« L’actu tue », par Maëster. Le Lombard.
« Mirmidon, misère de grenouille ! », dirait Athanagor Würlitzer, une des premières créations de Maëster. Quand le maître s’énerve (souvent) et qu’il est aux pinceaux, ça peut faire mal. Les inconditionnels de ce grand maître ès caricature, option « geuzesse » mais pas seulement, docteur en calembour AOC, ne pouvaient que se jeter sur son blog. Maëster lui destinait ses humeurs et quelques croquis d’une « Soeur Marie-Thérèse des Batignolles » en cours de déménagement de Fluide Glacial vers Albin Michel. Il y a finalement jeté coups de gueule, de plume et de crayons contre une actualité trop riche pour y rester insensible. Le Lombard a eu la bonne idée de réunir ces dessins en un recueil à couverture souple. Avec cet avertissement qui claque comme sur un paquet de cigarettes, « L’actu tue ». Maëster a beau dire « j’arrête quand je veux », les fidèles du blog (dont votre serviteur) sont accros et en redemandent. Seul bémol, la version album apporte peu de chose aux plus anciens abonnés de Maëster « on line ». Hormis bien sûr le (grand) plaisir de retrouver l’ensemble des dessins sans avoir à remonter le temps à dos de souris ou à s’esquinter les mirettes sur des écrans hors d’âge. A consommer sans la moindre modération.
Chronique de Philippe Belhache


Voici donc le quatrième album de la série donc chacun peut se lire séparément, avec comme lien le fantôme de l’actrice assassinée huit ans plus tôt et qui vient perturber son veuf de mari par une jalousie agressive.
Le séduisant espion ésotérique Niklos Koda, sosie de John Travolta dans « Opération Espadon », est de retour dans « Le jeu des maîtres », huitième tome d’une série à succès publiée dans la collection Troisième vague du Lombard. Le prolifique Jean Dufaux attaque ce nouveau diptyque en retournant aux sources de la série, on reste dans le milieu de la magie, du surnaturel, comme dans les deux tomes précédents et non celui de l’espionnage pur, où le héros -de même que le lecteur- semble toutefois plus à l’aise lorsqu’il endosse le costume d’agent secret du Bureau. Dans le diptyque précédent, pour vaincre le puissant Kandar et l’esprit d’Irum, le beau magicien a dû dépasser ses limites, et celles du club Osiris, en utilisant la magie noire. Aujourd’hui à Barcelone, la mystérieuse officine, qui protège des secrets millénaires, se réunit pour choisir un nouveau membre et régler le cas « Koda ». Que l’un de ses membres tire la mauvaise carte et le magicien ne pourra plus compter sur le soutien de cette officine très occulte Sur ce postulat quelque peu alambiqué s’entrecroisent d’autres ficelles ressurgies du passé (l’enfant du héros a été kidnappé dans son pensionnat doré, les membres du club Osiris sont la cible d’Arcane 16, un étrange magicien), elles non plus pas simples à saisir au premier jet de lecture. Du coup, on s’y perd un peu en attendant les réponses attendues dans le prochain tome. Mais ce scénario fantastique contemporain fait aussi le charme de la série. Sans parler du dessin élégant d’Olivier Grenson, l’autre point fort de la saga Koda. Les couvertures sont soignées et le Belge excelle dans les personnages, certes un peu statiques, mais plus mystérieux les uns que les autres. A l’image de Barcelone, superbe ville lumière le jour, transformée en capitale sombre et menaçante dès la nuit tombée..
Parue dans l’excellente collection Troisième vague du Lombard, District 77 est une série policière originale et prometteuse. Originale parce que l’héroïne Lili Lafayette, flic novice qui débarque dans le commissariat du District 77, n’est pas le prototype de la fille idéalisée que l’on voit un peu partout en BD. Prometteuse parce qu’après avoir dévoré ce premier tome, nerveux et aussi noir qu’un polar signé James Ellroy, on n’attend qu’une seule chose : la sortie du second, intitulé « Furiani vendetta », tout un programme. Les auteurs, les Nantais Denys (au dessin) et Jean-Philippe Dugand (au scénario) sont des amateurs de films de genre, ça se sent : leurs goûts pour le polar, le fantastique, les comics, notamment ceux de Franck Miller (auteur de la saga mythique « Sin city »), et les western spaghetti (ici, aussi, on se tire dans le dos !) transparaissent au fil des pages toutes plus sombres les une que les autres pour décrire, sans concessions, l’ambiance glauque qui règne dans ce quartier infréquentable.
Dans le maelström des séries BD d’espionnage, « Alpha », thriller qui nous plonge dans l’univers des services secrets américains et des nouvelles relations Est-Ouest, est sûrement ce qui se fait de mieux actuellement. Son incontestable point fort par rapport à la concurrence: le dessin réaliste et très expressif de Youri Jigounov. Le Russe, 39 ans, débarqué en 1994 à Bruxelles, possède un coup de crayon élégant et efficace. Il excelle dans le dessin des corps de femmes et des belles voitures, ce qui n’est pas négligeable dans une série d’espionnage contemporain. L’illustration, toujours très minutieuse, est mise en relief par les scénarios de plus en plus complexes signés Mythic (qui a pris le relais de P. Renard, décédé après les deux premiers tomes), lequel use et abuse des histoires à tiroirs, utilisées à profusion dans les films et séries US à succès. Du coup, ce n’est pas toujours très simple à lire au premier jet, à l’instar des bouquins de Tom Clancy, mais Mythic (« Natacha », « Rubine », « Gowap») a de la bouteille et sait tenir en haleine son lecteur grâce à des intrigues denses et très documentées. Dans « Jeux de puissants », premier tome du diptyque, il plantait le décor de « Scala », dressant le portrait original d’une sculpturale tueuse engagée par un ponte ambitieux de la CIA, reléguant au second plan, Alpha et Sheena, les héros de la série pour mieux les utiliser dans le T9, sorti ce mois-ci. « Scala » est un excellent album d’espionnage, au scénario nerveux, bourré d’actions et de rebondissements avec un dénouement surprenant. Jigounov, lui, confirme son talent dans ce neuvième album d’Alpha, qui s’impose, à notre avis, comme la série d’espionnage du moment, loin devant « Insiders », « IR$ », « Lady S » et autre « Wayne Shelton »…
L’album est dédié à Jean Roba. Le père de Boule & Bill, décédé le 14 juin dernier à l’âge de 75 ans, est le maître de Laurent Verron, lequel fut son assistant à la fin des années 1980 avant de reprendre la célèbre série humoristique et même de la poursuivre puisqu’il prépare en ce moment un prochain album prévu pour 2007. Verron, découvert en solo avec "Le Maltais" (scénarisé par Loup Durand, trois tomes aux Editions Lefrancq), « s’éclate » depuis une dizaine d’années, en compagnie du prolifique Yann, à conter les aventures délirantes d’Odilon Verjus, ce père missionnaire à qui le Vatican confie les tâches les plus délicates et les plus ingrates. Le dessin de Verron s’exprime pleinement dans ces décors exotiques (la Papouasie-Nouvelle Guinée des années 30 dès le tome 1) remplis d’animaux (son péché mignon) et de personnages loufoques que l’élève de Roba croque avec justesse. Ici, changement de décor : dix petits nazis sont dans un zeppelin ! Et les cadavres se ramassent à la pelle pour le plus grand bonheur d’Agatha Christie, elle aussi à bord de l’aéronef. Le père Verjus, entouré de sa grande amie Joséphine Baker et de son acolyte frère Laurent (de moins en moins présent pourtant), mène l’enquête. Si le dessin de Verron (l’un des meilleurs dans son registre actuellement) reste impeccable, le scénario de Yann, que l’on a connu plus inspiré (« les Eternels », « les Innommables » ou « Spoon et White ») est moins convaincant. L’humour du héros et de ses acolytes est un peu trop lourd pour être honnête. L’inspiration au célèbre roman « Les dix petits nègres » ressort plutôt bien dans le récit de Yann, mais des dialogues manquant parfois de finesse et une trame sans grande surprise nuisent à ce septième album, qui ne vaut pas le précédent. Dommage, car cette série humoristique est originale et mériterait à coup sûr de gagner en constance.
Revendiquer une influence est une chose. La voir brandie à bout de bras par un scénariste en est déjà une autre. Sébastien Latour - dont c’est là le premier titre en attendant « Ellis », dans la même collection - voue un culte sans détour ni concession à Neil Gaiman, golden boy de la littérature fantastique qui est à « l’urban fantasy » ce que William Gibson est au « cyberpunk » : un initiateur et un maître. L’urban fantasy ? Un univers décalé qui voit entrer dans le quotidien du XXIe siècle les créatures des contes et légendes des temps passés. « Wisher » est de ce bois, poussant l’hommage au « Neverwhere » de Gaiman jusqu’à installer son intrigue à Londres et organiser le refuge des créatures d’un autre monde dans les souterrains attenant au métro. Pour autant, pas question de donner dans l’hommage béat. Sébastien Latour réalise là un premier scénario musclé, sans temps mort, centré sur un personnage central - le fameux Nigel - que l’on soupçonne d’être le dernier djinn sur terre. Latour donne suffisamment de clefs dans ce premier jet pour ferrer efficacement le lecteur. L’affaire est superbement servie par le graphisme abouti de Giulio de Vita, dessinateur italien qui s’est rodé aux fumetti avant de prendre pied en France par la case « Décalogue », et d’attaquer « James Healer » au Lombard avec Yves Swolfs. « Wisher » joue sur le décalage graphique entre le design XXIe siècle des personnages principaux, et celui - faussement désuet - des agents du MI 10. Sans même parler des créatures de fantasy. Bref, une très bonne entrée en matière pour la collection « Portail », avec pour principal bémol un traitement trop sombre des couleurs, qui nuit