« Terre de Feu », tome 1 « l’Archer rouge », de David B et Micol. Futuropolis.
D’emblée le décor est planté: la Patagonie balayée par un vent dément, des icebergs qui s’entrechoquent comme des hommes qui se battent, des hommes qui d’ailleurs se battent et chassent l’Indien dans ces tréfonds du Chili, un manoir dont les tourelles semblent déracinées d’une lointaine Écosse… L’oeuvre commune de David B., qui scénarise, et de Hugues Micol, au dessin noir et blanc halluciné, est empreinte de fantastique, par sa forme et par son fonds. Fin XIXème ou début XXème, on croise des hommes de mains payés pour assassiner les autochtones et laisser la place aux colons. D’autres sont des fils de bonne famille qui prennent plaisir à trucider les opposants de Santiago, ou des femmes spirites qui s‘apprêtent à une étrange cérémonie occulte. On trouve même un héro fantôme de BD, « The Ghost Ranger », pour qui le Mexique est peuplé de morts. Et toujours ce maudit vent qui oblige à se battre au couteau, faute de pouvoir ajuster son révolver. Un vent qui porte les flèches de l’Archer Rouge, mythique rebelle aux blancs.
Cette terre du bout du monde n’est guère utilisée comme cadre par les scénaristes, mais elle semble l’écrin idéal pour les délires d’outre-tombe. Les géants de glace paraissent comme une folie destructrice, dont la blancheur de linceul rappelle Breccia, autre magicien de cette Amérique du Sud. Mine de rien, dans ces paysages qui s’étendent à perte de vue, l’action est d’une remarquable densité et font de cette Terre de Feu le territoire de la folie. Inutile de le dire: on aime beaucoup…
68 pages, 16 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould


C’est un voyage au long cours que propose « Jeronimus », le dernier bijou de Dabitch et Pendanx, qui rééditent l’exploit de Abdallahi. Car on voit encore beaucoup de pays, et de paysages somptueux. L’action se situe au XVII ème siècle. L’apothicaire de Haarlem, Jeronimus, voit son enfant mourir de la syphilis, sans trouver la provenance du mal. C’est le début de la déchéance pour ce libre-penseur, qui sent se resserrer l’étau religieux autour de lui et ses amis, tandis qu‘on le soupçonne d‘avoir tué son fils. Il lui faut se résoudre à l’exil, en abandonnant ses biens et sa femme, et il s’embarque à bord d’un navire de la puissante Compagnie des Indes Orientales, destination Batavia, un comptoir bien loin de la Hollande et au cœur du commerce très lucratif des épices. On progresse lentement à bord de ce bateau, coupé socialement en deux (l’élite se réserve le château de poupe) et sur lequel la tension monte au fil des jours, tandis que les conditions de vie s’y dégradent. Jeronimus l’hérétique va y entrevoir un rêve de puissance et accepter l’idée d’un non retour en arrière, tandis que la belle Lucretia attise la convoitise des principaux personnages. 


Samuel est le fils unique d’un couple d’acteurs de théâtre et sa vie nomade en coulisses lui laisse peu le loisir de se faire des amis, excepté Roudoudou, une ours en peluche que son père lui a offert à sa naissance. Seul compagnon du gamin de 8 ans, le nounours se révèle fort bavard et moraliste, allant jusqu’à dicter la conduite de son maître. Une sorte de Jiminy Criquet, petite voix intérieure de Pinochio.