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Archive pour la catégorie 'Chroniques'

« Mise en bouche », de Jean-Philippe Peyraud, d’après la nouvelle de Philippe Djian (parue chez Folio). Futuropolis.

mise_en_bouche.jpg« Mise en bouche » est en fait une partie du roman « Frictions » paru ici et là dans divers journaux et magasines. Le dessinateur Jean-Philippe Peyraud a succombé à l’univers de Philippe Djian, dont le récit débute par un célibataire qui flashe sur sa voisine, abandonnée par son mari qui a gagné au loto. Seulement la belle a encore sa rupture en travers de la gorge et se montre plutôt sauvage, une vraie pile électrique. Pour tenter de l’amadouer notre bonhomme l’emmène à l’école (elle est instit) avec ses enfants et sa propre fille, jusqu’au jour où ils débarquent en pleine prise d’otages. Djian revisite le fait divers d’Human Bomb, l’homme ceinturé d’explosifs qui menaçait de faire sauter toute une classe dans une école de Neuilly. Mais le romancier précise être « très fier que Sarko ne figure pas dans ce récit. C’est peut-être un argument commercial: un livre sans Sarko! » plaisante-t-il…

Le dessin de Jean-Philippe Peyraud, simple et épuré, convient parfaitement au contexte, et bien que certaines planches soient entièrement muettes, Djian précise que son propos a été parfaitement respecté. Ce qu’on appelle une heureuse rencontre.

141 pages, 19 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

Les petites chroniques d’été de Christophe Berliocchi

Cet été, en juillet, je me suis baigné dans une eau bleue turquoise au Lavandou, j’ai fait du canoë dans les Gorges du Verdon et j’ai gagné un concours de pétanque à La Verdière (Var). En août, j’ai repris le travail à Biarritz où j’ai croisé, en vrac, le DJ Laurent Wolf, le rappeur Joey Star, le comique Franck Dubosc et le frère du roi du Maroc. Entre temps, j’ai lu une quinzaine de BD. Voici mon podium post-olympique. Des BD qui mettent de bonne humeur et, surtout, qui ne me font pas peur.

Médaille d’or commando_colonial1.jpg

« Opération Ironclad », T1 de Commando colonial, par Appollo et Brüno (Dargaud, Poisson Pilote).
 
Je l’avoue sans honte, je ne suis pas de ceux qui aiment, généralement, les albums de la série Poisson Pilote. Trop prise de tête pour un bédéphile élevé aux mamelles des Casseurs et d’Eric Castel ! Par contre, j’adore le travail d’Appollo et Brüno que j’ai découvert avec l’épatant diptyque « Biotope ». Là, leur nouvelle série est géniale ; en plus elle se passe dans un pays, Madagascar où j’ai passé les quatre premières années de ma vie. Raison de plus pour aimer cette histoire très documentée des rapports de force sur la Grande île pendant la Seconde guerre mondiale, sur fond de revendications indépendantistes naissantes et d’ambiance coloniale délétère. A lire d’urgence.
T1, 48 pages, 10,40 euros


benson_gate2.jpgMédaille d’argent

« Huit petits fantômes », T2 de Le maître de Benson Gate par Fabien Nury et Renaud Garreta (Dargaud).

Le duo avait frappé un grand coup avec cette série ambitieuse sur les turpitudes de la bonne société bostonienne du début du XXe siècle ; le T1 avait été récompensé par le prix de la meilleure série au festival du polar de Cognac en 2007, le second volet du premier diptyque ne déçoit pas. Nury s’intéresse ici à Richard Benson, le fils cadet de l’une des plus grosses fortunes de Boston, devenu brillant procureur. L’album est savamment découpé en deux parties distinctes, c’est passionnant surtout que le dessin ultra-réaliste de Garreta est à la hauteur de ce scénario pointu et ciselé pour durer.
T1, 52 pages, 13 euros


Médaille de bronze
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« Des Bleus dans le brouillard », T52 Les Tuniques Bleues par Cauvin et Lambil (Dupuis).

Là, je sais beaucoup vont se moquer de moi. Quoi, il n’a pas trouvé mieux à lire que les Tuniques Bleues ? Bon, j’ai bien essayé de lire des BD noires, remplies de cadavres, de pirates ou de monstres, mais je n’ai pas été au bout : je n’aime pas les BD qui me foutent le cafard. Du coup, j’ai lu à Théo le dernier « Tuniques », sans trop y croire, car les récentes histoires n’avaient même pas fait rire mon fils de 7 ans. Là, pourtant, il a souri. Et moi avec. C’est toujours la même trame, sur fond d’histoire vraie (cette fois, la bataille de Lookout Mountain), le caporal Blutch veut démissionner, le sergent Chesterfield l’en empêche et tous les deux font front pour se sortir d’une nouvelle galère. Cette fois, Lambil et Cauvin emmènent les Bleus dans le brouillard et ça vaut le détour. Surtout si vous avez un fils de 7 ans…
T52, 48 pages, 9,20 euros.

Sinon, j’ai adoré « Ghost money » (Dargaud) mais là l’ami Philippe Belhache a tout dit ; j’ai aussi aimé « Les orphelins du Reich » (Paquet), T1 d’une nouvelle série de la collection Cockpit , Le Passeur, par Pierre-Paul Verelst et Brice Bingono, « Empire USA » T1, avec Griffo et Desberg aux manettes (Dargaud), le T4 d’Ethan Rigler (Dupuis), une excellente série de western, c’est rare de nos jours, avec le non moins excellent Gilles Mezzomo (« Luka ») aux pinceaux ; j’ai été déçu par la suite de « Garrigue » (Dargaud, lire notre chronique sur le T1) qui m’a laissé sur ma faim, je me rattraperai l’été prochain avec le nouveau Tony Corso car j’apprécie Berlion.

Chronique (au bord de la piscine, un Mojito à la main) de Christophe Berliocchi

« Les Nuits écorchées », tome 1 « Progénitures », de Régis Penet. Daniel Maghen.

nuits_ecorchees.jpg« La tempête allait commencer ses attaques, et déjà le ciel s’obscurcissait, en devenant d’un noir presque aussi hideux que le cœur de l’homme… » D’emblée Régis Penet annonce la couleur avec cette citation des « Chants de Maldoror » , et malgré un couple tendrement enlacé, la pluie qui bruine sur les immeubles new-yorkais annonce un grain d’une toute autre ampleur. La tempête, en effet, s’abat sur un chalutier qui transporte une cargaison des plus horrifiantes : des cadavres décérébrés pendus à fond de cale comme des cochons. Le naufrage et la découverte des corps lance la détective Mia sur la piste d’un trafic génétique où les concurrents se livrent une guerre sans pitié. Mia est une drôle de flic. Vivant seule avec son boa, elle n’hésite pas à s’aventurer toute de cuir vêtue dans un club plus que hard. A affût d’une piste ou par plaisir saphique?

Les personnages sont parfaitement cernés, tant par leur psychologie que par leurs traits. On notera également une prédilection pour les statues, certaines renvoyant à une architecture digne de Gotham City. Le mystère est accentué par les rares apparitions d’une créature meurtrière qui devrait faire quelques ravages dans le second tome. Donc mention très bien pour ce début de série, qui mêle le thriller et le fantastique.

48 pages, 14 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

2 septembre 2008 - Lire la suite Tags:

« Hanté », collectif, et « Mortemer » de Valérie Mangin et Mario Alberti. Soleil.

hante_1.jpg mortemer_hante.jpgLes éditions Soleil proposent une nouvelle collection baptisée « Hanté », dirigée par Christophe Bec. Le principe est d’explorer à travers le monde et les époques des lieux particulièrement malsains, pour tout dire maudits.

Le premier tome de la série se nomme naturellement « Hanté », un ouvrage collectif où l’on retrouve naturellement Bec, mais aussi Betbeder, Duphot, Lovinelli et Gourhant, Peynet, Gnoni et Biancarelli, Mottura, Marazano et Springer. Soit huit histoires courtes plus une illustration pleine page de Massimo Carnevale. Un collectif est souvent inégal et certains récits sortent lot, dont « les Cercueils ne danseront plus » de Stéphane Betbeder et Pierre Droal.

Le second volume de la série, « Mortemer » a été conçu par Valérie Mangin et Mario Alberti, et s’avère beaucoup plus malsain dans le bon sens du terme. Une abbaye hantée par des fantômes de moines et par une mystérieuse dame blanche, un trésor maudit, un mélange de réalisme et de surnaturel donnent du tonus à ce livre, bien dans l’esprit de cette collection. A noter que la fin de cet album est assortie de photos et de commentaires sur cette abbaye de Mortemer, dont subsistent les ruines.
Hanté annonce deux titres à paraître prochainement, « Fontainebleau » et « Loudun » et devrait publier plusieurs one-shot par an ainsi qu’un collectif.

« Hanté », 56 pages, 12,90 euros. « Mortemer », 56 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould.

« Couleur de peau: miel », tome 2, de Jung. Quadrants.

couleurpeau2.jpgPour Jung, la vie a débuté à l’âge 5 ans, lorsqu’un policier l’a trouvé tout seul dans un quartier de Séoul, puis l’a amené dans un orphelinat. 5 ans, c’est également l’âge où il a été adopté par une famille belge, comme tant d’enfants de son pays d’origine. Au point qu’il en plaisante: « avoir un Coréen adopté, c’est presque un signe de richesse extérieure, comme une belle voiture ». Toujours est il que Jung ne connaît pas son vrai nom - il porte celui du directeur de l’orphelinat de Séoul - ni sa date de naissance, qu’il fixe lors de ses premiers pas en Belgique.

Au fil des deux tomes, on le voit d’abord déraciné et reniant ses origines, ne côtoyant quasiment pas ses compatriotes, adoptés comme lui, qui vont pourtant au même lycée. Il mettra également du temps à accepter ses parents adoptifs, avant de comprendre qu’il a dans le cœur de sa mère la même place que ses autres enfants.
Jung évolue, devient adolescent, mais ne parvient pas à renouer avec ses racines, et à 42 ans il n’a pas l’intention de partir à la recherche de sa famille d’origine. Passionné du Japon et de passage là bas, il refusera ainsi de prendre un bateau pour rejoindre la Corée pourtant toute proche. Pourtant ses premiers dessins révèlent qu’il a inconsciemment son premier pays dans la peau. Il pense d’ailleurs s’y rendre, mais le pas semble difficile à franchir, bien qu’il ne saurait s’en passer.

Cette autobiographie lui a valu un nombreux courrier, autant de la part de Coréens adoptés (ils sont légions) que de parents qui les ont accueillis. « L’histoire sera finie lorsque je serai allé en Corée » explique Jung (le tome 2 contient une interview de l’auteur, mais ont peut aussi l’écouter sur www.france5.fr/bd).
Nous ne sommes plus ici dans les paysages de Kwaïdan. Le dessin en noir et blanc est plus spontané, plus souple et plus rond, privilégiant la narration et l’émotion davantage que l’esthétique. Jung refuse cependant tout misérabilisme et son histoire personnelle prend des dimensions universelles sur la façon dont on vit une adoption. « J’ai vécu mon déracinement comme honteux. Maintenant, j’accepte mes origines. » « La famille idéale n’existe pas, encore moins lorsque c’est une famille d’adoption. Quand on est petit, on ne trouve aucune excuse à ses parents » explique Jung. Depuis, l’homme à mûri, et il lui reste un pas à franchir pour assumer totalement ses origines: « l’adoption n’est que le début d’un itinéraire. Nous avançons à tâtons, dans l’obscurité, sans savoir où nous allons. » Puisse-t-il retrouver la lumière qui nous berce au fil de ses albums.

149 pages, 17 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

29 août 2008 - Lire la suite Tags: ,

« Coupures irlandaises », de Kris et Vincent Bailly. Futuropolis.

coupures_irlandaises.jpgLe « S » de coupures a plusieurs significations dans cet ouvrage. D’abord, deux lycéens plutôt partis pour « lever » des petites Anglaises débarquent littéralement à Belfast dans les années 80. Ces deux adolescents qui doivent vivre chacun dans une famille d’accueil, l’une protestante, l’autre catholique, découvrent une première scission entre deux communautés, à peine séparées par les militaires anglais pro loyalistes (protestants). C’est un premier choc pour ces deux enfants de 14 ans, venus simplement jouer au ballon et draguer, à défaut de perfectionner leur anglais.

L’autre grosse coupure, c’est justement la fin de l’enfance avec la prise de conscience de ces intérêts politico-militaires et religieux. Kris décrit l’existence d’un véritable mur psychologique qui sépare des familles tout à fait ordinaires, mais que l’histoire a mis de part et d’autre d’une grande muraille.

En grande partie autobiographique, ce récit nous amène à suivre cette évolution de deux jeunes Bretons qui ne demandaient qu’à partir en vacances, et qui découvrent une société tronçonnée par une véritable guerre communautaire, où des enfants même plus jeunes qu’eux n’hésitent pas à jeter des pavés contre ceux d’en face.

En fin de volume, plusieurs pages très denses apportent un éclairage historique sur ce conflit qui s’étend depuis plusieurs décennies, bien que les temps actuels soient propices au désarmement. On lit cependant avec plaisir Sorj Chalandon, qui a suivi le conflit irlandais au fil des années pour le journal « Libération », ainsi que les analyses de plusieurs universitaires spécialistes de l’Ulster. Un recul nécessaire pour mieux appréhender ce qui n’aurait pu être qu’un passage de l’enfance aux drames adultes. Le dessin de Vincent Bailly sait mettre de l’urgence et du mouvement dans cette situation de crise, où décidément on n’aimerait pas marcher sur les pieds d’un militaire anglais en mission à Belfast.

64 pages (plus 16 pages de commentaires et d’analyses), 16 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

28 août 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« La dame de Dubaï », Ghost Money 1, de Smolderen et Bertail. Dargaud

ghost_money1.jpgGhost Money ou l’argent fantôme. Le terme volontairement accrocheur se réfère au trésor emmagasiné – affirment certains spécialistes – par les réseaux terroristes formant Al Quaïda, au moment du 11 septembre. Le principe en est redoutablement simple : la spéculation à la baisse menée durant la période de débâcle boursière qui a suivi les attentats sur les Twin Towers aurait rendu certaines personnes richissimes. Qu’est devenu cet argent ? C’est toute la question posée par Thierry Smolderen avec ce premier volume. Le scénariste de « Gipsy », « McCay » ou de « L’enfer des Pelgram » n’est pas le premier à se poser la question : le dernier en date des James Bond de cinéma, « Casino Royale », ne parlait de rien d’autre…Il n’en pose par moins les bases d’un thriller qui s’annonce passionnant, sur fond d’enjeux financiers colossaux et de résurgence des extrémismes.


Le pluriel à « extrémismes » s’impose. Smolderen esquisse les contours d’un futur proche, aux racines tellement ancrées dans l’actualité qu’on en oublie les éléments d’anticipation. Les enquêteurs lancés sur la trace du magot n’ont ni la classe ni le sens du devoir d’un 007. Tous quatre sont issus d’officines officiant officieusement en Irak au début des années 2000, semant mort et torture sur leur passage. Quatre faucons US formatés pour une guerre sale contre « le diable » entrevu dans la fumée du 11 septembre, aux idéaux ancrés au plus profond du conservatisme américain, soldats de l’ombre fascisants pour qui la fin justifie tous les moyens, jusqu’aux plus extrêmes. Face à eux, un Orient apparemment apaisé, mais plus que jamais sur la défensive, sur fond de résurgence du parti républicain aux USA. Un renversement de perspective qui rend le récit diablement intrigant. Smolderen se joue en outre des structures classiques du thriller, menant une grande part du récit en voix off, chronique d’une amitié entre deux jeunes femmes sur fond d’attirance saphique. Il utilise la jeune Anglaise Lindsey comme d’un élément neutre, candide parmi les candides, précipitée dans l’univers de rêve de la richissime Chamza, l’énigmatique « Dame de Dubaï » du titre. Il fait de cette relation une parenthèse enchantée qui ne durera que le temps d’un album, le thriller reprenant rapidement ses droits. Thierry Smolderen pose tranquillement ses jalons, place ses pions, ouvre de nombreuses perspectives, qui - comme de juste en matière de feuilleton – ne trouvent pas réponse dans ce premier tome aux allures presque intimistes. Il esquisse cependant dans ces soixante premières pages une galerie de portraits aux caractères déjà affirmés.

  
Le travail de Dominique Bertail contribue très largement au charme de cette « Dame de Dubaï ». Déjà complice de Thierry Smolderen sur « L’enfer des Pelgram », l’homme prend visiblement plaisir à mettre en images ce thriller des années 2020, mêlant intimement réalisme contemporain et design futuriste. Son approche classique et élégante, sa mise en scène dynamique et quelques effets informatiques judicieusement dosés font beaucoup pour la crédibilité de la série. « Ghost Money » a tout pour devenir un titre de référence, tout comme le « Black Op » de Labiano et Desberg en son temps. L’éditeur Dargaud ne s’y est pas trompé. La mise en place généreuse, notamment en grandes surfaces, en témoigne. L’appât est lancé et beaucoup devraient être ferrés avec ce premier album convaincant. L’attente du tome 2 n’en sera que plus frustrante. Reste aujourd’hui aux auteurs à transformer l’essai en évitant l’écueil inhérent à ce type de récit, celui d’une intrigue complexifiée à l’envi qui suivrait seule sa route en laissant le lecteur sur le bas-côté.

60 pages, 13 euros.

Chronique de Philippe Belhache

27 août 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« Taïga rouge », première partie, de Vincent Perriot et Arnaud Malherbe. Dupuis.

taigarouge1.jpgArnaud Malherbe rêvait tout gosse de chevauchées cosaques sabre au clair, de steppes environnées de loups, des contrées mongoles. Cette expérience, il aura l’occasion de la réaliser réellement, non seulement en parcourant ces territoires qui nous semblent étranges, à nous Occidentaux, mais également en réalisant « Taïga rouge » sur les très beaux dessins de Vincent Perriot, mis en couleurs par Ruby.

« Taïga rouge » est le récit d’une fuite, celle de Ferdinand Ossendowski, géologue pourchassé dans les années 20 par les Bolcheviques, lequel a réellement existé et conté ses péripéties. Et il n’en manque pas, de péripéties, dans cette Sibérie, une contrée où s’empoignent Russes blancs ou rouges, Chinois et Mongols. Un cavalier solitaire l’aidera à vaincre cette nature hostile et surtout à éviter les épées et les fusils des différentes ethnies, sans que l’on sache de prime abord pourquoi cet étrange personnage lui prête main forte.

Une rencontre sera particulièrement importante pour Ferdinand Ossendowski, celle d’un autre fou furieux qui a réellement vécu, le baron Von Ungern qui rêve de rétablir contre tous un grand empire mongol.

Les dessins très vifs font preuve de la virtuosité de Vincent Perriot, avec un trait qui met en valeur la démence et la cruauté qui s’est emparée en cette région à l’époque. Mention très bien pour cet ouvrage, qui n’est autre que la première BD des deux auteurs.
Enfin, à l’occasion des 20 ans de la collection Aire Libre, une édition spéciale tirée à 3 000 exemplaires, est enrichie de croquis inédits de Vincent Perriot et d’un texte d’Arnaud Malherbe.

80 pages, 15 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Je vous salue Jennifer, tome 1 « Ave Maria », de Barbara Abel et Gérard Goffaux. Quadrants.

jennifer-salue.jpgEt si on nous refaisait le coup de l’Immaculée conception 2000 ans après? C’est peu ou prou ce qui arrive à la jeune Jennifer, une lycéenne qui se retrouve enceinte alors qu’elle est toujours vierge. Évidemment la mère n’y croit pas une seconde, alors que le père profondément croyant nous fait une crise divine, et que l’ensemble de l’entourage de Jennifer la prend illico pour une sacrée menteuse, jusqu’à ce qu’un médecin confirme la virginité et fait même chanter la mère, qui veut tout d’abord que sa fille avorte, de mener la grossesse à son terme. On suivra la solitude de cette jeune fille incomprise, ainsi que sa grossesse non désirée dans les trois tomes qui suivront, avec un dessin très réaliste de Gérard Goffaux, et au-delà la place du sacré dans notre société actuelle. Une histoire intéressante à suivre, car Jennifer devra échapper à son statut de cobaye, surtout que le retour de Jésus sur terre a toujours symbolisé la fin du monde pour les croyants.

56 pages, 14 30 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Yôkaï, dictionnaire des monstres japonais », de Shigeru Mizuki. Pika.

yokai.jpgLe nom de Shigeru Mizuki, célébré par les historiens du Manga, a été popularisé en France grâce au travail de fond effectué les éditions Cornélius, justement récompensé par le prix du meilleurs album du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2007 attribué au très beau « NonNonBâ ». En parallèle de l’équipe de Jean-Louis Gauthey, qui poursuit son travail d’adaptation avec « Kitaro le repoussant », « 3, rue des mystères » et (à paraître) le très attendu « Opération mort », les éditions Pika publient les deux tomes du Dictionnaire des yôkaï, répertoire des monstres fabuleux de la tradition japonaise. Nous ne sommes plus là dans le domaine de la bande dessinée, mais dans celui de l’encyclopédie illustrée. Mizuki met images, avec ce recueil de contes et légendes, la mythologie qui a nourri son univers, mais aussi – à différents niveaux – la culture manga en général. Une œuvre intéressante sur le plan ethnologique, même si l’ordre alphabétique occidental, si cher aux encyclopédistes, ne semble pas des plus adaptés pour lui donner une cohérence.


Deux tomes en format poche : A-K (paru en janvier 2008) et M-Z (juillet 2008). 9,90 euros chaque volume.


Chronique de Philippe Belhache
  

20 août 2008 - Lire la suite Tags:
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