
L’album est dédié à Jean Roba. Le père de Boule & Bill, décédé le 14 juin dernier à l’âge de 75 ans, est le maître de Laurent Verron, lequel fut son assistant à la fin des années 1980 avant de reprendre la célèbre série humoristique et même de la poursuivre puisqu’il prépare en ce moment un prochain album prévu pour 2007. Verron, découvert en solo avec "Le Maltais" (scénarisé par Loup Durand, trois tomes aux Editions Lefrancq), « s’éclate » depuis une dizaine d’années, en compagnie du prolifique Yann, à conter les aventures délirantes d’Odilon Verjus, ce père missionnaire à qui le Vatican confie les tâches les plus délicates et les plus ingrates. Le dessin de Verron s’exprime pleinement dans ces décors exotiques (la Papouasie-Nouvelle Guinée des années 30 dès le tome 1) remplis d’animaux (son péché mignon) et de personnages loufoques que l’élève de Roba croque avec justesse. Ici, changement de décor : dix petits nazis sont dans un zeppelin ! Et les cadavres se ramassent à la pelle pour le plus grand bonheur d’Agatha Christie, elle aussi à bord de l’aéronef. Le père Verjus, entouré de sa grande amie Joséphine Baker et de son acolyte frère Laurent (de moins en moins présent pourtant), mène l’enquête. Si le dessin de Verron (l’un des meilleurs dans son registre actuellement) reste impeccable, le scénario de Yann, que l’on a connu plus inspiré (« les Eternels », « les Innommables » ou « Spoon et White ») est moins convaincant. L’humour du héros et de ses acolytes est un peu trop lourd pour être honnête. L’inspiration au célèbre roman « Les dix petits nègres » ressort plutôt bien dans le récit de Yann, mais des dialogues manquant parfois de finesse et une trame sans grande surprise nuisent à ce septième album, qui ne vaut pas le précédent. Dommage, car cette série humoristique est originale et mériterait à coup sûr de gagner en constance.
Chronique de Christophe Berliocchi
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Revendiquer une influence est une chose. La voir brandie à bout de bras par un scénariste en est déjà une autre. Sébastien Latour - dont c’est là le premier titre en attendant « Ellis », dans la même collection - voue un culte sans détour ni concession à Neil Gaiman, golden boy de la littérature fantastique qui est à « l’urban fantasy » ce que William Gibson est au « cyberpunk » : un initiateur et un maître. L’urban fantasy ? Un univers décalé qui voit entrer dans le quotidien du XXIe siècle les créatures des contes et légendes des temps passés. « Wisher » est de ce bois, poussant l’hommage au « Neverwhere » de Gaiman jusqu’à installer son intrigue à Londres et organiser le refuge des créatures d’un autre monde dans les souterrains attenant au métro. Pour autant, pas question de donner dans l’hommage béat. Sébastien Latour réalise là un premier scénario musclé, sans temps mort, centré sur un personnage central - le fameux Nigel - que l’on soupçonne d’être le dernier djinn sur terre. Latour donne suffisamment de clefs dans ce premier jet pour ferrer efficacement le lecteur. L’affaire est superbement servie par le graphisme abouti de Giulio de Vita, dessinateur italien qui s’est rodé aux fumetti avant de prendre pied en France par la case « Décalogue », et d’attaquer « James Healer » au Lombard avec Yves Swolfs. « Wisher » joue sur le décalage graphique entre le design XXIe siècle des personnages principaux, et celui - faussement désuet - des agents du MI 10. Sans même parler des créatures de fantasy. Bref, une très bonne entrée en matière pour la collection « Portail », avec pour principal bémol un traitement trop sombre des couleurs, qui nuit au confort de lecture.

Chronique de Philippe Belhache
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Clarke avait prévenu. En cas de réélection de Bush junior, il passait la deuxième couche. Et l’homme a tenu parole. Il remet en scène un Mister Président fraîchement réélu, nabot débile, raciste et gaffeur coaché par un ministre désespéré, au bord du suicide. Et cette fois, il l’envoie tâter du monde extérieur (autrement dit tout ce qui n’est pas Texas). France, Belgique, Vatican… La vieille Europe en prend sous son grade. Clarke ne change ni la forme, ni le fonds. L’homme reprend la ligne graphique qui a fait son succès tant chez Fluide Glacial (« Château Montrachet », « Cosa nostra ») que chez Dupuis (« Mélusine ») pour mettre en boîte ce pilonnage au mortier du cauchemar américain façon « Dobeliou ». Le trait est épais comme un programme électoral, et de fait prend un air de déjà vu. Après un premier opus jubilatoire, la formule peine à se renouveler. Mais elle comporte encore quelques belles pépites, surtout pour les amateurs de grosse farce. Idéal pour se relâcher le neurone.
« Mister President en voyage », Mister President 2, de Clarke. Le Lombard, Troisième degré.
Le site de Clarke
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Deuxième volet d’une série prévue en sept tomes et concert à six mains : Desberg au scénario, Reculé aux story-board et aux crayonnés, De Moor pour les encrages et les couleurs. Du beau monde donc pour reprendre et revisiter l’oeuvre de Rudyard Kipling, oeuvre « librement adaptée » prévenaient les auteurs dans le premier volume (une mention qui a disparu du second tome : problèmes de droits ?). Trop de monde peut-être pour donner un véritable caractère à cette oeuvre revisitée.
L’épisode 2 s’intitule « la Promesse », en référence peut-être à l’espoir que Disney nous sorte complètement de la tête tant le Mowgli version américaine a imprégné toute une génération d’enfants. Mais outre que l’on met en scène le héros qui revient à l’automne de sa vie sur son enfance sauvage il n’y a pas de quoi sauter de liane en liane. Le tigre Shere Khan a beau faire la grimace il ne parvient guère à faire peur, même les griffes rouges de sang. La narration manque de densité mais on retrouve néanmoins Kipling dans les échanges initiatiques entre Mowgli âgé et philosophe et un jeune Indien. Le reste n’est que batailles rangées entre animaux avec Mowgli en grand stratège lorsqu’il ne se pose pas des questions existentielles sur sa place dans la société. Bref, on n’est pas obligé d’investir dans les 4 autres tomes à venir et malgré un très joli dessin les nostalgiques de la baston animalière seraient mieux inspirés de se refaire une cure de Rahan. Ou de (re)lire Kipling.
« la Promesse », Le Dernier livre de la Jungle 2, de Desberg, De Moor et Reculé. Le Lombard, collection Polyptique.
Chronique de Jean-Marc Lernould.
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Tout peut arriver en ce bas monde, y compris Coyote aux Editions du Lombard. Le papa de Litteul Kevin, transfuge de Fluide Glacial s’installe dans la collection Troisième degré avec des personnages développés à l’origine dans les pages de la revue d’Umour et Bandessinée. L’argument ? Un couple « normal », pour peu que cela existe, emménage dans un immeuble peuplé d’une faune passablement déjantée. Un couple gothique « trop gore », une petite vieille qui n’a pas trop mal vécu l’Occup’, un concierge commando et sa bombe russe, un acteur très gay, des anciens de Woodstock… Le tout croqué avec cet art inimitable qui est celui de Coyote, cousin en caricature de Maëster.
La mise en couleur est superbe, jouant sur la blancheur des peaux pour
donner un ton particulier à l’ensemble. Pourtant, l’album ne convainc
pas complètement. Coyote et Nini Bombardier nous baladent dans leur
immeuble, présentant un à un les différents locataires, galerie de
portraits offrant des personnalités plus ou moins tranchées, des
situations plus ou moins bien établies, sans pour autant en exploiter
pleinement le potentiel comique. Tout en se permettant certaines
audaces, notamment dans les allusions salaces, les auteurs semblent
chercher encore ce que doit être le véritable ton de la série. «
Vendredi » essuie les plâtres d’une nécessaire exposition des
personnages. Il ne reste plus qu’à attendre « Samedi », et espérer voir
ces deux là se lâcher un peu.
« Vendredi », Les voisins du 109, tome 1, par Coyote et Nini Bombardier. Le Lombard, collection Troisième Degré.
Chronique de Philippe Belhache
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Une recommandation de la revue Historia en macaron, un trait toujours plus épuré, un auteur encore auréolé du magnifique travail de reconstitution de la Rome antique édité chez Glénat… « Le Clan Mac Douglas » a en prime abord de quoi rebuter les amateurs de simples divertissements ludiques. Ce serait faire un mauvais procès à ce nouvel épisode des aventures de Vasco Baglioli. Enfin sorti de l’intrigue qui sous-tendait la série depuis ses origines, Gilles Chaillet continue à balader son personnage fétiche à travers l’Europe du XIVe siècle, lui offrant cette fois une petite virée en Ecosse. Une Ecosse résistant encore et toujours à la domination des « Godons » (les Anglais), à l’heure de l’émergence de la dynastie des Stuart.
Histoire et fiction se lient intimement au sein d’un récit charpenté et
parfaitement crédible. Chaillet réussit là une alchimie peu évidente,
qui place une nouvelle fois cette série dans la lignée narrative des «
Rois Maudits » de Maurice Druon. Une référence littéraire dont il a
adopté l’un des personnages phares, le banquier Spinello Tolomei,
personnage historique dont le profil graphique évoque le défunt Louis
Seigner, qui l’incarna dans la première adaptation télévisuelle de
1972. Un Tolomei dont le neveu Guccio Baglioni faisait alors déjÃ
l’actualité. Bref, une bonne surprise, au sein d’une série sommes
toutes inégale.
Vasco 21, de Gilles Chaillet. Editions Le Lombard.
Chronique de Philippe Belhache.
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