« Le Journal d’un ingénu », Une aventure de Spirou et Fantasio par (4) Emile Bravo. Dupuis.
Ce « Journal d’un ingénu » fera-t-il l’unanimité chez les fans de Spirou ? Peut-être, peut-être pas, tant les aspirations des lecteurs restent difficiles à cerner, entre défenseurs d’un dogme qui n’a jamais réellement existé et tenants d’un progressisme aux contours flous. Cela fait tout le sel de cette série parallèle, ces one-shots permettant à des auteurs d’horizons divers de s’emparer du mythe Spirou pour en faire quelque chose qui leur ressemble. Frank Le Gall de même que le duo Yoann & Vehlmann ont inscrit leurs essais dans une forme de continuité avec la série officielle. Tarrin et Yann ont eux joué la carte d’un retour à la période Franquin - celle sa collaboration avec Greg, considérée par beaucoup comme l’âge d’or de la série – pour mieux en parodier les codes. C’est peu dire qu’Emile Bravo emprunte d’autres voies. Le créateur des « Formidables aventures de Jules » se penche pour sa part sur les origines du mythe, les circonstances qui ont fait du jeune groom un journaliste idéaliste et un aventurier multicartes.
Bravo replace Spirou dans son rôle des origines, mais aussi dans l’époque qui l’a vu naître sous la plume de Rob’Vel, les années 30. Une plongée qui, une fois n’est pas coutume, s’accompagne d’une plongée dans la réalité d’un contexte historique qui n’a rien d’anodin, les quelques mois qui précèdent le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur fait effectivement de son héros un ingénu, un jeune homme encore candide mais curieux et intelligent, garçon des rues sans richesses mais pas sans ressources, a qui le destin va faire croiser l’Histoire. Pour ne pas dire influer durablement sur elle… Emile Bravo offre à Spirou un passé et une base de réflexion politique. Il se donne les moyens de répondre aux questions qu’il se posait gamin, sur le costume de groom, la rencontre avec Fantasio ou même la petite voix de Spip. Il participe plus que tout autre au mythe, s’offrant même le luxe de le confronter à celui de Tintin. Le tout avec intelligence, tendresse et humanisme… « Le journal d’un ingénu », sous son air vintage, s’affirme au fil des pages comme un album moderne, élégant, à la narration très maîtrisée. Succulent.
72 pages, 13 euros.
Chronique de Philippe Belhache


Ne frappez pas avant d’ouvrir cette porte. Elle mérite de la douceur et du ménagement, et le fait que l’on ignore sur quoi elle débouche ne la rend que plus tentante à pousser. C’est-ce que feront trois jeunes adolescentes, dont le point commun est d’avoir tenter le suicide, et surtout d’être confrontées à un monde d’adulte déplorable, privé de la moindre parcelle d’humanisme. Ces « Japonaises », comme on les a surnommé dans leur collège, because pulsions morbides, décident de fuguer ensemble. Leur point de chute sera une modeste maison perdue dans la campagne, un lieu où l’une d’entre elle a passé son enfance. C’est ici que le fantastique relaye l’aspect sociologique de l’histoire, avec caves obscures et cachées, ésotérisme, jumelles pointées sur les trois demoiselles, ce qui devrait nécessairement amener le lecteur au-delà de cette fameuse porte, dont on ignore dans ce premier tome si elle mérite de nous offrir le ciel, ou des horizons bien plus noirs. Mais ces trois ados n’ont plus rien à perdre, trahies par leur proches, par un quotidien qui pue la banlieue, ce qui nous renvoie à la face nos attitudes d’adultes, incompréhensifs par nature de tout ce qui concerne une personne à qui il manque quelques années pour nous en compter…
Francis Bergèse arrête la série Buck Danny en beauté avec « Porté disparu », un très bon album contemporain qui effleure les problèmes géostratégiques de tous les coins sensibles du globe. Le pitch : un agent de la CIA mystérieusement disparu en Afghanistan. Un trafic d’armes clandestin entre l’Iran et l’Afghanistan. Il n’en faut pas plus à Buck Danny et ses compagnons pour embarquer dans une nouvelle aventure. Se faisant passer pour des pilotes au service d’organisation d’aide humanitaire, ils devront user de toutes les ruses pour démanteler ce trafic illicite, et par ailleurs, retrouver le disparu.
Pour ce second volume Bec a laissé la place à l’Italien Genzianella au dessin, se réservant la direction artistique et la réalisation de la couverture. Un dessin qui reste cependant très homogène entre les deux tomes (cinq sont prévus au total). Le scénario quant à lui reste cosigné par les mêmes Bec et Betbeder, assez complexe au point qu’un Jodorowsky aurait du mal à y retrouver ses petits. Mais après tout pourquoi une bonne BD devrait-elle être aussi simple à lire que Bécassine?
On retrouve notre Batman en jupons, une étudiante plutôt gironde d’ailleurs et dotée de pouvoirs exceptionnels depuis qu’elle est habitée par l’esprit d’un dieu de l’Égypte antique (ses parents étaient un peu Indiana Jones sur les bords…). Mais elle n’est pas la seule dans ce cas et d’autres tumeurs font corps avec des « insufflés » humains nettement moins bien inspirés. Les divinités pharaoniques s’affrontent donc sous l’œil de la police qui voit plutôt bien les interventions de cette dévergondée qui leur prête main forte, d’où ma référence au justicier de Gottham City qui lui doit parfois faire face à ses propres démons et répond sur commande à l’emblème de la chauve souris (Néfésis se contente d’un coup de sirène, c’est qu’on n’est aux States ici!). La belle sort ainsi de son manoir familial en voiture surgonflée via une trappe dissimulée dans la nature. Ça vous rappelle bien quelque chose, non?
Après huit années, les deux auteurs viennent de mettre un point final à « Zoo », œuvre découpée en trois albums. Le comédien et scénariste Bonifay et le dessinateur, sculpteur et concepteur de vrais espaces zoologiques (voir son très beau site