Un petit tour d’horizon BD, par Christophe Berliocchi
Plusieurs semaines loin du blog BD, en raison d’un surplus de travail au journal et à la… maison, et me voilà de retour : histoire de ne pas surcharger la mule, je vous propose ici un petit condensé de récentes lectures qui tournent exclusivement autour de la BD franco-belge. Désolé, je n’ai pas profité de cette « pause » pour m’intéresser à autre chose !
Fidèle à Hermann, son one-shot « Afrika » au Lombard est une
pure réussite (lire chronique du 31/12/207), plus féroce et innovante que le
dernier Jérémiah en tout cas (« Esra va très bien », T28,
Dupuis). Pour rester dans le lourd, j’ai bien aimé « La version
irlandaise » de Jean Giraud (T18, XIII), moins le dernier Niklos
Koda (« Arcane », T16, Lombard), je n’arrive plus trop à suivre les
pistes de Jean Dufaux. Petite déception également avec
« Destination goulag » (Dargaud), Insiders est une série qui a
démarré sur les chapeaux de roue mais patine un peu du côté de la Sibérie. Vous
connaissez Al’Togo (Dargaud), de Morvan et Savoia ? Là aussi, c’est
pas mal, le dessin est excellent, mais « SMS Republik » ne m’a pas
fait sauter au plafond. De chez Bamboo, j’ai lu le second tome de Gemelos,
car j’avais aimé le T1, la suite est cependant sans surprise. Belle surprise
par contre avec Conrad, l’héritier de Franquin, et Wilbur qui
réussissent un excellent cocktail asiatique avec le tome 5 de Tigresse
blanche, une série à découvrir. Rien de bien transcendant donc en cette fin
d’année 2007 et début 2008, en attendant la suite.
Ah si, j’ai rencontré Georges
Lautner à Biarritz fin janvier, j’en ai profité pour lui faire dédicacer
« Lautner s’affiche » (Lombard), ses meilleurs films illustrés par
une vingtaine d’auteurs (Dany, Achdé, Boucq, Tibet…) avec des textes… engagés
de Philippe Chanoinat. Visiblement, il aime Lautner (nous
aussi) et pas ceux qui l’ont critiqué. « Ne nous fâchons pas »,
« Le professionnel » ou « Flic ou voyou » ne sont certes
pas des films d’auteur, mais furent de vrais cartons à leur époque. Au ciné,
comme dans la BD, il y a toujours cette antinomie entre œuvre d’auteur et
succès commercial. Heureusement, les deux peuvent parfois faire bon ménage..
Christophe Berliocchi


Achdé (Hervé Darmenton, d’où HD) est aujourd’hui au sommet de la pyramide BD depuis le succès phénoménal de la reprise des aventures de Lucky Luke avec Laurent Gerra. Un rappel, confié par l’auteur lui-même lors de l’inauguration de la FNAC de Bayonne : « La Belle Province » s’est écoulé à quelque 680 000 exemplaires en un an d’exploitation, excusez du peu. Mais Achdé, ce n’est pas que la reprise (très réussie) du célèbre cow-boy de Morris. C’est aussi « CRS = détresse », la série d’humour qu’il anime chez Dargaud avec Cauvin, depuis 15 ans. Et ce nouveau tome, « Des coups dans les urnes », sorti en pleine actualité présidentielle (le 4 mai), est dans la lignée des précédents, avec un excellent dessin caricatural d’Achdé et des gags franchement réussis de Cauvin. Le Belge aux 1000 séries (on exagère un peu, là) est à l’aise dans ce milieu des CRS, il brocarde sans vraiment les départager policiers et manifestants ; le héros récurrent de la série Eugène Lacrymo, son boulot et son univers familial, lui sert de prétexte à des planches drôles et divertissantes, mais où la satire sociale n’est jamais loin. Ici, la réflexion des deux auteurs sonne juste, on devine une vraie complicité entre eux : « J’aime cette série, confiait Achdé à Bayonne, elle me tient à cœur, car je la réalise avec mon ami Raoul Cauvin. Cela fait très longtemps que l’on se connaît et c’est toujours un plaisir de le retrouver. » A la lecture de ce réjouissant tome 13, cela se sent.
Plus sympa qu’Achdé ? Ca n’existe pas. Le dessinateur des nouvelles aventures de Lucky Luke était souriant et disponible après être descendu du podium de la FNAC de Bayonne, inaugurée en grandes pompes mercredi soir en présence du pdg du groupe, Denis Olivenne et de la marraine du magasin, Françoise Hardy. L’ex-idole des Sixties n’a pas poussé la chansonnette, tandis qu’Achdé, lui, a sorti ses crayons pour une séance de dédicaces très suivie par un nombreux public. « Les inaugurations, ce n’est pas trop mon truc, mais là, j’avais de la disponibilité, j’habite pas très loin (dans le Gers) et mon éditeur m’avait gentiment demandé de venir ; ça valait le coup, c’est quand même la première, et peut-être dernière, fois que je suis parrain d’une FNAC ! », souriait Achdé, de son vrai nom Hervé Darmenton, accompagné de son épouse. 