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En audio - Eric Corbeyran

Photo Ph.B.


Né en 1964 à Marseille, Corbeyran vit et travaille à Bordeaux. Après avoir touché à la photo, au conte pour enfants et à la publicité, il s’oriente définitivement vers le scénario de BD, activité qu’il exerce depuis 1990, avec une centaine d’albums publiés à ce jour (notamment chez Dargaud, Delcourt et Casterman). Curieux de tout, friand d’images et d’anecdotes, Corbeyran s’intéresse aux sujets les plus variés et aborde de nombreux genres : fantastique, historique, thriller, aventure, policier… A l’aise dans des registres plutôt musclés, Dargaud lui offre en 1993 la possibilité de publier des récits empreints de tendresse et de poésie comme Graindazur ou L’As de Pique. De ses collaborations régulières avec Berlion, Falque et Guérineau, on retiendra quelques titres de séries grand public qui font aujourd’hui partie du paysage de la bande dessinée : Le Cadet des Soupetard, Sales Mioches !, Le Fond du Monde et Le Chant des Stryges. 1999, parution d’un nouvel album dans la collection Long Courrier : Lie-de-vin chez Dargaud qui est nominé pour l’Alph’Art du meilleur album de l’année à Angoulême 2000 (Source : éditions Dargaud).


Combien de séries en cours ?

(rires) Je ne sais pas. Je préfère ne pas le savoir, ne pas compter, ne pas évaluer tout ça pour ne pas m’effrayer. Je veux garder la tête froide. Je sais que j’en ai beaucoup, les gens que je croise me le confirment. Parfois, en y mettant une petit astérisque négative. Mais en même temps, je travaille comme ça. Je travaille plutôt tourné vers l’avenir. J’essaye de ne pas savoir ce qui est en cours pour me tourner vers ce que j’ai à faire. Je ne sais pas combien. Beaucoup je crois. Je suis capable d’écrire une BD par mois. Faites le calcul…


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Des albums avec des concepts très différents de l’un à l’autre. Une série de la collection Cosmo de Dargaud, « Nanami », qui introduit de nouveaux modes de narration ; « La loi des XII tables », avec un album par mois chez Del court ; et « Le chant des Stryges » (Delcourt) qui évolue sans cesse avec des séries dérivées. Trois en tout ?

Deux séries dérivées (« La clan des Chimères » et « Le maître du jeu », ndlr) et une troisième l’année prochaine.

Vous ne comptez pas « Asphodèle » ?

On ne peut la compter. « Asphodèle » est plutôt un cross over, en termes techniques. « Asphodèle » croise l‘univers des Stryges sur un album, mais ce n‘était pas conçu pour être une série parallèle aux Stryges. C‘était une envie du dessinateurs qui souhaitait croiser les univers. Cela fait plaisir, on s’est fait plaisir aussi. C’est la notion de défi m’intéresse là dedans. C’est à dire essayer d’avoir plusieurs cordes à son arc.


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J’ai une technique, je sais développer un scénario de bande dessinée. Maintenant la forme, que ce soit un manga de 80-90 pages ou des récits de 30 pages sur 12 récits, la forme influence beaucoup le fonds de ce qu’on raconte. Ce qui m’intéresse aussi - cela fait une quinzaine d’années que je fais de la bande dessinée - c’est de faire varier un petit peu les plaisirs et de prendre les défis quand il arrivent. Essayer de relever à chaque fois… On me fait des propositions, comme Djillali est venu avec sa proposition de faire un planche par jour pendant un an au niveau graphique (pour « La loi des XII tables », ndlr). Ça m’a intéressé par ce que je me suis dit que je pouvais relever le défi, écrire 365 planches en un an. C’est monumental ! Le défi m’intéresse. Ensuite, quand l’éditeur Dargaud Benelux me propose de faire un album dans une collection (Cosmo, ndlr) qui serait une espèce de pont entre la narration japonaise et la narration européenne, le défi m’intéresse aussi. Ce n’est pas que j’ai fait le tour du 48 pages cartonné couleur, mais avoir d’autres cordes à son arc, d’autres horizons, d’autres terrains de jeux, c’est toujours intéressant quand que tu fais ça toute la journée, douze heures par jour.

Oui, c’est une série que nous avions initiée il y a un petit moment déjà. Mais faute de temps et d’opportunités, on n’avait pas réussi à la mener à bien. On a trouvé un dessinateur qui va s’occuper de la série, qui va parler des stryges dans un milieu plus « science-fiction ». On a parlé du passé des Stryges avec « Le clan des Chimères ». On va maintenant aborder l’avenir des Stryges avec « Les hydres d’Arès », qui paraîtra… Je n’ai pas de date encore très précise, mais je pense que si je dis janvier 2007, je ne me trompe pas trop. Avec un jeune dessinateur qui s’appelle Alexis Sentenac.


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Pour « Nanami » (Dargaud), il y a un double enjeu. C’est là une bande dessinée qui se prête à un public particulier…

Oui, cela faisait partie des contraintes éditoriales que l’on nous a donné quand on nous a présenté la collection. Les éditeurs de bandes dessinées et autres viennent de s’apercevoir que les filles lisent. C’est plutôt une bonne nouvelle ! (sourire) J’ai essayé d’orienter un peu les sujets vers des préoccupations plutôt féminines. C’est pour cela que je me suis associé pour ce projet à deux jeunes femmes, une qui dessine et l’autre qui coécrit le scénario avec moi.


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Amélie Sarn, avec qui vous aviez déjà collaboré en adaptant son livre « Elle ne pleure pas, elle chante » (Delcourt)…

Nous n’avions pas collaboré encore ensemble. Amélie n’avait pas participé à l’adaptation du livre. Elle m’avait fait confiance, elle avait accepté de me laisser adapter son roman, mais nous n’avions pas encore collaboré. Là, pour l’occasion, elle a vraiment coécrit avec moi. C’est notre première vraie collaboration.


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Une grande partie de vos oeuvres fait appel à des univers fantastiques. C’est un besoin ?

J’utilise le fantastique parce qu’il peut facilement se prêter à la métaphore. Essayer de transcrire le réel est quelque chose d’extrêmement difficile, d’extrêmement complexe. Et parfois, lorsque vous avez envie de parler d’une chose qui vous paraît intéressante. Plutôt que de plonger dans un univers réel où il faudrait complexifier le sujet, je préfère des fois l’extraire et l’utiliser dans un contexte fantastique. Il est vrai que j’ai tendance à… J’ai une affection particulière pour le cinéma d’horreur, le cinéma de science fiction. Pour la littérature de genre, aussi, la littérature fantastique. Donc c’est vrai que j’ai plutôt tendance à choisir la métaphore dans le fantastique plutôt que le traiter de manière plus ancrée dans le réel. Certains le font très bien. Je l’ai fait aussi. Mais il est vrai que je me laisse plus facilement embarquer dans une explication fantastique.


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Il y a également deux nouveaux tomes d’Imago Mundi. On entre dans un tout autre domaine.

Oui. Là encore, le concept est intéressant. C’est à dire que l’on sort deux albums simultanément, qui racontent une histoire en un récit de 92 pages, deux fois 46 pages. Là, je m’associe avec un scientifique, Achille Braquelaire, directeur du laboratoire informatique de Bordeaux 1. C’est un ami intime, avec qui je travaille depuis des années. Nous écrivons ensemble les scénarios, en tous cas les synopsis d’Imago Mundi. Je m’occupe ensuite du découpage. Ce sont des thrillers scientifiques avec la caution de mon ami Achille. Il m’aide à développer les histoires qui vont ensuite être mises entre les mains du trio de l’agence Imago Mundi. L’idée est d’avoir une équipe d’archéologues virtuels, pour faire simple dans l’explication. Et ces archéologues virtuels vont aller fouiller des endroits qui sont inaccessibles à la main humaine.


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On ne peut pas aller fouiller dans les abysses, au fond des mers. Il faut une technologie particulière car l’homme n’a pas sa place à cet endroit là. Donc, on peut aller fouiller à l’intérieur d’un volcan en éruption, on peut aller fouiller sous le sable, enfin on peut aller fouiller à tout un tas d’endroits où on ne peut pas physiquement aller, ou simplement parce qu’on n’a pas droit de détruire la nature. Donc, on fait appel à l’agence Imago Mundi, qui par des moyens technologiques va réussir à identifier ce qui se passe dans le sous-sol et ensuite à réaliser le travail d’archéologue sans avoir à donner un seul coup de pelle.

Avec un critère d’anticipation technologique, façon « Abyss » ?

Voilà. La technologie que l’on décrit dans Imago Mundi n’existe pas encore. On n’est pas loin. On n’est vraiment pas loin d’y être. D’ici cinq ou six ans, ce ne sera plus de l’anticipation. Mais il est vrai que la technologie mise en oeuvre dans la BD n’existe pas encore, elle est encore un peu magique.


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Vous faite partie des scénaristes parmi les plus prolifiques du moment. La tendance avait disparu durant quelques années. Plusieurs noms reviennent aujourd’hui comme Jean-David Morvan, ou même plus proche d’ici Denis-Pierre Filippi et un certain nombre d‘autres de vos confrères. C’était une nécessité de revenir cette politique de scénaristes avec un imaginaire riche ? Durant un temps, nous étions plutôt tournés vers le tout auteur…


Oui. En fait, le tout auteur, moi je ne suis pas contre. Mais en tant que scénariste, je préfère des dessinateurs qui font appel à moi. Cela me permet d’exercer mon métier dans de bonnes conditions. (sourires) Ce que je veux dire par là, c’est que les éditeurs se sont aperçus à un moment que le tout auteur mettait en avant le visuel, en tant que spectacle. Et négligeait un petit peu le suspense, négligeait un petit peu l’intérêt narratif du récit.


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Depuis l’ouverture des catalogues - il faut bien dire que s’il y a beaucoup de production, c’est qu’à un moment, les éditeurs les ont ouvert en disant qu’il faut les remplir - ils se sont appuyé à ce moment là sur des scénaristes capables de fédérer autour d’eux des talents graphiques, et de raconter des vraies séries, avec de vraies histoires à la clefs. Elles sont bonnes ou elles ne sont pas bonnes. Je n’ai pas la prétention de dire que toutes mes histoires sont bonnes pour tous les publics. Les gens ont des goûts aussi. Mais les éditeurs se sont vraiment appuyés sur des équipes de scénaristes qui ont fédéré autour d’eux des équipes de gens extrêmement doués, plutôt que de baser leur catalogue uniquement sur du spectacle visuel.

Buste de Stryge en bronze réalisé par Samuel Boulesteix d’après des croquis de Richard Guérineau (Photo S.B.)

Certains auraient tendance à vouloir séparer la BD dite d’auteur de ce qu’on appelle le « mainstream » en général, qui recouvre peu ou prou la BD de genre. Vous vous inscrivez dans cette démarche, ou pour vous c’est tout un ?


Je regrette les dichotomies de ce style là, qui font un petit peu querelles de clochers. La BD est tellement ouverte aujourd’hui, la production est tellement importante… Je crois qu’il y a vraiment de la place pour tout le monde. Moi je lis tout le monde, à partir du moment où il un livre est bon. Que ce soit une bonne BD de science-fiction, ou une bonne BD - comme le fait Etienne Davodeau - de documentaire, de reportage, d’autofiction… A partir du moment où c’est très bon, le plaisir s’installe. Je suis un lecteur de BD en général, quelque soit le genre.


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Je sais manipuler à peu près tous les genres. Maintenant, les défis restent à relever. En tout cas d’un point de vue personnel. Quand je fais « Elle ne pleure pas, elle chante », je n‘ai évidemment pas la même démarche que quand j‘écris « Le chant des Stryges ». Mais c’est la même personne qui écrit. Je pense donc qu’essayer de créer des secteur artificiels, qui montent les auteurs les uns contre les autres, c’est un petit peu dommage. Et que des auteurs se prêtent à ce jeu là en méprisant les uns ou en méprisant les autres, j’ai toujours trouvé ça un petit peu dommageable. Je pense fondamentalement qu’il y a de la place pour tout le monde, sans que nous-mêmes, on se tire dans les pattes. Je ne m’inscris pas du tout dans l’opposition des genres. Je suis plutôt oecuménique.

On parlait de la notion de plaisir. Le plaisir y est toujours, quinze ans après ?


Oui. Je ne vais pas dire « de plus en plus ». Ce qui est plus difficile dans ce métier, c’est de placer un projet. Là où je souffre moins aujourd’hui, c’est quand je propose un projet, c’est plus ou moins déjà accepté. Il y a un côté plus facile. On ne peut pas dire que tout est toujours facile, des fois il faut batailler un peu.


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Oui, le plaisir y est, parce que cela fait toujours de nouvelles rencontres. Et travailler avec la même personne depuis des années, cela installe aussi une complicité qui renforce le plaisir. Il ne faut pas oublier que je travaille avec Berlion depuis 1992. Avec Richard Guérineau, nous nous sommes rencontrés en 1990. Cela commence à faire des vieux complices. Et je rencontre toujours des jeunes dessinateurs avec qui j’ai beaucoup de plaisir à travailler. Et puis les nouveaux concepts qui me sont proposés sont synonymes pour moi d’énergies nouvelles. Tant qu’on a l’énergie, on a de la créativité.

La BD n’est plus tout à fait parisienne qu’à une époque. Il se crée dans les grandes métropoles des pépinières d’auteurs. La région est assez riche entre Angoulême et l’Aquitaine. Est-ce une richesse, ces gens qui se rencontrent et se croisent ? Cela peut générer certaines choses ? Ou tout n‘est-il question que de contacts personnels ou de relations d’éditeurs ?

Je crois aux personnes plutôt qu’aux groupes. Le fait qu’il y ait beaucoup d’auteurs sur Bordeaux, cela peut être bien, cela peut être mal. Pour moi, ça n’a pas d’importance, qu’il y en ait beaucoup ou qu’il n’y en ait pas beaucoup. Même au contraire, des fois, on a plutôt tendance à crier des clans. Quand on est nombreux, on essaie de se retrouver entre soi. Je sais que dans certains secteurs, je ne suis pas très bienvenu. Mais il faut dépasser cela.


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Il faut se replacer dans un contexte plus global où la production a énormément évolué. En terme de qualité - elle ne cesse d’évoluer dans des directions intéressantes - mais aussi en termes de quantité. Les grandes villes ont hérité de pépinières. Bordeaux bien sûr. Mais aussi à Toulouse, à Rennes, à Nantes… Il y a des villes importantes qui voient leur cheptel d’auteurs augmenter. Mais simplement parce qu’il y a de plus en plus d’auteurs de bande dessinée. Des gens qui en vivent, ou qu’il n’en vivent pas, mais qui sont là. Ils faut bien qu’ils habitent quelque part, ces gens là. Ce n’est pas si spécifique à la région de Bordeaux.

3 juillet 2006 - Aucun commentaire
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“Le Territoire”, tome 4 “Frontière”, de Corbeyran et Espe (peintures de JP Ugarte, couleurs de Christian Favrelle). Delcourt.

L’association Corbeyran-Espé poursuit heureusement cette série très originale marquée par une sorte de va-et-vient entre le monde réel incarné par des dessins très réalistes, et ce fameux " territoire " illustré par les peintures de J-P Ugarte. Un peu comme " l’Île des morts " de Sorel et Mosdi, où un tableau du peintre symboliste Arnold Böcklin apparaît de façon récurrente, des images de cet au-delà hantent le récit par ces ambiances inquiétantes et malsaines où se mélangent des cubes de béton aveugles, une nature à l’abandon, des structures géantes brisées et l’absence totale de présence humaine. Delcourt nous offre d’ailleurs un joli cadeau en intégrant dans cette première édition huit planches inédites de Ugarte.

Côté récit l’intensité dramatique s’accentue davantage mais si on approche de la vérité le dénouement sera pour une autre fois, même si on ressent de plus en plus fortement un parfum de fin du monde. Un bon thriller fantastique qui réussit un précieux alliage.

Chronique de Jean-Marc Lernould

29 juin 2006 - Aucun commentaire
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“Le Clan des chimères”, tome 5 “Secret”, de Corbeyran et Michel Suro. Delcourt.

On n’en finit pas avec la saga des stryges, un univers mené par Corbeyran en trois séries : " le Chant des stryges ", " le Maître de jeu " et " le Clan des chimères " dessiné cette fois par Suro. On en est quand même à 18 volumes pour l’ensemble. Ce tome 5 explicite les premiers albums, levant quelques coins d’ombre sur les relations assez spéciales qu’entretiennent ces démons ailés avec les humains. De l’héroïc fantasy pure et dure mise en couleurs par Yannick, bien découpée mais à réserver aux inconditionnels.

Chronique de Jean-Marc Lernould

22 juin 2006 - Aucun commentaire
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« Le théâtre du vent », Nanami 1, de Corbeyran, Nauriel et Sarn.

La collection Cosmo arrivera-t-elle à se trouver une identité ? Ce label hétérogène regroupe aujourd’hui plusieurs titres signés d’auteurs confirmés - Tome, Morvan et aujourd’hui Corbeyran - lesquels développent avec plus ou moins de bonheur des univers fantastiques sur des paginations généreuses. Avec toujours un oeil sur la production orientale, à la recherche d’un rythme hybride. Nanami n’échappe pas à la règle. L’éditeur Dargaud et le scénariste Corbeyran louchent ouvertement sur le shojo (manga pour jeunes filles) avec une cible adolescente. Le résultat ? Difficile à appréhender lorsque l’on n’est pas soi même le coeur de cible. Eric Corbeyran prend son temps pour développer son accroche, développant sur quelque quatre-vingt pages une histoire qu’il aurait normalement bouclée en quarante-six planches chrono. C’est du moins l’impression qui ressort d’une première lecture. Reste que l’on ne ressent pas pour autant de temps mort. Corbeyran prend en effet le temps de peaufiner la psychologie de sa jeune héroïne - Nanami, une jeune fille paumée dans sa propre vie, en recherche d‘elle-même - épaulé en cela par une spécialiste, Amélie Sarn, auteur de livres pour la jeunesse. Il laisse également de la place à la jeune dessinatrice Nauriel pour s’exprimer, donnant ainsi de l’air aux planches. Le graphisme aidant, l’ensemble ressemble plus à un épisode classieux de « Witch » - série italienne louchant sur le manga, produite par Disney - qu’à un shojo pur jus. Mais renseignement pris auprès du fameux coeur de cible, force est de constater que cela fonctionne. Et plutôt bien.

« Le théâtre du vent », Nanami 1, de Corbeyran, Nauriel et Sarn. Dargaud collection Cosmo.

25 avril 2006 - Aucun commentaire
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“La Conjuration d’opale”, tome 2 “La Loge”, de Corbeyran, Grun et Hamm. Dargaud.

On retrouve nos trois héros du tome premier, réunis car chacun est l’héritier d’une opale confiées à leurs parents par un certain Nostradamus. La belle africaine Walaya (que les pudiques se rassurent, elle a retrouvé son soutien gorge qui lui manquait parfois dans le tome 1), le guerrier géant Erik à la hallebarde redoutable et l’ex-médecin de Richelieu, Joachim poursuivent donc leur quête en tachant de reconstituer un puzzle ésotérique : ces prétendues opales pourraient elles servir à décrypter les textes de Nostradamus ?

Les amateurs d’histoire seront comblés bien que malgré ce que j’ai pu lire par ailleurs la Guerre de Trente ans (1618-1648) n’apparaît pas pour l’instant dans la trame du récit, en tous cas pas dans les deux premiers volumes. Par contre l’ésotérisme et la menace de la peste transpirent, et on savoure des représentations comme cette ferme saintongeaise qui ouvre " la Loge ". Le dessin de Grun s’inspire à merveille de ce XVIIème siècle avec en particulier des navires dont le trait rappelle celui du très exigeant François Bourgeon. Grun est également aux couleurs et passe sereinement de l’ocre aux scènes de nuit bleutées comme à Anvers par exemple. Anvers où on croise le peintre Rubens, membre éminent de la loge, mais aussi un certain Van Dyck plus qu’éméché.

Le décor est donc bien en place et on attend de connaître le rôle de cette fameuse loge Ars Magna qui dispute les trois opales au trio vedette de la série, avec peut-être cette fois une vraie descente aux enfers que fut la Guerre de Trente Ans qui ravagea surtout la vallée du Rhin. Vivement la troisième opale

Chronique de Jean-Marc Lernould

5 avril 2006 - Aucun commentaire
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“Le Malvoulant”, tome 1 “le Don” de Corbeyran et Paul Marcel

Le scénariste Corbeyran signe une nouvelle série avec Paul Marcel qui affiche déjà un dessin prometteur. Le décor est planté dans la Vendée du XIXème siècle près de Noirmoutier, avec pleine lune sur la lande brumeuse, où l’on assiste à de curieuses rencontres comme celle d’un bouilleur de cru occupé à tester lui même ses produits, avec un sorcier à tête de loup Ce dernier conduit également d’étranges cérémonies nocturnes (les pinailleurs de Bo Doï se régaleront de voir à cette occasion son monocle passer d’un oeil à l’autre) où il révèle à une femme enceinte que son enfant a " le " don. Mais la mère ne passera pas la nuit, égorgée au détour d’un chemin. 15 ans après son bébé a grandi et s’est entre-temps découvert un don de télékinésie, mais Clément supporte mal l’oppression du très austère pensionnat Saint-Gabriel d’où on le renvoie pour avoir lu " les Mystères de Paris ". De retour dans la maison familiale Clément subit les foudres de son beau-père (qui le crucifie pour lui apprendre à vivre !) et perçoit bientôt un autre mystère : qu’a fait sa mère cette fameuse nuit, il y a 15 ans ? Est-elle d’ailleurs bien sa mère ? L’enquête est lancée.

Le dessin très sombre de Paul Marcel s’illumine avec des ciels crépusculaires rougeoyants et le jeu des cadrages est assez bienvenu. A suivre

"Le Malvoulant", tome 1 "le Don" de Corbeyran et Paul Marcel. Delcourt.

Chronique de Jean-Marc Lernould

20 mars 2006 - Aucun commentaire
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« La Loi des 12 tables », volume premier, de Corbeyran, Defali et Pérubos

Corbeyran serait-il un bon appât ? On s’y est laissé prendre, du moins si on parle de la couverture de « la Loi des 12 tables », un « volume premier » qui n’aura peut-être pas de suite à domicile sauf si on a besoin de place sur ses étagères. Parce que du Sieur Corbeyran on attend surtout la suite du « Réseau Bombyce » avec Cecil ou du « Régulateur » avec Moreno, mais pas cette impasse « recommandée par 13ème rue, la chaîne action et suspense » dixit le stick apposé sur la couverture (on dirait que Delcourt aime bien ça ces temps-ci).

Il est question en cet hiver 2006 (l’histoire est définitivement datée) d’un éphémère second rôle, une demoiselle vite assassinée et qui fleure bon la réincarnation d’une sorcière brûlée sur le gibet. Comme quoi il n’y a pas de fumée sans feu, ce qui inquiète un cercle réunissant des férus de cabale. Suit une enquête pseudo-métaphysique avec amours éplorés entre deux massacres.

Mais l’épisode « Mandragore » suivi du « Cénacle » dans le même album souffre d’un dessin qui transpire l’assistance publique par ordinateur et des couleurs non moins douteuses, catégorie néon. Bref il n’y a pas de quoi fouetter un stryge, aucune densité ni dans le fond ni dans la forme. On peut espérer que les auteurs ont le temps de se refaire mais cinq autres albums sont déjà annoncés à raison d’un tout les deux mois, la livraison finale étant prévue en novembre 2006 avec un certain « Choc en retour ». Souhaitons que la fin ne soit pas bâclée pour respecter les délais de parution.

« La Loi des 12 tables », volume premier, de Corbeyran, Defali et Pérubos. Delcourt, collection Insomnie.

Chronique de Jean-Marc Lernould.

27 février 2006 - Aucun commentaire
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