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Le Grand Prix en tandem

Charles Berberian et Philippe Dupuy savourent leur plaisir : ils viennent de se voir proclamés Grand Prix 2008 de la ville d'Angoulême au balcon du Festival de bande dessinée (Photo Tadeusz Kluba)  

FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA BANDE DESSINEE. Pour la première fois à Angoulême, les  autorités du monde des bulles récompensent un duo, Dupuy-Berberian,  les chroniqueurs quadragénaires de « Monsieur Jean »
 
 
« Où est ton jumeau maléfique ? », lance en riant Lewis Trondheim à Charles Berberian qui entre dans les bureaux du Festival d’Angoulême. « Je l’ai laissé en bas, assailli par la foule », se marre le colauréat du Grand Prix de la ville d’Angoulême. Déjà, les deux futurs présidents de l’édition 2009 se partagent les rôles. Il n’y a pas une heure que Lewis Trondheim a passé un coup de fil à Charles Berberian pour lui apprendre la bonne nouvelle. Avec son complice Philippe Dupuy, ils ont été choisis, par leurs pairs auteurs déjà consacrés, pour succéder à José Muñoz. Douze voix contre sept.

C’est bien une œuvre que l’on récompense en ce dimanche plein de soleil, une seule œuvre, pour deux auteurs de 48 et 47 ans. C’est au duo que l’on doit les aventures d’Henriette ou de « Monsieur Jean », chroniques pleines d’humour des citadins d’aujourd’hui. Il aurait été impensable de récompenser Dupuy sans Berberian ou Berberian sans Dupuy. Capables d’emprunter en solo des chemins de traverse, ils ont imposé, depuis vingt-cinq ans, une seule signature autour de leurs deux noms.

Reflet de l’époque. A l’origine, c’est Charles Berberian qui propose un scénario à Philippe Dupuy. Les deux ont six mois d’écart et pas plus d’une vingtaine d’années. Berberian a vu le jour à Bagdad, en Irak, a grandi au Liban, Dupuy est Normand, né à Sainte-Adresse, en Seine-Maritime. Tous les deux gravitent dans le monde des fanzines. Dans le magazine « Plein la gueule pour pas un rond », ils commencent à travailler ensemble. Ils abandonnent vite le traditionnel partage des rôles : entre eux, il n’y aura pas de « moi-je-serai-le-scénariste-et-toi-tu-feras-le-dessin ».

Chacun fait tout, et inversement. De leurs deux noms devenus indissociables, ils font un être hybride : Dupuy-Berberian. Il y a encore des lecteurs pour imaginer qu’il s’agit d’un seul auteur au nom composé. José Muñoz, qui sait ce que duo veut dire, en bande dessinée, pour avoir fait œuvre commune avec le scénariste Carlos Sampayo, salue la façon si originale dont ses deux successeurs ont su coopérer. « Leur œuvre s’adresse autant aux adultes que nous sommes soi-disant, qu’aux gamins que nous sommes aussi », indique-t-il. Benoît Peeters, à qui l’on doit tout un travail de rétrospective sur les Grands Prix d’Angoulême, résume la situation : « Chacun d’eux est un auteur en tant que tel, et à eux deux, ils forment un auteur complet. »

Leurs premiers récits courts remontant au temps des fanzines sont réunis en 1991 dans le recueil « Les héros ne meurent jamais » à l’Association. En 1984, ils donnent vie dans «Fluide Glacial » à une ado au physique ingrat, Henriette. Ses complexes s’étaleront sur sept volumes. Suivront « Petit peintre », et surtout « Monsieur Jean », à partir de 1990. En huit tomes sur une quinzaine d’années, ce trentenaire qui leur ressemble et qui reflète si bien l’époque deviendra leur héros le plus connu. L’opus numéro quatre, « Vivons heureux sans en avoir l’air », sera consacré à Angoulême meilleur album de 1999. En 1994, le duo publie à l’Association « Journal d’un album », passionnant passage au crible de leur travail. Ensemble ou séparément, ils s’affirment comme illustrateurs. Cette année, ils se retrouvent, dans la collection Aire libre de Dupuis, pour « Un peu avant la fortune », en collaboration avec Jean-Claude Denis. Et les voilà, tous les deux encore, Grand Prix d’une manifestation où ils s’impliquent régulièrement. Quand Berberian a appris la nouvelle, ce matin, il écoutait Dupuy dissertant sur le reportage en bande dessinée. Et après leur apparition au balcon à 13 heures, ils ont filé au théâtre où ils officiaient parmi les crayons du concert de dessins. De chaleureux applaudissements ont salué leur prestation.

Tout voir en  double !  Benoît Mouchart, directeur artistique du festival, se réjouit de ce choix. Un détail l’amuse : « Philippe Dupuy m’a appelé il y a peu de temps pour me parler d’un projet destiné au prochain festival, en me disant : “Naturellement, le Grand Prix aura son mot à dire”. Quelqu’un corrige : “Le Grand Prix auront leur mot à dire”. » Eh oui, il faut tout voir en double, désormais.

José Muñoz encadre de ses deux bras ses cadets, avant de siffler un tango d’oiseau de la pampa à Berberian qui plaisante sur son désir d’abandonner toutes les responsabilités à Dupuy pour fuir en Argentine. « On va diviser les honneurs, et doubler le travail. »
 L’un commence une phrase, l’autre lui donne la réplique. En tout cas, les deux sont d’accord. Ils se voient en relais, dirigeant les projecteurs vers les auteurs qui leur tiennent à cœur.

Article de Haude Giret


28 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Un peu avant la fortune », par Jean-Claude Denis, Dupuy & Berbérian. Dupuis, Aire Libre.

fortune.jpgUn homme à la dérive gagne miraculeusement au loto : 500 000 euros, de quoi voir venir. Le sujet n’est pas nouveau. Côté cinéma, on pense très fort à Jean-Pierre Daroussin dans le « Ha ! Si j’étais riche » de Munz et Bitton. Mais avec « Un peu avant la fortune », nous avons Jean-Claude Denis au scénario et le duo Dupuy & Berbérian aux pinceaux. Les individus se connaissent bien, grattent un peu de musique ensemble – on ne saurait trop conseiller le très beau « The Spell » de Nightbuzz, feat. Denis & Berbérian (Nocturne) – et travaillent la même matière urbaine contemporaine. Le pitch de Denis est subtilement différent de ceux exploités jusqu’ici. Là où nombre de scénaristes étudient l’impact de cette manne subite sur la vie des gens, l’auteur dissèque les quelques jours qui suivent le tirage du loto, avant même qu’Etienne – c’est le héros – n’ait eu le temps de toucher le pactole. Parce qu’il va lui en arriver, des trucs, à Etienne… L’homme va se faire voler son portefeuille, se retrouver à l’hôpital, recroiser une « ex » qu’il n’a pu oublier mais qu’il ne veut pas éblouir de billets… Et plein d’autres choses. En maître de la comédie romantique, l’auteur mène le pauvre gars de galère en galère. Il le balade dans les quartiers de Toulouse, à la rencontre de belles âmes et de personnages nettement moins bien intentionnés, l’amenant à  reconnaître ceux qui peuvent légitimement prétendre au statut d’ami. Dupuy & Berbérian apposent sur cette base leur patte si caractéristique, popularisée par l’indispensable « Monsieur Jean » (Expresso Dupuis). Ils superposent l’humanisme de leur graphisme à celui du texte de Jean-Claude Denis. « Un bien bel album comme on aimerait en lire plus souvent », n’ose-t-on pas écrire de peur d’avoir à payer des droits aux Nuls.

80 pages, 15 euros, parution le 23 janvier.

Chronique de Philippe Belhache

16 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Carnets d’Istanbul », de Dupuy et Berbérian. Cornélius, collection Blaise.

istanbul_chd.jpgGrands explorateurs de l’âme de la gent urbaine, Dupuy et Berbérian sont également de fins observateurs du monde qui les entoure. Chaque déplacement devient dès lors matière à (d)écrire pour ces habitués du carnet de croquis… Les deux amis ont mis le cap sur la Turquie, sur les traces du grand-père du second, « pèlerinage » dont ils ont tiré un recueil d’impressions aujourd’hui publié dans la collection Blaise de Cornélius, aux côtés de documents issus d’escapades à Lisbonne, New-York, Madrid ou Tanger. Les auteurs conservent dans leur approche de cette cité mythique ce regard lucide et décalé qui fait leur succès, réflexion sur une ville tiraillée entre modernité et tradition, recherche de la vie au-delà du pittoresque. Graphiquement, cet album ravira les inconditionnels du duo créateur du « Journal d’Henriette » (Humanoïdes Associés) et de « Monsieur Jean » (Humanoïdes Associés et Dupuis), leurs traits respectifs se complétant à merveille dans cette approche de l’âme de cette grande dame aux multiples visages, qui fut Byzance puis Constantinople avant de se draper dans ses atours contemporains.  

 

Chronique de Philippe Belhache

 

10 juin 2007 - Aucun commentaire
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L’art de Dupuy-Berbérian, les univers de Stan & Vince

 

Les « art books » deviennent tendance. Certains éditeurs n’hésitent plus à publier croquis et esquisses de leurs auteurs fétiches, illustrant leur oeuvre, revenant sur une carrière, une seule série, voire même un seul album (exemple type : « Les dessous des Voisins » de Coyote au Lombard). Pourquoi pas, si c’est bien fait ? De beaux titres récents viennent éclairer l’art de deux des duos les plus étonnants de la planète BD.

 

Les noms de Philippe Dupuy et Charles Berbérian sont quasiment indissociables depuis plus de 20 ans, véritable label consacrant des séries comme « Le journal d’Henriette » (Humanoïdes Associés), « Monsieur Jean » (Humanoïdes Associés et Dupuis) ou même des carnets de voyage (Cornélius). « Tout l’univers de Dupuy-Berbérian », ouvrage publié en novembre dernier aux éditions du Panama, reprend nombre de documents inédits, des illustrations réalisés pour la presse - essentiellement Télérama - ainsi que des travaux publicitaires. Quelques mots des auteurs viennent compléter l’ensemble, commentaires discrets mais éclairant sur l’art des deux hommes. Un bel ouvrage à placer aux côtés du « Journal d’un album » publié par l’Association.

 

« Tout l’univers (ou presque) de Dupuy-Berbérian », Panama. 28 euros.

 

Autre registre, autre travail. Stan & Vince sont surtout connus du public français pour leur travail en commun sur « Vortex », les aventures croisées de Campbell et Tess Wood (Delcourt), ou pour leur collaboration avec Benoît « Michaël Kael » Delépine sur trois albums - « L’imploseur », « La bombe » et plus récemment « Godkiller » (Albin Michel) - un peu moins pour leur participation aux aventures de quelques-unes unes des icônes US publiées sous label Dark Horse que sont Doc Savage, Tarzan ou Ghost, sans même parler de Star Wars. « Time Capsule », publié chez Delcourt, revient sur la carrière BD de Stanislas « Stan » Manoukian et Vincent « Vince » Roucher et met en lumière leurs activités d’illustrateurs pour l’édition et la presse - dont (hem) Playboy - mais aussi de designers, d’animateurs et de storyboarders pour le cinéma (« Doberman » et « Blueberry » de Kounen entre autres) ou pour la publicité. Une véritable plongée dans l’univers de ces deux auteurs de « 15 ans d’âge mental » (dixit Trondheim) nourris au comics, aux « pulps » américains et aux films d’horreur des fifties.

 

« Time Capsule », Delcourt (Art Of, label série B), 25 euros.

 

1 avril 2007 - Aucun commentaire
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« La théorie des gens seuls », Monsieur Jean, par Dupuy et Berbérian

Belle idée que la réédition aux Humanoïdes Associés de ce hors série de Monsieur Jean, ouvrage paru en 2000, situé chronologiquement entre le milieu de « Les femmes et les enfants d’abord » et le début de « Vivons heureux sans en avoir l’air ». Une pièce supplémentaire du puzzle, de cette oeuvre forgée à quatre mains depuis maintenant plus de quinze ans par ces fabuleux conteurs modernes que sont Philippe Dupuy et Charles Berbérian.

Cette édition en noir & blanc retrouve les bacs alors même que le titre est aujourd’hui passé chez Dupuis (collection Expresso). Que dire de cet album déjà ancien ? Que ces deux auteurs pleinement maîtres de leur oeuvre et de leurs personnages prouvent qu’ils sont à même de développer leur récit sur d’autres formats que le sempiternel 48 pages « cartonné couleur » (48CC). Et qu’ainsi, le fond n’est pas esclave de la forme. Un principe depuis longtemps intégré par les deux hommes dans leurs oeuvres respectives, avec le bonheur que l’on sait. Pour le reste, « La théorie du bonheur » est un Monsieur Jean pur jus, avec ce que cela suppose de justesse d’observation, de finesse et d’humour, errance des personnages d’anecdote en anecdote sans que l’ensemble ne perde sa cohérence.

« La théorie des gens seuls », Monsieur Jean (hors série) par Dupuy et Berbérian. Humanoïdes associés, collection Tohu Bohu.

24 février 2006 - Aucun commentaire
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