Il est quelques séries sur lesquelles on aime à revenir, épisode après épisode, sans contrainte. Juste pour le plaisir d’en vanter les qualités, quitte à en devenir redondants. Il devient difficile, de fait, de trouver de nouveaux mots pour exprimer tout le bien que l’on pense du travail de Fabien Vehlmann et Matthieu Bonhomme sur « Le Marquis d’Anaon ». La lecture de « La chambre de Khéops », pourtant, a de quoi relancer la machine à commentaires. On y retrouve Jean-Baptiste Poulain en pleine possession de ses moyens après les heures sombres de « La Providence » et de « La bête ». Le Marquis des Âmes en Peine fait même un héritage qui le garantit financièrement pour quelques temps. Il reste cependant incapable de jouir sereinement de cette manne inattendue. Que peut bien faire un érudit curieux de chaque chose, lorsqu’il hérite d’un homme dont il ignore tout ? Se lancer sur ses traces, tout simplement, même si cela signifie traquer son fantôme en Egypte.
Les habitués des aventures de Poulain pourront se trouver désarçonnés par ce cinquième opus. Pas de monstres, de virus inconnu ou de fous meurtriers, juste l’avidité presque ordinaire de notables ivres de leur propre pouvoir, potentats aveugles à d’autres trésors que ceux qui se font monnaie sonnante et trébuchante. La quête de Jean-Baptiste Poulain, sur les traces d’Umberto Leone et de son Arcana Arcanorum – le Secret des Secrets – est pourtant d’une toute autre nature. L’homme est fasciné par la force de caractère d’un être capable de se dépouiller entièrement, d’abandonner tout ce qui faisait matériellement sa vie et son histoire, afin que rien n’entrave sa recherche d’absolu. Il s’avance ainsi sur un chemin qui n’est pas le sien. Là où traditionnellement le Marquis d’Anaon confronte l’esprit des Lumières aux peurs irrationnelles héritées d’un Moyen-Âge encore prégnant, le voici lancé dans une quête initiatique – dont les bases ne sont pas si éloignées de l’esprit maçonnique – tendant à l’élévation de l’esprit au dessus de toute autre contingence. Et quel meilleur endroit pour ce faire que l’Egypte, pays de tous les mystères ? D’autant qu’il offre à Matthieu Bonhomme une nouvelle occasion d’explorer graphiquement – avec la complicité du coloriste Delf – de nouveaux paysages, de nouvelles architectures, de nouvelles ambiances. Un album ouvert, d’une belle maîtrise, qui pose beaucoup plus de questions qu’il n’entend offrir de réponses.
48 pages, 13 euros.
Chronique de Philippe Belhache
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Fabien Vehlmann poursuit son exploration des grandes peurs du millénaire - pas celui-là, l’autre, juste avant - avec ce quatrième volet des aventures de son Marquis d’Anaon. Et progresse une nouvelle fois dans le cadre d’une série décidément remarquable. Le jeune scénariste nous plonge dans les questionnements d’un Siècle des Lumières qui peine à sortir du Moyen Âge. Dans la pénombre de croyances ancestrales dont les racines plongent dans l’ignorance d’un temps et l’isolement des hommes. Dépressif suite à ses déboires sur « La Providence », Jean-Baptiste Poulain se voit sollicité par son cousin, dragon du Roy, pour mener une chasse hors norme, sur les traces d’une « bête » qui terrorise la population. Voilà pour l’argument. Vehlmann confronte une nouvelle fois son personnage à l’irrationnel, flirtant avec le fantastique sans jamais céder à la tentation d’y tomber. La traque sert de toile de fond à l’évolution psychologique, habilement mise en abyme, de ces deux hommes face à leurs blessures, à la peur, à la perte progressive de leurs repères Jusqu’à la confrontation finale qui servira de révélateur. Un très belle histoire d’hommes, racontée sans pathos excessif. L’auteur propose plus qu’il impose, donne à comprendre sans pour autant abrutir le lecteur d’une érudition pourtant évidente. L’ensemble est magnifiquement servi par le graphisme de Matthieu Bonhomme, qui campe là des personnages sobres, terriens, charnels. L’homme excelle à opposer ombre et lumière, à travailler l’obscurité, les silhouettes taillées dans la nuit. « La bête » est certainement l’un des albums clefs de cette rentrée 2006.
Chronique de Philippe Belhache
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Matthieu Bonhomme est décidemment sur tous les fronts. Après « Providence », splendide aventure maritime du Marquis d’Anaon chez Dargaud, et « Le baleinier » premier opus des « Voyages d’Esteban » chez Milan, il pose un pied sur la planète Dupuis, collection Repérages, dans un projet développé avec un autre pilier de Capsule Cosmique, Gwen de Bonneval. Le résultat? Une série médiévale aux allures classiques, louchant de manière appuyée sur l’onirisme. Ou comment le jeune Guillaume, parti à la recherche de sa soeur disparue, peut se trouver placé dans les traces de son père, alchimiste récemment décédé.
Le pitch est alléchant, et les personnages intéressants. Poursuivi, Guillaume entraîne dans sa fuite des personnages hauts en couleurs. Tel un faux chevalier mais vrai soudard, sosie de Jean Reno à l’âme plus belle que sa mise, ou un troubadour cynique amoureux d’une belle sorcière, tante du héros titre… Laquelle amène la dose nécessaire de merveilleux, avant ce très beau final qui fait basculer le récit du réalisme cru dans le domaine du conte initiatique. La potion est connue, mais les ingrédients en sont savamment dosés. « Messire Guillaume » trouve d’emblée une tonalité, à l’image de son héros mélancolique, mis en valeur dans la très belle illustration de couverture.
« Les contrées lointaines », Messire Guillaume 1, de Matthieu Bonhomme et Gwen de Bonneval. Repérages Dupuis.
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