

« L’étrangleur » 1 de Jacques Tardi. Casterman.

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