
Voici une BD aquatique, et naturellement rafraîchissante… Bastien Vivès, qui a déjà réalisé « Elle(s) » ne nage pas en eau trouble en imaginant l’éveil d’un adolescent timide aux premiers émois amoureux dans le cadre d’une piscine. Le garçon, qui souffre du dos, est envoyé manu militari dans le grand bain par son kiné. On ressent avec lui cette première plongée maladroite dans le bocal, d’autant que le dessin et ses drôles de courbures arrivent à restituer l’odeur du chlore, mais aussi l’univers sonore de l’architecture inimitable des bassins fermés. Entre les pataugeurs, croisés sous la douche obligatoire, les nageurs, lancés comme des fusées et dont il vaut mieux éviter la percussion frontale, notre petit poisson devient vite subjugué par l’apparition d’une sirène, évidemment reine de la natation. Mais quand on est maladroit et que l’on ne nage pas le dos crawlé comme on respire, il est difficile de déclarer sa flamme (surtout dans une piscine…), même si la belle demoiselle, un peu plus mature, exprime silencieusement, mais explicitement, qu’il est temps de grandir.
Si l’histoire tire nécessairement en longueurs, elle est plus délassante que lassante, cernant parfaitement le récit dans un lieu clos. Les silhouettes croquées entre deux eaux, bien qu’estompées, accentuent le réalisme et rendent familier ce cadre inhabituel pour un scénario intimiste. On peut sans danger piquer une tête dans ce grand bleu-vert.
144 pages, 13,75 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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« Vilebrequin », ouvrage signé Obion et Le Gouefflec chez Kstr, est sorti en librairie en juin 2007, nimbé d’un parfum de scandale. Une erreur de composition a entraîné un décalage des pages qui compromettait l’équilibre des scènes en vis à vis, tel que conçu par les auteurs. L’affaire a été tranchée par les tribunaux. Sorti de la polémique, que reste-t-il ? Un excellent récit au ton singulier relatant les émois intérieurs d’un monte-en-l’air qui vit son métier comme un art, détaillant son histoire, ses mensonges, ses obsessions, sa lente dérive… Un récit élégant et dynamique superbement servi par le graphisme noir et blanc du dessinateur-blogueur Obion [http://grmb.free.fr]. Nota : l’album est lauréat du Prix jeunesse France Télévision 2008 et ce n’est que justice.
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Vous aimez le polar noir bien serré ? « Angle mort » s’impose comme une évidence. Pascale Fonteneau est auteur de roman policiers, forte de cinq titres en Série Noire. Olivier Balez, complice de Corbeyran sur « Le village qui s’amenuise » ou plus récemment sur « Charmes fous » (Dargaud), est également le créateur graphique du Poulpe avec « L’opus à l’oreille », première adaptation BD du personnage créé par Jean-Bernard Pouy (Baleine). Le mariage de ces deux talents est une perle opaque, figure de proue de la nouvelle collection de Casterman, KSTR. Les deux auteurs nous offrent le côté obscur de Bruxelles, face cachée d’une métropole belge aux recoins interlopes, quartiers peuplés de « gueules », autant de personnages hauts en couleurs croisés par le personnage principal, un tueur froid dont on ne prononce jamais le nom. Ils relèvent avec talent le pari osé de la narration en vision subjective, le lecteur se glissant dans le regard du tueur avec un frisson voyeuriste assumé. La mise en images de Balez est sombre, traitement noir et blanc au trait épais et dense, la couleur – en à-plats ou appliquée à des détails précis - se faisant intrusive, vocabulaire graphique aux accents particulièrement âpres. Une véritable réussite, à même de réconcilier les puristes du noir littéraire et les bédéphiles les plus acharnés. Et une belle rampe de lancement pour KSTR, label qui affiche clairement ses ambitions. On n’en comprend que plus difficilement le faux-pas « Villebrequin », ouvrage signé Le Goëfflec et Obion dont les défauts de fabrication sont à l’origine d’un contentieux entre les auteurs et l’éditeur, et d’une polémique sur le Net.
128 pages, 9,95 euros
Chronique de Philippe Belhache
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Initiée par l’éditeur Didier Borg Casterman publie KSTR, un nouveau label moyen format (17×25 cm) qui se veut « l’équivalent graphique et narratif du rock ». Une collection que l’on approfondir sur son site internet kstrbd.com où l’on sollicite même des scénaristes et des dessinateurs et où on peut suivre l’évolution des bd. Deux exemples.
« Missing », de Will Argunas. L’histoire se déroule de nos jours dans le Wisconsin sous la neige de novembre. Elle s’ouvre sur un dessin d’enfant qui suggère déjà un malaise lorsque l’on se réfère à la couverture avec une chaussure de fillette abandonnée au milieu d’une rue. Un polar qui débute sans précipitation mais qui va très vite aller en s’accélérant avec des cases plus petites et plus denses et qui se développe notamment dans un petit commissariat de province où l’on pense avoir mis la main sur un sérial killer d’enfants. Et ce huis clos chez les keuf va aller de rebondissements en rebondissements.
La fin du livre proposes plusieurs essais de couvertures, des extraits de story-board et du scénario original. Quant à Will Agunas son passé reste assez flou. Selon l’éditeur il aurait été « tour à tour plongeur dans un restaurant, boxeur, chauffeur et garde du corps d’un parrain de Boston »… On préfère nettement qu’il soit passé à la bd…
140 pages
« Regards croisés », de Gilles Aris (scénario) et Thomas Cadène (dessin). Un homme à l’air maussade qui marche dans les rues au milieu d’un brouhaha de bulles inachevées. Un couple de voisin en train de se défaire inexorablement et en face de l’immeuble un papy voyeur qui filme les péripéties de tout ce beau monde. Un cadavre découvert et le grand-père échafaude diverses hypothèses. Bref l’ambiance n’est pas tendre, une dramatique renforcée par des dessins proches du crayonné où se côtoient les couleurs les plus étonnantes, avec des planches qui vont du bleu au rose en passant par le jeune: une palette que le lecteur devra décoder tandis que le scénario va révéler quelques belles surprises.
112 pages.
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