“Quinze ans se sont écoulés depuis que le chat du kimono a fait escale à Londres…”
La phrase invite à découvrir quelques pages de la suite du très bel album “Le chat du kimono”, de Nancy Peña, paru en février 2007 aux éditions La Boîte à Bulles. On retrouve dans “Tea Party” certains des personnages mis en scène dans le précédent titre, à commencer à la famille Barnes, autour d’un défi entre gentlemen, à celui qui produira le meilleur thé. Une mise en bouche alléchante. http://theteaparty.canalblog.com/
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Etonnante Nancy Peña. La jeune femme, auteur du formidable « Chat du kimono » (La Boîte à Bulles) publie à quelque semaines d’intervalles deux nouveaux opus, à qualité toujours constante. « Au point d’entre deux » est le deuxième volume de « La guilde de la mer », fresque ambitieuse qui voit Nancy Peña développer un univers de fantasy dense et cohérent, autour de quatre races contrôlant chacune une île. L’auteur y poursuit son exploration des fragiles équilibres entre ces peuples, les soumettant à une pression insupportable, les faisant craquer… explorant tout ce que ces êtres sont capables de cruauté et de veulerie. Elle balade ses personnages d’aventures en mesaventures, pour finalement ouvrir une perspective sur la réapparition d’êtres chimériques. Graphiquement, l’ouvrage est somptueux, le trait généreux de la jeune femme prenant toute sa valeur dès lors qu’elle donne corps aux légendes, qu’elle donne libre cours à son amour immodéré des étoffes. Un album riche d’informations graphiques, à l’inspiration orientaliste, qui vient confirmer – si besoin était – le réel talent de conteuse de son auteur.
« Au point d’entre deux », La Guilde de la Mer 2 (La Boïte à Bulles)
48 pages, 13 euros.
Autre éditeur, autre fable. « Le basilic » est le deuxième volume des « Nouvelles aventures du chat botté » (6 pieds sous terre). Ledit chat, anti-héros cynique et infatué, flanqué d’une souris causante, d’un géant débile et d’un lion aussi corseté que précieux poursuit ses pérégrinations à la recherche d’un basilic, créature capable de changer les hommes en pierre, afin de contenter une montagne vivante. Perrault n’aurait sans doute pas vu les choses comme ça, quoique… A ces personnages évocateurs de contes calibrés, Nancy Peña offre une nouvelle destinée. Elle applique à cette trame drolatique des choix narratifs libres de toute contrainte autre que la page, une tonalité ouvertement primesautière… Digressions, jeux de mots, lettres de l’auteur distillent tout au long de l’album une ambiance humoristique à la poésie décalée. Truculent et savoureux.
« Le basilic », Les Nouvelles aventures du Chat Botté 2 (6 pieds sous terre)
32 pages, 6 euros.
Chronique de Philippe Belhache
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Nancy Peña poursuit son bonhomme de chemin dans le giron de la Boîte à Bulles. Après un premier tome remarqué pour « La Guilde de la Mer », elle laisse éclater son talent et son goût des gravures orientales dans ce très beau « Chat du kimono ». La fascination de la jeune femme pour ce vêtement japonais et ses plis transparaissait déjà dans son « Kitsume Udon » histoire courte éditée dans la collection Miniblog de Danger Public. Il se dévoile plus largement dans cet album qui allie récit traditionnel proche de l’illustration et bande dessinée au ton décalé.
Nancy Peña laisse s’échapper le chat du kimono, le laisse s’aventurer dans des saynètes faussement indépendantes, chassés-croisés alliant humour et fantastique, mettant en scène Sherlock Holmes et un Watson transi, une jeune Alice en attente d’un miroir à franchir et un marin amoureux d’un fantôme. Elle donne ainsi corps à ce qui fait une légende, une ligne directrice et des versions changeantes, un mélange de rêve et de réalité, de champignons hallucinogènes et de moustaches de chats. L’auteure maintient un ancrage dans la tradition japonaise, en distille des ramifications dans l’Angleterre victorienne, avec un jeu de références littéraires assez savoureux. Elle se fait plaisir et nous ballade - pas vraiment au hasard - pour nous mener vers un très beau final et un portrait énigmatique, portes ouvertes à l’imagination. Graphiquement, Nancy Peña impressionne par son usage du noir et blanc, par l’élégance de ses compositions orientales, par les multiples esthétiques du chat noir. Dont certainement l’une des plus célèbres, celle de l’emblème de la Tournée du Chat Noir, attribuée dans le film de la Lanterne Magique à Toulouse-Lautrec, dessiné de fait par un de ses amis, Théophile-Alexandre Steinlen. Un bel ouvrage.
Chronique de Philippe Belhache
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