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Alfred adapte « Café panique », de Roland Topor. Editions Charrette.

cafepanique.jpgLes festivals ont ceci de bon qu’on peut y trouver de très belles pépites, au hasard des stands et dédicaces. « Café panique », adapté en 2004 par Alfred, auteur surdoué s’il en est, est un petit bonheur fait bande dessinée. Le dessinateur bordelais rend hommage au cofondateur du mouvement Panique en adaptant ce recueil de nouvelles initialement paru au début des années 80, y superposant son propre univers visuel. Dessinateur autodidacte, enfant du théâtre, Alfred ne pouvait qu’être sensible à l’imaginaire de Topor, au verbe haut en couleur de cet orfèvre du non-sens. « Café Panique », c’est du condensé d’affabulations, instantanés de vie, brèves de comptoir et grandes menteries, saynètes croquées par Alfred avec cette poésie particulière qui semble être la marque distinctive du créateur graphique des aventures d’Octave (avec Chauvel, Delcourt) ou du « Désespoir du singe » (avec Peyraud, idem), lequel fait voisiner dans un même album des techniques comme le collage ou la photo, le noir et blanc ou la couleur. Foisonnant et truculent, que du bonheur. A redécouvrir d’urgence.

42 pages, 11 euros.

Chronique de Philippe Belhache

9 avril 2008 - Aucun commentaire
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Festival BD des Hauts de Garonne : Coteaux à bulles

FLOIRAC (33). Le septième épisode du festival BD des Hauts de Garonne se déroule ce week-end. Expositions, débats dédicaces et éclectisme sont encore au menu.

Si d’aventure l’on cherche une des actions emblématiques intercommunales sur ces hauts de Garonne malmenés socialement et économiquement, on a les Bulles. Des bulles qui se baladent depuis quatre ans maintenant sur les quatre communes du Grand projet des Villes. Des bulles qui pétillent un peu plus le temps d’un week-end où plus de 5000 personnes viennent les goûter, mais qui se forment et se développent toute l’année, au fil de venues d’artistes, de résidences, de travail en milieu scolaire. De la vraie BD champagne pour tout le monde.

Après le gros succès de la sixième édition à Cenon, le festival poursuit son habitude nomade. Et c’est sur deux sites assez proches qu’il a installé ses planches à Floirac, afin de célébrer l’ouverture de la M270, maison des savoirs partagés qui complètera l’espace du gymnase Jean-Raymond-Guyon

Ici on respecte les fondamentaux : les dédicaces et les débats pour les fondus de la case enchantée. Mais d’autres exigences sont au menu de ces Bulles : un niveau professionnel chez les 90 auteurs invités sur les deux journées, un éclectisme revendiqué, assumé, valorisé. « Je tiens aussi à ce quel’on trouve des dessinateurs débutants à côté des grosses pointures », souligne Jean-Luc Peyroutet de Passage à l’art, l’association organisatrice.

L’homme est aussi conseiller pédagogique, version éclairée et partageuse. Alors un auteur en résidence depuis deux mois (Didier Millotte), alors des parcours BD proposés à toutes les classes ou associations des quatre communes du GPV. Alors des ateliers, des rencontres avec des dessinateurs, des scénaristes. Alors 90 groupes touchés d’octobre à aujourd’hui. Alors des expositions. « J’ai eu le déclic quand une élève m’a dit un jour « un auteur, je croyais que c’était mort », raconte Peyroutet. Tout est dit.

Autre maître-mot : les créations. Outre les expos scolaires, un auteur coup-de-coeur (le Bordelais Alfred cette année mais aussi Max Cabannes au forum de la BD au centre commercial Rive droite à Lormont jusque ce soir), de l’interactivité (le module Takachercher), de l’audiovisuel (une expo sur Oliver Twist). Un espace multimedia permettra de surfer sur le monde de la BD si d’aventure, les 90 auteurs présents ne suffisaient pas.

Pas de distingo dans les auteurs mais bon, citons quand même quelques tendances : l’univers de Dofus (éditions Ankana) avec les auteurs Crounchann, Ancestral Z, Mojojojo, Hiottin et Aris. Phénomène incontournable et c’est tant mieux : le manga sera représenté par plusieurs auteurs de la collection Shogun (Humanoïdes associés) : Lylian, Ueza, Dune, Ed Tourriol ou encore Shong. Il sera aussi intéressant de criser plusieurs auteurs de la collection Ex-Libris, dont les adaptations de « Oliver Twist » et du « Tour du monde en quatre-vingts jours » passionneront petits et grands.

Ajoutez un coup de projecteur sur la BD africaine (thème de l’année à Floirac), deux auteurs récompensés (David Prudhomme et Guillaume Trouillard) deux libraires, deux éditeurs, trous micro-éditeurs, un prozine, deux fanzines, trois libraires d’occasion et d’ouvrages de collections, un libraire spécialisé para-BD et vous aurez le deuxième salon BD après Angoulême.

Article de Yannick Delnest

« Le Désespoir du singe », tome 2 « le Désert d’épaves », de Jean-Philippe Peyraud et Alfred. Delcourt.

desespoir_singe_2.jpgAu fil de l’aventure les couleurs de Delf deviennent de plus en plus sombres. La ville côtière de Preehz voit en effet sa mer intérieure se réduire comme une peau de chagrin au profit d’une intégration intensive entraînant un conflit irrémédiable entre terriens et marins.

Dans le premier tome les francs-battants déclanchent la révolution contre un pouvoir despotique, alors que d’horribles miliciens aux yeux rouges et aux yeux acérés font régner la terreur. Dans le tome 2 celle-ci empire alors que Joseph et sa fiancée Joliette tentent de fuir via une filière clandestine plus que douteuse, avant d’atterrir dans ce fameux cimetière d’épaves. De quoi se croire en pleine mer d’Arral. Le train blindé du colonel Komak rappelle à la fois ceux des tyrans fous de « Corto Maltese en Sibérie » ou des gangs de « Jaguars », semant la mort sur son passage.

Dans ces drames et ces exodes se mélangent des amours entrecroisés, des trahisons, des arbres et des nuages sinistres, des grands yeux incapables dorénavant de rêver, du sinistre à tous les étages, du noir troublé par le seul rouge sang. L’arbre que l’on surnomme le « désespoir du singe » parce que ses épines ne laisse aucune prise pour y grimper n’offre une place qu’à une escalade, celle de la terreur. Le dessin n’est plus aux beaux cheveux bouclés de Vespérine ni à la peinture d’Edith: il n’est plus dévoué qu’à un monde qui part en charpie.

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

16 janvier 2008 - Aucun commentaire
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A Bordeaux, l’incendie met cinq artistes à la rue

bd_incendie.jpgBORDEAUX. Coup dur pour les cinq dessinateurs illustrateurs de la rue des Argentiers. Un incendie s’est déclaré dans un immeuble. Leur atelier a été endommagé. Et leur travail en partie détruit.

Ils sont cinq, comme les cinq doigts de la main : Henri Meunier, Olivier Latik, Richard Guérineau, Régis Lejonc et Alfred. Ils partagent la même passion du dessin qu’ils pratiquent en professionnels dans la bande dessinée, l’illustration ou le livre pour enfants. Leur réputation a depuis longtemps dépassé les frontières bordelaises, à l’image d’Alfred, Grand Prix du public au Festival d’Angoulême 2007 pour son album « Pourquoi j’ai tué Pierre ».

Les cinq partagent aussi le même atelier d’artistes au 10 de la rue des Argentiers, dans le vieux Bordeaux. C’est là qu’ils créent, travaillent, stockent. Ils s’y sont retrouvés samedi matin, mais pas pour le plaisir.

Dans la nuit de vendredi à samedi, l’immeuble a pris feu. Et si l’intervention des pompiers a permis d’éviter le pire _ pas de victime, un sinistre vite circonscrit _, des infiltrations d’eau ont lourdement endommagé leur local situé au rez-de-chaussée et tout ce qu’il contenait. « Des années de travail perdues? », soupirait samedi l’un des cinq en découvrant les dégâts.

Bagarre. Le 10 de la rue des Argentiers abrite trois appartements sur trois étages au-dessus de l’atelier. Selon un voisin du n°8, une violente altercation a opposé vendredi vers 23 heures, les locataires du deuxième et du troisième. Intervention de la police qui emmène les deux personnes au commissariat (elles ont été relâchées samedi soir après audition). Près de deux heures plus tard, sans que l’on sache s’il y a un lien entre les deux événements, ce sont les pompiers qui sont appelés au secours. Un incendie s’est déclaré dans le puits de jour situé à l’arrière du bâtiment, à hauteur du premier étage. Les deux immeubles sont évacués le temps de l’intervention qui durera jusque vers 3 heures du matin. Selon les services techniques de la Ville, la structure de l’immeuble n’aurait pas trop souffert. Quant aux locataires, ils auraient trouvé à se reloger par eux-mêmes en déclinant les propositions du Centre communal d’action sociale.

Repli au Musée. Pour les cinq dessinateurs, les pertes sont très importantes. Les ordinateurs ou le matériel d’arts plastiques pourront toujours être remplacés mais les archives, les dessins originaux, la documentation, malgré les précautions prises par les pompiers, ont été en grande partie détruits.

« On n’a pas encore pu évaluer les dégâts mais ils sont considérables, confiait hier Régis Lejonc. Pour Alfred, par exemple, c’est une dizaine d’années de travail fichues. Revenir ici me semble très compromis, il nous faut trouver un autre local. »

Michel Duchêne, l’adjoint au maire, est venu leur prêter main-forte samedi. Il leur a trouvé une solution de repli grâce à l’hospitalité du Musée des Beaux-Arts où sera entreposé ce qui a pu être sauvé du désastre. En attendant de dénicher un nouvel atelier. « Rue des Argentiers, nous disposions de 100 m2. Une soixantaine ferait l’affaire? »

Article de Pierre-Marie Lemaire

14 janvier 2008 - Aucun commentaire
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Des images pour l’indicible

Olivier Ka signe avec le Bordelais Alfred un récit autobiographique évoquant les attouchements dont il a été victime enfant. Une oeuvre surprenante et sensible.



« Je savais qu’un jour, je devrais écrire cette histoire. Je l’avais en tête depuis des années. J’attendais d’être prêt. » Olivier Ka a aujourd’hui tourné une page de sa vie. Celle d’un traumatisme de jeunesse qui l’a hanté durant plus de vingt ans. Il signe avec « Pourquoi j’ai tué Pierre » un récit revendiqué 100 % autobiographique. Le récit d’un épisode clef de son existence, du genre qui détruit un enfant, conditionne l’homme qu’il devient. À l’âge de 12 ans, Olivier Ka a été victime d’attouchements sexuels, commis par un homme qu’il aimait et admirait. Aujourd’hui, avec l’aide du dessinateur bordelais Alfred, il se met complètement à nu. Un témoignage sensible et douloureux.

Olivier Ka est écrivain. En fait de thérapie, il a naturellement choisi la voie de l’écriture. L’homme qu’il est devenu a disséqué son enfance, mis ses tripes sur une page blanche, réglé ses comptes avec un passé encore trop présent. « Et puis j’ai honte, écrit-il. Honte de m’être fait croire, pendant des années, que ce qui m’était arrivé n’était pas grave. Il reprend les choses à la base, ouvrant le livre de sa vie à la page des sept ans. Une mise en perspective de l’événement en regard de son existence, de son éducation dans un environnement libertaire, pour ce fils d’artistes (Olivier Ka est le fils de Paul Carali, dessinateur et fondateur de la revue Psikopat, et de l’auteure de livres pour enfants Gudule. Il est également neveu du dessinateur Edika) élevé dans un milieu qui remettait sans cesse en cause ses repères. Olivier Ka pose là une démarche profondément personnelle, et « parfaitement égoïste », posant un témoignage sans jugement, sans excès de pathos.


Alfred (à gauche) et Olivier Ka, durant la journée de bouclage de l’album "Pourquoi j’ai tué Pierre".



Responsabilité. L’homme appelé Pierre est un prêtre ouvrier avec qui le jeune Olivier partait en colonie de vacances. Un ami de ses parents avec qui il entretenait une véritable amitié. « Il représentait énormément pour moi. Il m’a fallu attendre d’avoir le recul nécessaire pour pouvoir en parler. Et expliquer ainsi le regard que j’avais sur la religion. J’ai sur les curés un regard assez moche et assez violent. » Il en parle sans détour, tout comme il évoque les convictions religieuses de ses grands- parents, mais aussi les choix de vie de ses parents, toutes choses qui ont contribué à façonner sa personnalité. « Il me semblait important de tout mettre sur la table. Pour être honnête avec moi-même, admettre ma propre part de responsabilité dans cette histoire. Tout est là. »

Sa mère, sa première confidente, a également été sa première lectrice. Mais dans la démarche entreprise, la personnalité prépondérante reste Alfred. Son voisin de palier, son ami, son complice déjà sur deux albums de « Monsieur Rouge » (Petit à Petit). Olivier Ka a aujourd’hui quitté Bordeaux, mais il est des liens qui ne peuvent être brisés. L’album devait se faire avec Alfred ou pas du tout. « Il est bourré de talent. Il l’a mis au service de cette histoire. Ce travail n’est plus le mien, mais le nôtre. Cela a été une très belle aventure. »

Alfred l’admet lui-même. « Pourquoi j’ai tué Pierre » n’aurait pas vu le jour sans cette amitié indéfectible. « Quand olivier m’a raconté cette histoire, il y a quelques années, j’ai été bousculé, explique ce dernier. Je n’étais ni en colère, ni triste. C’était autre chose. Elle avait une résonance énorme en moi. Je viens du même type de milieu que lui, j’ai le même genre de parents (les miens sont comédiens). Ils m’ont donné le même genre d’éducation, avec des références très communes, des idées, des convictions et un style de vie très proches. J’étais également le même genre de petit garçon que lui. A la fois réservé et rêveur… »

Retour. Cette proximité, cette compréhension intime, transparaissent dans chaque page de l’album. Jusqu’au dernières pages, qui les unissent au coeur de l’histoire. « Lorsque j’écris le mot "fin" dans l’histoire, cela correspondait réellement à la fin de mon texte, reprend Olivier Ka. Nous ne pouvions pas prévoir la suite. » De retour sur les lieux avec Alfred pour des repérages graphiques, Olivier Ka et Alfred retrouvent la colonie de vacances intacte. Et sur placeà Pierre, avec qui l’auteur a pu enfin s’expliquer. « C’était fou. Nous étions en plein dedans. Cela boucle l’histoire de telle manière… Cela n’est presque pas crédible. Alors que cela s’est passé exactement comme ça. » La boucle est bouclée. Olivier Ka s’avoue « fier que l’album existe », se sent prêt à affronter les réactions. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un album sur la parole libérée, plus forte que le mensonge ou les secrets honteux. Et un superbe travail d’auteurs.

« Pourquoi j’ai tué Pierre », par Alfred et Olivier Ka. Delcourt (collection Mirages). 14,94 euros.
Article de Philippe Belhache

2 octobre 2006 - Aucun commentaire
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« Pourquoi j’ai tué Pierre », par Alfred et Olivier Ka. Delcourt, collection Mirages.

 

Comment peut-on en arriver là ? Olivier Ka essaye de comprendre. Et pour sortir Pierre de sa vie, il écrit. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un récit « 100 % autobiographique », écrit avec ses tripes par un auteur en pleine possession de ses moyens, qui a décidé de liquider ses comptes avec le passé. A l’âge de 12 ans, le jeune Olivier a été victime d’attouchements de la part d’un prêtre ouvrier avec qui il allait en colonie de vacances. « Je n’ai pas été violé, précise-t-il. Je n’ai pas fait non plus l’objet de violences… » Pourtant, l’homme qu’il est devenu réalise aujourd’hui à quel point l’incident l’a marqué, jusqu’à façonner pour partie sa personnalité.

 

Olivier Ka, auteur d’ouvrages pour enfants, a choisi d’écrire cette histoire, son histoire. En la mettant en perspective de sa propre existence de fils d‘artistes, de ses questionnements d’enfant élevé dans un milieu libertaire et plutôt permissif, de sa relation avec celui qu’il appelait son ami. Avec un homme qu’il n’est pas arrivé à haïr après les faits, allant jusqu’à respecter longtemps sa promesse de ne rien révéler. L’adulte qu’il est devenu est allé jusqu’au bout. Jusqu’au mot « fin ». Et même au-delà. Le voyage effectué sur les lieux de la colonie de vacances avec Alfred a eu de fait des conséquences inattendues…

 

« Pourquoi j’ai tué Pierre » est remarquable à plusieurs points de vue. Par le ton adopté, mais également par ce parti pris d’autobiographie à quatre mains. Olivier Ka confesse volontiers que sans Alfred, il n’y aurait pas eu d’album. Et Alfred d’accompagner la démarche jusqu’au bout, parce que « c’est mon pote, et que nous avons énormément de choses en commun. » Le dessinateur aujourd’hui bordelais offre toute la poésie de son graphisme volontiers surréaliste au texte de Ka, épousant le regard de celui qui n’était encore qu’un enfant, explorant sa relation à Pierre, pour mieux l’accompagner ensuite dans sa vie adulte. Les deux hommes avaient déjà éprouvé leur complicité sur « Monsieur Rouge » (Petit à Petit). Ils ont réussi à rendre unique leur point de vue. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un album sur la libération de la parole, servi par un graphisme lui-même conçu comme un langage, les couleurs comme une grammaire. Un album sensible, sans conteste l’un des plus touchants de cette rentrée 2006.

 

Chronique de Philippe Belhache

27 septembre 2006 - Aucun commentaire
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Alfred au festival de Bassens

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"Un petit coucou du dessinateur Alfred, qui dédicaçait ses oeuvres au festival "Bulles en Hauts de Garonne", dimanche à Bassens. La couleur est comme de coutume au rendez-vous. Le rouge s’impose sur la page de garde du "Désespoir du singe", cosigné avec Jean-Philippe Peyraud. Le blanc du livre d’or appelait cette très belle vision en bleu…"

Lire l’interview d’Alfred, à l’occasion de "La nuit des lucioles", premier tome de la série "Le désespoir du singe" (Delcourt).

5 avril 2006 - Aucun commentaire
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Interview : Alfred pour « Le désespoir du singe »

Photo Fabien Cottereau



À même pas trente ans - c’est pour mai - Alfred peut s’enorgueillir d’un joli parcours dans le monde de la bande dessinée. Cet autodidacte, qui a créé sa propre structure d’édition à 18 ans, Ciel Éther, a collaboré à plusieurs reprises avec Éric Corbeyrand (« La Digue », « Abraxas ») ou David Chauvel (« Octave ») pour les éditions Delcourt. On le retrouve également sur des productions plus confidentielles, tel « Monsieur Rouge » avec Olivier Ka (éd. Petit à Petit). Ou même « Le chant du coq » au Cycliste et « Café Panique » adaptation d’un texte de Topor aux éditions Charette, deux maisons d’éditions aujourd’hui bordelaises. Il publie avec Jean-Philippe Peyraud « La nuit des lucioles », premier d’un cycle de quatre albums, « Le désespoir du singe » (Delcourt). Il vit et travaille à Bordeaux depuis cinq ans.


Comment est née cette collaboration avec Jean-Philippe Peyraud ?

Jean-Philippe et moi nous connaissons depuis une douzaine d’années, du temps où nous oeuvrions chacun pour un label indépendant (« Ciel Éther » pour moi, et « La comédie illustrée » pour lui). On se croisait donc en festival et nous avons très vite accroché l’un avec l’autre avant de devenir très amis. Et très vite, aussi, alors que nos univers graphiques sont très différents (¹), nous avons eu envie de faire des choses ensemble.

Ça a commencé par des petits livres avec Ciel Éther ou, plus tard, Treize Étrange. Et puis, doucement, l’idée et l’envie de travailler ensemble sur quelque chose de plus ambitieux nous a trotté en tête. C’est JP le premier qui m’a un jour dit « un de ces quatre je vais t’écrire une histoire ». Et puis ça revenait de temps en temps dans nos conversations.

Et un jour, on s’y est vraiment mis Nous avons pris plein de chemins différents avant d’en arriver au « Désespoir du singe ». En tout, entre le moment où nous avons commencé à travailler sur ce scénario et le moment où le livre est sorti, il s’est écoulé trois ans ! Cette série est la concrétisation de notre amitié.

Photo Fabien Cottereau

L’univers (fictif) du « Désespoir du singe » semble s’inspirer d’un pays de l’Est de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. Avec une forte composante romantique… D’où vient ce choix ?

Nous ne souhaitions pas être coincés par des faits historiques qui nous auraient obligés à être très rigoureux sur la documentation ou les événements. Nous ne voulions pas être limités dans nos mouvements. Ce sont les personnages et leurs rapports entre eux qui nous excitaient. Du coup, on évoque et on suggère une époque plus qu’on ne la définit clairement.

C’est une histoire d’amour que nous voulons raconter

Nous ne voulions pas clairement la placer dans l’Allemagne nazie ou durant la révolution russe C’est plus flou que ça pour rester très concentré sur les personnages, qui sont le vrai prétexte de l’histoire. Nous avions très envie de raconter une histoire d’amour et de la "pimenter" par un contexte historique chargé.


Comment avez-vous adapté votre style à ce récit ?

Pour cet album, j’ai souhaité aborder les scènes en rapport avec mon humeur du jour. Dès lors, je n’ai pas toujours réalisé les planches dans l’ordre chronologique. C’est la manière la plus sincère que j’ai trouvé pour raconter cette histoire. Quand les personnages sont en colère, je l’étais aussi le jour de la scène… Quand ils étaient joyeux, moi aussi…

Du coup, mon dessin bouge au fil de l’album, et ça me plait comme idée.

Avant d’attaquer la moindre planche de cet album, j’ai passé une année à chercher dans plein de directions (si possible très opposées à ce que j’avais en tête pour cette histoire), afin de décoincer plein de choses. Au bout de cette année, je me sentais prêt à m’y mettre.


Vous être un habitué des univers décalés. Celui du « Désespoir… » semble très ancré dans le réel, mais comporte malgré tout des composantes fantastiques. Un ressort du scénario ou une signature graphique ?

Vous faites allusion aux miliciens qui apparaissent à plusieurs moments dans l’album. Avec ces personnages, nous ne souhaitions pas marquer un uniforme précis avec des références précises. Nous voulions que le lecteur comprenne bien que ces personnages représentent une menace, mais pas qu’il puisse historiquement y mettre le moindre repère.

Ces personnages représentent symboliquement une forme de répression brutale et dictatoriale. C’est ce qui nous a poussé à leur donner cette forme - une masse noire, étrange et informe - qui peut passer pour un élément fantastique, mais qui est plus, en fait, un élément « symbolique ».


Votre imaginaire est très lié au théâtre. Cela compte-t-il toujours autant dans votre travail ?

Toujours beaucoup, oui… Mes parents sont comédiens et c’est avec eux que j’ai appris à raconter des histoires, à en dessiner. La manière de le faire m’est restée. Je réfléchis en actes, en saynètes, en décors fixes. J’ai toujours en tête la manière dont mes parents mettent en scène et dirigeants les comédiens… Mes premières émotions viennent du théâtre.

Sur « Le désespoir du singe », j’ai demandé à Jean-Philippe une suite dialoguée avec très peu d’indications. Exactement comme un texte de théâtre. J’écoute ce que disent les personnages, et je les mets en scène.


Le premier tome, « La nuit des lucioles », est globalement très bien reçu. Comment ressentez-vous ce succès critique ?

Avec beaucoup de plaisir ! L’accueil est effectivement très agréable et encourageant… Au total, nous aurons passé trois années à élaborer la série et réaliser le premier tome. Du coup, le retour positif autour de ce tome 1 est extrêmement rassurant et motivant pour s’attaquer aux épisodes suivants.

Il reste un tome à paraître de cette très belle série pour la jeunesse qu’est « Octave » (sc. Chauvel, Delcourt). Quels sont vos autres projets ?

Je suis actuellement en train de terminer le quatrième et dernier tome d’Octave (un par saison !). J’attaque bientôt un album pour la collection Mirage chez Delcourt sur scénario d’Olivier Ka. Et bien sûr, je ne démords pas du tome 2 du « Désespoir du singe »…


Vous êtes installé à Bordeaux depuis cinq années. Vous travaillez en atelier avec d’autres artistes…

Effectivement… Depuis deux ans, j’ai la chance de partager un atelier avec Régis Lejonc, Henri Meunier, Richard Guérineau et Célestin. Et c’est un vrai bonheur ! L’un des aspects plaisants étant que nous ne faisons pas tous de la BD, ce qui pourrait parfois nous faire tourner en rond sur nous-mêmes. On discute beaucoup entre nous, on échange beaucoup aussi… Nos problématiques ne sont pas les mêmes et les échos des autres devient très importants au quotidien.


Il y a-t-il une véritable émulation autour de la bande dessinée dans la capitale aquitaine ?

Il y a pas mal d’auteurs dans la région, oui. BD, mais aussi illustration… Du coup, il y a plusieurs ateliers, et même si on ne se croise pas tous les deux jours, il est très agréable de savoir que tout ce beau monde est dans le coin. C’est plaisant.


(¹) Jean-Philippe Peyraud est également dessinateur. Notamment de la série « Premières chaleurs » (Casterman) et de « La bouche sèche » (Milan-Treize Étrange).


Lire également la chronique de Philippe Belhache

18 mars 2006 - Aucun commentaire
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« La nuit des Lucioles », Le désespoir du singe 1, de Jean-Philippe Peyraud et Alfred

Peyraud et Alfred sur un projet commun. L’affiche n’était pas évidente mais l’association est belle. Le premier est un chantre de la chronique urbaine, des émois de la trentaine, ancré dans le réel et le contemporain. Le second est un graphiste haut en couleurs, imprégné des images de ce théâtre qui a baigné toute son enfance. Le tour de force de « La nuit des lucioles » ? Avoir fait se rencontrer ces deux là, sans que l’un ou l’autre ne sorte complètement de son registre. Ce « Désespoir du singe » se définit comme la rencontre entre deux sensibilités, adaptation du propos de chacun à une histoire d’amour contrariée sur fond de révolution. Pas de nation mentionnée, pas de date précisée… Mais une situation faisant appel à l’inconscient collectif, à l’imaginaire romantique du XIXe siècle. Peyraud met en scène les émois de Josef, artiste contrarié qui a sacrifié sa passion pour entrer dans le moule familial, quitte à épouser une femme à qui il ne montre que de l’amitié. Et qui rencontre la femme de ses rêves, forcément inaccessible, à l’heure où son monde s’apprête à verser dans la guerre civile. Une fable sur la violence des sentiments, la difficulté de faire des choix, sur l’engagement et la folie des hommes, très bien servi par Alfred, dont le graphisme expressif et baroque se met au service d’un récit réaliste flirtant parfois avec le surnaturel, à la façon du Thierry Robin de « Koblenz ». Un titre très attachant.

« La nuit des Lucioles », Le désespoir du singe 1, de Jean-Philippe Peyraud et Alfred. Delcourt, collection Conquistadore.

Chronique de Philippe Belhache

1 février 2006 - Aucun commentaire
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