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Archive pour la catégorie 'Chroniques'

« La guère sainte », Sœur Marie-Thérèse 6. Drugstore.

soeur-marie-therese.jpgSept ans ! Il aura fallu sept ans pour que Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, l’héroïne (pure) de Maëster, reprenne le chemin des librairies après moult détours éditoriaux. Le choix de l’auteur de quitter la maison de ses débuts – Fluide Glacial – pour rejoindre la bande de l’Echo des Savanes, le passage de cette dernière dans le giron du groupe Glénat, la création du label Vents des Savanes devenu depuis Drugstore… De quoi y perdre son latin, même pour la moins conventionnelle des bonnes sœurs de la bullosphère. Maëster avoue lui-même y avoir laissé en route une partie de sa motivation, trouvant malgré tout matière à se défouler sur le web avec à la clef deux (bientôt trois) recueils « L’actu tue » au Lombard. Il a cependant retrouvé l’envie, moyennant – pour les dernières pages – une retraite dans le Gers, chez l’ami Achdé. Et voici venir la bête. En « sept ans de réfection », pour reprendre le titre du dossier de presse, Sœur-Marie-Thérèse n’a pas pris une ride (ou alors bien cachée). Maëster conserve la formule qui a fait son succès, des mini-récits délirants exploitant chacun une thématique qui lui tient à cœur. Sa bonne sœur n’a perdu ni sa descente (essentiellement de rouge), ni ses rêves d’ébats (avec le sexe opposé) ni son goût pour la mise au poing (sans préliminaires). L’Auteur – avec une majuscule, par prudence – truffe toujours ses images de références multiples, allant du cinéma à l’histoire des arts en passant inévitablement par la bande dessinée, jonchant ses planches de calembours à tiroirs, multipliant les niveaux de lecture. Le critique - forcément chafoin - est tenté de regretter le passage à la couleur, le noir et blanc a plus d’énergie. Mais le talent de ce graphiste hors pair fait fi de ce genre de détail. Les retrouvailles sont donc joyeuses. En espérant ne pas attendre de nouveau sept ans pour remettre ça…

48 pages. 12,50 euros.

Chronique de Philippe Belhache

5 novembre 2008 - Lire la suite Tags: , ,

A Bayonne, la librairie Gribouille fête ses 20 ans

La librairie de bande-dessinées Gribouille fête cette année ses 20 ans d’installation à Bayonne ! A cette occasion, Jacques et Martine Dubois recevront la visite de Jean-Pierre Gibrat, jeudi 13 novembre, qui signera ses albums et des ex-libris spécialement conçus pour l’événement.

4 novembre 2008 - Lire la suite Tags: ,

« La voie et la vertu », Largo Winch 16, de Jean Van Hamme et Philippe Francq. Repérages Dupuis.

winch18.jpgSuite et fin de la huitième aventure de Largo Winch, ouverte voici déjà un an et demi avec « Les trois yeux des gardiens du Tao ». Que faut-il en attendre ? De la grande aventure bien carrée, menée avec un savoir-faire consommé par Jean Van Hamme. « La voie et la vertu » semble malgré tout se différencier de ses prédécesseurs. Au terme d’une ouverture brillante qui permet à Winch de retrouver sa liberté de mouvement, l’aventurier milliardaire semble perdre en partie pied, subissant les événements plus qu’il ne les contrôle. « La voie et la vertu » se clôture comme un récit d’aventure classique. Certains trouveront qu’il y manque la « Winch touch », le petit tour de passe-passe machiavélique qui permettait au personnage de prendre malgré tout l’avantage sur ses adversaires. La contrepartie est de retrouver un largo Winch débarrassé de ses oripeaux de héros infaillible. Il perd tout autant – peut-être plus – qu’il n’a gagné et retrouve ses doutes. Largo Winch reste un titre de référence du récit d’aventure classique, dans la lignée de Greg et Charlier. La version cinéma du titre sort sur les écrans le 17 décembre.

Jeu concours organisé pour le lancement de l’album : www.winwithwinch.com

48 pages. 10,40 euros.
 
Chronique de Philippe Belhache

4 novembre 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan », Kaboul Disco 2, de Nicolas Wild. La Boîte à Bulles.

kaboul2.jpgSuite et fin des « aventures » de Nicolas Wild en Afghanistan. Ou comment un dessinateur de BD se trouve embringué à travailler pour une agence de communication en zone de guerre… De retour dans le pays après un bref séjour en Europe, Wild commence à plancher sur une campagne anti-opium. Une opération presque risible face à la montée en puissance de la culture de l’opium dans cette région vivant sous la menace des combats. Mais ces combats, où sont-ils finalement ? Tout comme Guy Delisle avec ses « Chroniques Birmanes », Nicolas Wild adopte un ton décalé, relatant avec un faux naturalisme teinté d’ironie le quotidien, entre absurde et cynisme, d’une communauté internationale œuvrant au sein d’une entreprise aux allures d’auberge espagnole. Un patron obsédé par un concurrent découvert en couverture du Monde 2, un collaborateur sud américain complètement azimuté, une chargée de mission néo-conservatrice de la campagne formée durant la campagne de Georges W. Bush, une chargé de com’ italo-suisse nunuche, quelques ressources locales… Et heureusement, des amitiés solides et un restaurant européen en forme d’Eden préservé. Rien ne manque pour meubler cette bulle apparemment étanche, univers parallèle à un Afghanistan meurtri par les conflits. La réalité du pays y est cependant dévoilée par touches successives. Elle rattrape finalement les protagonistes, heureusement sans dégâts, grâce à l’intervention des habitants eux-mêmes. Une population pour laquelle Wild laisse apparaître une véritable tendresse via les contacts avec des collègues du cru. Retenons au passage ce slogan édifiant, d’une rare originalité, imposé aux créatifs pour une campagne anti-drogue en Afghanistan : « L’opium, c’est mal ». A méditer…

Le blog de Nicolas Wild : http://nicolaswild.blog.lemonde.fr/2008/04

176 pages, 16 euros.

Chronique de Philippe Belhache

4 novembre 2008 - Lire la suite Tags: ,

« Waterloo 1911 », tome 1 « Un Rouquin de trop », de Thierry Gloris et Emiliano Zarcone. Delcourt.

waterloo1911.jpgComme l’indique le titre, il y a du décalage historique dans l’air puisqu’on nous cache tout et que Napoléon 1er a bien gagné la bataille de Waterloo en fichant une belle raclée aux ennemis de l’Empire. Un principe qui a gagné le monde de la BD depuis quelques années, et qui permet de créer cette sorte de science fiction du passé, et de planter le décor d’une architecture d’avant-garde et de machineries sophistiquées. Heureusement Thierry Gloris (« le Codex Angélique ») n’utilise pas gratuitement cet univers qui sied bien au dessin d’Emiliano Zarcone, pourtant influencé par les comics américains.

Dans un Paris improbable, un amateur de civilisations anciennes, Alcée Poivron, vient solliciter les services éclairés de Théophile Duroc, célèbre détective dont on ne compte plus les faits d’arme. Le sieur Poivron, organisateur d’une exposition piquante (elle abrite par exemple des mains vampiriques dans des bocaux de formol, ou des squelettes de monstruosités) s’est fait dérober une sphère olmèque précieuse à la destination ésotérique. Un objet convoité par divers malfrats, triade ou francs-tireurs, et dont la quête est parsemée de bains de sang et de créatures singulières. Bref, il s’en passe des choses dans ce Paris hors norme, sous le règne d’un Napoléon IV dont le règne s’étend jusqu’à l’Indochine.

L’exercice de style est bien maîtrisé par les deux auteurs qui ont prévu de boucler l’aventure en trois tomes.

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Red Bridge » , tome 1 « Mister Joe and Willoagby », scénario de Maryse et Jean-François Charles, dessin de Gabriele Gamberini. Casterman.

redbridge1.jpgJean-François Charles a cette fois délaissé le dessin sous lequel est né « India Dreams », pour se consacrer uniquement au scénario en collaboration avec sa compagne Maryse. C’est Gabriele Gamberini qui a pris la relève (on doit déjà au même trio une biographie de James Dean, « Jimmy ») et a planté le décor de Red Bridge, modeste bourgade de l’Amérique des années 60, perdue dans les teintes fauves de l’été indien. Des couleurs et un trait tout en souplesse qui mettent immédiatement le lecteur dans le bain, au sein d’un univers banal qui va basculer touche par touche vers le thriller.

Ellie Miller, la quarantaine, représentant en parapluies, s’achemine lentement vers sa ville natale où il n‘a pas mis le pied depuis des années. Renfermé sur lui-même, « coincé » selon ses anciens amis qu’il retrouve à Red Bridge, il replonge dans un passé peu glorieux, marqué par son indécision et le peu d’empressement à prendre le taureau par les cornes. Il est surtout ébranlé par des décès en série d’anciens camarades de classe, tandis qu’il découvre une invitation au repas du dixième anniversaire de la section littéraire de son ex-collège, où il retrouvera d’autres ex-élèves dont les destins se télescopent parfois. Et pour ne rien arranger, il ne peut pas faire un pas sans rencontrer Aaron Willoagby, personnage trouble accompagné d’un chat cyclothymique. Ellie se sent comme un chien lâché dans un jeu de quilles, naviguant entre de sourds secrets qui pourraient l’amener très loin.

Les scénaristes nous font entrer tout doucement dans cet automne inquiétant, au sein d’une petite ville qui semblait si tranquille… On saura assez vite le dénouement de cette intrigue avec la suite et la fin dans un prochain tome 2.

48 pages, 12,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Le nénuphar instantané », Ratafia 5, de Nicolas Pothier & Frédérik Salsedo.Treize Etrange.

ratafia.JPGQue rajouter sur « Ratafia » ? Un ton décalé, des personnages attachants, un sens consommé du calembour… Tout y était, tout y est de nouveau et ce cinquième opus fait plus que mouche. Les pirates de la « Kouklamou », sous l’impulsion du second Romuald, ont mis le cap de la Nipponie. Le bonhomme se lance à la recherche d’un artefact porte-bonheur, le fameux « nénuphar instantané ». Le voyage est prétexte à un délire sur le Japon bourré de gags et de clins d’œil hauts de gamme. Les clichés de la culture japonaise sont passés à la moulinette par un Pothier en grande forme, humour référencé et calembours à la clef. Sans doute en est-il un autre (de cliché) d’évoquer René Goscinny et Christophe Arleston. Mais pourquoi pas ? Certains passages de ce boat-movie ne sont cependant pas sans comparaison avec l’œuvre de ces grands maîtres du détournement. Le graphisme de Frédérik Salsedo, à l’unisson, sert parfaitement ces fantaisies nippones. Ce joyeux délire a fait l’objet d’un lancement officiel par Treize Etrange au festival de Saint-Malo, le week-end dernier. Il faudra attendre le 6 novembre pour le trouver en librairie.

48 pages. 6,50 euro

Chronique de Philippe Belhache
 

29 octobre 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« In caca veritas », de Josh Richman, Anish Sheth et Tébo. Glénat.

veritas.jpgBon d’accord. Le titre et le thème sont un peu limites. Et à parler franchement, ce n’est pas vraiment de la bande dessinée. Mais Tébo est au générique. Comment résister à la perspective de voir le créateur graphique de « Captain Biceps » jouer les scatologues distingués dans ce petit livre illustré ? Difficile. Craquons donc. Avec une interrogation lancinante. « In caca veritas » est-il in fine :


-         un ouvrage sur ce qui se passe dans les toilettes ?

-         un ouvrage à lire aux toilettes ?

-         un ouvrage à jeter dans les toilettes ?

         

Une fois ouvert ce petit livre brun, toute honte évacuée, une constatation s’impose. Il est drôle, pertinent et bien fichu. Pire, on y apprend des trucs ! L’humour anglo-saxon sied parfaitement à ce sujet pourtant casse-gueule. Les deux auteurs du livre d’origine, « What is your poo telling you ? » dosent avec talent provocation gentille, humour soft et observation scientifique. Tébo met la main à la « pâte » avec une jubilation visible et beaucoup moins soft, en lieu et place de l’illustrateur d’origine Peter Arkle. Bref, un petit objet indispensable, lunette(s) de rigueur (pardon, pas pu résister) dont le sommaire – entre déjà-vu, mastodonte, trace de pneu, fée brune et pot pourri – est en soi une véritable table des matières. « In caca véritas » ne restera sans doute pas dans les annales (encore pardon !). Mais les chances de le voir finir sous une armoire normande sont relativement faibles, même si en ce domaine, la matière fait cale (triple pardon avec salto arrière et réception sur la cuvette). Idéal pour la déconstipation des zygomatiques.

96 pages. 7,50 euros.

Chronique de Philippe Belhache

29 octobre 2008 - Lire la suite Tags: ,

« Les gens honnêtes », tome 1. De Durieux et Gibrat. Dupuis, collection Aire Libre. 14 euros.

honnetesgens.jpgJean-Pierre Gibrat referait-il à sa façon « Une époque formidable » ? Il y a quelque chose du film de Gérard Jugnot - mais aussi de l’ironie de « Ma petite entreprise » de Pierre Jolivet – dans cette nouvelle série coréalisée avec Christian Durieux. Le sort s’acharne ainsi sur Philippe, cadre d’une entreprise lambda viré de sa boîte le jour de ses 53 ans. Viré de son entreprise, expulsé de son logement de fonction, dépouillé d’éventuelles indemnités par une entreprise scélérate, privé d’allocation chômage faute de cotisation patronale… L’homme finit par sombrer, malgré le soutien de son meilleur ami et des ses enfants. L’histoire, heureusement, ne s’arrête pas là. Elle prend même la forme d’une (finalement) joyeuse comédie, acidulée et gentiment amorale. Jean-Pierre Gibrat met en scène une classe moyenne autrefois aisée et sûre d’elle, portée par la prospérité des Trente Glorieuses, aujourd’hui déboussolée et minée par l’exclusion, en butte au cynisme d’un système portant l’opportunisme au rang de vertu cardinale. Les déboires de son personnage – un parmi de nombreux autres – prennent un relief particulier, confrontés à la phraséologie triomphante d’un sarkozysme en pleine ascension. Un souffle libertaire traverse cette chronique sans complètement l’emporter. C’est peut-être la seule chose que l’on peut reprocher à Gibrat, ne pas être suffisamment incisif, ne pas être allé jusqu’au bout de la révolte de son personnage… Ce n’est peut-être d’ailleurs que partie remise. Paradoxalement, cette demi-teinte, de même que le graphisme semi réaliste de Christian Durieux, servent la crédibilité de cette fable à la morale douteuse. Reste à savoir ce que les deux auteurs nous réservent pour la suite.

64 pages, 14 euros.

Chronique de Philippe Belhache

29 octobre 2008 - Lire la suite Tags: , ,

« Empire USA », tomes 1, 2 et 3. Scénario de Desberg, dessin de Griffo (T1), Mounier (T2) et Jussiena (T3). Dargaud.

empire_usa_1.jpgAvant d’être une BD, « Empire USA » est essentiellement un produit de marketing, un best-seller-incontournable que les libraires sont obligés de nous faire enjamber, trônant en têtes de consoles. C’est évident, « Empire USA » se vendra, comme « Astérix chez les nudistes » ou « XIII à la douzaine », et les couvertures des six volumes ainsi que l‘essentiel de l‘histoire résumé en six lignes de couv’ entretiennent un suspens insoutenable. Nombre de poids lourds du 9,99 ème art ont d’ailleurs été mobilisés, pardon, se sont proposés, pour cette sorte de course contre la montre façon « 24 heures chrono », avec parution des six albums de « la série événement de fin d’année 2008 » de septembre à décembre. Et, n’en jetez plus, l’éditeur lance un appel à la collaboration en vous permettant d’offrir gratuitement le tome 1 à un « ami ». Heureusement qu’ « Empire », lancé sa conquête de commerce préventif, a embarqué dans sa cavalerie des Desberg, Marini, Reculé, Mounier ou Marini (tient, c‘est fou ce que le grand méchant terroriste ressemble à Scorpion), sinon on aurait crié au complot.

empire_usa_2.jpgL’histoire. Des Islamistes fanatiques qui feraient passer Ben Laden pour un gentil groom, projettent un terrible attentat sur le sol des States, rien que pour perturber les élections présidentielles. Les Ricains, pas réactionnaires pour deux dollars, imposeront l’annulation de la séparation de l’État et de la religion (laquelle, il y en a des centaines Outre-atlantique?) interdisent l’enseignement des thèses darwiniennes et bien sûr l’avortement, s’en vont exploser les terroristes à Paris ou à Londres sans en référer à personne, etc. Et le sauveur présumé du monde civilisé veut se suicider dès la deuxième page, alors qu’il fait la couverture du futur tome 6 (au fait, les huit premières planches du tome 2 ne servent qu’à résumer le premier volume, pour ceux qui auraient zappé, idem pour le tome 3).

Alors, faut-il acheter « Empire »? Ou attendre un téléfilm, qui, mieux que XIII et ses deux petits épisodes, condensent la série en 20 minutes chrono? Pas sûr en tous cas que les Américains rachètent les droits de cette œuvre qui les laissent apparaître comme des copies conformes de la famille Bush.

48 pages chacun, 10,40 euros chacun.

Chronique de Jean-Marc Lernould

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