« Welcome to Hope », tome 3 « Inéquation », de Damien et Vanders. Bamboo (Grand Angle).
Ce troisième volume marque la fin de cycle de cette série dont le dessinateur Damien Vanders vient de recevoir le prix du salon Polar’Encontre (Lot-et-Garonne). Une récompense méritée pour avoir su adapter avec Damien Marie la nouvelle homonyme de ce dernier. Un petit roman de 120 pages qui est d’ailleurs joint à la vente avec le tome 3.Hope est un petit bled américain, genre trou du cul du monde d’où la moindre serveuse veut s’enfuir avec n’importe quel homme de passage, du moment qu’elle échappe à cette cambrousse écrasée de soleil. Une bourgade dont les façades et les fermes environnantes cachent une crasse indécrottable, des combats de chiens sanguinaires aux brutes dangereuses façon « Délivrance ».
Les deux premiers livres traçaient les routes parallèles du flambeur de poker Scott (qui pour le coup brûle ses dernières cartouches) et de Cody, autre loser de service et mécano encroûté à Hope. Deux itinéraires qui finissent par se croiser dans la même banque, car l’argent est la seule ambition des différents protagonistes de ce récit très sombre et sans pitié. Mais la roue du destin tourne parfois dans le mauvais sens et d’autres peuvent tirer les marrons du feu, tandis que le FBI vient amener son grain de sel et brouille un peu plus les cartes.
Très réalistes, le dessin et les couleurs de Vanders s’attardent davantage sur les personnages que sur un décor souvent minimaliste, accentuant l’intérêt psychologique du récit. Bref, une bonne petite trilogie, un road movie en panne sèche sur un parking paumé de l’Amérique bien profonde. Un soleil de plomb sur fond noir, très noir, à déguster balle par balle.
48 pages, 12,90 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould


La collection Grand Angle poursuit son bonhomme de chemin et relève plutôt le niveau des éditions Bamboo, cette fois avec « Bordeline ». Alexis Robin a pondu un scénario dont le sujet n’est pas d’une originalité fracassante: un écrivain en panne d’inspiration se met à écrire à son insu un roman génial, avant de se rendre compte que son histoire n’a rien d’une fiction et met en scène un psychopathe qui existe peut-être réellement. Il est vrai que fumer une certaine herbe chilienne peut déclancher d’imprévisibles évènements… La nuit, Fernando Villa noircit une flopée de feuilles, et quand le papier ordinaire vient à manquer c’est le rouleau de PQ ou les murs qui sont couverts de sa prose. Une histoire que l’auteur ne découvre qu’à son réveil, mais dont le récit sordide l’amène à mener l’enquête. Désemparé, il pourra néanmoins se consoler de temps en temps en payant la prostituée Wanda, qu’il ne touche pas mais à qui il confie ses doutes et ses malheurs.




Dans la dernière fournée (très fournie) de la collection humour des éditions Bamboo (1), « Plan drague » a attiré notre attention ce mois-ci. Non pas parce qu’on a besoin de conseils pour draguer, encore que… mais plutôt parce que la BD est particulièrement bien dessinée par Jitery. Jitery ? Oui, ce nom sonne aux oreilles des accros de BD franco-belge puisque c’est lui qui a repris la série « Arlequin », créée fin des années 1970 par Dany et Van Hamme (trois albums au Lombard, puis la suite chez Joker). Jitery, qui habite Arles, partage ses activités entre l’illustration, la BD et surtout le story board pour des dessins animés à la télé. Jitery a du style, une patte qui fait mouche dans l’humour et dessine de sculpturales nanas taille mannequin qu’un trio de copains s’évertue à draguer avec plus ou moins de finesse. Le personnage de Gwénolé, le puceau, est marrant. Au scénario, rien de très original pour cette série de gags en une planche, mais de bonnes idées signées par deux auteurs prolifiques de la maison, Christophe Cazenove (« Les Gendarmes », « les Pompiers ») et Olivier Sulpice, le créateur, en 1997, de Bamboo Edition. Dix ans plus tard, plus de 210 auteurs sont référencés dans le catalogue Bamboo. Un vrai succès d’édition dans le monde impitoyable de la BD grand public.
Le talentueux dessinateur biarrot Mathieu Reynès (« Sexy Gun », « Lola Bogota ») est au coeur d’une actualité chargée : sa dernière BD, le T1 de la série « Les maîtres-nageurs » est sorti ce mois-ci chez Bamboo, toujours avec son compère Brrémaud. Dans cette BD de gags en une planche, Reynès relate ses souvenirs de bord d’océan, « c’est du vécu coco », avec un dessin du meilleur effet, le T2 suivra dans la foulée avant cet été.
En cette année de coupe du Monde, le rugby va être décliné à toutes les sauces. La BD n’y échappera pas ! Chez Bamboo, on n’a pas attendu que la France récupère l’organisation du mondial pour lancer une série sur ce « sport de brutes pratiqué par des gentlemen », comme l’épelle le dicton. Enfin c’est vite dit, surtout si on lit la série « Les Rugbymen », qui ne fait pas dans la dentelle. Les clichés de l’Ovalie ont la vie dure et les auteurs les déclinent ici sans chichis : dans ce club de village, dénommé Paillar, perdu au fin fond d’une cambrousse incertaine, on est adepte des Trois B (bière, bouffe et baffes). Les gars du PAC préfèrent boire, manger, draguer plutôt que de se passer le ballon. Quand ils ne se font pas ratatiner par un adversaire visiblement plus bête que méchant. En tout cas, La Couane, La Teigne, Bourrichon, l’Anesthésiste ou Loupiote (« car ce n’est pas une lumière », d’après le scénariste), ne risquent pas de concurrencer les Robocop sur-vitaminés du XV de France. Si le dessin est assez plaisant, les gags eux sont inégaux et s’adressent surtout à un public ciblé, celui du rugby des champs. Difficile pour un non-initié de comprendre les vannes qui n’ont guère d’intérêt si l’on n’a pas un minimum de pratique de ce « sport délicieusement absurde par ses règles » (Jean Rochefort). Reste que cette série a trouvé son public puisque le tome 4 a tout de même été tiré à 270 000 exemplaires. Et que sa sortie a été accompagnée d’une solide campagne de publicité dans des journaux spécialisés (Rugby hebdo, XV Rugby). Il est vrai que ces rugbymen-là auraient difficilement trouvé leur place dans « Maisons et décors » ou « Télérama ».
Bamboo Edition a fait de ses séries à thèmes un succès commercial, puisqu’il en sort une nouvelle presque chaque mois. Ces séries de gags en planche ont envahi les rayonnages des grandes surfaces commerciales et à l’occasion des fêtes, on n’hésite plus à offrir à son cousin ou son beauf, le dernier tome des Gendarmes ou des Profs, selon la profession qu’il exerce. C’est le concept « up to date » de la BD que l’on offre plutôt que l’on achète ! Ce mois-ci, un duo de scénaristes « maison », le Biarrot Mathieu Reynès (également dessinateur de Lola Bogota) et le Rochelais Frédéric Brrémaud (auteur de l’excellent Kochka chez Paquet), déjà auteurs des Tennismen ensemble chez Bamboo ont pondu cette fois une série de 40 gags sur Les Informaticiens. Elle est mise en images par Arnaud Toulon, un jeune dessinateur inspiré par la BD franco-belge au trait caricatural dynamique même s’il le force un peu trop souvent pour souligner un gag. Cet album -au niveau du dessin et du scénario- est en tout cas meilleur que les deux autres sorties du mois, Les Pétanqueurs et Les Commerciaux, bien que le duo de co-scénaristes n’évite pas d’inévitables clichés et situations stéréotypées sur cette corporation qui méritait bien une BD. Autant que les toubibs, les assureurs, les rugbymen, les pompiers ou les postiers, non ? Le grand public lira « Droit au bug » en souriant, sans rechercher derrière chaque planche une satire sociale appropriée, tandis que les bédéphiles auront la confirmation que l’on n’a rien fait de mieux dans le style un gag par planche que l’incontournable Gaston Lagaffe de l’inégalable et inégalé André Franquin.