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JOSÉ MUÑOZ : Tango en blanc et noir

Dans la famille du noir et blanc, l’Argentin est un maître. Il a aimé dès l’enfance la bande dessinée « d’un grand amour honteux » qui inspire toujours sa réflexion sur ce 9e art aujourd’hui reconnu.

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Il est arrivé dès samedi soir à Angoulême, et se promet « un plaisir intellectuel fort, face à l’excitation et à la qualité des produits présentés cette semaine ». À 65 ans depuis le 10 juillet dernier, José Muñoz est le président de cette édition 2008. L’enfant argentin très tôt convaincu de sa vocation de dessinateur a grandi avec curiosité dans une ambiance culturelle cosmopolite. Sa famille venait d’Andalousie et des îles Canaries, « des îles très africaines », où il a voyagé au temps de l’exil. « J’y ai retrouvé de la famille, et rencontré mon double ».

En 1974, Carlos Sampayo, qui deviendra son scénariste, comprend comme lui « qu’on était des exilés, et plus des voyageurs. On a trouvé dans le travail et l’amitié une maison mentale. Dans notre pays, le ciel était couvert de sang. Nous étions curieux de l’Europe, de toutes ces langues étranges qu’on entendait autour de nous étant enfants. »

José Muñoz a nourri toute sa vie une réflexion sur ces images qui le fascinent. Des images qu’il voit par-dessus tout en noir et blanc, et qu’il décrit, avec l’accent sud-américain, en « blanc et noir ». Prononcer blank et noir. Aujourd’hui, entre les anciens et les modernes, il se définit comme « un bon passeur ».

Sud Ouest. En tant que président, vous êtes l’auteur de l’affiche de l’édition 2008, que l’on voit sur tous les murs d’Angoulême. Que représente-t-elle ?

José Muñoz. Cette affiche, c’est mon paysage intérieur. La maison que vous voyez à l’arrière-plan, c’est celle de Carlos Gardel, rue Jean-Jaurès à Buenos Aires. Devant, enlacés, il y a Alack Sinner (Ndlr : héros et figure centrale de l’?uvre de Muñoz et de son scénariste Carlos Sampayo) et Billie Holiday.

L’exposition qui vous est consacrée, au CNBDI, n’évoque pas seulement votre oeuvre.

Non, c’est une promenade à travers l’histoire de la bande dessinée argentine. Les Américains du nord parlent de comics, les Japonais de mangas, les Argentins d’historietas. Les années 40 et 50 ont été un des moments les plus créatifs de notre pays. Je voulais montrer les lumières qui ont illuminé alors mon adolescence.

Quels sont les albums qui vous ont marqué à l’époque ?

Le premier, c’était Bucky Bug, l’histoire d’un groupe d’insectes, écrite dans les années 30. C’était très écologique, puisqu’ils vivaient dans un terrain vague en recyclant tous les rejets des humains. J’avais cinq ans, et j’étais capturé par cette histoire, même si je ne savais pas lire. À 9 ans, j’ai découvert Breccia et Pratt, en achetant des magazines. Et quand j’avais 11 ans, mes parents m’ont inscrit à l’école panaméricaine d’art.

Vous avez très tôt eu envie de devenir dessinateur ?

Oui, j’étais totalement sûr que je voulais faire du dessin narratif, pas de la littérature dessinée. Dans ces années où l’abstraction régnait, la bande dessinée était le seul refuge du figuratif.

Je faisais de la bande dessinée de façon clandestine vis-à-vis de mes professeurs, et ça me donnait beaucoup de tristesse. C’était comme un grand amour, un peu honteux, que l’on ne pouvait pas exhiber en public. On me regardait comme un phénomène, en me disant : « Tu fais de la bande dessinée ? Mais tu as l’air intelligent, pourtant? »

D’où venait ce mépris pour la bande dessinée, selon vous ?

La bande dessinée a remis ensemble ce qui est né ensemble. Il y a un conflit entre l’image et les mots. Le mot vient de l’image et ne veut pas le reconnaître. La sacralité, c’est les mots, et l’image, elle, fait peur. Elle mange les mots.

Le cinéma vous a-t-il également influencé ?

À cette époque, on voyait quatre longs-métrages par jour, et la fenêtre du cinéma m’aidait à développer ma culture visuelle. J’admirais le néoréalisme italien, les films du réalisme poétique français des années 30 avec Gabin et Arletty, le Bergman du début, et l’expressionnisme allemand des années 20. Dans ces films muets, les corps faisaient la narration, tout ça formait le chaudron visuel de notre expérience.

Toujours du noir et blanc?

Oui, je l’avais découvert avec Pratt, j’ai continué avec les comics américains. La famille du blanc et noir a toujours été celle dans laquelle j’ai voulu rentrer. Pratt racontait la lumière, Breccia plutôt l’obscurité.

Et vous ?

J’aimerais penser que j’habite à la frontière. Tout comme je suis né à la limite de Buenos Aires, là où commence la pampa.

Et la couleur ?

J’ai passé plus de trente ans avec la bande dessinée en blanc et noir. Seulement l’encre, les plumes et les pinceaux à ma table à dessin. Les couleurs ont commencé à apparaître avec le désir de dessiner mon endroit natal. Buenos Aires me demandait le bleu ou le jaune, tandis que New York, la ville d’Alack Sinner, ne me demandait rien.

Dans ce monde d’images, quelle place occupe la musique ?

J’ai grandi entre le tango de ma mère et la musique classique de mon père. Puis à 12 ou 13 ans, j’ai commencé à écouter du rock anglo-saxon. Et j’ai découvert ensuite le jazz du début du 20e, toute cette famille des voix cassées, de Bessie Smith à Billie Holiday. Finalement, en musique, j’ai trouvé un équilibre binaire, entre une noire du nord, Billie Holiday, et un blanc du sud, Carlos Gardel.

Revenons à votre exposition. Que pourra-t-on y voir ?

Il y a 50 dessins de moi. Et des hommages aux maîtres qui sont encore en train de vivre en moi.

Et puis on découvrira de vrais bijoux de l’école argentine. Une ligne qu’on connaît moins ici. Dans la difficulté extrême du présent, il y a de bons auteurs et cette exposition est une façon de les montrer. On a des Trondheim et des Sfar, mais ils ne sont pas toujours traduits. C’est toujours le cas pour ce qui se développe dans une veine satirique liée à la réalité du pays, c’est plus difficile à traduire.

Propos recueillis par Haude Giret

24 janvier 2008 - 1 commentaire
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Itinéraire d’un festivalier gâté au coeur d’Angoulême 2008

PRATIQUE. Le Festival retrouve le centre-ville. Les places du Champ-de-mars, New-York, du Palet, Bouillaud, Saint-Martial.

angouleme_2008.jpgSuivez le chat… La mascotte imaginée par Lewis Trondheim se balade d’oriflammes en panneaux indicateurs. Donc, si vous voyez le Fauve, le Festival de la BD n’est pas loin. D’autant que cette année, les travaux et les surprises sont finis, le monde de la BD se concentre au centre-ville.

À vol d’oiseau. La rue piétonne redevient l’axe principal de circulation, entre les deux pôles éditeurs, au Champ-de-Mars et aux allées de New-York. Sur ce trajet, on peut faire un pas de côté pour trouver l’Espace Franquin, la place des halles, la place Saint-Martial, l’hôtel de ville et le théâtre.

Au-delà des halles se concentre, entre place du Palet et jardin des villes jumelées, l’espace jeunesse, face à la Maison des auteurs. Et de celle-ci, il suffit de descendre l’avenue de Cognac pour rallier les derniers sites, ateliers Magelis et musée du papier, autour du CNBDI. Le tableau d’ensemble tracé, entrons dans les détails, et donc sous les bulles.

Le Monde des bulles. C’est le nom de l’espace où l’on retrouve les principaux éditeurs, sous l’immense bulle du Champ-de-Mars. Le Monde des bulles abrite aussi une plus petite structure, de bande dessinée alternative, à proximité de la Cité administrative.

Le Nouveau Monde. Comme son nom l’indique, il est installé aux allées de New-York (avec une extension pour l’espace para-BD place des Halles), et abrite les éditeurs indépendants.

Le meilleur des albums. Tous les albums de la sélection officielle se dévoilent aux lecteurs place Saint-Martial.

Manga Building. L’espace Franquin devient le temple du manga.

À l’ombre de l’hôtel de ville. Les Schtroumpfs partagent l’espace avec le Pavillon chinois.

En Scène nationale. En face de la bulle du Nouveau Monde, le théâtre accueille l’exposition sur 35 ans de Grands Prix d’Angoulême, les impros BD, les concerts de dessins, le concert de Thomas Fersen illustré par Joann Sfar, et le spectacle de Yolande Moreau illustré par Pascal Rabaté.

Tout pour la jeunesse. L’espace Jeunes Talents est installé place du Palet, le pôle jeunesse au jardin des villes jumelées. On y trouve l’exposition Lou, les rencontres jeunesses, l’exposition de la sélection jeunesse? Entre les deux, la Maison des auteurs et ses « Noces de papier ».

Autour du CNBDI. La cathédrale de la BD abrite l’exposition sur José Muñoz et la BD argentine, et celles consacrées à Ben Katchor et Luciano Bottaro. On y suivra aussi les rencontres internationales et les rencontres dessinées. De l’autre côté de la rue, le musée du Papier rend hommage à Sergio Toppi, et les ateliers Magelis à la SF avec l’expo « Villes du Futur ».

« Boule de neige », collectif. Delcourt, collection Shampooing.

En retard, en retard ! Je suis en retard, en retard...Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2008 s’approche à grand pas et avec lui la deuxième édition des « 24 heures de la bande dessinée », happening initié par Lewis Trondheim, lui-même inspiré par l’expérience de Scott McCloud. Le lieu : la Maison des Auteurs d’Angoulême. La date : le 22 janvier. La « mission-si-vous-l’acceptez » : vingt-quatre heures pour réaliser une bande dessinée sur un thème imposé dévoilé au moment ultime, véritable exercice de style doté – tenez-vous bien ! – d’un début, d’un milieu et d’une fin. Plus sérieusement, le format de cette performance d’auteur est logiquement de… vingt-quatre pages, soit une couverture, vingt-deux pages de développement et une quatrième de couverture. Que donnera cette seconde édition, dont le logo est dessiné cette fois par l’excellent Boulet ? boule-neige.jpgMystère et boule de neige.  En attendant le top départ, 15 heures pétantes, mieux vaut se replonger – justement – dans « Boule de Neige », recueil de morceaux choisis par Trondheim, publiés dans sa collection Shampooing (Delcourt). Un ouvrage fin et délicat au sein duquel figurent moult informations indispensables sur les vies et mœurs des auteurs de bande dessinée – pâté, vin et chips semblent constituer leur alimentation de base – ainsi que les contributions de Dominique Boostopoulet, Boulet, Lisa Mandel, Jonvon Nias, Aude Picault, Mathieu Sapin, Natacha Sicaud, Erwann Surcouf et Lewis Trondheim. Un volume souriant – l’humour est omniprésent – et rassurant sur le potentiel de créativité d’une jeune garde du neuvième art propulsée par la blogosphère.

224 pages. 12,90 euros.

Chronique de Philippe Belhache

Des liens à cliquer. Hop !
Le Festival international de la bande dessinée (FIBD) : http://www.bdangouleme.com/
Les 24 heures de la bande dessinée : http://www.24hdelabandedessinee.com/
Révélation blog : http://www.prixdublog.com/

5 janvier 2008 - Aucun commentaire
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« Technique Grogro », Donjon Parade 5, de Manu Larcenet, Joann Sfar et Lewis Trondheim. Delcourt.

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Cinquième opus pour Donjon Parade, l’un des multiples avatars de l’univers de Donjon, parodie d’univers de jeux de rôles à entrées multiples développé par Joann Sfar et Lewis Trondheim (voir également les séries Donjon Potron-Minet, Donjon Zénith, Donjon Crépuscule et Donjon Monsters) et sans doute le dernier dessiné par Manu Larcenet

Parade relate en principe les aventures et/ou déboires d’Herbert le canard et Marvin le dragon en marge de la trame de Donjon Zénith. Ce nouvel album tourne presque exclusivement, de fait, autour de Grogro, montagne de muscles bâtie autour d’un estomac sans fond, dont l’immensité de l’appétit n’a de comparable que la modestie du cerveau. Il se trouve confronté à un peuple particulièrement vindicatif, qui tente d’échapper à une extinction programmée par prophétie. Sfar et Trondheim excellent comme toujours dans le registre décalé, mettent en scène des personnages qui ne font qu’aller au devant de leur destin en tentant précisément de l’éviter. Leur humour transpire du début jusqu’à la fin d’un  finalement plutôt léger, mais pleinement inscrit dans cet univers qui compte aujourd’hui pas moins de trente titres. Le plaisir est intact, c’est bien l’essentiel.

  

Chronique de Philippe Belhache

 

30 juin 2007 - Aucun commentaire
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« ALIIEN », de Lewis Trondheim. Gallimard, collection Bayou.

Johann Sfar rapatrie dans la collection Bayou de Gallimard ce surprenant ouvrage paru en 2004 chez Bréal Jeunesse. Le pitch d’ALIEEN ? Trondheim et sa famille se promènent dans les Cévennes. L’homme trouve près d’un cercle d’herbe brûlée une bande dessinée d’un auteur qu’il ne connaît pas, dont il ne connaît pas le langage Et nous la livre telle quelle. Trondheim s’amuse, proposant pire qu’une bande dessinée muette, une bande dessinée au langage incompréhensible. Au demeurant, est-il besoin de comprendre ? Tout est dans la mécanique implacable élaborée par Trondheim, un processus de narration au cordeau. Il fait se croiser un groupe de petits personnages qui ne ressemblent à rien au fil de saynètes toutes aussi absurdes, drôles et étranges, enchaînement qui rappelle parfois les scènes imbriquées de certains épisodes du Flying Circus. L’auteur ne se refuse aucun gag, manipulant humour et émotion mais aussi violence et scatologie avec un naturel extraterrestre inné, faisant fi de nos petites conventions de Terriens. D’ailleurs, Lewis Trondheim est-il vraiment humain ? Ou est-ce encore un de ces cruels Zorgs qui ont déjà bouleversé la vie de Calvin et Hobbes ? Quoiqu’il en soit, El ex-Présidente nous donne là (encore) une belle leçon d’inventivité. 

Chronique de Philippe Belhache

24 février 2007 - Aucun commentaire
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« OVNI », de Fabrice Parme et Lewis Trondheim. Delcourt, colection Shampooing.

Trondheim n’en est plus à un livre-concept près. Le plus surprenant-rassurant-intéressant (rayez la mention inutile) étant qu’il arrive à se renouveler après toutes ces années. Dans la galaxie Trondheim, « OVNI » fait partie de ces livres qui s’adressent naturellement au jeune public sans pour autant s’y cantonner. L’objet se présente comme une immense illustration déroulée sur 48 pages, conçue par El Présidente et son complice Fabrice Parme (Le roi Catastrophe) comme une seule et même frise de 9,66 mètres de long (l’éditeur a mesuré). Les deux hommes jouent une option ouvertement ludique. Un extraterrestre déboule sur Terre dès la première page, en plein Jurassique, et doit en décoller in fine à l’époque contemporaine. Les auteurs proposent aux lecteurs de nombreuses pistes, une seule évidemment menant au salut. Les autres (innombrables) conduisent invariablement au trépas du petit homme bleu, par le feu, le poignard, l’empoisonnement, la chute, le sacrifice rituel ou les accidents de voitures ou tout autre moyen issu de l’esprit joueur et un brin sadique de Lewis Trondheim. Pour un résultat qu’on déguste avec un plaisir tout aussi pervers, voire même un brin voyeuriste, mais difficilement reproductible passée la découverte. « OVNI », de fait, est moins convaincant à la relecture. Malgré cela, le pari des auteurs est tenu. Au fait, quand est-ce qu’ils nous refont un « Venezia », ces deux là ? 

Chronique de Philippe Belhache

30 décembre 2006 - Aucun commentaire
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L’année du grand spectacle

Lewis Trondheim. Le Grand Prix 2006 participera aux rencontres dessinées et travaillera en direct (PHOTO CHRISTIAN DAUMERIE)

FESTIVAL DE LA BD D’ANGOULEME.

Le fauve dessiné par Trondheim devient le trophée d’une 34e édition qui veut faire du neuvième art un show grand public.

En trente-quatre ans d’existence, le Festival d’Angoulême a distribué des Alfreds puis des Alph’arts, puis des trophées anonymes quoique réputés à tout ce que la planète bande dessinée compte de dessinateurs et scénaristes de talent. Du 25 au 28 janvier 2007, Angoulême découvrira les fauves. Une mascotte, dessinée par Lewis Trondheim, des trophées, réalisés en 3D par Leblon Delienne, un petit personnage de chat qui marquera de sa griffe le grand cirque du 34e, dévoilé hier à Paris.

Car le prochain Festival d’Angoulême semble bien décidé à transformer la bande dessinée en spectacle. Un grand spectacle, à la hauteur des mutations vécues par le cinquième festival français en un an. Après avoir affronté une édition 2006 perturbée par les intempéries, puis s’être séparé de son directeur, Jean-Marc Thévenet, le festival a relevé le défi 2007 avec une équipe composée de Franck Bondoux et Benoît Mouchart à la direction, sous la présidence d’un de ses fondateurs, Francis Groux.

Un festival d’expos. Associé depuis ses débuts au Champ-de-Mars, au coeur de la ville, le festival déménage une partie de ses chapiteaux au pied des remparts, pour rassembler les éditeurs sur plus de 10 000 mètres carrés dans ce qui s’annonce comme « la plus grande librairie de bande dessinée du monde ». Le centre-ville restant dédié aux expositions et animations, et les deux pôles étant reliés par des navettes gratuites. Dans cette nouvelle configuration, Angoulême reste fidèle à ses classiques mais s’offre au passage quelques belles nouveautés.

Le 34e présente ainsi un festival d’expos. Une bonne quinzaine disséminées en ville, avec des hommages (Hergé, dont on célèbre le centenaire), des découvertes (l’Américain Jim Woodring pour la première fois en Europe), des coups de coeur pour les plus jeunes (un espace kid paddle vu comme un « musée du rire et des horreurs »), un peu de ce que le héros de Midam aurait pu concocter s’il avait été commissaire d’expo. On retrouve aussi les rencontres internationales et les concerts de dessins, devenus en peu d’années incontournables.

Mais on innove, aussi, et à cela, Lewis Trondheim, Grand Prix 2006 et grand iconoclaste devant le neuvième art, n’est pas étranger. Trondheim a ainsi préféré à la traditionnelle rétrospective du président un jeu de piste dispersé en ville. Son titre, « Les Sept Merveilles de la bande dessinée », indique assez qu’il s’agit plus d’un hommage au monde des bulles que d’un exercice d’autosatisfaction auquel l’auteur-président semble des plus rétifs. Plus intéressant lui paraît la bande dessinée vivante. Alors, plus que jamais, la bande dessinée se transformera en spectacle : une bataille d’improvisation avec comédiens et auteurs, dont Bouck, un concert exceptionnel de Brigitte Fontaine accompagnée en direct du dessinateur Blutch, ou la performance de 24 auteurs réalisant en vingt-quatre heures une oeuvre de 24 pages qui sera ensuite présentée au public.


Dessin en direct. Trondheim lui-même participera avec Sfar, Davodeau, Sattouf et Sapin à des rencontres dessinées où les auteurs travailleront en direct sur une planche en cours tout en répondant aux questions du public et, pour la première fois, la sélection officielle dévoilée hier à Paris se verra offrir plus de visibilité à travers une exposition au salon des éditeurs.

Les 50 albums représentant pour le FIBD le meilleur du neuvième art en 2006 seront départagés lors d’une cérémonie repoussée cette année au samedi soir. Hors le prix du patrimoine, pour lequel six albums sont sélectionnés, les 44 autres concourront au sein d’un palmarès sans catégorie; il n’y aura plus de prix du meilleur dessin ou du meilleur scénario mais six prix dits « essentiels », ex aequo, dont l’un sera labellisé « essentiel révélation ». Seul le prix du meilleur album subsistera dans cette 34e édition rénovée.

Festival de la bande dessinée d’Angoulême, du 25 au 28 janvier 2007. Renseignements et réservations sur www.bdangouleme.com


Article de Haude Giret

19 décembre 2006 - Aucun commentaire
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« La malédiction du parapluie », Les petits riens 1, de Lewis Trondheim. Delcourt, collection Shampooing.

Lewis Trondheim quitte l’Association, rapporte l’Express ? El Présidente n’en a pas pour autant renoncé à exploiter la veine autobiographique. Ses nouvelles planches sont accueillies par la collection Shampooing, qu’il anime lui-même pour le compte des éditions Delcourt. Le résultat ? « Les Petits riens », recueil d’anecdotes développées pour son site internet. « Pour apprendre à maîtriser l’aquarelle », explique l’auteur lui-même dans une interview accordée à  nos confrères de Canal BD. On y retrouve le Trondheim introverti, parfois misanthrope, un poil hypochondriaque de ses Carnets de Bord, avec cette fois une mise en scène formatée à un récit par planche. Il pioche dans son existence anecdotes et réflexions livrées avec cet humour décalé, ce solide sens de l’autodérision, mais aussi de la provocation calculée, qui restent la marque de fabrique du bonhomme. L’air de rien, par petites touches, Trondheim installe son univers. Et suscite une forme d’empathie chez le lecteur - surtout chez les quadragénaires pères de famille, nous ne citerons personne - pouvant dériver à l’occasion sur une forme de complicité. Ces « petits riens » s’additionnent pour constituer un « grand tout » attachant et drôle. Dire que Lewis Trondheim parlait d’arrêter le dessin. Il n’a pas tenu parole. Tant mieux.

Chronique de Philippe Belhache

25 novembre 2006 - Aucun commentaire
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Trondheim se remet au Net

© Lewis Trondheim

Le futur président du jury du Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême a ouvert une nouvelle version de son site internet. Lewis Trondheim, qui a promis voici quelques semaines « de mettre le souk » dans le FIBD, édition 2007, a commencé par mettre de l’ordre dans sa bibliographie. Il y intègre non sans humour « Le blog de Frantico » (Albin Michel), en précisant : « D’après la rumeur, j’aurais fait ce livre, mais ce n’est pas vrai. » Un coup à la Romain Gary/Emile Ajar ? Il ajoute en fin de sa biographie d’auteur hors normes cette mention laconique : « Chevalier des Arts et Lettres en 2005, Grand Prix à Angoulême en 2006, il n’a désormais plus qu’à crever. » Lewis Trondheim définissait dans son essai « Désoeuvré » (L’Association) la vie d’auteur comme une montagne dont le pic se situerait¨entre gloire - « aveuglement, perte de naïveté, on nous attend au tournant » - et vedettariat - « Facilité, peur de se remettre en question » - avant d’en rejeter le schéma dès la case suivante. Le parcours d’El Présidente Trondheim tend cependant à prouver qu’il est toujours à même de se renouveler et de surprendre.

Le site internet de Lewis Trondheim. Et la dédicace de Manu Larcenet.

13 mars 2006 - Aucun commentaire
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« Le festival accomplit une vraie mue »

Lewis Trondheim (Photo archives Isabelle Louvier)

FIBD. Réaction de Lewis Trondheim, le président du jury.

Comment avez-vous accueilli l’annonce du licenciement éventuel de Jean-Marc Thévenet, vous qui aviez déclaré au balcon « vouloir faire le ménage » ?Je prends la chose plutôt très bien. Il ne reste plus qu’à faire partir Leclerc, qui rappelons-le, oeuvre pour l’abolition du prix unique du livre. Ce qui causerait des dommages irréparables au milieu. Les petits libraires qui sont nos plus fidèles alliés finiraient par fermer boutique face aux gros distributeurs, entraînant dans leur sillage bon nombre d’éditeurs indépendants et bien plus d’auteurs par effet boule de neige.

Selon vous, qu’est-ce que les huit ans de direction de Jean-Marc Thévenet ont apporté au festival et à la bande dessinée plus particulièrement ?Je ne pense pas que le festival d’Angoulême apporte beaucoup à la BD. Ce qui apporte, ce sont des bons auteurs, des bons albums, des bons éditeurs, des bons libraires et des bons journalistes. Le festival est un spot lumineux sur la BD dans l’univers des médias. Ca dure très peu et il n’y a pas de suite.

Ce départ s’il a lieu vous surprend-il ?Non, je comprends les problèmes humains, structurels et politiques qui font que ce genre d’acte est difficile à prendre. Et la façon dont Thévenet a alerté les médias m’a choqué aussi, il a fait ça avant même que le FIBD lui spécifie les points de dissension qui ont amené à cette décision. Et dans cette logique procédurière, ses employeurs ne peuvent pas se permettre d’expliquer ces motifs dans le détail, il y a un devoir de réserve tant que cette action légale n’est pas parvenue à terme.

Cette crise (ndlr : quelque soit l’issue) vous semble-t-elle augurer d’un nouveau départ pour le festival ?Je pense que c’est une vraie mue qu’est en train d’accomplir le festival. Une mue pour le bien du festival, d’Angoulême et de la Bande Dessinée. Et mon but n’est aucunement de virer l’aspect commercial du festival et d’en faire quelque chose d’élitiste. Ce serait une vision univoque et contre productive. La bande dessinée en France est d’une diversité et d’une richesse inégalées dans le monde. Même s’il y a un paquet d’albums intellectuellement lamentables et graphiquement insupportables, ce n’est pas à moi de dire au public ce qu’il doit aimer. Et puis même, il n’y a pas qu’un public. De la même manière qu’il n’y a pas Une bande dessinée. Moi, je peux juste entrouvrir une porte en disant : "Eh ! regardez là-dedans, peut-être que ça peut vous intéresser".

Si la procédure de licenciement va à son terme, voyez-vous quelqu’un qui pourrait lui succéder ?Vous savez, je ne suis pas président du festival d’Angoulême, je suis président du jury du festival d’Angoulême. Ce qui n’est pas vraiment pareil. Mon avis importe assez peu. Je suis certain que les acteurs du FIBD sauront trouver quelqu’un apte à chapeauter l’ensemble sans tomber dans les chausse-trappes du passé. Ce n’est pas Jésus que nous avons crucifié aux 33 ans d’Angoulême, loin de là. Et l’expérience amène la sagesse.

Dans ce contexte, envisageriez-vous différemment votre rôle de président du jury pour cette 34ème édition ?Oui. J’ai envie de m’investir beaucoup plus maintenant que je vois que l’horizon se dégage et qu’on peut vraiment construire ensemble. Je crois beaucoup aux capacités de Dominique Bréchoteau, de son équipe ainsi qu’à cette nouvelle synergie qui va forcément se déployer avec Philippe Mottet et la mairie d’Angoulême. « Un départ vers de nouvelles aventures », comme on parle chez nous, au pays de la bande dessinée.

Comment envisagez-vous alors de vous investir ?J’ai une réunion de travail le 13 mars. Je verrai à ce moment quelles sont mes latitudes de mouvement.

Propos recueillis par Axelle Maquin-Roy

25 février 2006 - Aucun commentaire
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