« Mortis Junior », Tome 1 « la Rentrée qui tue », de Gary Whitta et Ted Naifeh. Les Humanoïdes Associés.
Une bonne petite dose d’humour noire n’est pas à dédaigner en cette période où justement nos chères petites têtes blondes retrouvent le chemin de l’école. Par contre, le scénariste Gary Whitta a créé un héros qui n’a pas un poil sur le caillou, ce qui paraît naturel quand on découvre que Mortis n’est autre que le fils de la Mort en personne. Malgré une maman douce et attentionnée, dont l’archétype de la bobonne américaine des années soixante empêche l’ambiance de virer complètement à la Famille Addams bis, il y a des signes qui ne trompent pas. Le petit Mortis transforme illico en cadavres tous les animaux qu’il chérit, au point que ses chats numérotent leurs abatis, faute d’avoir eu le temps de se voir affubler d’un doux nom.Mais un grand événement attend le squelette en herbe, à savoir sa première rentrée des classes. Las, les contacts initiaux avec ses camarades « normaux » ne sont pas des plus chaleureux, et c’est vers d’autres monstruosités qu’il est orienté : les frères siamois (par la tête) Smith et Weston, l’enfant tronc irascible Spot, confiné dans un bocal, Marty, l’hyper anxieuse bourrée de stigmates, et surtout l’extravagante Pandore dont l’obsession est d’ouvrir toutes boîtes ou portes fermées. Ses talents de crocheteuse de serrure vont d’ailleurs susciter une belle pagaille et manquer de plonger Mortis Junior dans le côté obscur de la Force, comme si son environnement ne suffisait pas!
Ted Naifeh illustre façon comique cette fable à la fois terrible et hilarante, et le dessinateur s’en donne à cœur joie dans le trait horrifique. Un petit régal qui fait regretter de ne pas retourner en classe avec de pareils phénomènes. A noter que ce tome 1 se lit comme une histoire complète et qu’il n’est nul besoin d’attendre le prochain opus qui est annoncé pour la fin de l’année.
150 pages, 16,90 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould


Le tandem Boucq/Jodorowsky tient décidément la route et leur western très particulier s’affirme déjà comme un classique. Côté dessin, François Boucq confirme une maîtrise remarquable, qui n’est pas sans rappeler le Far-Ouest de Giraud et Charlier. La première planche de l’album, où chevauche cet Indien couronné d’un foulard rouge, n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’univers de Blueberry (voir par exemple la couverture de « Nez Cassé »), tout comme les sublimes paysages du Colorado, assommés de soleil. Décernons au passage une mention particulière aux couleurs, auxquelles Sébastien Gérard a collaboré.
Alain Paris et Simon Dupuis ont opté pour un polar babylonien. Une aventure échevelée dont l’héroïne devra naturellement dérouler… l’écheveau. Taliya est une jeune scribe fraîchement promue par la reine, séduite par son caractère frondeur et par l’intelligence de cette femme, qui occupe là une fonction habituellement dévolue aux hommes. Nous voilà donc avec une enquêtrice hors norme, obligatoirement séduisante et perspicace, à la limite du lourdingue. La recherche d’un réalisme historique se perd dans ce personnage de Wonder Women, et l’intrigue ne simplifie pas la lecture à force de rebondissements. Alain Paris a rédigé plusieurs romans dont la trame tourne autour de Babylone, mais le passage au neuvième art n’est pas convainquant.

Stefano Rafaelle a quitté un temps ses super héros favoris pour s’allier avec Christophe Bec (« Carême », « le Temps des loups ») qui lui a concocté un très bon scénario mi-réaliste mi-fantastique.
Bec et Mottura mettent une touche finale à leur série Carême dont le tome trois “Léviathan” est très agréable à lire. Bec, ici scénariste, poursuit le récit d’une amitié profonde entre l’éditeur Martinien et le colosse Aimé, gagné par une maladie incurable. Sur décor de monde parallèle (éternels dirigeables, art nouveau, buildings baroques de la Nouvelle York) et sur fond d’attentats anarchistes on sent clairement la critique des conditions de l’émigration vers les Etats-Unis au début du vingtième siècle et des inégalités sociales, sans grandes nuances cependant.
Si l’on en juge la couverture ou même le fond d’écran disponible sur
L’auteur de " Sanctuaire " débute une nouvelle série comme homme à tout faire : scénariste, dessinateur et coloriste. Une sorte de liberté intégrale (merci les Humano) et " le Temps des Loups ", tome 1, fonctionne comme une saga prometteuse.