« La Femme accident », première partie, d’Olivier Grenson et Denis Lapiere. Dupuis.
L’histoire aurait dû avoir pour cadre la Bretagne, mais le dessinateur Olivier Granson finalement préféré le décor de Charleroi, sa ville natale. Sur fond de bière Jupiter que l’on retrouve, trônant sur tables à manger et comptoirs de bars, de terrils et de cheminées fumantes des dernières industries vaillantes de la région, lui et Denis Lapiere ont composé un voyage intérieur, celui d’une jeune fille qui n’est pas épargnée par le destin.Julie, on la découvre d’abord en prison, séparée de son jeune enfant par des murs épais, dans l’attente de son procès où on la jugera pour meurtre. Enfermée depuis trois ans, elle ne voit son gosse, Mathias, qu’au compte-goutte. Un arrache cœur pour cette mère, qui, sachant son arrestation imminente, a craqué le dernier crédit de sa carte bancaire afin d’habiller son fils, justement en prévision de ces trois années d‘absence.
Julie, on la revoit adolescente, entourée de garçons et participant à leurs jeux, ballottée entre une mère quasi inexistante affectivement parlant, ses grands-parents et la famille de Théo, qui deviendra son petit copain, puis son amant. La jeune fille se sent surtout seule, incomprise, traitée de traînée pour avoir dit oui à deux hommes, et quand elle est enceinte avant l’heure, on lui conseille d’expulser ce « petit accident ». De quoi la faire rêver de longs voyages, d’ailleurs, vers des accidents géographiques autres que les terrils, comme par exemple cette montagne isolée d’Australie, Ayers Rock. Encore, pour suivre le chemin des oiseaux qui s’envolent dans un ciel gris, faudra-t-il sortir de cette prison, mais pour un long voyage intérieur, une vraie reconstruction mentale.
Olivier Granson (« Niklos Koda ») s’est mis à la couleur directe, ce qui lui prend un sacré temps à ses dires (on peut écouter son interview sur le site internet de France 5, relayé par www.dupuis.com). Une technique très maîtrisée qui donne du souffle à cette région belge, pourtant étouffante pour Julie. Le scénario de Denis Lapiere est quant à lui fort bien conçu, dressant un portrait serré d’une jeune femme en errance, sans pour autant glisser vers l’ennui. Du beau boulot.
60 pages, 14 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould




Au départ il y a une impression de déjà vu, lorsque deux mineurs néophytes viennent dans la pampa américaine prendre possession de leur propriété, laquelle abrite des créatures monstrueuses qui n’en font qu’une bouchée. Ça ressemble fort à « la Colline a des yeux », sauf qu’au fil du récit, Christophe Bec réalise un scénario très dense et pas si éculé qu’on pourrait le croire.

Ne frappez pas avant d’ouvrir cette porte. Elle mérite de la douceur et du ménagement, et le fait que l’on ignore sur quoi elle débouche ne la rend que plus tentante à pousser. C’est-ce que feront trois jeunes adolescentes, dont le point commun est d’avoir tenter le suicide, et surtout d’être confrontées à un monde d’adulte déplorable, privé de la moindre parcelle d’humanisme. Ces « Japonaises », comme on les a surnommé dans leur collège, because pulsions morbides, décident de fuguer ensemble. Leur point de chute sera une modeste maison perdue dans la campagne, un lieu où l’une d’entre elle a passé son enfance. C’est ici que le fantastique relaye l’aspect sociologique de l’histoire, avec caves obscures et cachées, ésotérisme, jumelles pointées sur les trois demoiselles, ce qui devrait nécessairement amener le lecteur au-delà de cette fameuse porte, dont on ignore dans ce premier tome si elle mérite de nous offrir le ciel, ou des horizons bien plus noirs. Mais ces trois ados n’ont plus rien à perdre, trahies par leur proches, par un quotidien qui pue la banlieue, ce qui nous renvoie à la face nos attitudes d’adultes, incompréhensifs par nature de tout ce qui concerne une personne à qui il manque quelques années pour nous en compter…
Francis Bergèse arrête la série Buck Danny en beauté avec « Porté disparu », un très bon album contemporain qui effleure les problèmes géostratégiques de tous les coins sensibles du globe. Le pitch : un agent de la CIA mystérieusement disparu en Afghanistan. Un trafic d’armes clandestin entre l’Iran et l’Afghanistan. Il n’en faut pas plus à Buck Danny et ses compagnons pour embarquer dans une nouvelle aventure. Se faisant passer pour des pilotes au service d’organisation d’aide humanitaire, ils devront user de toutes les ruses pour démanteler ce trafic illicite, et par ailleurs, retrouver le disparu.