Angoulême 2008 en images : invasion de Schtroumpfs!

Profitant de la nuit, ils ont envahi les espaces verts. Plus tendance que les nains de jardin, adoptez des Schtroumpfs!

Profitant de la nuit, ils ont envahi les espaces verts. Plus tendance que les nains de jardin, adoptez des Schtroumpfs!

L’affluence maximum est prévue ce week-end, mais il y a déjà beaucoup de monde dans les allées du Festival!
Le chanteur Thomas Fersen et le dessinateur Joann Sfar réunis dans un même spectacle, c’était hier soir au théâtre d’Angoulême. Le poète loufoque a donné le “la” du festival au son du ukulélé, pendant que son ami accompagnait les chansons par le trait du crayon. Rappelons pour mémoire que Joann Sfar a signé le clip du terrifiant “Hyacinthe” de Thomas Fersen.
Président et membre de l’équipe fondatrice du Festival International de la Bande d’essinée, Francis Groux a été épinglé hier par la ministre de la Culture, Christine Albanel. Une médaille de commandeur des Arts et des Lettres “pour un homme qui oeuvre avec finesse, talent et générosité à la réussite de ce festival”. Francis Groux a immédiatement précisé qu’il souhaitait partager cette distinction “avec ses complices du départ, Jean Mardikian, Claude Moliterni et sa femme”.
Les manifestants qui arpentaient hier les rues d’Angoulême ont pu croiser quelques Schtroumpfs qui déambulaient en centre-ville. Aujourd’hui, un Schtroumpf-dirigeable doit survoler la cité charentaise et les deux auteurs du dernier album dédicaceront samedi sur le stand du Lombard!

Une entrée en fanfare ? Pas le genre de la ministre de la Culture. Christine Albanel goûte plutôt à la suave musique argentine. Aux airs de tango plus exactement, distillés dans l’espace dévolu au président du 35e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, José Muñoz. Ce maître du noir et blanc s’improvise guide pour la ministre qui, docile, passe par la case CNBDI (Centre national de la bande dessinée et de l’image) pour ses premiers pas dans Angoulême.
Tardi, Pétillon et les autres. Avant de découvrir le travail du dessinateur argentin, petit rappel sur la création de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image par son directeur Gilles Ciment. Cet établissement public de coopération culturelle, regroupant le CNBDI et la Maison des auteurs, est voué à devenir le vaisseau amiral de la ville avec le festival. Impossible de faire l’impasse.
Puis Muñoz, Bottaro, Katchor captent le regard de la ministre, qui questionne. Tailleur noir, talons aiguilles et petit sac en main, elle maîtrise. Seule touche de fantaisie, un chemisier à fleurs et un sourire dont elle ne va pas se départir.
Christine Albanel est heureuse d’être là. Les officiels d’Angoulême ne sont pas mécontents non plus. Le maire en tête, Philippe Mottet, qui n’a pas manqué de faire un crochet au musée des Beaux-Arts.
Le bâtiment ouvrira ses portes en mars. « Il sera entièrement gratuit », n’a pas oublié de rappeler le chef de cabinet de la ministre, Jean-Bernard Bolvin, soulignant cette prédisposition angoumoisine qui colle à la volonté gouvernementale. Bonne élève, Angoulême ? Il faut croire, tant Christine Albanel fait preuve d’enthousiasme tout au long de sa visite. Direction l’épicentre du festival? « Et en plus, elle s’y connaît », glisse un éditeur. Au milieu de l’espace réservé aux publications alternatives, la ministre ne suit plus les conseils de Benoît Mouchart, directeur artistique du FIBD. Christine Albanel s’émancipe et vire de bord dès qu’une ?uvre l’attire.
Vient le moment de l’aveu. La ministre n’est pas une novice. « J’ai grandi avec les Tardi, Bretécher, Pétillon. » L’ancienne prof de littérature ne dédaigne pas la nouvelle génération avec, en tête de liste, Sfar.
Équité. « Cela faisait longtemps que je souhaitais venir au festival, raconte-t-elle. En France, on trouve peu de capitales culturelles et rares sont celles qui se mobilisent entièrement dans une manifestation. » Le dynamisme d’Angoulême, ville phare de la BD et qui rayonne au niveau international, ne fait pas un pli. « La bande dessinée est un art qui n’est pas autiste, il est en pleine expansion et s’exporte. Enracinée dans nos sociétés, la BD fait passer des messages et arrive à parler à chacun d’entre nous. Le travail de Marjane Satrapi (NDLR : créatrice de “Persepolis”) reste un bon exemple. »
À la question du statut des auteurs de BD et de l’engagement de l’État dans le neuvième art, la ministre s’est montrée confiante : « Il faut conserver un équilibre entre le privé et le public dans le financement. Le Festival d’Angoulême a trouvé ce bon équilibre, et le ministère est intéressé pour voir si on peut aller plus loin. Pour les droits des auteurs, il y a encore des efforts à mener. Pendant longtemps, il y a eu un ostracisme vis-à-vis de la BD, il faut rétablir une forme d’équité. »
Quant aux projets de la ville, ils ont l’oreille de la ministre. « L’État sera là pour le musée de la BD, c’est un équipement qui reflète une vraie ambition dans ce domaine. » L’État s’engagera aussi dans le financement de la médiathèque, objet de débat pendant la campagne municipale.
Après d’autres visites dans les bulles du festival, la ministre s’en est allée, telle une festivalière, les bras chargés de BD? Enfin presque, un collaborateur zélé a porté les albums qui pleuvaient sur le cortège? Après tout, c’est la ministre.
BANDE DESSINÉE CHINOISE. Des éditeurs de Shangaï et Pékin ont investi la cour de l’Hôtel de ville, transformée en pavillon chinois. Un espace de découverte.
Ici, on ne vient pas avec la liste de ses auteurs préférés, ceux dont on connaît par coeur les crobards et la trombine. Ici, la présence d’une interprète, d’habitude plus spécialisée dans les traductions judiciaires, est nécessaire pour échanger avec les auteurs. Mais le Pavillon de Chine, tout en rouge et transparences dans la cour de l’Hôtel de ville, attire pourtant bien des curieux, et certains viennent même en pays de connaissance. La ministre de la Culture Christine Albanel va donner aujourd’hui le coup d’envoi du 35e Festival international de la bande dessinée.
Du Champ-de-Mars aux allées de New-York, Angoulême vire à la BD d’aujourd’hui à dimanche. Pour sa 35e édition, le Festival international de la bande dessinée revient dans un centre-ville enfin débarrassé de ses pelleteuses. Dans la famille du noir et blanc, l’Argentin est un maître. Il a aimé dès l’enfance la bande dessinée « d’un grand amour honteux » qui inspire toujours sa réflexion sur ce 9e art aujourd’hui reconnu.

Il est arrivé dès samedi soir à Angoulême, et se promet « un plaisir intellectuel fort, face à l’excitation et à la qualité des produits présentés cette semaine ». À 65 ans depuis le 10 juillet dernier, José Muñoz est le président de cette édition 2008. L’enfant argentin très tôt convaincu de sa vocation de dessinateur a grandi avec curiosité dans une ambiance culturelle cosmopolite. Sa famille venait d’Andalousie et des îles Canaries, « des îles très africaines », où il a voyagé au temps de l’exil. « J’y ai retrouvé de la famille, et rencontré mon double ».
En 1974, Carlos Sampayo, qui deviendra son scénariste, comprend comme lui « qu’on était des exilés, et plus des voyageurs. On a trouvé dans le travail et l’amitié une maison mentale. Dans notre pays, le ciel était couvert de sang. Nous étions curieux de l’Europe, de toutes ces langues étranges qu’on entendait autour de nous étant enfants. »
José Muñoz a nourri toute sa vie une réflexion sur ces images qui le fascinent. Des images qu’il voit par-dessus tout en noir et blanc, et qu’il décrit, avec l’accent sud-américain, en « blanc et noir ». Prononcer blank et noir. Aujourd’hui, entre les anciens et les modernes, il se définit comme « un bon passeur ».
Sud Ouest. En tant que président, vous êtes l’auteur de l’affiche de l’édition 2008, que l’on voit sur tous les murs d’Angoulême. Que représente-t-elle ?
José Muñoz. Cette affiche, c’est mon paysage intérieur. La maison que vous voyez à l’arrière-plan, c’est celle de Carlos Gardel, rue Jean-Jaurès à Buenos Aires. Devant, enlacés, il y a Alack Sinner (Ndlr : héros et figure centrale de l’?uvre de Muñoz et de son scénariste Carlos Sampayo) et Billie Holiday.
L’exposition qui vous est consacrée, au CNBDI, n’évoque pas seulement votre oeuvre.
Non, c’est une promenade à travers l’histoire de la bande dessinée argentine. Les Américains du nord parlent de comics, les Japonais de mangas, les Argentins d’historietas. Les années 40 et 50 ont été un des moments les plus créatifs de notre pays. Je voulais montrer les lumières qui ont illuminé alors mon adolescence.
Quels sont les albums qui vous ont marqué à l’époque ?
Le premier, c’était Bucky Bug, l’histoire d’un groupe d’insectes, écrite dans les années 30. C’était très écologique, puisqu’ils vivaient dans un terrain vague en recyclant tous les rejets des humains. J’avais cinq ans, et j’étais capturé par cette histoire, même si je ne savais pas lire. À 9 ans, j’ai découvert Breccia et Pratt, en achetant des magazines. Et quand j’avais 11 ans, mes parents m’ont inscrit à l’école panaméricaine d’art.
Vous avez très tôt eu envie de devenir dessinateur ?
Oui, j’étais totalement sûr que je voulais faire du dessin narratif, pas de la littérature dessinée. Dans ces années où l’abstraction régnait, la bande dessinée était le seul refuge du figuratif.
Je faisais de la bande dessinée de façon clandestine vis-à-vis de mes professeurs, et ça me donnait beaucoup de tristesse. C’était comme un grand amour, un peu honteux, que l’on ne pouvait pas exhiber en public. On me regardait comme un phénomène, en me disant : « Tu fais de la bande dessinée ? Mais tu as l’air intelligent, pourtant? »
D’où venait ce mépris pour la bande dessinée, selon vous ?
La bande dessinée a remis ensemble ce qui est né ensemble. Il y a un conflit entre l’image et les mots. Le mot vient de l’image et ne veut pas le reconnaître. La sacralité, c’est les mots, et l’image, elle, fait peur. Elle mange les mots.
Le cinéma vous a-t-il également influencé ?
À cette époque, on voyait quatre longs-métrages par jour, et la fenêtre du cinéma m’aidait à développer ma culture visuelle. J’admirais le néoréalisme italien, les films du réalisme poétique français des années 30 avec Gabin et Arletty, le Bergman du début, et l’expressionnisme allemand des années 20. Dans ces films muets, les corps faisaient la narration, tout ça formait le chaudron visuel de notre expérience.
Toujours du noir et blanc?
Oui, je l’avais découvert avec Pratt, j’ai continué avec les comics américains. La famille du blanc et noir a toujours été celle dans laquelle j’ai voulu rentrer. Pratt racontait la lumière, Breccia plutôt l’obscurité.
Et vous ?
J’aimerais penser que j’habite à la frontière. Tout comme je suis né à la limite de Buenos Aires, là où commence la pampa.
Et la couleur ?
J’ai passé plus de trente ans avec la bande dessinée en blanc et noir. Seulement l’encre, les plumes et les pinceaux à ma table à dessin. Les couleurs ont commencé à apparaître avec le désir de dessiner mon endroit natal. Buenos Aires me demandait le bleu ou le jaune, tandis que New York, la ville d’Alack Sinner, ne me demandait rien.
Dans ce monde d’images, quelle place occupe la musique ?
J’ai grandi entre le tango de ma mère et la musique classique de mon père. Puis à 12 ou 13 ans, j’ai commencé à écouter du rock anglo-saxon. Et j’ai découvert ensuite le jazz du début du 20e, toute cette famille des voix cassées, de Bessie Smith à Billie Holiday. Finalement, en musique, j’ai trouvé un équilibre binaire, entre une noire du nord, Billie Holiday, et un blanc du sud, Carlos Gardel.
Revenons à votre exposition. Que pourra-t-on y voir ?
Il y a 50 dessins de moi. Et des hommages aux maîtres qui sont encore en train de vivre en moi.
Et puis on découvrira de vrais bijoux de l’école argentine. Une ligne qu’on connaît moins ici. Dans la difficulté extrême du présent, il y a de bons auteurs et cette exposition est une façon de les montrer. On a des Trondheim et des Sfar, mais ils ne sont pas toujours traduits. C’est toujours le cas pour ce qui se développe dans une veine satirique liée à la réalité du pays, c’est plus difficile à traduire.
Propos recueillis par Haude Giret
Quelques pistes à suivre, indiquées par un connaisseur, Benoît Mouchart!
Ne demandez jamais à un père de choisir entre ses enfants. Ou à un directeur artistique de vous donner ses préférences au sein de la programmation qu’il a soignée aux petits oignons. Tout de même, Benoît Mouchart avoue quelques coups de coeur parmi les dizaines d’événements qui vont se succéder durant ces quatre jours.
1- As de coeur : Moreau et Rabaté
« Entre eux, c’est une vraie rencontre », se réjouit Benoît Mouchart. Pascal Rabaté a déjà endossé le rôle de dessinateur du tournage de « Louise Michel », film dans lequel jouait Yolande Moreau. L’auteur d’« Ibicus » cernera la confession de la comédienne dans le rôle d’une femme qui vient de tuer son amant. Le dessin de Pascal Rabaté sera « filmé par en dessous à travers une plaque de verre dépolie ».
2 - As de pique : l’Argentine de Muñoz
« Un musée aurait mis deux ans à bâtir l’exposition qu’on a montée en neuf mois pour le CNBDI », estime le directeur artistique du FIBD, qui se réjouit de ce coup de projecteur sur l’école argentine. « On dit que les Mexicains descendent des Mayas, les Péruviens des Incas, et les Argentins du bateau », ajoute-t-il en souriant. L’expo raconte ce cosmopolitisme facteur de bouillonnement culturel. « La bande dessinée adulte existait déjà en Argentine dans les années 30 à 60, avec une ambiance à la Hollywood. Mais ce n’est pas seulement une rétrospective. » À côté de Breccia, de Pratt, de Quino, père de la célèbre Mafalda, la nouvelle génération pointe son trait.
3 - As de carreau : Villes du futur
« Voilà l’exposition la plus scénographiée de cette édition, l’équivalent de ce qu’a été Kid Paddle l’an dernier. Un vrai plaisir grand public. » (lire en page 2-24).
4 - As de trèfle : honneur aux Grands Prix
En consacrant pour la première fois une exposition aux 38 grands prix de son histoire, le FIBD défend une véritable politique des auteurs pour le 9e art. « On essaye de montrer le dessin d’une autre manière, à travers une expérience qui retranscrit la magie des concerts de dessin », explique Benoît Mouchart. C’est Benoît Peeters qui a concocté le film, coeur de l’exposition, qui ausculte chacun des auteurs, sur une musique originale spécialement composée par Bruno Letort.