« La guère sainte », Sœur Marie-Thérèse 6. Drugstore.
Sept ans ! Il aura fallu sept ans pour que Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, l’héroïne (pure) de Maëster, reprenne le chemin des librairies après moult détours éditoriaux. Le choix de l’auteur de quitter la maison de ses débuts – Fluide Glacial – pour rejoindre la bande de l’Echo des Savanes, le passage de cette dernière dans le giron du groupe Glénat, la création du label Vents des Savanes devenu depuis Drugstore… De quoi y perdre son latin, même pour la moins conventionnelle des bonnes sœurs de la bullosphère. Maëster avoue lui-même y avoir laissé en route une partie de sa motivation, trouvant malgré tout matière à se défouler sur le web avec à la clef deux (bientôt trois) recueils « L’actu tue » au Lombard. Il a cependant retrouvé l’envie, moyennant – pour les dernières pages – une retraite dans le Gers, chez l’ami Achdé. Et voici venir la bête. En « sept ans de réfection », pour reprendre le titre du dossier de presse, Sœur-Marie-Thérèse n’a pas pris une ride (ou alors bien cachée). Maëster conserve la formule qui a fait son succès, des mini-récits délirants exploitant chacun une thématique qui lui tient à cœur. Sa bonne sœur n’a perdu ni sa descente (essentiellement de rouge), ni ses rêves d’ébats (avec le sexe opposé) ni son goût pour la mise au poing (sans préliminaires). L’Auteur – avec une majuscule, par prudence – truffe toujours ses images de références multiples, allant du cinéma à l’histoire des arts en passant inévitablement par la bande dessinée, jonchant ses planches de calembours à tiroirs, multipliant les niveaux de lecture. Le critique - forcément chafoin - est tenté de regretter le passage à la couleur, le noir et blanc a plus d’énergie. Mais le talent de ce graphiste hors pair fait fi de ce genre de détail. Les retrouvailles sont donc joyeuses. En espérant ne pas attendre de nouveau sept ans pour remettre ça…
48 pages. 12,50 euros.
Chronique de Philippe Belhache




Comme l’indique le titre, il y a du décalage historique dans l’air puisqu’on nous cache tout et que Napoléon 1er a bien gagné la bataille de Waterloo en fichant une belle raclée aux ennemis de l’Empire. Un principe qui a gagné le monde de la BD depuis quelques années, et qui permet de créer cette sorte de science fiction du passé, et de planter le décor d’une architecture d’avant-garde et de machineries sophistiquées. Heureusement Thierry Gloris (« le Codex Angélique ») n’utilise pas gratuitement cet univers qui sied bien au dessin d’Emiliano Zarcone, pourtant influencé par les comics américains.
Jean-François Charles a cette fois délaissé le dessin sous lequel est né « India Dreams », pour se consacrer uniquement au scénario en collaboration avec sa compagne Maryse. C’est Gabriele Gamberini qui a pris la relève (on doit déjà au même trio une biographie de James Dean, « Jimmy ») et a planté le décor de Red Bridge, modeste bourgade de l’Amérique des années 60, perdue dans les teintes fauves de l’été indien. Des couleurs et un trait tout en souplesse qui mettent immédiatement le lecteur dans le bain, au sein d’un univers banal qui va basculer touche par touche vers le thriller.

Avant d’être une BD, « Empire USA » est essentiellement un produit de marketing, un best-seller-incontournable que les libraires sont obligés de nous faire enjamber, trônant en têtes de consoles. C’est évident, « Empire USA » se vendra, comme « Astérix chez les nudistes » ou « XIII à la douzaine », et les couvertures des six volumes ainsi que l‘essentiel de l‘histoire résumé en six lignes de couv’ entretiennent un suspens insoutenable. Nombre de poids lourds du 9,99 ème art ont d’ailleurs été mobilisés, pardon, se sont proposés, pour cette sorte de course contre la montre façon « 24 heures chrono », avec parution des six albums de « la série événement de fin d’année 2008 » de septembre à décembre. Et, n’en jetez plus, l’éditeur lance un appel à la collaboration en vous permettant d’offrir gratuitement le tome 1 à un « ami ». Heureusement qu’ « Empire », lancé sa conquête de commerce préventif, a embarqué dans sa cavalerie des Desberg, Marini, Reculé, Mounier ou Marini (tient, c‘est fou ce que le grand méchant terroriste ressemble à Scorpion), sinon on aurait crié au complot.
L’histoire. Des Islamistes fanatiques qui feraient passer Ben Laden pour un gentil groom, projettent un terrible attentat sur le sol des States, rien que pour perturber les élections présidentielles. Les Ricains, pas réactionnaires pour deux dollars, imposeront l’annulation de la séparation de l’État et de la religion (laquelle, il y en a des centaines Outre-atlantique?) interdisent l’enseignement des thèses darwiniennes et bien sûr l’avortement, s’en vont exploser les terroristes à Paris ou à Londres sans en référer à personne, etc. Et le sauveur présumé du monde civilisé veut se suicider dès la deuxième page, alors qu’il fait la couverture du futur tome 6 (au fait, les huit premières planches du tome 2 ne servent qu’à résumer le premier volume, pour ceux qui auraient zappé, idem pour le tome 3).