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« Carlos Gardel », Tome 1 « la Voix de l’Argentine », de Munoz et Sampayo. Futuropolis.

2007 a déjà fini en beauté avec la réédition en deux volumes par Casterman de l’intégrale des aventures d’Alack Sinner, dans un moyen format tout à fait adéquat à leur mise en page (voir la chronique du premier livre sur ce même site).
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2008 en repasse une couche, cette fois chez Futuropolis (décidément en pleine relance éditoriale et avec de très bons goûts à la clef). Le sujet immanquable pour les deux protagoniste: la biographie de Carlos Gardel, monument du tango argentin et davantage méritoire qu’Évita Perron pour ce qui est des héros de ce vaste pays.
Carlos Gardel avait déjà été le centre d’une bande dessinée magnifique, sous la plume de Juan Sasturain et le trait d’Alberto Breccia (lire le tome IV de « Perramus », publié par Glénat. Une histoire surréaliste où il s’agit de parcourir le monde à la recherche de son sourire, sa tombe ayant été profanée et ses dents dérobées. Ambiance…
Munoz et Sampayo, déjà accros de musique, toujours présente dans leurs BD, et qui se sont attaqués à une biographie non moins réussie de Billie Holiday (chez Casterman), ont opté choisi une autre option, celle d’une vraie bio matinée de leur crû: Une déclinaison de la vie du maître plutôt qu’une fidélité ennuyeuse […] « Nous n’avons pas cherché à démonter un mythe ni à en inventer un autre […] « Nous sommes partis du fait que personne ne connaît la vraie vie de Gardel », du moins pas dans le grand public non mélomane.

Rappel. Carlos Gardel, réputé né à Toulouse, aurait au moins pu voir le jour dans deux ville d’Uruguay, fin du XIXème siècle à trois ans d‘intervalle. Mystère. On n’est pas non plus sûr selon le auteurs qu’ils soit mort dans un accident d’avion à Medellin (Colombie) en 1935.
Il y a des évidences. Son lien affectif avec sa mère, quasiment exclusif à l’égard des autres femmes malgré son statut de « Voix de l’Argentine » et de sex symbol, son absence de scrupules à privilégier sa carrière en chantant autant pour les politiques de droite comme de gauche - et les malfrats -. Un homme à part qui a enregistré 700 titres et tourné huit films. Une légende qui se veut avant tout un artiste, sanctifié par tout un pays.

Contrairement à leur habitude Munoz et Sampayo multiplient les appels de notes, sans malheureusement traduire toutes les chansons inaccessibles aux non hispanisants. Mais le sens est bien là, qui fait dire à Gardel « Je suis une voix. Rien d’autre qu’une voix très commerciale ». C’est un accès de modestie que l’on suivra dans le second volume.

Et pour en finir avec Munoz et Sampayo n’oubliez pas un livre d’entretien paru dans la première quinzaine de janvier (pas encore eu le temps de le lire…) entre les deux auteurs, coachés par Goffredo Fofi.

- Intégrale Alack Sinner Tome 2, 334 pages, 18,96 euros (Casterman).

- Carlos Gardel, 57 pages, 13 euros (Futuropolis).

- Conversation avec Munoz et Sampayo, avec Goffredo Fofi.22, 80 euros (Casterman).

Chronique de Jean-Marc Lernould

4 février 2008 - Aucun commentaire
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Angoulême 2008 en images : Christine Albanel la bédéphile

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Une entrée en fanfare ? Pas le genre de la ministre de la Culture. Christine Albanel goûte plutôt à la suave musique argentine. Aux airs de tango plus exactement, distillés dans l’espace dévolu au président du 35e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, José Muñoz. Ce maître du noir et blanc s’improvise guide pour la ministre qui, docile, passe par la case CNBDI (Centre national de la bande dessinée et de l’image) pour ses premiers pas dans Angoulême.

Tardi, Pétillon et les autres. Avant de découvrir le travail du dessinateur argentin, petit rappel sur la création de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image par son directeur Gilles Ciment. Cet établissement public de coopération culturelle, regroupant le CNBDI et la Maison des auteurs, est voué à devenir le vaisseau amiral de la ville avec le festival. Impossible de faire l’impasse.

Puis Muñoz, Bottaro, Katchor captent le regard de la ministre, qui questionne. Tailleur noir, talons aiguilles et petit sac en main, elle maîtrise. Seule touche de fantaisie, un chemisier à fleurs et un sourire dont elle ne va pas se départir.

Christine Albanel est heureuse d’être là. Les officiels d’Angoulême ne sont pas mécontents non plus. Le maire en tête, Philippe Mottet, qui n’a pas manqué de faire un crochet au musée des Beaux-Arts.

Le bâtiment ouvrira ses portes en mars. « Il sera entièrement gratuit », n’a pas oublié de rappeler le chef de cabinet de la ministre, Jean-Bernard Bolvin, soulignant cette prédisposition angoumoisine qui colle à la volonté gouvernementale. Bonne élève, Angoulême ? Il faut croire, tant Christine Albanel fait preuve d’enthousiasme tout au long de sa visite. Direction l’épicentre du festival? « Et en plus, elle s’y connaît », glisse un éditeur. Au milieu de l’espace réservé aux publications alternatives, la ministre ne suit plus les conseils de Benoît Mouchart, directeur artistique du FIBD. Christine Albanel s’émancipe et vire de bord dès qu’une ?uvre l’attire.

Vient le moment de l’aveu. La ministre n’est pas une novice. « J’ai grandi avec les Tardi, Bretécher, Pétillon. » L’ancienne prof de littérature ne dédaigne pas la nouvelle génération avec, en tête de liste, Sfar.

Équité. « Cela faisait longtemps que je souhaitais venir au festival, raconte-t-elle. En France, on trouve peu de capitales culturelles et rares sont celles qui se mobilisent entièrement dans une manifestation. » Le dynamisme d’Angoulême, ville phare de la BD et qui rayonne au niveau international, ne fait pas un pli. « La bande dessinée est un art qui n’est pas autiste, il est en pleine expansion et s’exporte. Enracinée dans nos sociétés, la BD fait passer des messages et arrive à parler à chacun d’entre nous. Le travail de Marjane Satrapi (NDLR : créatrice de “Persepolis”) reste un bon exemple. »

À la question du statut des auteurs de BD et de l’engagement de l’État dans le neuvième art, la ministre s’est montrée confiante : « Il faut conserver un équilibre entre le privé et le public dans le financement. Le Festival d’Angoulême a trouvé ce bon équilibre, et le ministère est intéressé pour voir si on peut aller plus loin. Pour les droits des auteurs, il y a encore des efforts à mener. Pendant longtemps, il y a eu un ostracisme vis-à-vis de la BD, il faut rétablir une forme d’équité. »

Quant aux projets de la ville, ils ont l’oreille de la ministre. « L’État sera là pour le musée de la BD, c’est un équipement qui reflète une vraie ambition dans ce domaine. » L’État s’engagera aussi dans le financement de la médiathèque, objet de débat pendant la campagne municipale.

Après d’autres visites dans les bulles du festival, la ministre s’en est allée, telle une festivalière, les bras chargés de BD? Enfin presque, un collaborateur zélé a porté les albums qui pleuvaient sur le cortège? Après tout, c’est la ministre.

JOSÉ MUÑOZ : Tango en blanc et noir

Dans la famille du noir et blanc, l’Argentin est un maître. Il a aimé dès l’enfance la bande dessinée « d’un grand amour honteux » qui inspire toujours sa réflexion sur ce 9e art aujourd’hui reconnu.

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Il est arrivé dès samedi soir à Angoulême, et se promet « un plaisir intellectuel fort, face à l’excitation et à la qualité des produits présentés cette semaine ». À 65 ans depuis le 10 juillet dernier, José Muñoz est le président de cette édition 2008. L’enfant argentin très tôt convaincu de sa vocation de dessinateur a grandi avec curiosité dans une ambiance culturelle cosmopolite. Sa famille venait d’Andalousie et des îles Canaries, « des îles très africaines », où il a voyagé au temps de l’exil. « J’y ai retrouvé de la famille, et rencontré mon double ».

En 1974, Carlos Sampayo, qui deviendra son scénariste, comprend comme lui « qu’on était des exilés, et plus des voyageurs. On a trouvé dans le travail et l’amitié une maison mentale. Dans notre pays, le ciel était couvert de sang. Nous étions curieux de l’Europe, de toutes ces langues étranges qu’on entendait autour de nous étant enfants. »

José Muñoz a nourri toute sa vie une réflexion sur ces images qui le fascinent. Des images qu’il voit par-dessus tout en noir et blanc, et qu’il décrit, avec l’accent sud-américain, en « blanc et noir ». Prononcer blank et noir. Aujourd’hui, entre les anciens et les modernes, il se définit comme « un bon passeur ».

Sud Ouest. En tant que président, vous êtes l’auteur de l’affiche de l’édition 2008, que l’on voit sur tous les murs d’Angoulême. Que représente-t-elle ?

José Muñoz. Cette affiche, c’est mon paysage intérieur. La maison que vous voyez à l’arrière-plan, c’est celle de Carlos Gardel, rue Jean-Jaurès à Buenos Aires. Devant, enlacés, il y a Alack Sinner (Ndlr : héros et figure centrale de l’?uvre de Muñoz et de son scénariste Carlos Sampayo) et Billie Holiday.

L’exposition qui vous est consacrée, au CNBDI, n’évoque pas seulement votre oeuvre.

Non, c’est une promenade à travers l’histoire de la bande dessinée argentine. Les Américains du nord parlent de comics, les Japonais de mangas, les Argentins d’historietas. Les années 40 et 50 ont été un des moments les plus créatifs de notre pays. Je voulais montrer les lumières qui ont illuminé alors mon adolescence.

Quels sont les albums qui vous ont marqué à l’époque ?

Le premier, c’était Bucky Bug, l’histoire d’un groupe d’insectes, écrite dans les années 30. C’était très écologique, puisqu’ils vivaient dans un terrain vague en recyclant tous les rejets des humains. J’avais cinq ans, et j’étais capturé par cette histoire, même si je ne savais pas lire. À 9 ans, j’ai découvert Breccia et Pratt, en achetant des magazines. Et quand j’avais 11 ans, mes parents m’ont inscrit à l’école panaméricaine d’art.

Vous avez très tôt eu envie de devenir dessinateur ?

Oui, j’étais totalement sûr que je voulais faire du dessin narratif, pas de la littérature dessinée. Dans ces années où l’abstraction régnait, la bande dessinée était le seul refuge du figuratif.

Je faisais de la bande dessinée de façon clandestine vis-à-vis de mes professeurs, et ça me donnait beaucoup de tristesse. C’était comme un grand amour, un peu honteux, que l’on ne pouvait pas exhiber en public. On me regardait comme un phénomène, en me disant : « Tu fais de la bande dessinée ? Mais tu as l’air intelligent, pourtant? »

D’où venait ce mépris pour la bande dessinée, selon vous ?

La bande dessinée a remis ensemble ce qui est né ensemble. Il y a un conflit entre l’image et les mots. Le mot vient de l’image et ne veut pas le reconnaître. La sacralité, c’est les mots, et l’image, elle, fait peur. Elle mange les mots.

Le cinéma vous a-t-il également influencé ?

À cette époque, on voyait quatre longs-métrages par jour, et la fenêtre du cinéma m’aidait à développer ma culture visuelle. J’admirais le néoréalisme italien, les films du réalisme poétique français des années 30 avec Gabin et Arletty, le Bergman du début, et l’expressionnisme allemand des années 20. Dans ces films muets, les corps faisaient la narration, tout ça formait le chaudron visuel de notre expérience.

Toujours du noir et blanc?

Oui, je l’avais découvert avec Pratt, j’ai continué avec les comics américains. La famille du blanc et noir a toujours été celle dans laquelle j’ai voulu rentrer. Pratt racontait la lumière, Breccia plutôt l’obscurité.

Et vous ?

J’aimerais penser que j’habite à la frontière. Tout comme je suis né à la limite de Buenos Aires, là où commence la pampa.

Et la couleur ?

J’ai passé plus de trente ans avec la bande dessinée en blanc et noir. Seulement l’encre, les plumes et les pinceaux à ma table à dessin. Les couleurs ont commencé à apparaître avec le désir de dessiner mon endroit natal. Buenos Aires me demandait le bleu ou le jaune, tandis que New York, la ville d’Alack Sinner, ne me demandait rien.

Dans ce monde d’images, quelle place occupe la musique ?

J’ai grandi entre le tango de ma mère et la musique classique de mon père. Puis à 12 ou 13 ans, j’ai commencé à écouter du rock anglo-saxon. Et j’ai découvert ensuite le jazz du début du 20e, toute cette famille des voix cassées, de Bessie Smith à Billie Holiday. Finalement, en musique, j’ai trouvé un équilibre binaire, entre une noire du nord, Billie Holiday, et un blanc du sud, Carlos Gardel.

Revenons à votre exposition. Que pourra-t-on y voir ?

Il y a 50 dessins de moi. Et des hommages aux maîtres qui sont encore en train de vivre en moi.

Et puis on découvrira de vrais bijoux de l’école argentine. Une ligne qu’on connaît moins ici. Dans la difficulté extrême du présent, il y a de bons auteurs et cette exposition est une façon de les montrer. On a des Trondheim et des Sfar, mais ils ne sont pas toujours traduits. C’est toujours le cas pour ce qui se développe dans une veine satirique liée à la réalité du pays, c’est plus difficile à traduire.

Propos recueillis par Haude Giret

24 janvier 2008 - 1 commentaire
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Angoulême 2008 : Les coups de coeur du Directeur

Quelques pistes à suivre, indiquées par un connaisseur, Benoît Mouchart!

Ne demandez jamais à un père de choisir entre ses enfants. Ou à un directeur artistique de vous donner ses préférences au sein de la programmation qu’il a soignée aux petits oignons. Tout de même, Benoît Mouchart avoue quelques coups de coeur parmi les dizaines d’événements qui vont se succéder durant ces quatre jours.

1- As de coeur : Moreau et Rabaté


« Entre eux, c’est une vraie rencontre », se réjouit Benoît Mouchart. Pascal Rabaté a déjà endossé le rôle de dessinateur du tournage de « Louise Michel », film dans lequel jouait Yolande Moreau. L’auteur d’« Ibicus » cernera la confession de la comédienne dans le rôle d’une femme qui vient de tuer son amant. Le dessin de Pascal Rabaté sera « filmé par en dessous à travers une plaque de verre dépolie ».

2 - As de pique : l’Argentine de Muñoz

« Un musée aurait mis deux ans à bâtir l’exposition qu’on a montée en neuf mois pour le CNBDI », estime le directeur artistique du FIBD, qui se réjouit de ce coup de projecteur sur l’école argentine. « On dit que les Mexicains descendent des Mayas, les Péruviens des Incas, et les Argentins du bateau », ajoute-t-il en souriant. L’expo raconte ce cosmopolitisme facteur de bouillonnement culturel. « La bande dessinée adulte existait déjà en Argentine dans les années 30 à 60, avec une ambiance à la Hollywood. Mais ce n’est pas seulement une rétrospective. » À côté de Breccia, de Pratt, de Quino, père de la célèbre Mafalda, la nouvelle génération pointe son trait.

3 - As de carreau : Villes du futur

« Voilà l’exposition la plus scénographiée de cette édition, l’équivalent de ce qu’a été Kid Paddle l’an dernier. Un vrai plaisir grand public. » (lire en page 2-24).

4 - As de trèfle : honneur aux Grands Prix

En consacrant pour la première fois une exposition aux 38 grands prix de son histoire, le FIBD défend une véritable politique des auteurs pour le 9e art. « On essaye de montrer le dessin d’une autre manière, à travers une expérience qui retranscrit la magie des concerts de dessin », explique Benoît Mouchart. C’est Benoît Peeters qui a concocté le film, coeur de l’exposition, qui ausculte chacun des auteurs, sur une musique originale spécialement composée par Bruno Letort.

24 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Le Manoir des murmures », tome 1 « Sarah », de Munoz au scénario et Tirso (dessin). Les Humanoïdes Associés.

le_manoir_des_murmures.jpgC’est une riche association qui vient de voir le jour aux Humano avec David Munoz en inspirateur (ne pas confondre avec José Antonio Munoz, le pote à Sampayo…) et Tirso au dessin, association renforcée par les couleurs sombres et fantomatiques de Javi Montes (ces deux derniers avaient déjà collaboré avec Philippi pour « Marshall » et avec Antunes pour « l’œil du diable »). Bref une équipe ibérique du feu de dieu, ou plutôt du diable.

L’album aux tonalités très bleutées débute sur un massacre perpétré dans un monastère obscur à une période moyenâgeuse non datée. Par contre on se retrouve très vite en République tchèque de 1949, dans une sorte de pensionnat hôpital plus que louche et aux allures plus sectaires que communistes, dont les secrets vont progressivement se révéler à force de murs creux et de trappes secrètes. Les enfants orphelins qui y sont gardés comme des prisonniers sont-ils des monstres ou des victimes? Ils vont en tous cas découvrir qu’on leur cache beaucoup de choses dont dépend leur survie, laquelle pourrait basculer à cause d‘un virus essaimé par les nazis. A voir…

Le scénario est très original dans cette période de fantastique formaté. Il est extrêmement bien découpé et ouvre une avenue remarquable au talent de Tirso, particulièrement doué pour concrétiser des créatures terrifiantes. Puisse cette nouvelle série se poursuivre sur le même tempo.

Enfin un portfolio clôture ce premier volume, avec des dessins de Munuera, Arenas, Acuna, Sale, Von Kummant et Fernandez. Elle est pas belle la vie?

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

22 décembre 2007 - Aucun commentaire
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Muñoz, en noir et blanc

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GRAND PRIX D’ANGOULEME. Avec l’Argentin José Muñoz, le Festival de bande dessinée célèbre le trait de l’auteur confirmé et engagé d’Alack Sinner. Un maître dans la ligne de Breccia et Pratt

 

Quand les haut-parleurs du festival ont annoncé le couronnement de José Muñoz sous les bulles, des applaudissements se sont élevés. « C’est la première fois que ça arrive », explique Benoît Mouchart à l’artiste argentin. Déjà « au bord des larmes », Muñoz vient alors de débarquer du train de Paris. C’est la fin de l’après-midi, presque la fin du 34e Festival d’Angoulême, mais pour le lauréat du grand prix, couronné à 64 ans, c’est le début d’un véritable marathon. Une caméra ou un micro chassent l’autre, le public l’attend sous les bulles pour un premier échange. En attendant l’auteur, les festivaliers feuillettent les albums.

 

Dès que la nouvelle a été connue, le stand Casterman, qui publie l’essentiel de Muñoz, a vu se multiplier les visiteurs. « Heureusement qu’on avait ses albums », se réjouit-on. Pas évident, en effet, puisque Muñoz n’a rien publié cette année. Mais c’est chez Casterman que l’on trouve entre autres les huit tomes d’Alack Sinner, en duo avec Carlos Sampayo, son complice et scénariste attitré. 
 

Polar, jazz et exil. Ce privé désabusé témoigne du goût commun des deux Argentins pour le polar et le jazz. Leur Amérique dessinée décrit le Nord mais raconte le Sud dont ils ont été exilés. Muñoz a publié aussi, en duo avec Sampayo ou en solo, chez Futuropolis, Albin Michel, Amok, Vertige Graphic, l’An 2. Ou chez Alain Beaulet, qui se réjouissait hier de la reconnaissance accordée à José Muñoz. « C’est un véritable artiste. Je lui avais écrit pour publier ses croquis. » L’éditeur a sorti notamment un « Carnet argentin » où Muñoz, si renommé pour la qualité de son noir et blanc, témoigne aussi d’une belle maîtrise de la couleur, à travers le pastel.

 

Ce noir et blanc, c’est le sceau argentin. Une école dans la lignée de Breccia et de Pratt qui, bien qu’italien, vécut et enseigna à Buenos Aires, la ville où José Muñoz a vu le jour le 10 juillet 1942. Une école qui a su s’affranchir très tôt du carcan « réservé à la jeunesse » qui colla longtemps à la bande dessinée franco-belge. Muñoz reste fidèle à ce graphisme des racines et de la nostalgie, auquel il apporte toute la puissance de son trait.

 

Dès 12 ans. Précoce, il renonce à l’école secondaire pour suivre, dès l’âge de 12 ans, les cours de la Escuala panamericana, cette école où enseignent Breccia et Pratt. Il débute à 15 ans comme assistant de Solano Lopez. Lui qui vient d’une famille peu politisée devient le représentant syndical des auteurs contre les éditeurs. Dans l’Argentine péroniste, puis celle des années de dictature, José Muñoz est poussé peu à peu à l’exil. Londres, Barcelone où il se lie avec Sampayo.

 

En France, le duo est repéré par Wolinski qui le publie dans « Charlie Mensuel » après l’avoir découvert dans la pépinière italienne du magazine « Linus ». Les premières aventures d’Alack Sinner naissent en 1975 dans la péninsule, et remportent, dès 1978, le prix du meilleur album étranger à Angoulême.

 

Muñoz deviendra dès lors un « vieil habitué » du festival : meilleur album en 1983, prix de la première édition de l’école de l’image, invité en 2003 des premières rencontres internationales… L’année de ses 65 ans, le voilà grand prix pour l’ensemble de son oeuvre. Depuis quelques années déjà, son nom circulait parmi ses pairs. José Muñoz sera le septième président étranger d’une édition qui s’internationalise.

  

La veille, le prix du meilleur album, autre récompense marquante du festival, avait déjà salué un autre auteur confirmé bien qu’à peine connu en France, Shigeru Mizuki, maître du manga fantastique pour « NonNonBâ » (Cornélius). Un octogénaire, star au Japon et débutant chez nous. Le festival est ainsi coutumier depuis quelques années du balancier entre auteurs émergents, Zep puis Trondheim, et valeurs confirmées, Wolinski puis Muñoz.

 

Article de Haude Giret

29 janvier 2007 - Aucun commentaire
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« L’Affaire USA », Alack Sinner 8, de Muñoz et Sampayo

Quatre ans et demi après, les attentats du 11 septembre n’en finissent pas de faire couler de l’encre. Dans « Le Monde » daté du 10 février 2006 on repérait ainsi le titre : « Le responsable de la traque de Ben Laden à la CIA a été limogé ».

Quatre ans et demi après l’encre - et le sang - coule toujours, celle de José Muñoz et de son compère Carlos Sampayo qui ressuscitent pour l’occasion le détective Alack Sinner dans « L’Affaire USA ». Ressusciter est bien le terme puisque le looser réapparaît en jogging et pourvu d’une santé éclatante depuis qu’il a cessé de fumer et s’attend à devenir grand-père d’un jour à l’autre. Mais l’Amérique de Muñoz et Sampayo ne reste jamais propre très longtemps et les deux nouvelles affaires qui échoient sur le bureau du détective vont vite prouver que l’on a bien du mal à vivre une retraite tranquille au pays de l’Oncle Sam.

Au mois d’août 2001 Alack Sinner est choisi le même jour par deux clientes pour son anachronisme. Il est l’un des rares détectives à donner encore des rendez-vous « secrets » dans l’obscurité d’une église tandis que Big Brother sature le silence de ses écoutes électroniques relayées par satellites. Les oreilles sont partout, derrière toutes les portes. CIA et mafia, Gouvernement font régner une chape de plomb, avec des sbires impossibles à semer au fil de deux affaires qui n’en feront bientôt plus qu’une : une affaire d’Etat, « l’Affaire USA ».

On s’achemine tout doucement vers un certain 11 septembre, nullement imprévisible dans certaines sphères de l’Etat selon les auteurs. Personne n’échappe à la manipulation. Ceux qui tirent les ficelles se permettront même de se moquer d’Alack Sinner : « Regardez-le : un innocent aussi puéril que son petit-fils. Le sel de la terre ».

L’histoire très dense - bien qu’étalée sur 80 pages - est soulignée par un noir et blanc plus hallucinant que jamais et par un trait qui semble hâtif et épais et pourtant d’une extrême finesse. Comme leur héros, Muñoz et Sampayo ont une forme d’enfer et ne ronronnent pas. Leur pessimisme est hélas toujours d’actualité.

« L’Affaire USA », Alack Sinner 8, de Muñoz et Sampayo. Casterman, collection Romans.

Chronique de Jean-Marc Lernould.

2 mars 2006 - Aucun commentaire
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