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« Long John Silver, tome 2 « Neptune », de Xavier Dorison et Matthieu Lauffray. Dargaud.

long_john_silver.jpgLe Neptune poursuit son périple sur l’océan déchaîné, en direction de l’embouchure de l’Amazone. Armé par son frère Edward, il doit rejoindre Lord Byron Hasting qui a amassé des monceaux d’or en Amérique du Sud, mais manque de moyens logistiques pour les ramener en Europe. Mais l’opération suscite le vif intérêt du tristement célèbre pirate John Silver, embauché à bord comme cuistot, et dont le charisme malfaisant rassemble peu à peu autour de lui les hommes d’équipage mécontents du sort de simple matelot et âpres au gain.

De quoi compliquer la tâche du capitaine Edward Hasting, d’autant que Vivian Hasting, épouse de Byron, et enceinte d’un autre, participe largement au complot visant son mari. Un drame qui se joue sur les quelques mètres carrés du Neptune, théâtre malgré lui d’un retour en grâce de la piraterie d’antan.
Si les auteurs ont repris certains personnages de « l’Île au Trésor » de Stevenson, ils se défendent de donner une suite à ce récit mythique, mais entendent « retrouver un peu de la poussière d’antan que fit naître Robert Louis Stevenson… » Et si le mandrin à la jambe de bois raconte aux marins passionnés les exploits sanglants des grands flibustiers, John Silver, atteint de malaria, va tousser dans son coin son flot de sang. Reste que la piraterie, bien que vieillissante, n’en est pas moins cruelle, usant de rouerie aussi sordide, d’expédients autant cruels que définitifs.

Loin d’être une énième histoire de piraterie, cette série profite d’un excellent scénario de Dorison (« West », « Sanctuaire ») pour ranimer l’étincelle de notre jeunesse pour ce genre, s’arrêtant longuement sur la psychologie complexe du forban John Silver. Le dessin de Matthieu Lauffray personnifie cette ambiance de mort qui plane sur le navire pourrissant de l’intérieur, par des regards hallucinés, par les filets d’eau d’une moiteur dégoulinante, des combats en contre-jour proches de l’expressionnisme. Une nouvelle dynamique redonne du goût au genre, avec ces deux premiers tomes d’une série qui doit en totaliser quatre.

46 pages, 13 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

7 novembre 2008 - Aucun commentaire
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« Les Sentinelles », tome 1 « les Moissons d’acier », de Xavier Dorison et Enrique Breccia. Robert Laffont.

sentinelles_1.jpgUn Argentin qui se charge d’illustrer la première guerre mondiale côté français, cela n’est pas si courant. Enrique Breccia s’en est pourtant bien tiré avec des encres qui tirent vers l’aquarelle, pour mettre en valeur la nouvelle série écrite par Xavier Dorison (« Sanctuaire », « le Troisième testament »).
Le scénariste avait depuis plusieurs années l’envie de mettre en scène une sorte de super héro dans le contexte de la Grande Guerre. Une initiative originale, même si le surhomme en question reste surtout une affaire de mécanique, tout en conservant un aspect sombre de l’âme, avec remises en question à la clef, comme ses collègues des comics américains.

Le projet « sentinelles », testé avant 1914 par une cellule regroupant des militaires et des savants d’une moralité douteuse, consiste à positionner en avant du front des hommes en morceaux, reconstitués en machines de guerre via des membres en ferraille, style « l’Homme qui valais trois milliards ». Problème: sans une technologie énergétique appropriée leurs batteries sont vite à plat, les condamnant au sol comme les chevaliers moyenâgeux privés de leur fougueux destrier. D’où l’intérêt pour le travail d’un scientifique qui développe une pile au radium, et qui malgré son intégrité se retrouvera par le sort emprisonné dans une enveloppe de « sentinelle ».
Breccia ne lésine pas sur les scènes de boucherie dans les tranchées, tandis que photos et cartes postales d’époque jalonnent le récit. On est bien là, en 14-18, dans la véritable fin du XIX ème siècle et de ses utopies dans lesquelles les bienfaits de la science sont envisagés avec sérénité. Au contraire, les dépouilles d’acier pendent des plafonds industriels délabrés, littéralement enchaînées à des crocs de boucher. Des « sentinelles » qui dans le prochain tome consacré à la Marne devraient encore causer de nombreux ravages.

64 pages, 14,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

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