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« R 97, les Hommes à terre », de Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau, Casterman.

r97.jpgDifficile de comprendre l’univers d’un marin, lorsque l’on n’a pas connu cette emprise de la mer et ces lointains vers lesquels elle nous porte. Pourtant Bernard Giraudeau possède ce talent d’écriture qui lui permet de partager, de faire ressentir dans les tripes des lecteurs le bercement des vagues ou la fureur d’un ouragan. D’abord connu en tant qu’acteur, Giraudeau a pris la plume pour conter ses périples, dont le tour du monde de plusieurs mois effectués à bord du porte hélicoptères « la Jeanne d’Arc ». Il sait évoquer l’émotion du départ et l’appel du large, les liens qui se tissent entre les hommes d’équipage, les femmes rencontrées dans chaque port et qu’on oublie malgré des promesses de fidélité, « car un marin n’a pas de liaison à part la mer ».

On suit le jeune Laurens qui embarque avec en tête les récits de Conrad (on cite « Typhon ») ou Stevenson. Dans ses pas, l’aventure humaine se dessine, avec la même nostalgie que l’on peut surprendre dans les yeux d’un Corto Maltese. Christian Cailleaux anime à merveille ces rêves qui accostent à Valparaiso, à Colombo ou en Somalie sur les traces virtuelles de Rimbaud, autre héro au long cours. Le dessinateur livre des images aérées, un véritable carnet de voyage initiatique dont le navire est le centre philosophique, et dont l’intensité nous fait tanguer. Nous ne sommes plus dans « les Caprices d’un fleuve », mais au cœur de la matrice mer, possessive et exclusive. Larguez les amarres…

118 pages, 17,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

7 mai 2008 - Aucun commentaire
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Mardi 6 mai 2008 : Schuiten et Peeters

Après la série d’albums « Les Cités obscures » qui mettait en scène « le futur du passé », François Schuiten et Benoît Peeters se sont lancés un nouveau défi : rêver l’avenir de notre monde, se risquer à une véritable prospective, dans la lignée des visions de Jules Verne et de Robida…

Le mardi 6 mai, ils seront au théâtre d’Agen à 20 h 30 pour une « conférence-spectacle ».

La série “Les Portes du Possible” a été publiée en feuilleton dans Courrier International, ainsi que dans les journaux belges Le Soir et De Morgen, et est parue sous forme de livre aux éditions Casterman. Chaque page développe une anecdote, de manière à la fois ludique et informée. On ne cherche pas à décrire l’avenir de manière plausible, moins encore à dire à quoi il devrait ressembler, expliquent les auteurs. « Ce que nous voudrions, c’est intriguer, faire rêver, lancer des pistes de réflexion. »

Dans “Les Portes du Possible”, Schuiten et Peeters évoquent quelques scénarii plus ou moins fantaisistes pour les prochaines décennies : des Rochers habités aux Ecoles du Tri, de la Fracture Funèbre aux Pèlerins de l’Industrie, en passant par les Toitures Nomades, les Nouveaux Echassiers et les Voitures-Cocons…Un regard mi-sérieux mi-amusé sur un futur peut-être pas si lointain.


La conférence musicale que proposent François Schuiten et Benoît Peeters s’appuie sur ces images projetées sur grand écran et soutenu par les interventions musicales du compositeur Bruno Letort.

« Wild River », tome 1 « le Raid », de Wagner et Seiter. Casterman.

wilriver.jpgUn petit western de temps en temps ne fait pas de mal, surtout lorsque l’action se déroule en 1810 sur le Missouri, c’est-à-dire dans un contexte de fraîche colonisation. On a donc surtout affaire à des trappeurs qui font commerce de diverses peaux, relativement isolés, alternant cheval et canoë pour rallier un semblant de civilisation.

Mais évidement il faut compter avec les Indiens, dont les Shawnee qui poussent à la révolte et effectuent quelques razzias sanglantes sur les fermes éparses. L’enlèvement d’Elisabeth et de son jeune fils va bouleverser le « quotidien » du mari, Robert Frazer, qui va suivre la piste des kidnappeurs en compagnie de quelques amis et de son frère récemment débarqué dans ce monde encore sauvage, où la nature est loin d’être apprivoisée.

Le dessin de Vincent Wagner est impeccable et contribue largement au souffle épique de l’histoire, avec notamment une mise en couleurs chatoyante. Quant à la trame, si de prime abord elle ne semble pas des plus originales (retrouver et ramener la famille au bercail), elle offre des perspectives moins communes, en abordant de front la violence et des marchandages douteux.

Cette série trouvera certainement un second souffle puisqu’elle ira fouiner dans la vie et les coutumes des Indiens. La superbe couverture est le reflet parfait de ce qui vous attend au fil des pages.

48 pages, 11,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 avril 2008 - Aucun commentaire
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« L’Agence », tome 3 « Dossier Machu Picchu », de Jean-Claude et Agnès Bartoll (scénario) et Thomas Legrain (dessin). Casterman.

machu_picchu.jpgLes Arcachonnais Bartoll, mari et femme, étaient présents au récent salon de Floirac. Très prolixes, ils présentaient notamment leur dernier tome de la série « L’Agence », dont chaque volume peut se lire de façon indépendante. Ancien grand reporter pour la TV, Jean-Claude, avec son épouse Agnès, photographe de formation, ont écumé les continents et avouent une prédilection pour les scénarios dévoués à l’action (voir les séries « Insiders », « Mékong » ou encore « le Terroriste » par exemple).

Le « Dossier Machu Picchu ne déroge pas à cette règle, mettant en scène une équipe d’archéologues, dont le docteur Bernstein, une jeune femme qui par chance découvre une lettre du XVI ème siècle écrite par un conquistador avec son sang, et qui révèle l’emplacement de la tombe et du trésor du grand Inca Atahualpa. Un rêve vite troublé par les convoitises d’un amateur d’art dénué de tout scrupule. Malgré la volonté de proposer un one-shot on peut parier que ce bras de fer se poursuivra dans un autre album.
Saluons le dessin de Thomas Legrain, très réaliste et peaufiné (ce sont ses véritables débuts en BD), bien servi par les couleurs de Gaëlle Tejan-Cole. Les Bartoll avouent d’ailleurs un grand éclectisme dans le choix de leurs collaborateurs, proposés par les éditeurs ou rencontrés sur des salons, voire repérés sur Internet (comme quoi les blogs ne sont pas qu’anecdotiques).

Au total, le « Dossier Machu Picchu » permet de passer un bon moment de lecture.

48 pages, 9,80 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 avril 2008 - Aucun commentaire
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« Le Futuriste », de Cotte et Stromboni. Casterman.

futuriste.jpgAlors que l’on vient d’enterrer le dernier poilu français, la Grande Guerre a pris depuis belle lurette ses quartiers au sein de la bande dessinée. A tel point que les scénaristes creusent maintenant la période qui a précédé l’horreur des tranchées et des massacres industriels (voir la chronique précédente sur « Au Bord de l’eau », de Jean-David Morvan). La décennie qui a posé les jalons de 14-18 offre aux auteurs l’avantage de choisir leur angle d’attaque, ce qu’Olivier Cotte (Olivier Cotte a réalisé des ouvrages sur le cinéma d’animation. Il signe là sa première BD) a entrepris de façon originale.

Le récit semble d’abord se consacrer à la vie d’artiste de Luciano, peintre bohème et sans le sou, qui, en 1912, côtoie Picasso ou Apollinaire et leurs collègues. Le peintre se cherche, boit abondement, néglige son amie Marie, jusqu’au jour où il cède aux sirènes d’une étrange commande. Son cheminement n’est pas nouveau en soi, mais le travail proposé à Luciano (des scènes d’une guerre future, à l’instar des machines imaginées par Robida, cet « autre Jules Verne ») va largement influer sur son comportement, mais également sur l’Histoire elle-même… de façon diabolique. Le peintre se repentira peut-être d’avoir citer Marinetti (« Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde-, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme ») avant le début des hostilités (Marinetti fut un écrivain italien (1876-1944) précurseur du mouvement littéraire futuriste. Nationaliste, puis favorable au fascisme, il sera cependant désavoué par le gouvernement de Mussolini pour son « art dégénéré »).

Jules Stromboli a opté pour des teintes ocres, proches du crayonné, avec ici et là des lettrages qui rappellent ceux des collages des surréalistes. Il s’y fond parfois des photographies de machines de guerre, bien réelles celles-là, et la sensation désagréable que l’art peut aussi avoir sa part de responsabilité dans les tragédies humaines.

56 pages, 13,75 euros.

Chronique des Jean-Marc Lernould

15 avril 2008 - Aucun commentaire
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« Lautremer », tome 1 « La Société Socrate », de Heurteau et Leclercq. Casterman.

lautremer.jpgAprès le récent et brillant « Hurlevent » Yves Leclerc s’est remis aux manettes avec un très bon scénario mis en images par Stéphane Heurteau. L’Irlande, et les mers qui l’entourent, servent d’écrin au récit qui débute dans les années 30 sur une petite île. Une jeune fille y apprend que son véritable père l’y a amenée et laissée là des années auparavant, repartant à bord du « Dulcibella », un petit bateau tarabiscoté. Marcia décide naturellement de prendre le large pour découvrir le secret de ses origines et ressusciter le navire. Mais sa quête provoquera de plus en plus d’intérêts plus ou moins louables, d’une part d’une société secrète et ésotérique baptisée « Socrate », d’autre part de militaires allemands très curieux et déjà impitoyables. Il semble que la fortune laissée par l’étrange géniteur à sa fille - des sesterces de Carausius - permettent de la suivre à la trace. Un père dénommé Aleister Crowley, dont le journal de bord débouche sur de nouvelles énigmes.

Le mystère est à l’horizon du grand large, tapi au creux de ces paysages marins qu’excelle à peindre Stéphane Heurteau, dont certaines vagues semblent jaillir d’un livre d’estampes japonaises. Le dessinateur montre également son savoir-faire en matière de couleurs qu’il sait parfaitement assembler. Alors n’hésitez pas à hisser les voiles…

48 pages, 11,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

14 avril 2008 - Aucun commentaire
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« War and dreams », Tome 2 « le Code Enigma », de Maryse et Jean-François Charles. Casterman.

code_enigma.jpgAprès la très belle série « India Dreams », Maryse et Jean-François Charles poursuivent d’autres rêves, également de très belle tenue, bien que cette fois le mot « war » y soit accolé. « Enigma » prolonge donc « la Terre entre les deux caps », premier tome de « War and dreams » donc l’action voyage dans le temps, de la seconde guerre mondiale à nos jours.

Le grand-père teuton, Erwin, se remémore ces plages de l’Atlantique d’où il guettait un éventuel débarquement allié, tout en profitant de ses moments de liberté pour peindre une jolie rousse énigmatique et autiste dont il tombe amoureux. D’autres, Américains cette fois, reviennent sur leurs missions de bombardements aériens tandis qu’un Anglais replonge dans Le Caire de 1942 où l’espionnage se mêle à un amour torride entre l’officier et une très ardente brunette. C’est ce décor cairote qui nous vaut d’ailleurs l’une des plus belles planches de Jean-François Charles - qu’il a signé -, soit une contre-plongée ébouriffante sur une ruelle commerçante de la métropole, une image qui résume d’un coup d’œil acéré le cœur du récit.

La guerre et les amours continuent cahin cacha leur petit bonhomme de chemin, sans pour l’instant que l’horreur prenne le pas sur la nostalgie des hommes pour ces parenthèses entrevues le temps d’un répit. Le temps se déroule, lentement, à l’image d’  « Un été 42 ». Il rendra son verdict définitif dans le tome 3, « le Repaire du mille-pattes ».

48 pages, 11,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

11 avril 2008 - Aucun commentaire
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« Lady Polaris », de Christin et Mézières (réédition). Casterman.

lady_polaris.jpgSoyons honnêtes: si ce blog privilégie les nouveautés, on peut aussi craquer pour une réédition belle à mourir. De port en port, de l’Europe du nord qui paraît si ordonnée, au sud un peu plus bordélique, Christin et Mézières ont conçu dans les années quatre-vingt un carnet de voyage, ou plutôt un carnet d’enquête (les deux mon capitaine) dont la pièce centrale du puzzle s’appelle Lady Polaris.

Lady Polaris, nom d’un cargo, inspiré du pseudonyme d’une femme mystérieuse, et qui a explosé en mer dans des circonstances étranges. Un beau prétexte pour que nos deux enquêteurs arpentent l’Europe, de la Baltique gelée à Bilbao, afin de recomposer l’improbable scénario d’un fait divers.
Mézières illustre ce voyage avec quelques dessins qui rappellent l’odyssée de Valérian, mais aussi et surtout avec un coup de pinceau étonnant de vivacité, et d’une plume emplie de rêves. On a du mal à rester insensible à ce couple enlacé, qui de sa fenêtre, contemple le port de la lune de Bordeaux, et regarde passer les pêcheurs d’aloses. Un dessin qui sent la mer, un dessin qui sent l’amour.

Cet album préfigurait peut-être « les Phalanges de l’Ordre noir », autre parcours européen de Christin, cette fois avec Bilal. Mais la dernière page ne renie pas ses vingt ans d’âge, relatant ce qui a changé et évolué « depuis que ce livre a été écrit et dessiné »: « Il y a un tramway mais plus un seul cargo sur le port de la Lune à Bordeaux ».
Reste cette étrange femme blonde, Lady Polaris, qui demeure inoubliable, de Copenhague à Gênes, et ces deux cinglés d’auteurs qui se sont embarqués pour le grand large du rêve. Un brise-glace contre la monotonie.

85 pages, 14,75 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

5 mars 2008 - Aucun commentaire
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« Amères saisons », d’Etienne Schréder. Casterman (collection Écritures).

ameres_saisons.jpgDans sa préface François Schuiten explique: « Il est des sujets de livres qui longtemps se cachent », et il rappelle « un voyage douloureux » d’Etienne Schréder. Car cette autobiographie débute sans concession: « Je m’appelle Etienne et je suis alcoolique ». Une phrase et un livre que l’auteur a mis 15 ans à écrire, occultant par pudeur certains passages de sa galère, mais mettant largement en perspective sa déchéance.

L’homme travaille en tant que greffier à la prison de Bruxelles en 1979, mais il picole, et ça finit par se voir. Il prend quelques vacances pour se faire oublier mais « l’alcool t’est déjà nécessaire. Sans lui tu es un autre, sans imagination ni relief ». Ajoutant: « les poètes maudits, les ivrognes de génie sont autant de diversion à tes lâchetés ».
L’administration se lasse et souhaite le récuser. Si au départ le mot ivre est remplacé par « fatigué » ou « indisposé » la cure de désintoxication se profile. Sans effet pour Etienne: Simplement cesser de boire ne me serait jamais venu à l’esprit ». La sanction tombe avec la démission, étoffée par un dossier qui montre que cette prison a soigneusement noté tous ses faits et gestes pour mieux le coincer. Démission qui semble tout d’abord une bonne idée au dipsomane qui souhaite boire en paix. Mais l’alcool trace sa route tandis qu’il faut faire l’apprentissage de la rue. Déchéance d’Avignon à Marseille, la zone au détour de chaque pavé car « Même pour un ivrogne, je buvais trop ».
Ce dessin fantomatique évidement noir sur fond de nuages gris, n’est qu’une « dissection en noir et blanc du paysage et des gens, des ombres ». Le récit est d’une véracité confondante, notamment sur la difficulté de ne pas replonger sitôt une cure achevée, méticuleux dans sa détresse. « Inadapté parmi les marginaux, marginal parmi les gens normaux », l’alcool est bien une maîtresse qui occulte tout le reste. Etienne a fini par se défaire, non sans douleur, d’une maladie tenace, pour en réaliser une œuvre majeure, longuement mûrie.

216 pages, 12,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

15 février 2008 - Aucun commentaire
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« Malone, faux pas », tome 2 « la Raison du monde », de Rio et Rovero. Casterman.

malone2.jpgCe deuxième et dernier tome du commissaire Malone est inspiré du personnage créé par le romancier Michel Rio, épaulé au dessin par l’Italien Pierpaolo Rovero.
Mieux vaut avoir lu le premier volume pour suivre ce dédale de rebondissements, où les cadavres tombent comme des mouches. Le milliardaire Alberti y passe très vite ad patres, accompagné de tout son personnel, et d’autres cercueils suivront.

Inutile d’essayer de résumer cette histoire complexe dont le mystère fait tout le charme, et même un as de la police comme Malone aura du fil à retordre dans ce récit imprégné de désespoir sous-jacent. A comparer avec le roman éponyme paru au Seuil.

48 pages, 9,80 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

14 février 2008 - Aucun commentaire
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