
Clair de lune pratique l’ellipse, pour ne pas dire l’éclipse en matière de communication, car sur son site web on ne trouve aucune mention de ce « Dernier de la liste ». C’est un peu dommage, car l’album vaut le détour. Certes, l’histoire est rude. Ou plutôt les histoires, car cette BD est scindée en deux récits indépendants. Leur seul point commun est de naviguer en eaux troubles, à savoir l’univers des tueurs à gages et des mafiosi dépourvus de toute vergogne.
On savourera donc le parcours d’un tueur, qui, de fil en aiguille, en vient à liquider un immeuble entier afin de se débarrasser des témoins gênants. Des victimes que personne ne pleurera, car l’assassin, au fil des projectiles, découvre des univers sordides ou relativement minables. Le tout teinté de couleurs sans nuances, qui habillent un dessin très contrasté mais parfaitement adapté à l’ambiance.
Un second récit, plus court, clôt cet album qui décidément ne fait pas dans la dentelle, et qui pourrait trôner dans la bibliothèque d’un Quentin Tarentino du fait de sa violence. Mais un peu de cynisme fait parfois du bien… Enfin, quatre planches finales proposent des contributions d’auteurs comme Baldazzini ou Frisanda, enfonçant le clou pour signifier que l’on ne fait pas ici dans la dentelle. Bref, on a ici un ensemble sympathique et décapant, alliant le second degré à l’ultra violence.
56 pages, 12,90 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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« West » reste plus que jamais un western moderne en débordant sur le XXème siècle et en s’affranchissant de la géographie nord américaine. Le quatrième tome clôt en effet le diptyque engagé à Cuba avec le troisième volume, à force de sorciers et envoûteurs en guise d’Indiens ou de Mexicains asservis, et zombies à la clef.
Il s’agit ici pour le Weird Enforcement Spécial Team (West) d’aider à la chute d’un dictateur dont les Etats-Unis et leurs grandes firmes ne rechigneraient pas à transformer l’île en un 46ème état. Le luxe côtoie la misère, les exécutions sommaires se succèdent et nôtre petite bande de mercenaires américains va devoir affronter la magie et la méfiance des autochtones révoltés.
Le dessin de Christian Rossi reste alléchant, s’emboîtant dans le scénario peaufiné par Dorison et Nury qui clôture le second cycle et laisse apparaître un nom dont on a beaucoup parlé ces derniers mois : Guantanamo…
Suite en 1903.
60 pages, 13 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
Lire également, la chronique de Philippe Belhache
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Palsambleu, quelle sortie ! Dorison et Nury, nouveaux papes de la série B, chantres d’une bande de dessinée de genre qui ne reculent plus devant les effets dès lors qu’ils ne sont pas de manche, n’y vont pas en douceur avec leurs personnages. « El Santero » laissait la Weird Enforcement Special Team de Morton Chapel en mauvaise posture, cernée de toutes parts, prise au piège des démons d’une île au cÅ“ur vaudou. A se demander même comment ces deux madrés scénaristes, qui alignent morceaux de bravoure et titres choc sans baisse de régime, allaient s’en sortir. La réponse est simple et radicale : en brisant le cadre, rappelant une nouvelle fois qu’ils sont maîtres à bord, quitte à saborder une partie du navire. Tout est dans l’illustration de couverture. Le retour en force de la WEST est brutal, âpre et violent, guerre ouverte faite d’affrontements directs entre le « Santero yankee » qu’est Morton Chapel et un ennemi d’autant plus puissant qu’il joue à domicile. Dorison et Nury y consacrent du temps, mais pas plus qu’il n’en faut, disposant de leurs personnages avec rudesse, laissant leur récit déborder du cadre de la mission du Chapel Team pour explorer l’histoire de la révolte cubaine – Roosevelt voulait faire de Cuba le « 46e état » des Etats-Unis d’Amérique – et les engagements de chacun de ses personnages. Un récit solide et musclé, ancré – une nouvelle fois – dans l’Histoire des Etats-Unis et superbement mis en images par Christian Rossi. Une réussite dans le genre.
60 pages. 13 euros
Chronique de Philippe Belhache
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Fabien Nury et Xavier Dorison se seraient-ils définitivement trouvés ? Les deux hommes forment incontestablement un des duos les plus performants et les plus expérimentés du moment en matière de thrillers musclés, avec ce qu’il faut d’inventivité et de culot. L’auteur de « Je suis Légion » et celui de « Sanctuaire » - deux séries aux Humanoïdes associés - ont uni leurs savoirs-faire sur les « Brigades du Tigre » tant à l’écran que sur papier (Glénat), mais aussi sur WEST, série ultra « pêchue » suffisamment porteuse pour que l’éditeur Dargaud accompagne d’une importante campagne marketing la sortie du dernier volume. Les deux premiers albums ont incontestablement rencontré leur public, qu’en est-il du troisième ? Il est de la même veine, peut-être même meilleur car plus retenu, plus sombre, plus incisif encore dans les relations parfois extrêmes des membres de cette Weird Enforcement Special Team entre eux, avec toujours en première ligne l’énigmatique Morton Chapel, personnage antipathique, sombre et expéditif. Comme dans le précédent diptyque, Nury et Dorison manient l’histoire dans l’Histoire, expédiant leurs personnages dans le Cuba de 1902 occupé par l’armée américaine - un choix aux consonances très contemporaines - le vaudou assurant le cahier des charges sur le plan du surnaturel. De la très belle ouvrage, narration au carré et « cliffhanger » haut de gamme, servie par le graphisme classique mais somptueux du vétéran Christian Rossi. Une réussite dans le genre.
Chronique de Philippe Belhache
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