
Le tandem Makyo/Rotundo continue sur la lancée, avec la deuxième étape de « Prédiction », une série fantastique et pour le moins inquiétante. Les deux auteurs poursuivent les tourments de David Lozowick, un funambule endeuillé par la mort accidentelle de sa mère, et dont l’épouse amnésique, Carole, erre dans un hôpital psychiatrique, poursuivie par l’horrible et imposante Mélodie, une malade mentale, incarnation du mal absolu, qui annonce à ceux qu’elle croise le jour de leur mort. Cette dernière se montre de plus en plus pesante dans ce second volume, et surtout très dangereuse. Elle obsède David au point qu’il la sculpte en vierge noire géante. Mais une autre vierge poursuit David, une statue qu’il a fracassé de rage dans une église, à la mort de sa mère. La destruction de cette icône aurait libéré un très mauvais sort, et sa reconstitution s’impose. Cette résurrection va de pair avec l’état de santé de Carole, qui retrouve peu à peu la mémoire. L’ambiance de ce livre plaira à ceux qui ont aimé des films comme « la Malédiction », avec curés assassinés à la clef, et secrets occultes en sus. Le personnage éléphantesque de Mélodie est angoissant à souhait, et sous le trait de Rotundo (mis en couleur par Emmanuelle Tenderini), Makyo nous emmène pour une balade au bout de l’immonde.
48 pages, 12,90 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Ne frappez pas avant d’ouvrir cette porte. Elle mérite de la douceur et du ménagement, et le fait que l’on ignore sur quoi elle débouche ne la rend que plus tentante à pousser. C’est-ce que feront trois jeunes adolescentes, dont le point commun est d’avoir tenter le suicide, et surtout d’être confrontées à un monde d’adulte déplorable, privé de la moindre parcelle d’humanisme. Ces « Japonaises », comme on les a surnommé dans leur collège, because pulsions morbides, décident de fuguer ensemble. Leur point de chute sera une modeste maison perdue dans la campagne, un lieu où l’une d’entre elle a passé son enfance. C’est ici que le fantastique relaye l’aspect sociologique de l’histoire, avec caves obscures et cachées, ésotérisme, jumelles pointées sur les trois demoiselles, ce qui devrait nécessairement amener le lecteur au-delà de cette fameuse porte, dont on ignore dans ce premier tome si elle mérite de nous offrir le ciel, ou des horizons bien plus noirs. Mais ces trois ados n’ont plus rien à perdre, trahies par leur proches, par un quotidien qui pue la banlieue, ce qui nous renvoie à la face nos attitudes d’adultes, incompréhensifs par nature de tout ce qui concerne une personne à qui il manque quelques années pour nous en compter…
J’ai lu ici ou là que certains avaient du mal à entrer dans ce récit. Il faut pourtant en faire l’effort, puisque nous sommes tous des adultes. La maturité du récit montre que l’on a encore de la réflexion devant nous, alors que l’on se croyait arrivés. Nos enfants nous seront peut-être reconnaissant d’aimer cette BD.
Environ 60 pages (puisque que cette première édition offre un très joli bonus graphique, pour un tirage de 3 000 exemplaires), et 18 euros mérités.Chronique de Jean-Marc Lernould
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