
Deux westerns pour le prix d’un ce mois-ci chez Dupuis qui s’adressent à deux publics différents : le méconnu Chinaman et les sur-médiatisés Tuniques Bleues. Le dernier (façon de parler, car on n’arrêtera pas de sitôt le duo Cauvin – Lambil) Tuniques Bleues, le tome 51 donc, nous entraîne sur les pas d’un Capitaine Stark un peu à côté de la plaque. Raoul Cauvin a eu une hallucination et transforme le fantasque Stark, roi de la charge et de la sauvagerie, en un adorable tailleur pour hommes !

Il faut le lire pour le croire, et, à notre âge, on n’y croit pas trop, surtout que le scénario n’a rien d’ébouriffant ; l’action, entre deux scènes de coutures et trois charges, est même un peu trop molle à notre goût. Reste le dessin simple et efficace de Lambil, le même qu’à l’époque bénie (et bien révolue) du « David » ou de « Blue Retro ». Plus intéressante est la saga de John Chinaman, un Chinois plongé dans les Etats-Unis du XIXe siècle. Ici, le héros aux yeux bridés n’est pas blanchisseur, mais un tranquille convoyeur. Cet ancien garde du corps condamné à l’exil essaie aussi de se faire une place dans le monde des Blancs, qui ne sont pas toujours très sympas avec celui qu’ils appellent le « chinetoque ». « Tucano », le T9 de la série initiée il y a dix ans par le duo TaDuc (Français d’origine Vietnamienne) - Le Tendre (s’il ne fallait en relire qu’un, l’excellent « Mister George »), est une conclusion très distrayante (surtout dans les scènes de règlements de compte finales) du premier diptyque de la série. « Chinaman » est sans doute à un tournant, puisque plusieurs personnages secondaires sont apparus dans ces deux derniers tomes et pourraient donc continuer aux côtés du héros. A suivre dans les prochaines histoires de cette saga qu’il faudrait plutôt rapprocher de feu « Comanche » plutôt que « Blueberry ».
Tuniques Bleues, 48 pages, 8,5 euros
Chinaman, 48 pages, 9,8 euros
Chronique de Christophe Berliocchi
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Achdé (Hervé Darmenton, d’où HD) est aujourd’hui au sommet de la pyramide BD depuis le succès phénoménal de la reprise des aventures de Lucky Luke avec Laurent Gerra. Un rappel, confié par l’auteur lui-même lors de l’inauguration de la FNAC de Bayonne : « La Belle Province » s’est écoulé à quelque 680 000 exemplaires en un an d’exploitation, excusez du peu. Mais Achdé, ce n’est pas que la reprise (très réussie) du célèbre cow-boy de Morris. C’est aussi « CRS = détresse », la série d’humour qu’il anime chez Dargaud avec Cauvin, depuis 15 ans. Et ce nouveau tome, « Des coups dans les urnes », sorti en pleine actualité présidentielle (le 4 mai), est dans la lignée des précédents, avec un excellent dessin caricatural d’Achdé et des gags franchement réussis de Cauvin. Le Belge aux 1000 séries (on exagère un peu, là) est à l’aise dans ce milieu des CRS, il brocarde sans vraiment les départager policiers et manifestants ; le héros récurrent de la série Eugène Lacrymo, son boulot et son univers familial, lui sert de prétexte à des planches drôles et divertissantes, mais où la satire sociale n’est jamais loin. Ici, la réflexion des deux auteurs sonne juste, on devine une vraie complicité entre eux : « J’aime cette série, confiait Achdé à Bayonne, elle me tient à cœur, car je la réalise avec mon ami Raoul Cauvin. Cela fait très longtemps que l’on se connaît et c’est toujours un plaisir de le retrouver. » A la lecture de ce réjouissant tome 13, cela se sent.
Chronique de Christophe Berliocchi
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Malik ? Drôle de choc de retrouver le dessinateur d’Archie Cash, héros musclé de notre jeunesse découvert dans les pages de « Spirou » dans une série humoristique gentillette qui ne mange pas de pain, « Cupidon ». Archie Cash, à l’époque, avait fait du bruit : pas parce que le baroudeur moustachu avait les traits de Charles Bronson, mais parce que les auteurs, Malik (William Tai) donc et Jean-Marie Brouyère, dès le premier tome (le sulfureux « Maître de l’épouvante », déjà chez Dupuis) avaient eu maille à partir avec la censure française. Malik, né de parents eurasiens, usait d’un trait efficace et dynamique pour compter les aventures musclées, parfois hot et même limite vulgaires, de son clone de Bronson en bande dessinée. L’aventure Archie Cash a duré 18 albums, que l’on retrouve maintenant assez souvent chez les soldeurs et autres bouquinistes à 6 euros, à côté de ses autres séries de la même trempe publiées dans les années 80 (« Johnny Paraguay » et « Chiwana »). Malik a pris un virage à 180° en 1988 en se lançant avec le scénariste Raoul Cauvin dans la série humoristique tout public « Cupidon ». Vingt ans et 19 albums plus tard, le tandem fonctionne toujours pour compter les déboires et les joies de l’amour à travers le prisme de leur petit Ange qui s’occupe ici du jeune Raphaël. Un cas désespéré : le garçon, large franche, lunettes rondes, se comporte comme un manche avec les filles et s’en prend de « bonnes » à chaque planche. Bon d’accord, au bout de quelques pages, le « gimmick » devient quelque peu lassant. Mais le trait épuré de Malik est assez plaisant. Même si on préférait, et de loin, son style réaliste du temps de Cash.
Chronique de Christophe Berliocchi
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Soyons honnêtes. Les critiques ne sont pas toujours tendre avec Raoul Cauvin, les lauriers ne lui sont souvent tressés qu’au sein même du Spirou Hebdo. Et « Cédric » a aujourd’hui un tel succès qu’on ne sent pas toujours obligé de la soutenir d’une parole encourageante. Et pourtant Cet artisan du gag, qui confesse lui-même avoir craint d’avoir à se comparer à Goscinny, n’est jamais meilleur que dans ce format d’histoires courtes. Celui qui a permis d’engranger quelques uns de ses plus beaux succès, « Cédric » mais aussi les « Femmes en Blanc », « Pierre Tombal » ou même (souvenez-vous) « Pauvre Lampil ». Avec un concept tout simple - Papa, Maman, Pépé, les copains, les premières amours - Cauvin a tricoté une petit merveille de tendresse au message universel. Certes, la série fonctionne à grand renfort de comique de répétition - carnets de note plutôt salés, prises de bec entre Pépé et son gendre, la honte devant les filles (surtout Chen) - mais la mécanique est huilée et fonctionne à plein régime. Le graphisme dynamique de Laudec fait toujours merveille, même à 21 tomes révolus. « Cédric » fait partie de ces titres que l’on peut offrir les yeux fermés aux enfants, en confiance. Monsieur « 40 millions d’albums » aurait-il encore frappé ? Non ? Si. Rhôôô
Chronique de Philippe Belhache
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