Grands explorateurs de l’âme de la gent urbaine, Dupuy et Berbérian sont également de fins observateurs du monde qui les entoure. Chaque déplacement devient dès lors matière à (d)écrire pour ces habitués du carnet de croquis… Les deux amis ont mis le cap sur la Turquie, sur les traces du grand-père du second, « pèlerinage » dont ils ont tiré un recueil d’impressions aujourd’hui publié dans la collection Blaise de Cornélius, aux côtés de documents issus d’escapades à Lisbonne, New-York, Madrid ou Tanger. Les auteurs conservent dans leur approche de cette cité mythique ce regard lucide et décalé qui fait leur succès, réflexion sur une ville tiraillée entre modernité et tradition, recherche de la vie au-delà du pittoresque. Graphiquement, cet album ravira les inconditionnels du duo créateur du « Journal d’Henriette » (Humanoïdes Associés) et de « Monsieur Jean » (Humanoïdes Associés et Dupuis), leurs traits respectifs se complétant à merveille dans cette approche de l’âme de cette grande dame aux multiples visages, qui fut Byzance puis Constantinople avant de se draper dans ses atours contemporains. Â
Â
Chronique de Philippe Belhache
Â
Partagez le !
Cornelius poursuit avec ce premier tome de « Kitaro le repoussant » la traduction des oeuvres de Shigeru Mizuki, mangaka célébré au Japon et quasiment inconnu en France avant la parution de « NonNonBa » et surtout de l’accession de l’ouvrage au titre de Meilleur album 2007 à Angoulême. Les puristes du franco-belge pourront tordre le nez, cela n’y fera rien. Le choix d’honorer ce titre du patrimoine japonais encore inédit en France était pertinent, récompensant tant le travail de l’auteur que celui de l’éditeur. « Kitaro » vient jeter un nouvel éclairage sur l’oeuvre de Mizuki. Le personnage titre est un enfant borgne, fils de morts-vivants qui a rampé hors de la tombe de sa mère à la naissance. Un enfant doté de pouvoirs exceptionnels qui lui permettent de régler des conflits entre humains et morts vivants, flanqué de son père réduit à l’état d’oeil sur pattes. Rien de morbide dans tout cela. Mizuki met en scène son personnage dans un univers où prédominent humour et folklore, traduisant son attachement à la mythologie traditionnelle japonaise, ces fameux « yokaï » qui peuplaient justement l’imaginaire de NonNonBa. Une mythologie que l’auteur adapte ou transforme à sa guise, travaillant le récit initiatique aussi naturellement que l’humour ou la nouvelle d’horreur classique, allant jusqu’à arbitrer un conflit entre un groupe de yokaï et la réunion des grandes figures du fantastique occidental. Edité au Japon dans les années 50, « Kitaro » marquait les retrouvailles du manga et du contre traditionnel, alternative au mouvement technophile alors incarné par Tezuka et son « Astroboy ». Cette oeuvre au graphisme un rien suranné reste aujourd’hui une réalisation pleine de sens, aussi vivante sinon plus que les convulsions cartophiles d’un Yu-Gi-Oh. Â
Â
Chronique de Philippe Belhache
Partagez le !