Adapté de la BD de David Lloyd, ce film spectaculaire produit par les frères Wachovski (« Matrix ») séduira les inconditionnels du genre. Mais pas les autres.La question de savoir si, ontologiquement, la BD est irréductible au cinéma, ne sera pas tranchée ici. L’expérience montre qu’il est de bonnes et de moins bonnes adaptations, reste à savoir ce qu’on attend d’un film. Il est probable que les amateurs du roman graphique « V pour vendetta » auront plaisir à retrouver sur grand écran l’univers de David Lloyd, d’autant que la transposition opérée par James McTeigue, assistant des frères Wachovski par ailleurs producteurs du film, est le fruit d’un travail fidèle et assidu. D’ailleurs, le film a d’abord été adapté par les frères Wachovski qui devaient le tourner, puis le scénario a été repris, resserré et déplacé dans le temps de façon à mieux coller à notre époque. Il en résulte une histoire pleine de bons sentiments, bourrée de messages où il apparaît que la tyrannie est mauvaise pour le peuple et que le peuple, quand il a peur, est mauvais pour lui même…
La race des rebelles. Rien de nouveau sous le soleil, donc, sinon une intrigue faussement complexe, étoffée par des va-et-vient entre passé et avenir qui font mousser le récit sans lui donner beaucoup d’épaisseur. En deux mots, « V pour vendetta », le film, est un vaste bouillon d’anticipation où mijotent des ingrédients sans surprise : la vengeance d’un homme seul, des lampions serviles, une jolie fille qui se rebelle (Natalie Portman), un régime totalitaire et une histoire d’amour très platonique. Accessoirement, le fameux V qui se tient masqué, sauve Evey, une jeune fille dont la famille a été broyée par le régime en vigueur dans les années 2000 et des poussières et, ce faisant, fomente une révolution tout en révélant à Evey qu’elle est de la race des rebelles.
Ajoutons un soupçon de mythologie faustienne, quelques références cinématographiques et un assortiment d’explosions, et l’on aura une idée de cette machine cinématographique filmée à grand renfort d’effets par un cinéaste qui a trop (et mal) regardé « Orange mécanique » et « Phantom of Paradise ». Cette accumulation de clichés revisités à la va-vite, la grandiloquence de la narration qui s’offre quelques clins d’oeil shakespeariens, et l’assommant bavardage des protagonistes qui philosophent en termes choisis sur la liberté, la peur et la vengeance, constituent, somme toute, un catalogue éloquent de bonnes intentions sans le moindre intérêt.
Et, bien que le genre nous invite à l’action et au spectaculaire, on cherche vainement un peu d’invention, de poésie et d’humour durant ces deux heures dix de mièvre remue-ménage. Reste que Natalie Portman tire miraculeusement son épingle du jeu, interprétant la jeune fille rebelle comme si elle accomplissait le rôle de sa vie. Quant à Hugo Weaving, dont seule la voix nous parvient puisqu’il passe tout le film derrière un masque souriant ni inquiétant, ni beau, ni rien du tout, juste souriant , il a un ton cauteleux de bout en bout qui, en la circonstance, est une sorte de prodige.
« V pour vendetta » de James McTeigue. Avec Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea, John Hurt. Durée : 2 h 10. En salles actuellement.
Critique de Sophie Avon.
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