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Le Spirou d’Emile Bravo une nouvelle fois primé

ingenu.jpgJacques Esnous, directeur de l’information de RTL, Monique Younes, spécialiste BD à la rédaction de RTL,
Michel -Edouard Leclerc, co-président des centres E.Leclerc et René Petillon, ont remis hier le Grand Prix RTL de la Bande Dessinée 2008 à : Emile Bravo pour “Spirou, Journal d’un ingénu”, quatrième volume de la série laboratoire des éditions Dupuis, qui permettent à des auteurs d’horizons divers de s’emparer de leur personnage fétiche.

Ce prix lui a été remis dans le Grand Studio de RTL, rue Bayard à Paris, en présence de nombreuses personnalités de la bande dessinée. Chaque mois, RTL récompense la « Bande Dessinée RTL du mois » parmi une sélection de titres parus. Chaque album primé entre en lice pour le titre de « Grand Prix RTL de la Bande Dessinée ». En remportant la 5ème édition du « Grand Prix RTL de la Bande Dessinée », Emile Bravo se voit offrir par RTL toute la puissance de son dispositif antenne. La station met en place une campagne de publicité conséquente et un traitement rédactionnel dans les journaux d’information.

“Spirou, Journal d’un ingénu” a également reçu le Prix des Libraires de Bande Dessinée, du réseau Canal BD, avec le soutien d’émission “Un monde de bulles” (sur Public Sénat) et de la Caisse d’Epargne.

28 novembre 2008 - Aucun commentaire
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« Au sources du Z », Spirou et Fantasio 50, de Morvan, Yann et Munuera. Dupuis.

spirou-50.jpgCurieux d’objet que ce numéro 50 de la série officielle « Spirou et Fantasio ». Il n’est jamais tout à fait ce qu’on en attend. Le titre en lui-même laissait envisager un album intiment lié à Zorglub. Première déception, l’inventeur fou n’en est qu’un élément parmi d’autres. En lieu et place, « Aux sources du Z » se déroule comme un album souvenirs des aventures de Spirou truffé de références aux albums de la période Franquin. Un récit pas si désagréable à lire, par ailleurs, cette course contre la montre inversée – pour sauver une vie, Spirou remonte le temps grâce à des objets collectés au cours de ses aventures – possédant son rythme propre. Mais certains raisonnements et partis pris laissent pantois. Ne serait-ce que l’incohérence du calendrier. Mêlant les notions de temps réel et de temps narratif – Spirou est par définition un héros qui ne vieillit pas – Morvan et Yann font correspondre peu ou prou la jeunesse estudiantine de Champignac & Zorglub avec les premiers combats du héros alors adolescent. Les deux scénaristes imposent en outre au personnage de revivre (différemment) l’intégralité de la période remontée, au simple prix de quelques cheveux, de tempes grisonnantes et d’une paire de lunettes… Le tout débouche sur une fin ahurissante, découlant de paradoxes temporels certes classiques, mais qui en scotchera plus d’un. Il y a un sens aigu de la provocation là-dessous. Les auteurs s’amusent du statut institutionnel du héros, de sentiments amoureux autrefois censurés, de la gestion du temps dans les classiques franco-belges… Reste qu’il domine pour le lecteur lambda comme un parfum de confusion malgré le (très) beau travail du graphiste espagnol José Luis Munuera. Et que même si l’affaire est « réversible » (et encore), c’est une sacrée patate chaude que les deux compères transmettent à leurs successeurs potentiels.

48 pages. 9,20 euro.

Chronique de Philippe Belhache

16 novembre 2008 - 2 commentaires
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Hervé Bourhis sur deux fronts

L’auteur bordelais Hervé Bourhis poursuit son bonhomme de chemin. Après le surprenant « Comix Remix » (trois tomes en Expresso Dupuis) et son succulent « Petit livre rock » (paru l’an passé chez Dargaud), il revient cette fin d’année avec deux titres de très bonne tenue, dans leurs catégories respectives. En attendant deux projets à paraître dans la prestigieuse collection Aire Libre.

ingmar3.jpg« L’élixir de vieillesse » est le troisième opus des aventures d’Ingmar le Preux (Dupuis), anti-héros viking dont le seul exploit est d’avoir inventé sa propre légende à l’usage des gamins du village. Petit, chétif, cossard et plutôt lâche – sauf avec les dames – là où tous ses proches sont grands et forts à tendance sanguinaire, il passe son temps à fuir des ennuis qui immanquablement le rattrapent. Le voilà parti avec son frère à la recherche d’ingrédients destinés à soigner leur père, quête loufoque qui les amènent à régler certains comptes avec le passé… L’humour décalé d’Hervé Bourhis et le graphisme de Rudy Spiessert – déjà son complice sur le « Stéréo club » (Dargaud) – font mouche. « Ingmar » fait partie de ces séries qu’il serait dommage de cantonner au seul public jeunesse.

« L’elixir de vieillesse », Ingmar 3, de Bourhis & Spiessert. Dupuis.
56 pages. 6 euros (prix de lancement).

enterrement.jpgToujours chez Dupuis, Hervé Bourhis signe avec « Un enterrement de vie de jeune fille » un ouvrage plus adulte, dans une veine humoristique noire et acide. Où comment un faux enlèvement –vraie farce – finit par tourner au désastre intégral. Le week-end concocté par deux jeunes femmes pour leur amie avant son mariage révèle in fine les fêlures de personnages parfois pathétiques, leurs petites et grandes lâchetés, leur incapacité à prendre pleinement leurs responsabilités en tant qu’êtres humains. Bourhis s’amuse avec le lecteur,  joue avec les non-dits, fait un usage pertinent du flash-back pour finalement mener ses trois personnages vers un final aussi amer qu’inattendu. Une très belle surprise, publiée en outre sur un format 195 x 256 inusuel chez Dupuis.

« Un enterrement de vie de jeune fille », par Hervé Bourhis. Dupuis.
56 pages. 11,50 euros.

Chronique de Philippe Belhache

7 novembre 2008 - Aucun commentaire
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« La voie et la vertu », Largo Winch 16, de Jean Van Hamme et Philippe Francq. Repérages Dupuis.

winch18.jpgSuite et fin de la huitième aventure de Largo Winch, ouverte voici déjà un an et demi avec « Les trois yeux des gardiens du Tao ». Que faut-il en attendre ? De la grande aventure bien carrée, menée avec un savoir-faire consommé par Jean Van Hamme. « La voie et la vertu » semble malgré tout se différencier de ses prédécesseurs. Au terme d’une ouverture brillante qui permet à Winch de retrouver sa liberté de mouvement, l’aventurier milliardaire semble perdre en partie pied, subissant les événements plus qu’il ne les contrôle. « La voie et la vertu » se clôture comme un récit d’aventure classique. Certains trouveront qu’il y manque la « Winch touch », le petit tour de passe-passe machiavélique qui permettait au personnage de prendre malgré tout l’avantage sur ses adversaires. La contrepartie est de retrouver un largo Winch débarrassé de ses oripeaux de héros infaillible. Il perd tout autant – peut-être plus – qu’il n’a gagné et retrouve ses doutes. Largo Winch reste un titre de référence du récit d’aventure classique, dans la lignée de Greg et Charlier. La version cinéma du titre sort sur les écrans le 17 décembre.

Jeu concours organisé pour le lancement de l’album : www.winwithwinch.com

48 pages. 10,40 euros.
 
Chronique de Philippe Belhache

4 novembre 2008 - 1 commentaire
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« Les gens honnêtes », tome 1. De Durieux et Gibrat. Dupuis, collection Aire Libre. 14 euros.

honnetesgens.jpgJean-Pierre Gibrat referait-il à sa façon « Une époque formidable » ? Il y a quelque chose du film de Gérard Jugnot - mais aussi de l’ironie de « Ma petite entreprise » de Pierre Jolivet – dans cette nouvelle série coréalisée avec Christian Durieux. Le sort s’acharne ainsi sur Philippe, cadre d’une entreprise lambda viré de sa boîte le jour de ses 53 ans. Viré de son entreprise, expulsé de son logement de fonction, dépouillé d’éventuelles indemnités par une entreprise scélérate, privé d’allocation chômage faute de cotisation patronale… L’homme finit par sombrer, malgré le soutien de son meilleur ami et des ses enfants. L’histoire, heureusement, ne s’arrête pas là. Elle prend même la forme d’une (finalement) joyeuse comédie, acidulée et gentiment amorale. Jean-Pierre Gibrat met en scène une classe moyenne autrefois aisée et sûre d’elle, portée par la prospérité des Trente Glorieuses, aujourd’hui déboussolée et minée par l’exclusion, en butte au cynisme d’un système portant l’opportunisme au rang de vertu cardinale. Les déboires de son personnage – un parmi de nombreux autres – prennent un relief particulier, confrontés à la phraséologie triomphante d’un sarkozysme en pleine ascension. Un souffle libertaire traverse cette chronique sans complètement l’emporter. C’est peut-être la seule chose que l’on peut reprocher à Gibrat, ne pas être suffisamment incisif, ne pas être allé jusqu’au bout de la révolte de son personnage… Ce n’est peut-être d’ailleurs que partie remise. Paradoxalement, cette demi-teinte, de même que le graphisme semi réaliste de Christian Durieux, servent la crédibilité de cette fable à la morale douteuse. Reste à savoir ce que les deux auteurs nous réservent pour la suite.

64 pages, 14 euros.

Chronique de Philippe Belhache

29 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Impact », Hostile 1, par Niko Henrichon et Sylvain Runberg. Dupuis.

hostile.jpgSylvain Runberg, scénariste polyvalent, signe avec « Hostile » une vraie-fausse nouvelle série. Ce thriller d’anticipation met en scène une mercenaire professionnelle, Helen, dans un contexte politique intéressant – émiettement d’Etats-Unis sous influence baptiste extrêmiste, radicalisation d’une Chine pourtant ouverte au capitalisme, émancipation des groupes financiers par rapport aux Etats – avec en toile de fond, la perspective d’un premier contact extraterrestre. Runberg place ça et là quelques touches d’humanité – une Helen en mère déchirée, deux complices ostensiblement homosexuels – mais ne s’y attarde pas trop, se concentrant sur les faits. Le propos de Runberg est clair, réaffirmé en fin d’album. Ces premières cinquante-six pages forment l’introduction d’une mini-série de quatre tomes destinée à développer les fondations de la saga « Orbital ». « Impact » se révèle comme plutôt bien fait. Mais pour l’heure, le titre n’amène rien de très original. Le principe de la jeune femme mercenaire et/ou assassin a été largement exploité ces dernières années, entre « Insiders » et « Yiu » en passant par « Carmen McCallum » ou même « Le chant des stryges ». Et le contexte d’un futur mettant en scène la désintégration des Etats face à la puissance des multinationales vit déjà au travers des titres de Fred Duval, notamment le très réussi « Travis » (Delcourt). Reste la spécificité SF de cet « Impact », dont la saveur ne s’exprime réellement que dans les dernières pages, augurant heureusement d’une suite hors sentiers déjà battus. Et le graphisme de l’auteur célébré de « Pride of Bagdad », Niko Henrichon, dessinateur québécois jusqu’ici plus habitué des conventions comics que des couloirs franco-belges. « Hostile » devrait prendre de la valeur sur la durée.

56 pages, 13 euros.

Chronique de Philippe Belhache

14 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Le Mangeur d’histoires », de Fabrice Lebeault. Dupuis.

mangeur_histoires.jpgAttention, l’auteur du délirant « Horologion » rejointe le bout de son - long - nez avec ce one shot tout aussi original. Ce petit format (25×19) est encore une merveille d’imagination et de rêveries. On découvre dans une minable chambrée, Fortuné, un critique littéraire qui officie dans une feuille de chou anarchiste, et qui depuis trois semaines est hanté par un étrange personnage que lui seul peut voir. Affublé d’un masque blanc qui rappelle la lugubre face des médecins charcutiers du XVIIème siècle, cette créature est en fait un personnage de roman qui s’est échappé de son univers et utilise Fortuné comme une porte entre le monde réel et celui des romans. Cet oiseau de malheur, héro de feuilletons de gare, plutôt collant, recherche en fait son mystérieux créateur, un écrivain d’ailleurs descendu en flamme par les articles de Fortuné, afin de lui imposer l’intrigue de son choix. En parallèle sévit le « videur de têtes » qui, comme son surnom l’indique, laisse ses victimes dans un fâcheux état. Fortuné et son « Corbeau » croiseront peut-être sa route dans leur quête du mystérieux écrivain, qui vit caché du monde.

La magie de Fabrice Lebeault fait encore mouche, et l’auteur rajoute en fin d’album une quinzaine de pages, soit la nouvelle qu’il a proposé tout d’abord à l’éditeur, ainsi que quelques aquarelles.

56 pages, 15 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

8 octobre 2008 - Aucun commentaire
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Quelques lectures d’octobre

marzi4.jpgQuelques semaines après l’intégrale « remasterisée » sous forme de roman graphique des trois premiers tomes de Marzi, les éditions Dupuis publient en format standard le quatrième volume des souvenirs d’enfance de Marzena Sowa, mis en image par son compagnon Sylvain Savoïa. L’intérêt pour cette jeunesse polonaise vue par les yeux d’une enfant ne faiblit pas. Avec sa candeur et ses doutes, son regard décalé et son amour pour son père, Marzi aborde les années Solidarnosc, les combats de la classe ouvrière pour se libérer de l’emprise d’un état totalitaire sous influence du « grand frère »soviétique. Les souvenirs de Marzena Sowa s’égrènent au fil des cases, entre rythmes scolaires, vacances aux champs et récits de manifestations ouvrières ressentis au travers de l’engagement de son père. Une petite perle. Sa reprise en version roman graphique, conjointement avec le cinquième tome, est attendue fin 2009.


« Le bruit des villes », Marzi 4, de Marzena Sowa et Sylvain Savoïa. Dupuis. 48 pages. 10,40 euros.


legendaires-9.jpgPatrick Sobral poursuit l’exploration du passé de ses Légendaires. Logiquement – il ne restait plus que lui – il s’attaque aujourd’hui à Razzia, dont les connections passées avec leur ennemi Darkhell prend un nouvel éclairage. Sobral convoque le ban et l’arrière ban des personnages de la série, bons et méchants, pour ce nouveau cycle de quatre albums baptisé « Cycle d’Anathos ». Graphisme manga et composition franco-belge, le tout mâtiné d’un humour bon enfant, semblent réussir à Patrick Sobral. Plus en tout cas que les essais de l’auteur pour investir un récit plus adulte avec sa version trash de « La Belle et la Bête », même s’il laissait là éclater son admiration pour le maître Shingo Araki. Ce neuvième tome des Légendaires, série qui remporte aujourd’hui un joli succès, est au diapason de ses aînés. Cette saga reste sans prétention, avec une mythologie qui s’affirme au cours des albums. Du pur divertissement.


« L’alystory », Les Légendaires 9 (cycle d’Anathos). Par Patrick Sobral. Delcourt Jeunesse. 48 pages, 9.95 euros.


the-bridge.jpgQue penser de « The bridge » ? Dans ce one shot de la collection « Solo » de Paquet, le créateur de « Brooklyn 62nd » et « Bushido », Michel Koeniguer, s’attache au pas d’un GI latino en mission en Irak, entre actions de guerre et intrusions sous forme de flash backs dans une Amérique à peine moins violente. Koeniguer se fait observateur, alternant les scènes de conflit et la narration de la dernière permission du soldat aux Etats-Unis. Le propos de l’auteur se fait ethnologique, plus que militant. Sa position reste d’ailleur ambiguë sur bien des sujets. Les Etats-Unis devaient-ils intervenir en Irak ? Koeniguer ne tranche pas, ne semble pas prendre pas parti. Son propos n’est cependant pas tout à fait neutre. S’il ne s’engage pas dans une diatribe anti-interventionnisme, il n’en décrit pas moins l’univers du soldat Enrique Chavez comme dégradé, dans une Amérique en pleine décomposition. Des enfants meurent, des hommes vivent cloîtrés, les armes imposent leur langage de plomb… et nous ne sommes pas au Moyen-Orient. Le parallèle entre cette violence urbaine au sein d’un pays dit civilisé et les « faits d’armes » du groupe de GI, confronté tout autant à la violence des agents de la CIA qu’à la détermination des combattants irakiens, est édifiant. La vision du monde du soldat Chavez ne semble pas réellement évoluer avec le temps, mais il en vient à décompter les jours comme le ferait un prisonnier. S’il n’est pas ouvertement militant, « The Bridge » n’en véhicule pas moins un message. A chacun d’en juger la portée.


« The bridge », de Michel Koeniguer. Paquet, collection Solo. 48 pages. 12.90 euros.


temps-des-cites.jpgAprès « Mafia & Co », voici « Le temps des cités ». Frédéric Ploquin, grand reporter pour Marianne, a ressorti ses dossiers pour les transcrire en bande dessinée.  Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le banditisme en bande organisée, ce fait-diversier dans l’âme s’est associé avec un auteur chevronné, Pierre Boisserie, pour faire vivre en images la part d’ombre de la société française. « Le temps des cités », c’est la montée en puissance d’une génération de paumés des banlieues, pour qui la violence et la tchatche tiennent lieu de style de vie. Et la solidarité jusque dans le crime de code d’honneur. Les auteurs s’attachent à quatre personnages issus de la cité des Mirabelles, en banlieue parisienne, qui vont brutalement basculer de la petite délinquance au grand banditisme. Des jeunes gens mis en marge par une société bien-pensante, immigré de la deuxième génération, désœuvrés et sans futur apparent, qui vont chercher au sein de la pègre des valeurs qui les fascinent et une réussite qui leur est refusée par ailleurs. « Les Mirabelles » retrace leurs premiers pas, avec pour contrepoint l’itinéraire de policiers de terrain conscients de cette évolution, mais bloqués par une hiérarchie incrédule, enfermée dans des schémas périmés. Une fiction efficace, tout autant qu’une reconstitution fidèle et documenté d’un phénomène dont les implications réelles échappent encore au grand public, masquées par une bonne couche de préjugés et une récupération politique souvent nauséabonde. A souligner le sans faute du dessinateur réaliste Luc Brahy, qui s’offre une parenthèse  entre deux albums du thriller scientifique « Imago Mundi » et de son spin off « Climax » (avec Corbeyran et Braquelaire, Dargaud) sans pour autant quitter la fiction contemporaine. « Le temps des cités » est un récit programmé sur trois tomes.
 

« Les Mirabelles », Le temps des cités 1/3, De Luc Brahy, Pierre Boisserie et Frédéric Ploquin. 48 pages, 13 euros.
 

Chronique de Philippe Belhache
 

Jason Brice vs Jason Silverstone

Jason Brice et Jason Silverstone… Les auteurs des deux séries se sont-ils téléphoné avant de mettre la main au scénario ? Deux albums paraissent à quelques semaines d’intervalle, qui mettent en scène des enquêteurs du paranormal, des êtres torturés au passé encombrant, à la recherche d’un réconfort artificiel dans les fumées d’opium (ou assimilé). Fin du fin, Jason et Jason ont la même manière énigmatique de fixer le lecteur du fond de la première de couverture, retranchés derrière leurs deux main jointes. Une différence ? Il y en a un qui porte des lunettes… Troublant. Plaisanterie à part, les deux albums sont dissemblables. Et d’intérêts très différents. La bullosphère ne manque d’ailleurs pas de références dans le registre. Andréas a placé la barre très haut avec « Rork » (Le Lombard), « Capricorne » (id) ou même « Cromwell Stone » (Delcourt). Plus récemment, Cordurier et Laci ont posé d’intéressants jalons avec le premier tome de leur hommage personnel à Lovecraft, « Le Céleste noir » (Delcourt). Le vainqueur du jour ? Avantage Jason B.

jason-b.jpg« Jason Brice » se révèle de fait beaucoup plus sombre, beaucoup plus mur, mieux construit que son challenger. Le scénariste Alcante ancre son personnage dans les années 20, celles de tous les possibles. Il fait de Jason Brice un démystificateur professionnel, un esprit cartésien impliqué dans une mécanique qui le dépasse, dans la lignée des productions post-lovecraftiennes et des ouvrages de Jean Ray. Le pitch ? Jason Brice est engagé par une jeune femme dont la vie semble inscrite dans un livre écrit durant son enfance. Une histoire inspirée à Alcante par une anecdote relevée au cours de ses lectures : un romancier aurait prédit quatorze ans à l’avance le naufrage du Titanic… Le scénariste évite les effets, joue des contours de la réalité pour créer l’angoisse. Et révéler, in fine, que les pires monstres sont définitivement humains. Le final est un modèle du genre, monument d’ambiguïté. Les événements ont-ils été prévus dans le livre ? Ou ont-ils été provoqués par la lecture du livre ? Quelle est la part de la fatalité ? Celle de la machination ? De la manipulation ? Le trait classique de Milan Jovanic – un des collaborateurs de Giroud sur sa saga « Secrets » (Dupuis) – souligne ces zones d’ombre. Il va chercher l’angoisse dans les coins sombres, les atmosphères d’intérieur, les scènes nocturnes. « Ce qui est écrit » augure du meilleur.

« Ce qui est écrit », Jason Brice 1, de Jovanovic et Alcante. Dupuis (colllection Repérages). 56 pages, 13 euros.

jason-s.JPGFace à cette concurrence, les aventures de Jason Silverstone ont un côté un peu bravache. Le héros créé par Vinson évolue dans un univers créé de toutes pièces, mélange indéterminés d’éléments semblant issus de différentes époques. Dans cette cité d’Urballia, ce faux solitaire agit à la manière d’un « Capricorne » première période, en chef d’équipe. Son petit groupe se compose d’une statue africaine parlante et protéiforme, d’un gourou indien, d’une cambrioleuse canon, d’un informaticien libidineux et d’un flic aux méthodes énergiques. Notre petit monde étant lancé aux basques d’une jeune femme qui provoque catastrophe sur catastrophe par sa seule présence, sur fond d’histoire d’amour contrariée. Le problème ? Sans doute un manque d’empathie avec un personnage à la psychologie à peine esquissée, lisse à force d’être secret. Et un récit finalement plombé par ses propres ambitions. « Cœurs parallèles » souffre de surcharge. Une histoire volontiers complexe ; deux univers – la cité Urballia et l’Intramundus – à développer ; plusieurs personnages prisonniers d’un jeu de rôles encore figé ; une surexposition de séquences d’actions pétaradantes, l’aventure à la Doc Savage faisant complètement oublier les quelques moments de réflexion intimiste… L’album semble de fait avoir été composé par scènes juxtaposées, avec la volonté d’en mettre plein les yeux, lui donnant un air de récit de et pour ados. Dommage car l’album recèle quelques idées originales et un vrai potentiel graphique parfois exprimé pleine planche.
 
« Cœurs parallèles », Jason Silverstone 1, de Vinson et Corso. 62 pages plus 16 planches de dossier, excellente habitude prise par l’éditeur Ankama. 12,90 euros.

Chronique de Philippe Belhache
 

4 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Mon pépé est un fantôme », saison 1 par Olivier TaDuc et Nicolas Barral (Dupuis)

napoleontran.jpgC’est marrant, mais je ne m’étais pas rendu compte que Dupuis avait changé la lettrine de son logo, désormais plus gros et situé en bas sur la tranche des BD ; ça fait bizarre dans la bibliothèque quand vous en avez déjà une quarantaine avec le précédent logo, comme pour « Les Tuniques bleues » . Mais là, avec « Mon pépé est un fantôme », ça ne gène pas vu que c’est le tout premier de la série ! Le premier et sûrement pas le dernier, enfin on l’espère, car depuis le temps qu’on attendait le talentueux Olivier TaDuc sur un autre registre que « Chinaman », on n’est pas déçu. Le dessinateur français d’origine Vietnamienne signe son entrée dans la BD humoristique « Tous publics » avec succès. Aidé d’un autre dessinateur de talent Nicolas Barral, dont c’est le premier scénario, TaDuc compte les aventures (autobiographiques ?) du petit Napoléon Tran, dont le papa (Vietnamien) et la maman (Corse) sont séparés. Au milieu, il y a Pépé Tran, qui revient de l’autre monde pour veiller sur son petit-fils. Et tenter, du même coup, de réconcilier les parents du jeune Eurasien. La BD, à mi-chemin entre Cédric, pour le côté chronique familiale et le film « Le sixième sens », rapport au zeste de fantastique, se lit sans temps morts ; les gags, sous la forme de mini-récits plutôt qu’en une planche, gagnent en épaisseur du côté de l’émotion, et les auteurs ont ainsi tout loisir de développer des thèmes pas si courants que cela dans des séries (pour la) jeunesse : le divorce, l’adultère, les couples mixtes ou la mort. TaDuc, sur son blog (1) explique d’ailleurs qu’ils sont « ouverts à plein de choses différents, et vous verrez , si on nous en laisse le temps que l’univers de Napoléon Tran est plus riche qu’on ne l’imagine. » Ce premier tome est en tout cas une belle surprise et en appelle d’autres.

Tome 1, 48 pages, 6  euros (prix de lancement, 9,20 euros au 1e janvier). A signaler la couverture holographique.  

(1) http://oliviertaduc.blogspot.com/

Chronique de Christophe Berliocchi

3 octobre 2008 - Aucun commentaire
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