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Jason Brice vs Jason Silverstone

Jason Brice et Jason Silverstone… Les auteurs des deux séries se sont-ils téléphoné avant de mettre la main au scénario ? Deux albums paraissent à quelques semaines d’intervalle, qui mettent en scène des enquêteurs du paranormal, des êtres torturés au passé encombrant, à la recherche d’un réconfort artificiel dans les fumées d’opium (ou assimilé). Fin du fin, Jason et Jason ont la même manière énigmatique de fixer le lecteur du fond de la première de couverture, retranchés derrière leurs deux main jointes. Une différence ? Il y en a un qui porte des lunettes… Troublant. Plaisanterie à part, les deux albums sont dissemblables. Et d’intérêts très différents. La bullosphère ne manque d’ailleurs pas de références dans le registre. Andréas a placé la barre très haut avec « Rork » (Le Lombard), « Capricorne » (id) ou même « Cromwell Stone » (Delcourt). Plus récemment, Cordurier et Laci ont posé d’intéressants jalons avec le premier tome de leur hommage personnel à Lovecraft, « Le Céleste noir » (Delcourt). Le vainqueur du jour ? Avantage Jason B.

jason-b.jpg« Jason Brice » se révèle de fait beaucoup plus sombre, beaucoup plus mur, mieux construit que son challenger. Le scénariste Alcante ancre son personnage dans les années 20, celles de tous les possibles. Il fait de Jason Brice un démystificateur professionnel, un esprit cartésien impliqué dans une mécanique qui le dépasse, dans la lignée des productions post-lovecraftiennes et des ouvrages de Jean Ray. Le pitch ? Jason Brice est engagé par une jeune femme dont la vie semble inscrite dans un livre écrit durant son enfance. Une histoire inspirée à Alcante par une anecdote relevée au cours de ses lectures : un romancier aurait prédit quatorze ans à l’avance le naufrage du Titanic… Le scénariste évite les effets, joue des contours de la réalité pour créer l’angoisse. Et révéler, in fine, que les pires monstres sont définitivement humains. Le final est un modèle du genre, monument d’ambiguïté. Les événements ont-ils été prévus dans le livre ? Ou ont-ils été provoqués par la lecture du livre ? Quelle est la part de la fatalité ? Celle de la machination ? De la manipulation ? Le trait classique de Milan Jovanic – un des collaborateurs de Giroud sur sa saga « Secrets » (Dupuis) – souligne ces zones d’ombre. Il va chercher l’angoisse dans les coins sombres, les atmosphères d’intérieur, les scènes nocturnes. « Ce qui est écrit » augure du meilleur.

« Ce qui est écrit », Jason Brice 1, de Jovanovic et Alcante. Dupuis (colllection Repérages). 56 pages, 13 euros.

jason-s.JPGFace à cette concurrence, les aventures de Jason Silverstone ont un côté un peu bravache. Le héros créé par Vinson évolue dans un univers créé de toutes pièces, mélange indéterminés d’éléments semblant issus de différentes époques. Dans cette cité d’Urballia, ce faux solitaire agit à la manière d’un « Capricorne » première période, en chef d’équipe. Son petit groupe se compose d’une statue africaine parlante et protéiforme, d’un gourou indien, d’une cambrioleuse canon, d’un informaticien libidineux et d’un flic aux méthodes énergiques. Notre petit monde étant lancé aux basques d’une jeune femme qui provoque catastrophe sur catastrophe par sa seule présence, sur fond d’histoire d’amour contrariée. Le problème ? Sans doute un manque d’empathie avec un personnage à la psychologie à peine esquissée, lisse à force d’être secret. Et un récit finalement plombé par ses propres ambitions. « CÅ“urs parallèles » souffre de surcharge. Une histoire volontiers complexe ; deux univers – la cité Urballia et l’Intramundus – à développer ; plusieurs personnages prisonniers d’un jeu de rôles encore figé ; une surexposition de séquences d’actions pétaradantes, l’aventure à la Doc Savage faisant complètement oublier les quelques moments de réflexion intimiste… L’album semble de fait avoir été composé par scènes juxtaposées, avec la volonté d’en mettre plein les yeux, lui donnant un air de récit de et pour ados. Dommage car l’album recèle quelques idées originales et un vrai potentiel graphique parfois exprimé pleine planche.
 
« Cœurs parallèles », Jason Silverstone 1, de Vinson et Corso. 62 pages plus 16 planches de dossier, excellente habitude prise par l’éditeur Ankama. 12,90 euros.

Chronique de Philippe Belhache
 

4 octobre 2008 - Aucun commentaire
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Délires fantastiques (sans frontières)

fairy-tail.jpgVous connaissiez « Rave » (Glénat) ? Vous allez adorer « Fairy Tail » (Pika), également signé Hiro Mashima. Parce que l’auteur recycle les bonnes idées du premier titre pour former le second. Et que le ton adopté est celui d’un franc délire tel que les Japonais aiment à s’autoriser. Le fond ? Un monde peuple de magiciens regroupé en guildes, œuvrant à divers niveaux dans le tissu social. Et au sein de ces guildes, Fairy Tale, une guilde peuplées d’individualités fortes, personnages plus ou moins marginaux, grands mangeurs, grands noceurs, grands buveurs, incapables de rester longtemps l’un à côté de l’autre sans des taper dessus, mais doté d’un sens de l’honneur apparemment indéfectible. Les personnages principaux donnent le « la ». Entre Lucy, jeune « constellationniste », collectionneuse de clefs magiques désireuse de rentrer dans la guilde, qui expose ses formes généreuses à des situations improbables. Ou Natsu, véritable salamandre paralysé par le mal des transports. Ou même Happy, sorte de ludion félin volant dont le rôle n’est pas si éloigné de celui du Kélo de « Card Captor Sakura ». Ces personnages bien secoués sont embarqués sans préavis dans une série d’aventures pour le moins échevelées sans que pour l’heure se dégage un dessein bien précis. Un peu de fouillis et beaucoup de déjà-lu dans tous ces éléments, donc. Mais le tout est mixé de manière décomplexée avec un graphisme qui n’est pas sans évoquer  le « One Piece » d’Eiichiro Oda. Verdict ? Tout à fait consommable.

« Fairy Tail » 1 & 2, par Hiro Mashima. Pika. 6,90 euros par tome.


freakssqueele1.jpgEncore une académie de super héros ? Celle du professeur Xavier (X-men, Marvel) fait figure d’ancêtre face à celle de « Wonder City » (Gualdino & Turconi, Soleil)  ou les versions plus « déconnantes » de la « Héro Academy » (Debois & Olivares, Soleil) ou même « ASH » (Loran, Editions du Cycliste). Dans l’esprit, le « Freaks’ Squeele » de Florent Maudoux se positionne clairement dans la deuxième catégorie, forte d’un esprit potache plutôt bienvenu. L’auteur s’attache à un groupe d’étudiants formé d’un monstre maladroit, d’une démone écervelée et d’une surdouée… sans pouvoir – bref à une bande de bras (a priori) cassés – inscrits dans une université spécialisée. Un établissement dont le directeur a pour seul souci la médiatisation de « travaux pratiques » plus ou moins glorieux à des fins mercantiles. Les personnages se dévoilent petit à petit au cours d’actions aux conséquences le plus souvent calamiteuses. Le délire règne en maître dans cette pochade de série Z assumée, au graphisme exceptionnellement léché, sous influence manga. Loufoque et gentiment dévergondé. Du bonheur décomplexé..

« Freaks’ squeele », tome 1, par Florent Maudoux. Ankama, collection 619. 148 pages. 14.90 euros.
 

wormwood.jpgHumour encore, mais plutôt à froid. Wormwood est un ver habitant un corps zombie, bombardé chasseur de monstres, posté à la sortie d’une porte dimensionnelle dont la gardienne est la patronne d’une boîte de strip-tease… Wormwood boit, fume cause beaucoup. Et règle ses affaires façon Columbo, en parfait connaisseur de la gent démoniaque à tentacules incorporés, flanqués d’un robot flingueur, d’un policier fantôme et d’une « sœur » version punk. « Wormwood », issu du catalogue IDW, ressemble à du Lovecraft réécrit un soir de cuite, avec ses monstres chtoniens adeptes de la bière ou du téléphone portable. Graphiquement, Templesmith (« Fell ») se démarque de la production comics habituelle. Son trait s’inscrit dans la lignée expérimentale de Bill Sienkiewicz ou de Dave McKean, dont il détourne les codes pour mieux appuyer le grotesque des situations. Ludique, pour les amateurs d’humour trash et/ou morbide que le gore n’effraie pas


« Gentleman Zombie », Wormwood 1, de Ben Templesmith. Delcourt. 128 pages. 14.95 euros.


Chronique de Philippe Belhache
 

28 septembre 2008 - Aucun commentaire
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Ankama lance le Label “Araignée”

retranches.jpgAnkama Éditions, éditeur des titres dérivés de l’univers Dofus, élargit une nouvelle fois son offre éditoriale. Après la collection 619, initiée par Run, auteur de l’OVNI ”Mutafukaz”, la maison roubaisienne met en place une nouelle collection, sous label “Araignée”. Ce nouveau département d’Ankama Éditions a pour vocation la publication d’ouvrages flirtant ouvertement avec le fantastique et l’étrange. “L’Araignée tisse calmement les fils de sa toile pour attirer le lecteur dans l’intimité de  récits parfois intimistes, souvent oniriques, mais toujours passionnants. L’exploration sensitive, la poésie, la science-fiction et plus largement le registre de l’imaginaire sont autant de soies tissées avec sensibilité et force.” 
 
Le 18 septembre, sont parus sous Label Araignée : 

“Retranchés”, de Cafard (scénario et dessin).
“Ma vie de zombie” (tome1) de Raphaël B (dessin) et Sebastien Viozat (scénario).

 Un troisième titre estampillé Araignée, “Constellations”,  est programmé pour le 2 octobre prochain

19 septembre 2008 - Aucun commentaire
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Dofus et Wakfu : La déferlante Ankama

dofus.jpgDifficile d’ignorer le phénomène. « Dofus » est le nom d’un concept développé sur le Net pour devenir l’un des jeux de rôles massivement multi-joueurs (1) du moment – Ankama, la société éditrice, revendique sept millions de joueurs en ligne – avant d’être décliné pour une série manga-like signés essentiellement de Tot (le cofondateur d’Ankama, Anthony Roux) et Ancestral Z (Vincent Deruyck). Leur fonds de commerce ? Un univers d’héroïc fantasy extrêmement codifié, développé pour le jeu vidéo, doté d’une bible souple adapté à tous supports. Le manga ainsi scénarisé par Tot n’est jamais qu’une « adaptation » d’une partie rêvée faisant intervenir l’ensemble des classes de personnages aux caractères déjà bien définis. Et une tripotée d’autres pour l’occasion… Le résultat ? Un succès. Car Tot a l’intelligence de ne pas se prendre au sérieux dans l’écriture. « Dofus » la BD est respectueuse de la bible de « Dofus » le jeu. Mais la déconne y règne comme valeur maîtresse, les auteurs ne se refusant aucune digression ni aucun calembour, multipliant références et hommages aux classiques du manga et du cinéma comme à ceux du jeu vidéo. La ligne reste résolument libre dans son expression tout en conservant sa cohérence d’ensemble. Tot se plaît ainsi à reconstruire une véritable mythologie en contrepoint de l’univers du jeu. Un univers omniprésent au sein d’une présentation interactive incluant de multiples références au jeu - et à son extension Dofus Arena - et une sélection de nombreuses illustrations d’auteurs maison et de fan-arts de lecteurs et/ou internautes.


Le résultat ne s’est pas fait attendre. Dofus se pose en véritable phénomène de mode en milieu adolescent (et plus si affinités). « Le chevalier noir », troisième volume de la série parallèle Dofus Monsters – l’esprit Donjon n’est pas loin – cartonne en librairie (il y est joint une carte de loterie) et le tome 9 de la série mère est attendu comme on le dit du Loup Blanc. Ankama entend capitaliser sur ce succès. Dès le 3 juillet, apparaîtront dans les bacs deux nouvelles déclinaisons de l’univers Dofus. « Les Shushus de Rushu », signé de Tot lui-même, illustré par Ancestral Z, épaulé par Mojojojo et Brunowaro, est une plongée dans le temps, nouvelle étape dans l’histoire du guerrier maudit Vald-Goultard, qui voit dofus2.jpgs’opposer les favoris du démon Rushu aux gardiens des Dofus. Cette histoire violente et tragique qui dévoile de nouvelles facettes du personnage, est inscrite dans la droite ligne de la série-mère et profite de l’expérience du jeu. Elle devrait rapidement devenir indispensable aux accrocs de la série. Simultanément à ce one-shot, manga grand format publié en noir et blanc, paraît « Les mains d’Eniripsa », premier volume d’une nouvelle série parallèle, « Dofus Quest ». Cette histoire relativement courte, sans doute un peu plus gentillette, mais  traitée en format plus proche du classique franco-belge couleur, met en scène des personnages devenus les jouets d’un pari entre deux divinités, Rushu et Eniripsa. Le volume au graphisme léché signé Nicolas Devos (déjà scénariste de Dofus Arena) et Arnaud Dewaele, réalisé à l’aide de la technologie Flash, ouvre une collection consacrée à l’exploration des différentes classes de jeu. Complété par un art-book conséquent, il a pour ambition avouée de jeter de nouveaux ponts entre la bande dessinée et l’univers du jeu en ligne Dofus, mais aussi vers sa dernière déclinaison en date, pour ne pas dire son évolution, « Wakfu », complète refonte graphique débouchant sur une nouvelle plate-forme de MMORPG et un anime bientôt diffusé sur France 3.

Car rien n’arrive par hasard. La parution de ces deux volumes coïncide avec la nouvelle édition de Japan Expo, du 3 au 7 juillet, au parc des expositions Paris-Nord Villepinte, la présentation aux lecteurs (et joueurs) étant programmée pour l’Ankama Convention #2. Cette manifestation à a notoriété grandissante sera également l’occasion pour Ankama de lever le voile sur les premières productions de son nouveau label « 619 », animé par Run, auteur de l’OVNI « Mutafukaz », dans un esprit « rentre dedans » et « sans concessions ». Les deux premiers titres ? « Freaks’ Squeele » (Raf) et « Debaser » (Maudoux). Une effervescence éditoriale  qui fait écho à la campagne de promotion mise en place pour anticiper la diffusion, à l’automne sur France 3, de l’anime « Wakfu ». Un teaser télévisé alliant graphisme de dessin animé pur et design de MMORPG affûte les appétits des adeptes et un épisode est d’ores et déjà visible en ligne sur le site internet de l’émission TooWam de la chaîne publique. De quoi conforter dans sa ligne le groupe Ankama, société créée en 2001 à Roubaix, alors même qu’il joue par ailleurs la carte de la diversification. Ankama annonce en effet entrer dans le capital de Nolife, chaîne thématique (jeux vidéos, mangas, et musique japonaise) distribuée sur différents bouquets numériques, afin « de développer en commun de nouveaux contenus et de jeter de nouvelles passerelles entre télévision et internet. » 
  
(1) ou MMORPG pour Massively Multiplayer Online Role Playing Game.


Dofus (one-shot) : « Les Shushus de Rushu », 96 pages, 8,90 euros.
Dofus Quest : « Les mains d’Eniripsa », 64 pages, 13,90 euros.

Sites associés : www.ankama-editions.com ; www.manga-dofus.com/fr/ ; www.dofus.com/fr ; www.dofus-arena.com/fr ; www.wakfu.com/fr ; http://toowam.france3.fr ; www.nolife-tv.com/

Chronique de Philippe Belhache
  

19 juin 2008 - 1 commentaire
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