logo

« Couleur de peau: miel », tome 2, de Jung. Quadrants.

couleurpeau2.jpgPour Jung, la vie a débuté à l’âge 5 ans, lorsqu’un policier l’a trouvé tout seul dans un quartier de Séoul, puis l’a amené dans un orphelinat. 5 ans, c’est également l’âge où il a été adopté par une famille belge, comme tant d’enfants de son pays d’origine. Au point qu’il en plaisante: « avoir un Coréen adopté, c’est presque un signe de richesse extérieure, comme une belle voiture ». Toujours est il que Jung ne connaît pas son vrai nom - il porte celui du directeur de l’orphelinat de Séoul - ni sa date de naissance, qu’il fixe lors de ses premiers pas en Belgique.

Au fil des deux tomes, on le voit d’abord déraciné et reniant ses origines, ne côtoyant quasiment pas ses compatriotes, adoptés comme lui, qui vont pourtant au même lycée. Il mettra également du temps à accepter ses parents adoptifs, avant de comprendre qu’il a dans le cœur de sa mère la même place que ses autres enfants.
Jung évolue, devient adolescent, mais ne parvient pas à renouer avec ses racines, et à 42 ans il n’a pas l’intention de partir à la recherche de sa famille d’origine. Passionné du Japon et de passage là bas, il refusera ainsi de prendre un bateau pour rejoindre la Corée pourtant toute proche. Pourtant ses premiers dessins révèlent qu’il a inconsciemment son premier pays dans la peau. Il pense d’ailleurs s’y rendre, mais le pas semble difficile à franchir, bien qu’il ne saurait s’en passer.

Cette autobiographie lui a valu un nombreux courrier, autant de la part de Coréens adoptés (ils sont légions) que de parents qui les ont accueillis. « L’histoire sera finie lorsque je serai allé en Corée » explique Jung (le tome 2 contient une interview de l’auteur, mais ont peut aussi l’écouter sur www.france5.fr/bd).
Nous ne sommes plus ici dans les paysages de Kwaïdan. Le dessin en noir et blanc est plus spontané, plus souple et plus rond, privilégiant la narration et l’émotion davantage que l’esthétique. Jung refuse cependant tout misérabilisme et son histoire personnelle prend des dimensions universelles sur la façon dont on vit une adoption. « J’ai vécu mon déracinement comme honteux. Maintenant, j’accepte mes origines. » « La famille idéale n’existe pas, encore moins lorsque c’est une famille d’adoption. Quand on est petit, on ne trouve aucune excuse à ses parents » explique Jung. Depuis, l’homme à mûri, et il lui reste un pas à franchir pour assumer totalement ses origines: « l’adoption n’est que le début d’un itinéraire. Nous avançons à tâtons, dans l’obscurité, sans savoir où nous allons. » Puisse-t-il retrouver la lumière qui nous berce au fil de ses albums.

149 pages, 17 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

29 août 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: ,

« Je vous salue Jennifer, tome 1 « Ave Maria », de Barbara Abel et Gérard Goffaux. Quadrants.

jennifer-salue.jpgEt si on nous refaisait le coup de l’Immaculée conception 2000 ans après? C’est peu ou prou ce qui arrive à la jeune Jennifer, une lycéenne qui se retrouve enceinte alors qu’elle est toujours vierge. Évidemment la mère n’y croit pas une seconde, alors que le père profondément croyant nous fait une crise divine, et que l’ensemble de l’entourage de Jennifer la prend illico pour une sacrée menteuse, jusqu’à ce qu’un médecin confirme la virginité et fait même chanter la mère, qui veut tout d’abord que sa fille avorte, de mener la grossesse à son terme. On suivra la solitude de cette jeune fille incomprise, ainsi que sa grossesse non désirée dans les trois tomes qui suivront, avec un dessin très réaliste de Gérard Goffaux, et au-delà la place du sacré dans notre société actuelle. Une histoire intéressante à suivre, car Jennifer devra échapper à son statut de cobaye, surtout que le retour de Jésus sur terre a toujours symbolisé la fin du monde pour les croyants.

56 pages, 14 30 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

21 août 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: , ,

« 1890 », de Francesco Ripoli. Quadrants.

1890.jpg« 1890 » appartient au genre des westerns crépusculaires. La période nous offre en effet des héros en bout de course, une véritable fin de siècle dont l’essentiel se déroule pourtant en Italie. Domenico Tiburzi est un bandit redouté et recherché depuis belle lurette par les gendarmes. Il réussit pourtant à s’échapper à Rome, où un autre vieux de la vieille est également en piste: un certain Buffalo Bill y donne son fameux show. Mais le héros est fatigué, alcoolique, il faut un palan pour le hisser sur son cheval et ce sont ses collègues qui jouent en douce les tireurs d’élite. Les Indiens qui ont traversé l’océan avec William Cody s’agitent également, pressentant qu’il va produire de graves choses pour leur peuple resté en Amérique, où Buffalo Bill est rappelé en tant que négociateur. Quant à Tiburzi, il s’en ira vers une fin envisageable dès le début.
Le dessin noir et blanc, comme des taches d’encre semées ici et là, renforce le déclin annoncé de la plupart des acteurs, et colle parfaitement au pessimisme du récit, chronique de morts annoncées. Et comme à son habitude, Quadrants offre en guise de dernières pages les biographies des divers protagonistes, ainsi qu’une bibliographie de l’Italien Francesco Ripoli. Un bel objet au total.

100 pages, 18 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

18 août 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: ,

« Harding was here », par Adam et Midam. Quadrants, collection Azimuts.

couvharding.jpgLe succès de « Kid Paddle » (Dupuis) et de son spin off « Game Over » aidant, on aurait pu penser Midam moins aventureux. Ce serait mal connaître le bonhomme, dont on aurait tort d’oublier les « Histoires à lunettes » (« Durant les travaux, l’exposition continue », Dupuis) réalisées dans les années 90 avec Clarke aux pinceaux. Avec « Harding was here », l’homme explore l’Histoire de l’Art sur un mode peu commun. Personnage sommes toutes peu engageant, le professeur Harding a la possibilité de remonter dans le temps. Il choisit d’aller au devant des grands artistes d’antan au moment où ils sont le moins connus, afin de ramener des Å“uvres inédites et de les revendre avec une belle plus-value. Bon, avouons-le, rien ne se passe tout à fait comme Harding le voudrait… Midam s’amuse visiblement avec ces histoires courtes – ce premier album en compte quatre – qui voient Harding démarcher Van Gogh, Rembrandt, Lotto et Van Galen. Il se paye même le luxe, dans ce dernier récit d’un cliffhanger étonnant dans une série d’humour. Que du bon, donc. Le trait d’Adam, par ailleurs, offre une vraie valeur ajoutée à l’album, graphisme semi-réaliste solide et convaincant. Le complice de Midam, libéré des contraintes graphiques de « Game Over » donne libre cours à ce qui reste sa patte personnelle, idéale pour ce titre alliant une forme de suspense à une bonne dose d’humour à froid. Et le titre dans tout ça ? Une référence implicite à ce célèbre graffiti de la Seconde Guerre mondiale, « Kilroy was here » - Kilroy est passé par ici - qui semblait précéder les troupes américaines durant le débarquement en Normandie. Les GI américains se sont emparés du mythe, même si personne n’a réellement su qui en était l’auteur d’origine. Dans une nouvelle écrite dans les années 50, l’écrivain Isaac Asimov avançait l’hypothèse… d’un historien du XXXe siècle qui voyageait dans le temps ! La boucle est bouclée.
  

56 pages, 9,90 euros.


Chronique de Philippe Belhache
  

8 juillet 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: , ,
Fermer
Envoyer à l'email