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Quelques lectures d’octobre

marzi4.jpgQuelques semaines après l’intégrale « remasterisée » sous forme de roman graphique des trois premiers tomes de Marzi, les éditions Dupuis publient en format standard le quatrième volume des souvenirs d’enfance de Marzena Sowa, mis en image par son compagnon Sylvain Savoïa. L’intérêt pour cette jeunesse polonaise vue par les yeux d’une enfant ne faiblit pas. Avec sa candeur et ses doutes, son regard décalé et son amour pour son père, Marzi aborde les années Solidarnosc, les combats de la classe ouvrière pour se libérer de l’emprise d’un état totalitaire sous influence du « grand frère »soviétique. Les souvenirs de Marzena Sowa s’égrènent au fil des cases, entre rythmes scolaires, vacances aux champs et récits de manifestations ouvrières ressentis au travers de l’engagement de son père. Une petite perle. Sa reprise en version roman graphique, conjointement avec le cinquième tome, est attendue fin 2009.


« Le bruit des villes », Marzi 4, de Marzena Sowa et Sylvain Savoïa. Dupuis. 48 pages. 10,40 euros.


legendaires-9.jpgPatrick Sobral poursuit l’exploration du passé de ses Légendaires. Logiquement – il ne restait plus que lui – il s’attaque aujourd’hui à Razzia, dont les connections passées avec leur ennemi Darkhell prend un nouvel éclairage. Sobral convoque le ban et l’arrière ban des personnages de la série, bons et méchants, pour ce nouveau cycle de quatre albums baptisé « Cycle d’Anathos ». Graphisme manga et composition franco-belge, le tout mâtiné d’un humour bon enfant, semblent réussir à Patrick Sobral. Plus en tout cas que les essais de l’auteur pour investir un récit plus adulte avec sa version trash de « La Belle et la Bête », même s’il laissait là éclater son admiration pour le maître Shingo Araki. Ce neuvième tome des Légendaires, série qui remporte aujourd’hui un joli succès, est au diapason de ses aînés. Cette saga reste sans prétention, avec une mythologie qui s’affirme au cours des albums. Du pur divertissement.


« L’alystory », Les Légendaires 9 (cycle d’Anathos). Par Patrick Sobral. Delcourt Jeunesse. 48 pages, 9.95 euros.


the-bridge.jpgQue penser de « The bridge » ? Dans ce one shot de la collection « Solo » de Paquet, le créateur de « Brooklyn 62nd » et « Bushido », Michel Koeniguer, s’attache au pas d’un GI latino en mission en Irak, entre actions de guerre et intrusions sous forme de flash backs dans une Amérique à peine moins violente. Koeniguer se fait observateur, alternant les scènes de conflit et la narration de la dernière permission du soldat aux Etats-Unis. Le propos de l’auteur se fait ethnologique, plus que militant. Sa position reste d’ailleur ambiguë sur bien des sujets. Les Etats-Unis devaient-ils intervenir en Irak ? Koeniguer ne tranche pas, ne semble pas prendre pas parti. Son propos n’est cependant pas tout à fait neutre. S’il ne s’engage pas dans une diatribe anti-interventionnisme, il n’en décrit pas moins l’univers du soldat Enrique Chavez comme dégradé, dans une Amérique en pleine décomposition. Des enfants meurent, des hommes vivent cloîtrés, les armes imposent leur langage de plomb… et nous ne sommes pas au Moyen-Orient. Le parallèle entre cette violence urbaine au sein d’un pays dit civilisé et les « faits d’armes » du groupe de GI, confronté tout autant à la violence des agents de la CIA qu’à la détermination des combattants irakiens, est édifiant. La vision du monde du soldat Chavez ne semble pas réellement évoluer avec le temps, mais il en vient à décompter les jours comme le ferait un prisonnier. S’il n’est pas ouvertement militant, « The Bridge » n’en véhicule pas moins un message. A chacun d’en juger la portée.


« The bridge », de Michel Koeniguer. Paquet, collection Solo. 48 pages. 12.90 euros.


temps-des-cites.jpgAprès « Mafia & Co », voici « Le temps des cités ». Frédéric Ploquin, grand reporter pour Marianne, a ressorti ses dossiers pour les transcrire en bande dessinée.  Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le banditisme en bande organisée, ce fait-diversier dans l’âme s’est associé avec un auteur chevronné, Pierre Boisserie, pour faire vivre en images la part d’ombre de la société française. « Le temps des cités », c’est la montée en puissance d’une génération de paumés des banlieues, pour qui la violence et la tchatche tiennent lieu de style de vie. Et la solidarité jusque dans le crime de code d’honneur. Les auteurs s’attachent à quatre personnages issus de la cité des Mirabelles, en banlieue parisienne, qui vont brutalement basculer de la petite délinquance au grand banditisme. Des jeunes gens mis en marge par une société bien-pensante, immigré de la deuxième génération, désœuvrés et sans futur apparent, qui vont chercher au sein de la pègre des valeurs qui les fascinent et une réussite qui leur est refusée par ailleurs. « Les Mirabelles » retrace leurs premiers pas, avec pour contrepoint l’itinéraire de policiers de terrain conscients de cette évolution, mais bloqués par une hiérarchie incrédule, enfermée dans des schémas périmés. Une fiction efficace, tout autant qu’une reconstitution fidèle et documenté d’un phénomène dont les implications réelles échappent encore au grand public, masquées par une bonne couche de préjugés et une récupération politique souvent nauséabonde. A souligner le sans faute du dessinateur réaliste Luc Brahy, qui s’offre une parenthèse  entre deux albums du thriller scientifique « Imago Mundi » et de son spin off « Climax » (avec Corbeyran et Braquelaire, Dargaud) sans pour autant quitter la fiction contemporaine. « Le temps des cités » est un récit programmé sur trois tomes.
 

« Les Mirabelles », Le temps des cités 1/3, De Luc Brahy, Pierre Boisserie et Frédéric Ploquin. 48 pages, 13 euros.
 

Chronique de Philippe Belhache
 

« Flor de Luna », tome 2 « La Finca Don Diego », de Boisserie, Stalner et Lambert. Glénat.

flor-de-luna2.jpgAttention, fumer tue… Et l’on s’en est d’ailleurs aperçu dès les premières planches du tome 1. Il est d’ailleurs intéressant de comparer les goûts des différents amateurs de cigare de l’histoire : Antoine Chatel préfère un Flor de Luna du soir dans la première partie, tandis que l’impitoyable Kathryn Porter les savoure plutôt le matin, chacun avec son cérémonial bien particulier.

Donc nous sommes à Genève, de nos jours, et le dernier nabab du cigare, le sieur Porter, vient se faire occire. Son secrétaire, Antoine Chatel, que tout désigne comme le coupable idéal, s’insère dans l’ordinateur de son patron pour retrouver l’origine de cette lignée de cigariers, ce qui nous ramène - après une traversée maritime mouvementée - dans le Cuba de 1826, où les nègres sont traités comme du bétail. Don Diego, humaniste convaincu, créé sa propre exploitation, trafique avec des contrebandiers et cache les raisons de sa fuite d’Espagne. Son penchant pour la belle et riche Lucia va être contrecarré par l’officier Portero, ignoble au plus haut point.

Les auteurs sont exemplaires dans leur démarche et dépeignent à merveille ce Cuba cosmopolite où les rivalités de pouvoir en laisseront plus d’un sur le carreau. Stalner officie au scénario avec Pierre Boisserie, mais également au dessin avec Éric Lambert. Mention spéciale aux coloristes Bruno Pradelle et Rémy Langlois, qui donnent un surcroît de chair à cette saga, où l’on précise : « J’en suis venu à me dire, après toutes ces années, que cette île n’aimait pas les hommes et qu’elle le leur faisait chèrement payer ». Bienvenu en enfer.

48 pages, 12,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

22 juillet 2008 - Aucun commentaire
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« La Croix de Cazenac », tome 9 « l’Ennemi », de Boisserie, Stalner et Siro. Dargaud.

croix_de_cazenac_9.jpgLa saga des Cazenac a pris un virage en abandonnant l’univers de la Première guerre mondiale. On retrouve en effet nos principaux personnages, dix ans après, en 1928 aux Etats-Unis. Ce nouveau décor, mi désert, mi buildings, sur fond de contrebande d’alcool peut dérouter, mais il y a toujours des croix cachées à découvrir.
Bien que Stalner reste au dessin (et au scénario), ce dernier est un peu moins pointilleux, mais Siro, le nouvel arrivé, devrait rapidement trouver ses marques. On a néanmoins l’impression de changer de série en retrouvant Etienne Cazenac et Azouz en agents du FBI…

Peut-être certains lecteurs seront-ils décontenancés par ces changements, et devront s’y habituer avec le prochain tome 10.

48 pages, 13 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

12 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Dantès », tome 1 « la Chute d’un trader ». Scénario Boisserie et Guillaume, dessin Juszezak. Dargaud.

dantes1.jpg« Un thriller financier implacable » affiche un sticker sur la couverture. La finance est actuellement très à la mode dans la BD mais les petites magouilles boursières peuvent se montrer lassantes. D’autant que dans « Dantec » elles prennent largement le pas sur l’action, d’ailleurs figée par un dessin ultra réaliste.

En gros on assiste à l’ascension manipulée d’Alexandre qui doit jongler avec des comptes et les marchés. Le trader doit rattraper les bourdes de son pote et collaborateur Thierry, largement porté sur la bringue et la coke. La forte amitié entre les deux boursicoteurs agace d’ailleurs Marion, la maîtresse d’Alexandre. Ca vire au « Dallas » à la parisienne, un peu froid, et il faut attendre la page 52 pour assister aux premiers coups de feu. Tu parles d’un thriller…

Enfin un « petit lexique boursier à l’usage des néophytes » (ça aussi c’est très tendance…) permettra aux ignares de savoir ce qu’est le Palais Brongniart.

57 pages.

Chronique de Jean-Marc Lernould

11 octobre 2007 - Aucun commentaire
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« Flor de Luna », tome 1 « Santa Maria Christina. De Eric Staner, Eric Lambert et Pierre Boisserie.Glénat.

florluna1.jpg« Flor de Luna » n’est pas une histoire fumeuse malgré le rôle central du cigare du même nom dans cette affaire. D’ailleurs la mention « fumer nuit gravement à la santé » figure en page de garde.

Un cigare qui apparaît voluptueux dès la première page, et savouré par un esthète, malgré la présence d’un cadavre sur un lit. De nos jours à Genève, Antoine Chatel ne semble pas perturbé par le meurtre de son patron, importateur de la fameuse plante nocive. Il prend son temps et déniche astucieusement une clef USB qui va nous offrir un récit d’une toute autre époque.

En 1825, un aventurier voyage vers Cuba à bord d’un navire négrier afin d’aller y cultiver du tabac et prendre le large avec l’Espagne où il n’est semble-t-il pas en odeur de sainteté.

Le dessin - orchestré par les deux Eric - est magnifique, très réaliste et bien travaillé avec quelques grandes cases aux perspectives originales.

C’est de l’aventure, de la vraie, avec mutinerie à bord et les réalités morbides de l’esclavage. Intéressant d’autant plus que l’on ne traite pas souvent Cuba et la Havane à cette époque, où les navires négriers peuvent gagner le port grâce à des petits arrangements entre autorités de divers pays.

Mais l’histoire ne tourne pas qu’autour de ce modeste néo tabaculteur et aborde les mœurs de l’île à travers une grande famille et un militaire arriviste, ce qui multiplie les centres d’intérêt. Une série qui débute de belle manière. Notons aussi qu’Eric Stalner a participé au scénario avec Pierre Boisserie.

48 pages, 12,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould.

2 octobre 2007 - Aucun commentaire
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« Voyageur », « Futur 1 », de Boisserie et Stalner. Glénat.

Ce n’est plus le V de « Vendetta » mais celui de « Voyageur » qui débarque dans les rayons, avec un brin d’ambition puisque les co-scénaristes Pierre Boisserie et Eric Stalner (également dessinateur) ont planifié 13 albums, le dernier devant paraître en mai 2010. On reconnaît là la patte de Didier Convard qui depuis sa série « Le triangle secret » est devenu directeur de collection chez Glénat. En effet cette saga se divisera en trois cycles, soit un voyage dans le temps qui commence par le cycle « Futur » dessiné par Stalner, puis suivra « Présent » avec Marc Bourgne au crayon et « Passé » sur lequel vont travailler Lucien Rollin, Siro, Eric Lambert et Eric Liberge. Enfin le dernier et treizième volume sera dessiné par Juanjo Guarnido (« Black Sad ») qui réalisera également toutes les couvertures.

La série débute donc par de l’anticipation et chaque cycle est découpé en quatre livres. Dans un Paris futuriste une sorte de dictateur et savant dément règne sur la rive droite avec une poigne de fer et l’appui de caméras volantes à la Big Brother. Son objectif: créer des êtres capables de se déplacer dans le temps, mais ces « prototypes » se font la belle grâce à un mystérieux Vedder. Il en restera deux qui exploreront le temps, l’un d’entre eux étant le Voyageur chargé de veiller à ne pas modifier à ne pas modifier les évènements historiques. On visitera différentes périodes, du Moyen-Age à la Seconde Guerre Mondiale en passant pas arènes de Lutèce.

Le tome 1 est agréable et divertissant et on suivra au fil des cycles la cohérence de cette nouvelle série au long cours imaginée par les auteurs de « La croix de Cazenac ».

48 pages, 12,50 €.
Chronique de Jean-Marc Lernould

16 avril 2007 - Aucun commentaire
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Boisserie à tous les temps

Pierre Boisserie se consacre désormais entièrement à la bande dessinée.

BANDE DESSINEE. Scénariste fidèle de Vaux-sur-Mer (17), Pierre Boisserie multiplie les séries. 2007 est pour lui l’année de tous les projets avec notamment la sortie d’une saga intitulée « Voyageur ».

L’homme parle avec douceur, rit souvent, affiche cette disponibilité tranquille de ceux qui aiment à donner plus qu’à imposer. Pierre Boisserie plaisante en racontant qu’il est « le premier scénariste issu d’une école de kinésithérapie ». Une plaisanterie et pourtant ! Il n’a abandonné son cabinet qu’il y a deux ans, choisissant enfin de vivre de sa plume. L’auteur de « La croix de Cazenac » (Dargaud) est un familier de Vaux-sur-Mer où il aime à passer ses vacances.

Dans les fauteuils du Café BD de Royan il partage volontiers ses expériences, ses envies, ses projets. « La croix de Cazenac », toujours, mais aussi « Voyageur » une saga entreprise pour les éditions Glénat. Treize albums prévus sur quatre ans avec pas moins de… sept dessinateurs différents. « Ce n’est pas complètement un hasard, sourit ce grand gaillard dont les racines plongent dans la terre du Périgord. J’ai toujours voulu écrire et faire de la bande dessinée. Mais quand on est adolescent, c’est une autre histoire. Il s’agissait alors d’avoir une profession et d’en vivre. Je suis devenu kiné. » L’homme aime son métier, mais ne perd pas de vue la BD. Laquelle revient dans sa vie par la case festival. Celui de Buc, dans les Yvelines, dont il intègre l’équipe organisatrice. « Cela m’a amené à rencontrer des professionnels de la BD. J’ai eu l’occasion de redémarrer. »

Sagas. Pierre Boisserie préfère oublier sa première réalisation, qui de son propre aveu, « n’a pas marché ». Et passe directement à une rencontre clef, dans les travées du festival. Elles prend les traits du dessinateur Eric Stalner. « Il travaillait alors avec son frère et cherchait à faire autre chose. Mais pas tout seul. C’était en 1998. En 1999, le premier tome de « La croix de Cazenac » est sorti. Et cela a fonctionné tout de suite. » Une saga historique sur fond de chamanisme, dont le huitième opus est sous presse.

Depuis, Pierre Boisserie écrit sans discontinuer. Des projets retenus, d’autre non. Certains signés très tôt, mais qui ont du attendre quelques années pour éclore. A l’instar du « Chant des Malpas », accepté par Dargaud en 2001, qui ne sortira que cet automne. Un rythme à prendre, que Pierre Boisserie a plus ou moins bien vécu durant quelques années. « C’était la folie, se souvient-il. J’ai commencé par prendre un peu de temps en matinée pour écrire, puis toute la matinée… » L’homme a finalement cédé à l’appel de la bande dessinée. Avec ce crédo : raconter les gens, tout autant que les histoire. « La psychologie des personnages, leur évolution, sont ce qui m’intéresse le plus. »

Dessinateurs. Le financement de l’écriture de « Voyageur » l’y a aidé. C’est un projet énorme, confie-t-il. L’histoire met en scène un voyageur du temps. Il m’a fallu deux ans pour la développer, tout mettre en cohérence. » A ses côtés, son complice Eric Stalner, mais aussi des signatures telles que Marc Bourgne, Lucien Rollin, Siro, Eric Lambert, Eric Liberge. Ou même son ami Juanjo Guardino, dessinateur du somptueux « Blacksad », qui assurera les couvertures. « Trois cycles démarrent en même temps. Passé, présent et futur… Cela commence en mars 2007. » Du travail en perspective, d’autant qu’émergent « Habanos », histoire d’une famille de planteurs de tabac voulue par Jacques Glénat lui-même, avec Stalner (toujours) et Lambert. Et « Dantes », saga économique modernisant le mythe de Monte Cristo, en collaboration avec le dessinateur Erik Juszezak et Philippe Guillaume, journaliste aux Echos. A bien y réfléchir, Pierre Boisserie est-il réellement en vacances ?

Article de Philippe Belhache

1 septembre 2006 - Aucun commentaire
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