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« Le Désespoir du singe », tome 2 « le Désert d’épaves », de Jean-Philippe Peyraud et Alfred. Delcourt.

desespoir_singe_2.jpgAu fil de l’aventure les couleurs de Delf deviennent de plus en plus sombres. La ville côtière de Preehz voit en effet sa mer intérieure se réduire comme une peau de chagrin au profit d’une intégration intensive entraînant un conflit irrémédiable entre terriens et marins.

Dans le premier tome les francs-battants déclanchent la révolution contre un pouvoir despotique, alors que d’horribles miliciens aux yeux rouges et aux yeux acérés font régner la terreur. Dans le tome 2 celle-ci empire alors que Joseph et sa fiancée Joliette tentent de fuir via une filière clandestine plus que douteuse, avant d’atterrir dans ce fameux cimetière d’épaves. De quoi se croire en pleine mer d’Arral. Le train blindé du colonel Komak rappelle à la fois ceux des tyrans fous de « Corto Maltese en Sibérie » ou des gangs de « Jaguars », semant la mort sur son passage.

Dans ces drames et ces exodes se mélangent des amours entrecroisés, des trahisons, des arbres et des nuages sinistres, des grands yeux incapables dorénavant de rêver, du sinistre à tous les étages, du noir troublé par le seul rouge sang. L’arbre que l’on surnomme le « désespoir du singe » parce que ses épines ne laisse aucune prise pour y grimper n’offre une place qu’à une escalade, celle de la terreur. Le dessin n’est plus aux beaux cheveux bouclés de Vespérine ni à la peinture d’Edith: il n’est plus dévoué qu’à un monde qui part en charpie.

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

16 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Il pleut », de Jean-Philippe Peyraud. Milan, Treize Etrange.

il_pleut.jpgRéédition d’un ouvrage paru en 1999 à La Comédie Illustrée, « Il pleut » s’inscrit dans la ligne de l’œuvre de Peyraud, exploration minutieuse des émois urbains de nos contemporains, dont quelques belles pièces figurent déjà au catalogue de Treize Etrange. Ce recueil de sept saynètes, instantanés de rencontres, situations prises sur le vif ont pour seul point commun est de se dérouler par temps de pluie. Un fil rouge utilisé comme un révélateur, accompagnant rencontres ou solitudes, parfait compagnon de ce vague à l’âme particulier, « ultra-moderne » mélancolie, dont l’auteur s’est fait fonds de commerce. Les amateurs de Peyraud apprécieront la tonalité de ces (trop ?) courts récits. D’autres pourront trouver l’exercice de style un peu démonstratif, parfois même vain. D’aucuns enfin, sur le thème de l’amour et de l’eau, pourront préférer le beau et surprenant  « La pluie » de Lambé et De Pierpont (Casterman). Question de sensibilité. Quoi qu’il en soit, Peyraud a fait largement plus convaincant depuis.

56 pages. 10,50 euros

Chronique de Philippe Belhache

29 juillet 2007 - Aucun commentaire
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Interview : Alfred pour « Le désespoir du singe »

Photo Fabien Cottereau



À même pas trente ans - c’est pour mai - Alfred peut s’enorgueillir d’un joli parcours dans le monde de la bande dessinée. Cet autodidacte, qui a créé sa propre structure d’édition à 18 ans, Ciel Éther, a collaboré à plusieurs reprises avec Éric Corbeyrand (« La Digue », « Abraxas ») ou David Chauvel (« Octave ») pour les éditions Delcourt. On le retrouve également sur des productions plus confidentielles, tel « Monsieur Rouge » avec Olivier Ka (éd. Petit à Petit). Ou même « Le chant du coq » au Cycliste et « Café Panique » adaptation d’un texte de Topor aux éditions Charette, deux maisons d’éditions aujourd’hui bordelaises. Il publie avec Jean-Philippe Peyraud « La nuit des lucioles », premier d’un cycle de quatre albums, « Le désespoir du singe » (Delcourt). Il vit et travaille à Bordeaux depuis cinq ans.


Comment est née cette collaboration avec Jean-Philippe Peyraud ?

Jean-Philippe et moi nous connaissons depuis une douzaine d’années, du temps où nous oeuvrions chacun pour un label indépendant (« Ciel Éther » pour moi, et « La comédie illustrée » pour lui). On se croisait donc en festival et nous avons très vite accroché l’un avec l’autre avant de devenir très amis. Et très vite, aussi, alors que nos univers graphiques sont très différents (¹), nous avons eu envie de faire des choses ensemble.

Ça a commencé par des petits livres avec Ciel Éther ou, plus tard, Treize Étrange. Et puis, doucement, l’idée et l’envie de travailler ensemble sur quelque chose de plus ambitieux nous a trotté en tête. C’est JP le premier qui m’a un jour dit « un de ces quatre je vais t’écrire une histoire ». Et puis ça revenait de temps en temps dans nos conversations.

Et un jour, on s’y est vraiment mis Nous avons pris plein de chemins différents avant d’en arriver au « Désespoir du singe ». En tout, entre le moment où nous avons commencé à travailler sur ce scénario et le moment où le livre est sorti, il s’est écoulé trois ans ! Cette série est la concrétisation de notre amitié.

Photo Fabien Cottereau

L’univers (fictif) du « Désespoir du singe » semble s’inspirer d’un pays de l’Est de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. Avec une forte composante romantique… D’où vient ce choix ?

Nous ne souhaitions pas être coincés par des faits historiques qui nous auraient obligés à être très rigoureux sur la documentation ou les événements. Nous ne voulions pas être limités dans nos mouvements. Ce sont les personnages et leurs rapports entre eux qui nous excitaient. Du coup, on évoque et on suggère une époque plus qu’on ne la définit clairement.

C’est une histoire d’amour que nous voulons raconter

Nous ne voulions pas clairement la placer dans l’Allemagne nazie ou durant la révolution russe C’est plus flou que ça pour rester très concentré sur les personnages, qui sont le vrai prétexte de l’histoire. Nous avions très envie de raconter une histoire d’amour et de la "pimenter" par un contexte historique chargé.


Comment avez-vous adapté votre style à ce récit ?

Pour cet album, j’ai souhaité aborder les scènes en rapport avec mon humeur du jour. Dès lors, je n’ai pas toujours réalisé les planches dans l’ordre chronologique. C’est la manière la plus sincère que j’ai trouvé pour raconter cette histoire. Quand les personnages sont en colère, je l’étais aussi le jour de la scène… Quand ils étaient joyeux, moi aussi…

Du coup, mon dessin bouge au fil de l’album, et ça me plait comme idée.

Avant d’attaquer la moindre planche de cet album, j’ai passé une année à chercher dans plein de directions (si possible très opposées à ce que j’avais en tête pour cette histoire), afin de décoincer plein de choses. Au bout de cette année, je me sentais prêt à m’y mettre.


Vous être un habitué des univers décalés. Celui du « Désespoir… » semble très ancré dans le réel, mais comporte malgré tout des composantes fantastiques. Un ressort du scénario ou une signature graphique ?

Vous faites allusion aux miliciens qui apparaissent à plusieurs moments dans l’album. Avec ces personnages, nous ne souhaitions pas marquer un uniforme précis avec des références précises. Nous voulions que le lecteur comprenne bien que ces personnages représentent une menace, mais pas qu’il puisse historiquement y mettre le moindre repère.

Ces personnages représentent symboliquement une forme de répression brutale et dictatoriale. C’est ce qui nous a poussé à leur donner cette forme - une masse noire, étrange et informe - qui peut passer pour un élément fantastique, mais qui est plus, en fait, un élément « symbolique ».


Votre imaginaire est très lié au théâtre. Cela compte-t-il toujours autant dans votre travail ?

Toujours beaucoup, oui… Mes parents sont comédiens et c’est avec eux que j’ai appris à raconter des histoires, à en dessiner. La manière de le faire m’est restée. Je réfléchis en actes, en saynètes, en décors fixes. J’ai toujours en tête la manière dont mes parents mettent en scène et dirigeants les comédiens… Mes premières émotions viennent du théâtre.

Sur « Le désespoir du singe », j’ai demandé à Jean-Philippe une suite dialoguée avec très peu d’indications. Exactement comme un texte de théâtre. J’écoute ce que disent les personnages, et je les mets en scène.


Le premier tome, « La nuit des lucioles », est globalement très bien reçu. Comment ressentez-vous ce succès critique ?

Avec beaucoup de plaisir ! L’accueil est effectivement très agréable et encourageant… Au total, nous aurons passé trois années à élaborer la série et réaliser le premier tome. Du coup, le retour positif autour de ce tome 1 est extrêmement rassurant et motivant pour s’attaquer aux épisodes suivants.

Il reste un tome à paraître de cette très belle série pour la jeunesse qu’est « Octave » (sc. Chauvel, Delcourt). Quels sont vos autres projets ?

Je suis actuellement en train de terminer le quatrième et dernier tome d’Octave (un par saison !). J’attaque bientôt un album pour la collection Mirage chez Delcourt sur scénario d’Olivier Ka. Et bien sûr, je ne démords pas du tome 2 du « Désespoir du singe »…


Vous êtes installé à Bordeaux depuis cinq années. Vous travaillez en atelier avec d’autres artistes…

Effectivement… Depuis deux ans, j’ai la chance de partager un atelier avec Régis Lejonc, Henri Meunier, Richard Guérineau et Célestin. Et c’est un vrai bonheur ! L’un des aspects plaisants étant que nous ne faisons pas tous de la BD, ce qui pourrait parfois nous faire tourner en rond sur nous-mêmes. On discute beaucoup entre nous, on échange beaucoup aussi… Nos problématiques ne sont pas les mêmes et les échos des autres devient très importants au quotidien.


Il y a-t-il une véritable émulation autour de la bande dessinée dans la capitale aquitaine ?

Il y a pas mal d’auteurs dans la région, oui. BD, mais aussi illustration… Du coup, il y a plusieurs ateliers, et même si on ne se croise pas tous les deux jours, il est très agréable de savoir que tout ce beau monde est dans le coin. C’est plaisant.


(¹) Jean-Philippe Peyraud est également dessinateur. Notamment de la série « Premières chaleurs » (Casterman) et de « La bouche sèche » (Milan-Treize Étrange).


Lire également la chronique de Philippe Belhache

18 mars 2006 - Aucun commentaire
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