Au fil des planches
Yves Sente, investi sur « Blake et Mortimer », « Thorgal » et bientôt « XIII », serait-il le repreneur idéal ? Quoi qu’il en soit, force est d’admettre que le nouvel arc narratif développé par le successeur de Jean Van Hamme tient la route. Il développe la personnalité de Jolan - le fils de Thorgal - et des nouveaux personnages tout en maintenant le lien avec la mythologie développé durant la saga. Quelques choix peuvent malgré tout sembler faciles : la foi monolithique de Jolan dans l’exemple idéal de Thorgal, par exemple, ainsi que le recours, une nouvelle fois, au principe de la sélection par l’épreuve usé depuis les « Trois vieillards du pays d’Aran ». Il y manque le brin de perversité qu’avait insufflé Van Hamme depuis le cycle d’Ogotaï. Bref, il lui manque une Kriss de Valnor. « Le bouclier de Thor » n’en reste pas moins un album bien construit et agréable à lire, soutenu par le trait et les couleurs de Gregorz Rosinski.
« Le bouclier de Thor », Thorgal 31, par Gregorz Rosinski et Yves Sente. Le Lombard
48 pages. 10,40 euros. Sortie le 28 novembre.
Sacré Bouzard. L’auteur underground le plus célèbre du Sud Deux-Sèvres avait fait une entrée remarquée dans la collection Poisson Pilote de Dargaud avec son « Football, football », recueil des illustrations parues dans le mensuel « So Foot ». Le revoici avec « The autobiography of a mitroll », album retenu avant même sa parution officielle dans la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2009, dont les premiers exemplaires étaient exceptionnellement mis en vente à l’occasion de l’événement Rock & BD organisé à la Poudrière à Rochefort-sur-Mer (17). Le titre vous dit quelque chose ? Normal. Bouzard y reprend les personnages de son hilarante « Autobiography of me too », publiée aux Requins Marteaux. « Ce n’est pas vraiment une suite, assure l’auteur. Je reprends les personnages et le découpage. Pour le reste, je leur fais faire tout autre chose. » Et pour cause. A la mort de sa mère, l’auteur apprend que son père serait en fait un troll ! Le résultat est à la hauteur des attentes. L’humour décalé du bonhomme, toujours omniprésent avec quelques jolies séquences d’émotion en plus, fait mouche. Un bémol ? La frustration d’être confronté à un récit au long cours et donc à suivre. Une des grandes qualités de l’Autobiography tenait dans la densité des gags bouclés en quelques planches. Tant que cela ne gâche pas le plaisir…
« Mum is dead », The autobiography of a mitroll 1, de Bouzard. Dargaud, collection Poisson Pilote. 48 pages. 10,40 euros. Sortie le 21 novembre.
Les grands noms du strip américain ne sont pas si nombreux. Charles Monroe Schulz, disparu en février 2000 à la veille de la parution de son ultime strip, est incontestablement le plus célébré d’entre eux. Le créateur des Peanuts laisse une œuvre dense et homogène sur la durée, une petite merveille d’humour dont on saura jamais vanter suffisamment les qualités poétiques et humanistes. Les Peanuts ? Ceux qui ne connaissent pas ce titre – initialement baptisé Lil’folks – en connaissent les personnages principaux, Charlie Brown et son chien Snoopy. Cette intégrale « Snoopy et les Peanuts » a été réalisée aux Etats-Unis sous la direction du graphiste canadien Seth – auteur notamment de Wimbledon Green (Seuil) - pour les éditions Fantagraphics. Une entreprise de longue haleine - nous parlons de cinquante ans de création – relayée en France par les éditions Dargaud. Ce sixième volume repend les strips parus dans les années 1961 et 1962.
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« Snoopy & les Peanuts », 1961-1962, intégrale de l’œuvre de Chales M. Shultz, coordonnées par Seth. Dargaud. 328 pages, 29 euros.
Nouvelle collaboration du duo Rodolphe et Bertrand Marchal , déjà complices sur la série « Frontière » (Le Lombard). Et nouveau un titre abordant le thème de la manipulation mentale. « Le village » est un hommage ouvert de Rodolphe à la série culte de Patrick Mc Goohan, « Le Prisonnier », qui a marqué à vie plusieurs générations de téléphages. Rodolphe en reprend le principe expérimental – un village coupé de tout dont la fonction semble liée au monde du renseignement – sans pour autant effectuer un copier-coller. Le pitch ? 1961. Après un échange entre agents de l’Est et de l’Ouest, un homme se réveille dans un village dont il ignore tout. Tout le monde semble le connaître, mais lui ne sais pas ce qu’il fait là … « L’ingénieur » se révèle au fil des pages comme un récit solidement construit, original et finalement assez roublard. L’album est bien servi par le graphisme de Bertrand Marchal, dont le trait semble se rapprocher parfois de celui du vétéran Léo. Bonne pioche. D’autant que les auteurs envisagent la série sous forme de one-shots successifs, choix a priori pertinent.
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« L’ingénieur », Le village 1, par Marchal et Rodolphe. Bamboo Grand Angle, collection Focus. 48 pages. 10,40 euros.
Chronique de Philippe Belhache
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Ce troisième volume marque la fin de cycle de cette série dont le dessinateur Damien Vanders vient de recevoir le prix du salon Polar’Encontre (Lot-et-Garonne). Une récompense méritée pour avoir su adapter avec Damien Marie la nouvelle homonyme de ce dernier. Un petit roman de 120 pages qui est d’ailleurs joint à la vente avec le tome 3.
La collection Grand Angle poursuit son bonhomme de chemin et relève plutôt le niveau des éditions Bamboo, cette fois avec « Bordeline ». Alexis Robin a pondu un scénario dont le sujet n’est pas d’une originalité fracassante: un écrivain en panne d’inspiration se met à écrire à son insu un roman génial, avant de se rendre compte que son histoire n’a rien d’une fiction et met en scène un psychopathe qui existe peut-être réellement. Il est vrai que fumer une certaine herbe chilienne peut déclancher d’imprévisibles évènements… La nuit, Fernando Villa noircit une flopée de feuilles, et quand le papier ordinaire vient à manquer c’est le rouleau de PQ ou les murs qui sont couverts de sa prose. Une histoire que l’auteur ne découvre qu’à son réveil, mais dont le récit sordide l’amène à mener l’enquête. Désemparé, il pourra néanmoins se consoler de temps en temps en payant la prostituée Wanda, qu’il ne touche pas mais à qui il confie ses doutes et ses malheurs.




Dans la dernière fournée (très fournie) de la collection humour des éditions Bamboo (1), « Plan drague » a attiré notre attention ce mois-ci. Non pas parce qu’on a besoin de conseils pour draguer, encore que… mais plutôt parce que la BD est particulièrement bien dessinée par Jitery. Jitery ? Oui, ce nom sonne aux oreilles des accros de BD franco-belge puisque c’est lui qui a repris la série « Arlequin », créée fin des années 1970 par Dany et Van Hamme (trois albums au Lombard, puis la suite chez Joker). Jitery, qui habite Arles, partage ses activités entre l’illustration, la BD et surtout le story board pour des dessins animés à la télé. Jitery a du style, une patte qui fait mouche dans l’humour et dessine de sculpturales nanas taille mannequin qu’un trio de copains s’évertue à draguer avec plus ou moins de finesse. Le personnage de Gwénolé, le puceau, est marrant. Au scénario, rien de très original pour cette série de gags en une planche, mais de bonnes idées signées par deux auteurs prolifiques de la maison, Christophe Cazenove (« Les Gendarmes », « les Pompiers ») et Olivier Sulpice, le créateur, en 1997, de Bamboo Edition. Dix ans plus tard, plus de 210 auteurs sont référencés dans le catalogue Bamboo. Un vrai succès d’édition dans le monde impitoyable de la BD grand public.
Le talentueux dessinateur biarrot Mathieu Reynès (« Sexy Gun », « Lola Bogota ») est au coeur d’une actualité chargée : sa dernière BD, le T1 de la série « Les maîtres-nageurs » est sorti ce mois-ci chez Bamboo, toujours avec son compère Brrémaud. Dans cette BD de gags en une planche, Reynès relate ses souvenirs de bord d’océan, « c’est du vécu coco », avec un dessin du meilleur effet, le T2 suivra dans la foulée avant cet été.
En cette année de coupe du Monde, le rugby va être décliné à toutes les sauces. La BD n’y échappera pas ! Chez Bamboo, on n’a pas attendu que la France récupère l’organisation du mondial pour lancer une série sur ce « sport de brutes pratiqué par des gentlemen », comme l’épelle le dicton. Enfin c’est vite dit, surtout si on lit la série « Les Rugbymen », qui ne fait pas dans la dentelle. Les clichés de l’Ovalie ont la vie dure et les auteurs les déclinent ici sans chichis : dans ce club de village, dénommé Paillar, perdu au fin fond d’une cambrousse incertaine, on est adepte des Trois B (bière, bouffe et baffes). Les gars du PAC préfèrent boire, manger, draguer plutôt que de se passer le ballon. Quand ils ne se font pas ratatiner par un adversaire visiblement plus bête que méchant. En tout cas, La Couane, La Teigne, Bourrichon, l’Anesthésiste ou Loupiote (« car ce n’est pas une lumière », d’après le scénariste), ne risquent pas de concurrencer les Robocop sur-vitaminés du XV de France. Si le dessin est assez plaisant, les gags eux sont inégaux et s’adressent surtout à un public ciblé, celui du rugby des champs. Difficile pour un non-initié de comprendre les vannes qui n’ont guère d’intérêt si l’on n’a pas un minimum de pratique de ce « sport délicieusement absurde par ses règles » (Jean Rochefort). Reste que cette série a trouvé son public puisque le tome 4 a tout de même été tiré à 270 000 exemplaires. Et que sa sortie a été accompagnée d’une solide campagne de publicité dans des journaux spécialisés (Rugby hebdo, XV Rugby). Il est vrai que ces rugbymen-là auraient difficilement trouvé leur place dans « Maisons et décors » ou « Télérama ». Â