« Le Guide du moutard pour survivre à 9 mois de grossesse », de Jul. Albin Michel.
Après l’inénarrable carnet intime de Mme Ben Laden Jul s’attaque à la maternité, un sujet plus tendre qui n’empêche pas quelques cruautés ici et là. On retrouve tournés en ridicule les tics de tous les futurs parents, du choix du prénom à l’angoisse de la première échographie.Jul suit mois par mois la grossesse, réussissant l’exploit à épingler Sarkozy (le bébé tenant l’affiche « la France qui se lève tôt »), à ridiculiser Françoise Dolto ou Laurence Pernoud en citant sa première édition de 1973 (« si vous avez l’habitude de fumer il n’y a pas de raison de vous en priver pendant la grossesse »).
Reste l’embarras de dégotter une crèche avant même la naissance, d’imaginer le moutard paré d’un bracelet électronique, et pendant ce temps là le bébé fait des longueurs de piscine dans le placenta ou bien lit « le particulier » car son développement entraîne une crise du logement…
Un album à offrir absolument aux copains qui attendent un môme, au moins ça les détendra de lire que tous les futurs parents sont passés par les mêmes questions existentielles.
100 pages, 12,50 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould


Il y a parfois de drôles de coïncidences. « Mary Céleste » vient juste de paraître chez Albin Michel et s’affirme comme un chef-d’œuvre. Or sur le site de l’éditeur on a trois rien de renseignement, mais quand on titille le net On apprend que le Mary Céleste était un bateau retrouvé sans équipage en pleine dérive dans l’Atlantique, encore pourvu de tous ses canots de sauvetage. L’affaire s’est déroulée en 1874 et malgré l’absence de tout être humain on découvrit sur ce voilier des tasses de thé encore fumantes et un poulet en train de cuire. Une sacrée énigme qui ne partage que son nom avec la parution de Marc-Renier et de Rodolphe, sauf un fantastique tenace.
Le dernier album de Veyron est une semi-déception puisqu’il n’est pas si drôle que ça, alors que ça fait un bail qu’on attendait des nouvelles de l’auteur. Sa croisière pour les vieux qui tombent comme des mouches sous le couvert d’un équipage cynique (on a du mal à trouver des tiroirs dans la morgue du bateau) se veut comme une suite de rebondissements comiques à des années lumières de ses premières productions (allez, on va rappeler « Bernard Lermite » 1 et 2, un album au titre génial « Personnellement je ne veux pas d’enfants mais les miens feront ce qu’ils voudront », « Executive Woman » » sans compter un excellent recueil de dessins de presse).
A la bonne heure on retrouve une saine et épaisse compilation des dessins de Vuillemin, ex-grand prix d’Angoulême malgré son cynisme et un humour décapant. Les croquis sont parus pour la plupart dans l’Echo des Savanes avec des
antiquités qui se mélangent à des dessins plus récents comme celui qui illustre la pénurie de gaz russe. Bref on ne marche pas à l’eau de rose en attendant une hypothétique réédition du sulfureux " Hitler = SS " qui fut censuré quelques jours après sa sortie en kiosque, sans pour autant créer de prosélytisme fascisant ni d’incitation au crime puisque Vuillemin se fout une peu de la politique (il se fout même de sa gueule).
Après avoir posé l’angoissante mais l’hilarante question " Faut-il tuer José Bové " Jul s’en prend cette fois à GW Bush et à la politique extérieure des Etats-Unis tout en ridiculisant monsieur et madame Ben Laden. Une mission mieux accomplie que celle des GI en Irak mis à part une fin en queue de poisson, mais ce n’est là que péché véniel tant le va-et-vient entre le journal intime de la fatma Ben Laden et l’abrutissement congénital de Bush sont d’une loufoquerie exemplaire, pire même que la satire de Michaël Moore, qui apparaît d’ailleurs dans l’album.