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Archive pour la catégorie 'Chroniques'

« Celle que je ne suis pas » (tome 1), par Vanyda. Dargaud.

celle-que-je-ne-suis-pas.jpgLes éditions Dargaud font feu de tous bois pour séduire un lectorat adolescent féminisé. Sur quelques mois seulement, une dizaine de titres – Cutie B, Alta Dona, R., etc – ciblent plus ou moins ouvertement, avec des bonheurs variés, ce marché pour l’heure essentiellement tourné vers le shojo manga. « Celle que je ne suis pas », dans le registre de la chronique adolescente, sort sans peine du lot.

La dessinatrice Vanyda, dont le travail est ouvertement influencé par le manga, bénéficie d’ores et déjà d’une solide réputation. Elle s’est spécialisée dans l’analyse des rapports sociaux avec deux séries remarquées, « L’immeuble d’en face » (La Boîte à Bulles) et « L’année du dragon » (avec Duprat, Carabas). Avec cette fenêtre ouverte sur le quotidien de Valentine, collégienne vivant seule avec sa mère, elle place une fois de plus la barre très haut. Et ce sans éclat ni excès. « Celle que je ne suis pas » est au contraire un album intimiste au sens noble du terme, portrait d’une jeune fille en recherche d’elle-même, confrontée à une période charnière de sa vie.

« Je voudrais être quelqu’un d’autre », lâche Valentine malgré elle. La confession donne tout son sens à l’album, le résume presque. La jeune fille peine à trouver une motivation à son existence, subissant ce «creux » vide de sens que connaissant beaucoup d’adolescents quand paradoxalement il ont en eux les atouts pour être ce qu’ils souhaitent. Sportive mais volontiers apathique à domicile, amoureuse transie d’un garçon qu’elle juge inaccessible, jouant avec modération (et exclusivement en bande) des interdits… Le personnage conserve les stigmates de l’enfance tout en étant femme, peine à s’extraire du cocon tout en cherchant confusément autre chose. L’idée de transition est le cœur même de la série. Ce premier volume se déroule sur la durée d’une année scolaire - la troisième, dernière année de collège - et se clôt aux portes du lycée. « Ce que je ne suis pas » doit être suivi par « Ce que je voudrais être » et « Ce que je suis », anticipant déjà ce que sera l’évolution de sa personnalité. L’affirmation de soi, tout simplement. Vanyda excelle à mettre en image cette chronique de la vie ordinaire, intégrant les codes narratifs du manga à un ouvrage finalement très européen. Décomposition des scènes, silences, mise en scène de rites quotidiens offrent un rythme et une consistance particuliers à ce roman graphique, traduisant mieux que les mots l’état d’esprit de Valentine, ce mal-être sourd et inexprimé qui semble la clouer sur place. « Celle que… » ne séduit pas, il envoûte. Par sa justesse, par la tendresse du regard, par une atmosphère patiemment mise en place, savament entretenue au fil de 192 pages noir et blanc. Une très belle surprise.

192 pages, 14 euros.

Chronique de Philippe Belhache

13 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

Sébastien Latour double la mise

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Double actualité pour le scénariste Sébastien Latour, aujourd’hui (ré)installé en Pays Basque. Ce grand admirateur de Neil Gaiman avait fait sensation en 2006, dans le milieu des bédéphiles amateurs de littérature fantastique, en ouvrant la collection Portail du Lombard avec deux séries fortement marquées par l’œuvre de ce maître de l’urban fantasy : « Ellis » (avec Griffo), plongée très contemporaine dans le monde des chimères, et « Wisher » (avec Giulio de Vita), illustration d’un thème « gaimanien », la survivance d’êtres mythologiques dans le sous-sol de Londres. Le label Portail a fait long feu mais les titres survivent hors collection. Pour l’un comme pour l’autre,  le premier tome est réédité concomitamment à la sortie du second, moyennant un lifting graphique bienvenu et un packaging spécifique.

« Sax » est la suite des aventures de Deep O’Neil au sein d’une série rebaptisée « Ellis Group ». Latour, maître de son sujet, marche au pas de charge. Il avait choisi de ne pas faire lambiner le lecteur en dévoilant, dès la fin de son « Lady Crown », la véritable nature d’O’Neil et indirectement les difficultés auxquelles il allait devoir se confronter. « Sax » poursuit l’exploration de son entourage direct en s’intéressant plus particulièrement à la personnalité du partenaire d’O’Neil, personnage loin d’être aussi monolithique qu’il n’y paraît. Il développe en parallèle son intrigue principale, offrant à intervalles réguliers les clefs nécessaires à l’appréhension d’un univers relativement complexe, soutenu par le graphisme du créateur de « Vlad », « Samba Bugatti », « Giacomo C. » ou « SOS Bonheur », Griffo.

« Sax », Ellis Group 2, de Griffo et Sébastien Latour. Le Lombard. 48 pages. 10,40 euros.

Il en fait de même pour « Féeriques », deuxième tome de la série « Wisher ». Le lecteur en apprend plus sur l’univers composé par Latour, tant sur la nature d’un Nigel désormais convaincu d’être le dernier des Djinns, que sur celle de ses amis supposés, ou même celle des membres du bureau gouvernemental qui traque tout ce joli monde. Tout cela est mené tambour battant, Giulio de Vita mettant le tout en image avec un professionnalisme consommé. Sébastien Latour, croisant plusieurs intrigues, y fait preuve d’un sens réel du timing narratif, de l’équilibre action /explications et surtout de l’usage du cliffhanger. A suivre donc, avec intérêt.

« Féeriques », Wisher 2, de Giulio de Vita et Sébastien Latour. Le Lombard. 48 pages. 13 euros.

Chronique de Philippe Belhache.

13 mai 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« Le Journal d’un ingénu », Une aventure de Spirou et Fantasio par (4) Emile Bravo. Dupuis.

ingenu.jpgCe « Journal d’un ingénu » fera-t-il  l’unanimité chez les fans de Spirou ? Peut-être, peut-être  pas, tant les aspirations des lecteurs restent difficiles à cerner, entre défenseurs d’un dogme qui n’a jamais réellement existé et tenants d’un progressisme aux contours flous.  Cela fait tout le sel de cette série parallèle, ces one-shots permettant à des auteurs d’horizons divers de s’emparer du mythe Spirou pour en faire quelque chose qui leur ressemble. Frank Le Gall de même que le duo Yoann & Vehlmann ont inscrit leurs essais dans une forme de continuité avec la série officielle. Tarrin et Yann ont eux joué la carte d’un retour à la période Franquin - celle sa collaboration avec Greg, considérée par beaucoup comme l’âge d’or de la série – pour mieux en parodier les codes. C’est peu dire qu’Emile Bravo emprunte d’autres voies. Le créateur des « Formidables aventures de Jules » se penche pour sa part sur les origines du mythe, les circonstances qui ont fait du jeune groom un journaliste idéaliste et un aventurier multicartes.

Bravo replace Spirou dans son rôle des origines, mais aussi dans l’époque qui l’a vu naître sous la plume de Rob’Vel, les années 30. Une plongée qui, une fois n’est pas coutume, s’accompagne d’une plongée dans la réalité d’un contexte historique qui n’a rien d’anodin, les quelques mois qui précèdent le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur fait effectivement de son héros un ingénu, un jeune homme encore candide mais  curieux et intelligent, garçon des rues sans richesses mais pas sans ressources, a qui le destin va faire croiser l’Histoire. Pour ne pas dire influer durablement sur elle… Emile Bravo offre à Spirou un passé et une base de réflexion politique. Il  se donne les moyens de répondre aux questions qu’il se posait gamin, sur le costume de groom, la rencontre avec Fantasio ou même la petite voix de Spip. Il participe plus que tout autre au mythe, s’offrant même le luxe de le confronter à celui de Tintin. Le tout avec intelligence, tendresse et humanisme… « Le journal d’un ingénu », sous son air vintage, s’affirme au fil des pages comme un album moderne, élégant, à la narration très maîtrisée. Succulent.


72 pages, 13 euros.

Chronique de Philippe Belhache
 

11 mai 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« Lune d’argent sur Providence », tome 2 « Dieu par la racine », de Herenguel. Vents d’Ouest.

lune-argent-t2.jpgQuand le western flirte avec des créatures venues tout droit de l’enfer, ça fait désordre… Pourtant Herenguel maîtrise de bout en bout son histoire délirante, avec en sus une pointe d’humour bienvenue. Il est vrai que l’auteur était tout jeune un cow-boy en herbe plus réaliste que nature. D’ailleurs, il affiche en photo le ceinturon en cuir de son enfance qu’il évoquait déjà dans le premier tome, tout comme une liste de westerns fantastiques qui va du « Reptile » de Mankiewicz à « la Nuit du chasseur » de Laugthon, où Robert Mitchum nous fait passer quelques sueurs froides dans le dos. Donc Herenguel ne renie aucunement ses racines sur lesquelles se sont développées des scènes ahurissantes de monstres assoiffés de sang et responsables de quelques boucheries dans les rues et les alentours de la petite ville de Providence. Des atrocités que la bonne société, aiguillonnée par un homme de main fascisant et brutal, va mettre illico sur le dos d’un Indien, malgré un shérif plus malin qu’il n’y paraît et Cathy, une belle enquêtrice passionnée par les forces occultes.

Le dessin appliqué d’Herenguel fait mouche, dosant parfaitement les « effets spéciaux », et il fourmille de référence: mieux vaut prendre tout son temps pour le savourer. D’autre part l’auteur s’est « éclaté » en imaginant ses créatures, genres de Manitou gores ou espèces de chats décharnés et cannibales, ce qui nous vaut de très beaux plans. Bref, cette « Lune d’Argent » poursuit son ascension, et laisse, pourquoi pas, une porte ouverte sur une éventuelle suite, puisque Cathy invite le sheriff à une chasse au golem à Boston. Pourvu qu’il réponde oui…

64 pages, 12,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

9 mai 2008 - Lire la suite Tags: ,

« R 97, les Hommes à terre », de Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau, Casterman.

r97.jpgDifficile de comprendre l’univers d’un marin, lorsque l’on n’a pas connu cette emprise de la mer et ces lointains vers lesquels elle nous porte. Pourtant Bernard Giraudeau possède ce talent d’écriture qui lui permet de partager, de faire ressentir dans les tripes des lecteurs le bercement des vagues ou la fureur d’un ouragan. D’abord connu en tant qu’acteur, Giraudeau a pris la plume pour conter ses périples, dont le tour du monde de plusieurs mois effectués à bord du porte hélicoptères « la Jeanne d’Arc ». Il sait évoquer l’émotion du départ et l’appel du large, les liens qui se tissent entre les hommes d’équipage, les femmes rencontrées dans chaque port et qu’on oublie malgré des promesses de fidélité, « car un marin n’a pas de liaison à part la mer ».

On suit le jeune Laurens qui embarque avec en tête les récits de Conrad (on cite « Typhon ») ou Stevenson. Dans ses pas, l’aventure humaine se dessine, avec la même nostalgie que l’on peut surprendre dans les yeux d’un Corto Maltese. Christian Cailleaux anime à merveille ces rêves qui accostent à Valparaiso, à Colombo ou en Somalie sur les traces virtuelles de Rimbaud, autre héro au long cours. Le dessinateur livre des images aérées, un véritable carnet de voyage initiatique dont le navire est le centre philosophique, et dont l’intensité nous fait tanguer. Nous ne sommes plus dans « les Caprices d’un fleuve », mais au cœur de la matrice mer, possessive et exclusive. Larguez les amarres…

118 pages, 17,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Terre de Feu », tome 1 « l’Archer rouge », de David B et Micol. Futuropolis.

terre_de_feu.jpgD’emblée le décor est planté: la Patagonie balayée par un vent dément, des icebergs qui s’entrechoquent comme des hommes qui se battent, des hommes qui d’ailleurs se battent et chassent l’Indien dans ces tréfonds du Chili, un manoir dont les tourelles semblent déracinées d’une lointaine Écosse… L’oeuvre commune de David B., qui scénarise, et de Hugues Micol, au dessin noir et blanc halluciné, est empreinte de fantastique, par sa forme et par son fonds.

Fin XIXème ou début XXème, on croise des hommes de mains payés pour assassiner les autochtones et laisser la place aux colons. D’autres sont des fils de bonne famille qui prennent plaisir à trucider les opposants de Santiago, ou des femmes spirites qui s‘apprêtent à une étrange cérémonie occulte. On trouve même un héro fantôme de BD, « The Ghost Ranger », pour qui le Mexique est peuplé de morts. Et toujours ce maudit vent qui oblige à se battre au couteau, faute de pouvoir ajuster son révolver. Un vent qui porte les flèches de l’Archer Rouge, mythique rebelle aux blancs.

Cette terre du bout du monde n’est guère utilisée comme cadre par les scénaristes, mais elle semble l’écrin idéal pour les délires d’outre-tombe. Les géants de glace paraissent comme une folie destructrice, dont la blancheur de linceul rappelle Breccia, autre magicien de cette Amérique du Sud. Mine de rien, dans ces paysages qui s’étendent à perte de vue, l’action est d’une remarquable densité et font de cette Terre de Feu le territoire de la folie. Inutile de le dire: on aime beaucoup…

68 pages, 16 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« La Porte d’Ishtar », tome 1 « la Nuit des masques », de Paris et Dupuis. Humanoïdes Associés

porte-d-ishtar.jpgAlain Paris et Simon Dupuis ont opté pour un polar babylonien. Une aventure échevelée dont l’héroïne devra naturellement dérouler… l’écheveau. Taliya est une jeune scribe fraîchement promue par la reine, séduite par son caractère frondeur et par l’intelligence de cette femme, qui occupe là une fonction habituellement dévolue aux hommes. Nous voilà donc avec une enquêtrice hors norme, obligatoirement séduisante et perspicace, à la limite du lourdingue. La recherche d’un réalisme historique se perd dans ce personnage de Wonder Women, et l’intrigue ne simplifie pas la lecture à force de rebondissements. Alain Paris a rédigé plusieurs romans dont la trame tourne autour de Babylone, mais le passage au neuvième art n’est pas convainquant.

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« 1968-2008… n’effacez pas nos traces ! », chansons de Dominique Grange, mise en images de Tardi. Casterman.

Dominique Grange, égérie des émeutes parisiennes, qu’elle a accompagné la guitare à la main, voyait mal qui d’autre que Tardi pouvait illustrer ses chansons révolutionnaires. Tardi s’est il est vrai déjà affirmé dans la contestation, esquissant les mêmes CRS butés dans « Rumeur sur le Rouergue », rappelant les douleurs des Communards (« Le Cri du peuple ») ou les révoltes de poilus désespérés. Casterman ressort donc, avec de nouveaux arrangements, les textes de Dominique Grange qui ont claqué à la fin des années 60: « les Nouveaux partisans », « Chacun de vous est concerné » ou « Grève illimitée ». La chanteuse reprend également des « classiques » tels « la Commune est en lutte » de Jean-Roger Caussimon, ou « le Temps des cerises ».

Dans le flot des célébrations actuelles (bizarrement on n’avait pas relevé le moindre anniversaire en 1978 ou en 1988…) cette exhumation paraît légitime, la tendance étant plutôt de gommer ce mois de colère et ses retombées sociales. Dominique Grange refuse qu’on tire un trait sur les journées de mai 68, celles qui virent les artistes répondre à l’appel de Leny Escudero afin de soutenir les grévistes. « Nous avons donné de nous sans compter, cherchant inlassablement à transformer une réalité insupportable qui nous révoltait » rappelle la chanteuse. Par contre on peut ne pas accepter de la suivre sur la façon dont elle apporte son soutient aux membres d’Action Directe incarcérés (« Toujours rebelles, toujours debout ! »), car le sujet reste très sensible. Mais Dominique Grange est entière dans son engagement.

Tardi également, qui la soutient de son crayon, avec ce gris et rouge qu’il sait si bien assembler, mais aussi avec une large palette de couleurs. Il offre un regard quasi photographique sur la période, mais également une symbolique effrayant comme dans « le Sang » où d’horribles créatures nazifiant surmontent des croix chrétiennes dans un Chili dévasté par la dictature. Mai 68 a laissé des traces, ne vous en déplaise.

75 pages, 15 chansons, 19 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould



Télé: spéciale Mai 68 : Sous les pavés, des bulles !

La chaîne parlementaire Public Sénat revient elle aussi sur mai 68. A suivre, les diffusions suivantes: mardi 29/04 à 20h00; jeudi 01/05 à 18h00; vendredi 02/05 à 23h00. Durée : 30 minutes

En 68, Dominique Grange chantait dans les usines pour les ouvriers en grève, Florence Cestac était arrêtée pour avoir découpé le drapeau français, Cabu croquait les manifs et les révolutionnaires…
40 ans après, ces acteurs incontournables de Mai 68 sont réunis sur le plateau d”Un Monde de bulles, aux côtés de jeunes auteurs, pour nous faire revivre ces événements et lancer des pavés dans la BD.
Les invités : Jacques Tardi et Dominique Grange pour « 68…2008, n’effacez pas nos traces ! » aux Editions Casterman. Florence Cestac et Mathieu Sapin, auteurs-dessinateurs, pour le hors-série spécial Mai 68 du magazine « Pilote » aux éditions Dargaud. Cabu, pour « Mai 68 » aux éditions Michel Lafon, un album réalisé avec Wolinski, Cavanna, Gébé, Reiser, dont les dessins sont devenus les symboles d’une période emblématique. Jean Wacquet, scénariste et directeur des éditions Soleil et Franck Biancarelli, dessinateur, pour l’album du Collectif Soleil « Mai 68, un pavé de BD » . Alexandre Franc, dessinateur, et Arnaud Bureau, scénariste, pour « Mai 68, histoire d’un printemps » aux Editions Berg, une BD pédagogique et ludique préfacée par Daniel Cohn-Bendit.

1 mai 2008 - Lire la suite Tags: none

« Néandertalensis », L’Association des Cas Particuliers 2, par Philippe Riche. Les Humanoïdes Associés.

neandertalensis.jpgSuite et fin de ce premier diptyque de « L’Association des Cas Particuliers », association de trois spécialistes du commerce de l’art à la morale plus ou moins élastique, aux profils aussi différents que complémentaires et aux compétences diverses, lancés à la recherche d’un trésor atypique. En l’occurrence, un crâne de Néandertalien enchâssé dans un reliquaire médiéval. Les trois personnages se voient embringués dans une chasse à l’homme à armes inégales, en concurrence avec un trio de bimbos au sang bleu maniant le flingue comme d’autres le mascara avec une surenchère de moyens qui rappelle quelques-unes des belles scènes des Blues Brothers. A mesure que ces enquêteurs de l’Histoire progressent, leur cible régresse, remontant le fil des souvenirs de sa lignée jusqu’à revenir aux origines.  « Néandertalensis » est un thriller généalogique décalé et ludique, course poursuite sur fond d’enjeux financiers colossaux, récit à la tonalité désinvolte et à la conclusion nimbée d’une bonne dose de cynisme, le tout bien servi par le trait nerveux de Philippe Riche.  

48 pages. 10 euros.

Chronique de Philippe Belhache.

30 avril 2008 - Lire la suite Tags: ,

« La Porte au ciel », première partie, de Sicomoro et Makyo. Dupuis (Aire Libre).

porte-au-ciel.jpgNe frappez pas avant d’ouvrir cette porte. Elle mérite de la douceur et du ménagement, et le fait que l’on ignore sur quoi elle débouche ne la rend que plus tentante à pousser. C’est-ce que feront trois jeunes adolescentes, dont le point commun est d’avoir tenter le suicide, et surtout d’être confrontées à un monde d’adulte déplorable, privé de la moindre parcelle d’humanisme. Ces « Japonaises », comme on les a surnommé dans leur collège, because pulsions morbides, décident de fuguer ensemble. Leur point de chute sera une modeste maison perdue dans la campagne, un lieu où l’une d’entre elle a passé son enfance. C’est ici que le fantastique relaye l’aspect sociologique de l’histoire, avec caves obscures et cachées, ésotérisme, jumelles pointées sur les trois demoiselles, ce qui devrait nécessairement amener le lecteur au-delà de cette fameuse porte, dont on ignore dans ce premier tome si elle mérite de nous offrir le ciel, ou des horizons bien plus noirs. Mais ces trois ados n’ont plus rien à perdre, trahies par leur proches, par un quotidien qui pue la banlieue, ce qui nous renvoie à la face nos attitudes d’adultes, incompréhensifs par nature de tout ce qui concerne une personne à qui il manque quelques années pour nous en compter…

J’ai lu ici ou là que certains avaient du mal à entrer dans ce récit. Il faut pourtant en faire l’effort, puisque nous sommes tous des adultes. La maturité du récit montre que l’on a encore de la réflexion devant nous, alors que l’on se croyait arrivés. Nos enfants nous seront peut-être reconnaissant d’aimer cette BD.

Environ 60 pages (puisque que cette première édition offre un très joli bonus graphique, pour un tirage de 3 000 exemplaires), et 18 euros mérités.

Chronique de Jean-Marc Lernould

30 avril 2008 - Lire la suite Tags: , , ,
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