« Les prologues », Par les chemins noirs 1, de David B. Futuropolis.
David B. poursuit son aventure chez Futuropolis avec cette série thématique évoquant quelques grandes destinées de l’entre-deux guerres, période de tous les possibles. Il ouvre le bal en mettant en scène les amours d’une espionne chanteuse de cabaret et d’un soldat bandit revenu de tout dans l’état libre de Fiume - Rijeka dans l’ancienne Yougoslavie - fondé par Gabriele d’Annunzio, héros de guerre, écrivain, aventurier un rien mégalomane. Ces deux personnages, Mina et Lauriano, semblent vivre en marge de cette cité assiégée, traversée par la folie des hommes et les errements d’une dictature anarchiste, tout en subissant les événements. En parallèle, le poète « décadentiste », dont les positions ont ouvert à la voie au fascisme de Benito Mussolini, vit pleinement son utopie et sa violence, ses moments d’exaltation et de démence politique.
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Nul est besoin de chercher ce qui a attiré David B. dans le personnage. L’auteur se passionne pour ces destins hors du commun, ces personnages à l’énergie indomptable, icônes de l’Histoire qui inspirent les légendes. D’Annunzio est bien réel, son aura s’est éteinte. Mais il y a quelque chose en lui, dans le portrait qu’en dresse l’auteur, du forgeron Rohan du « Jardin armé », son précédent ouvrage. Tout comme le fondateur des Adamites, D’Annunzio porte en lui son rêve et l’impose aux autres, fusse au prix du sang. Tout comme lui, il mène ce combat voué à l’échec avec une armée d’adorateurs, tribu qu’un charisme indéniable et un prosélytisme adapté ont convertie à sa cause. Tout comme lui, le Jardin d’Eden prend finalement des allures d’enfer sur terre. David B. s’empare de l’histoire, de la légende, de l’époque et leur impose la singularité de son parti graphique. Comme de coutume, l’homme privilégie une dimension onirique, la mort restant au centre de sa symbolique. Ouvertement par un défilé de squelette dans les brumes, ou dans de grandes évocations pleine planche de l’Histoire avec une grande hache. Indirectement dans ces scènes de lutte de rue qui ouvrent et referment le récit, mêlées sans espace, suffocantes, menaçant toute beauté.
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David B. se définit en exergue du dossier de presse comme un « chroniqueur des petites et grandes histoires qui agitèrent ce monde et ses locataires. » Ces « Prologues » le posent de fait en observateur attentif des mythes modernes, dont il se fait l’exégète inspiré, assumant ses engagements et la subjectivité de son point de vue. Tout comme sa référence assumée, Hugo Pratt, l’auteur fait sienne l’histoire dans l’Histoire, développant sur soixante planches une trame toujours aussi intellectualisée, sans doute moins dense et intense qu’à l’accoutumée, mais également plus directement accessible au lecteur profane. Une excellente porte d’entrée pour ceux qui découvrent l’art de David B.
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