« R 97, les Hommes à terre », de Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau, Casterman.
Difficile de comprendre l’univers d’un marin, lorsque l’on n’a pas connu cette emprise de la mer et ces lointains vers lesquels elle nous porte. Pourtant Bernard Giraudeau possède ce talent d’écriture qui lui permet de partager, de faire ressentir dans les tripes des lecteurs le bercement des vagues ou la fureur d’un ouragan. D’abord connu en tant qu’acteur, Giraudeau a pris la plume pour conter ses périples, dont le tour du monde de plusieurs mois effectués à bord du porte hélicoptères « la Jeanne d’Arc ». Il sait évoquer l’émotion du départ et l’appel du large, les liens qui se tissent entre les hommes d’équipage, les femmes rencontrées dans chaque port et qu’on oublie malgré des promesses de fidélité, « car un marin n’a pas de liaison à part la mer ».On suit le jeune Laurens qui embarque avec en tête les récits de Conrad (on cite « Typhon ») ou Stevenson. Dans ses pas, l’aventure humaine se dessine, avec la même nostalgie que l’on peut surprendre dans les yeux d’un Corto Maltese. Christian Cailleaux anime à merveille ces rêves qui accostent à Valparaiso, à Colombo ou en Somalie sur les traces virtuelles de Rimbaud, autre héro au long cours. Le dessinateur livre des images aérées, un véritable carnet de voyage initiatique dont le navire est le centre philosophique, et dont l’intensité nous fait tanguer. Nous ne sommes plus dans « les Caprices d’un fleuve », mais au cœur de la matrice mer, possessive et exclusive. Larguez les amarres…
118 pages, 17,95 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould


Un petit western de temps en temps ne fait pas de mal, surtout lorsque l’action se déroule en 1810 sur le Missouri, c’est-à-dire dans un contexte de fraîche colonisation. On a donc surtout affaire à des trappeurs qui font commerce de diverses peaux, relativement isolés, alternant cheval et canoë pour rallier un semblant de civilisation.
Les Arcachonnais Bartoll, mari et femme, étaient présents au récent salon de Floirac. Très prolixes, ils présentaient notamment leur dernier tome de la série « L’Agence », dont chaque volume peut se lire de façon indépendante. Ancien grand reporter pour la TV, Jean-Claude, avec son épouse Agnès, photographe de formation, ont écumé les continents et avouent une prédilection pour les scénarios dévoués à l’action (voir les séries « Insiders », « Mékong » ou encore « le Terroriste » par exemple).
Alors que l’on vient d’enterrer le dernier poilu français, la Grande Guerre a pris depuis belle lurette ses quartiers au sein de la bande dessinée. A tel point que les scénaristes creusent maintenant la période qui a précédé l’horreur des tranchées et des massacres industriels (voir la chronique précédente sur « Au Bord de l’eau », de Jean-David Morvan). La décennie qui a posé les jalons de 14-18 offre aux auteurs l’avantage de choisir leur angle d’attaque, ce qu’Olivier Cotte (Olivier Cotte a réalisé des ouvrages sur le cinéma d’animation. Il signe là sa première BD) a entrepris de façon originale.
Après le récent et brillant « Hurlevent » Yves Leclerc s’est remis aux manettes avec un très bon scénario mis en images par Stéphane Heurteau. L’Irlande, et les mers qui l’entourent, servent d’écrin au récit qui débute dans les années 30 sur une petite île. Une jeune fille y apprend que son véritable père l’y a amenée et laissée là des années auparavant, repartant à bord du « Dulcibella », un petit bateau tarabiscoté. Marcia décide naturellement de prendre le large pour découvrir le secret de ses origines et ressusciter le navire. Mais sa quête provoquera de plus en plus d’intérêts plus ou moins louables, d’une part d’une société secrète et ésotérique baptisée « Socrate », d’autre part de militaires allemands très curieux et déjà impitoyables. Il semble que la fortune laissée par l’étrange géniteur à sa fille - des sesterces de Carausius - permettent de la suivre à la trace. Un père dénommé Aleister Crowley, dont le journal de bord débouche sur de nouvelles énigmes.
Après la très belle série « India Dreams », Maryse et Jean-François Charles poursuivent d’autres rêves, également de très belle tenue, bien que cette fois le mot « war » y soit accolé. « Enigma » prolonge donc « la Terre entre les deux caps », premier tome de « War and dreams » donc l’action voyage dans le temps, de la seconde guerre mondiale à nos jours.
Soyons honnêtes: si ce blog privilégie les nouveautés, on peut aussi craquer pour une réédition belle à mourir. De port en port, de l’Europe du nord qui paraît si ordonnée, au sud un peu plus bordélique, Christin et Mézières ont conçu dans les années quatre-vingt un carnet de voyage, ou plutôt un carnet d’enquête (les deux mon capitaine) dont la pièce centrale du puzzle s’appelle Lady Polaris.
Dans sa préface François Schuiten explique: « Il est des sujets de livres qui longtemps se cachent », et il rappelle « un voyage douloureux » d’Etienne Schréder. Car cette autobiographie débute sans concession: « Je m’appelle Etienne et je suis alcoolique ». Une phrase et un livre que l’auteur a mis 15 ans à écrire, occultant par pudeur certains passages de sa galère, mais mettant largement en perspective sa déchéance.
Ce deuxième et dernier tome du commissaire Malone est inspiré du personnage créé par le romancier Michel Rio, épaulé au dessin par l’Italien Pierpaolo Rovero.