
Au départ il y a une impression de déjà vu, lorsque deux mineurs néophytes viennent dans la pampa américaine prendre possession de leur propriété, laquelle abrite des créatures monstrueuses qui n’en font qu’une bouchée. Ça ressemble fort à « la Colline a des yeux », sauf qu’au fil du récit, Christophe Bec réalise un scénario très dense et pas si éculé qu’on pourrait le croire.
Un couple au bord du divorce vient s’installer près de la petite ville de Salamanca. Elle a les nerfs malades, lui est excédé par la maladie de sa compagne. Tous deux, mais surtout Sarah, inactive, découvrent peu à peu leurs voisins, et les habitants de la bourgade. Un bled aux mœurs peu évolués, moyennement accueillant, et dont l’école en ruine depuis 20 ans n’a jamais été reconstruite. On subodore un passé sulfureux qui hante la population de Salamanca, laquelle se garde bien d’exporter ses secrets.
Le dessin de Stefano Raffaele, très réaliste, permet de circonscrire le couple David-Sarah, à travers quelques regards et sur fond de voix-off. Un ventre qui s’arrondit et annonce une grossesse, des yeux inquiets et d’autres inquiétants, des visages déformés, et c’est la tension qui monte d’un cran. Sarah est un vrai thriller fantastique qui repose sur des cheminements inavouables. Un livre très dur, mais très bien mené.
64 pages, 13 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Pour ce second volume Bec a laissé la place à l’Italien Genzianella au dessin, se réservant la direction artistique et la réalisation de la couverture. Un dessin qui reste cependant très homogène entre les deux tomes (cinq sont prévus au total). Le scénario quant à lui reste cosigné par les mêmes Bec et Betbeder, assez complexe au point qu’un Jodorowsky aurait du mal à y retrouver ses petits. Mais après tout pourquoi une bonne BD devrait-elle être aussi simple à lire que Bécassine?
Pour faire simple, dans un futur quelconque, le vaste empire ultra militarisé de Velikiistok a élaboré une longue ligne de démarcation au lendemain de la Grande Guerre, Demarkacia, afin de se défendre contre d’énigmatiques ennemis, les Ieretiks. Si le premier tome avait pour décor l’immense montagne Ulù-Téliak (le Téliaks sont les habitants d’un village troglodytique situé dans l’une de ses failles), le nouveau volume a pour cadre le sable chaud d’une autre frontière située au sud, où l’empire s’essaye à une négociation avec les tribus fédérées par le prince Al-Hazin (du pétrole contre la momie d‘un martyr!). On retrouve comme fil conducteur plusieurs personnages dont le simple troufion Aleksi Stassik dont on devine qu’il sera amené à jouer un rôle de plus en plus prépondérant au long de cette série. Tout comme ce fameux Ulù-Téliak qui culmine à 11 628 mètres et dont le sommet meurtrier demeure inaccessible aux soldats, et un univers autant militaire que fantastique.
Le dessin hyperréaliste illustre bien des mystères, et il est excellemment servi par les couleurs de Marie-Paule Alluard. Une série intéressante qui demande de la concentration car de multiples intrigues s’entrecroisent.
Pour les fans, allez sur
http://bunker.dupuis.com/56 pages, 13 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Depuis l’éternité des temps l’homme est passionné par les mystères du monde sous-marin et par ses grandes profondeurs inaccessibles. Il n’y a qu’à constater la fascination engendrée par le « 20 000 lieues sous les mers » de Jules Verne. Bec et Henninot nous replongent avec brio dans cet univers étonnant lorsque les forages de la société Carthago découvrent en profondeur non pas un gisement de gaz naturel mais une grotte dotée d’une faune préhistorique dont l’ancêtre du grand requin blanc, un mégalodon de 25 mètres de long. Une découverte vite étouffée pour ne pas entraîner l’arrêt de l’exploitation mais un groupuscule écologique s’en mêle, d’autant qu’en plusieurs endroits de la planète diverses personnes croisent d’immenses créatures que l’on croyait disparues des mers depuis des millions d’années.
Bref il se produit d’étranges phénomènes sous les eaux, signe que quelque chose d’important se profile à l’horizon. On en saura davantage dans le second tome.
Le récit est savamment découpé et très bien servi par les dessins d’Henninot mis en couleurs par Delphine Rieu. Des dessins réalistes mais dont les perspectives transcendent l’aventure.
57 pages, 12,90 euros
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Stefano Rafaelle a quitté un temps ses super héros favoris pour s’allier avec Christophe Bec (« Carême », « le Temps des loups ») qui lui a concocté un très bon scénario mi-réaliste mi-fantastique.
Le décor est peu commun: le Waverly Hills Sanatorium qui a vu mourir quelques dizaines de milliers de tuberculeux entre 1920 et 1961 (lendroit a réellement existé). L’histoire débute elle en 1951 lorsqu’une ancienne malade, Doris, y amène sa fille Cora, elle-même pleine de microbes. La mère y fera également office d’infirmière pour payer le séjour de sa fille. Mais d’étranges télescopages vont survenir entre le passé de Doris et l’actuel traitement de Cora et les dessous du sanatorium deviennent plus quinquiétants.
Le bâtiment fait évidemment l’objet d’une grande attention de la part du dessinateur, bien secondé par les couleurs de Marie-Paule Alluard, le tout formant une ambiance très humaine et pleine de profondeur au sein d’une intrigue pourtant particulièrement horrible.
Le tome 2 a intérêt à arriver vite…
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Bec et Mottura mettent une touche finale à leur série Carême dont le tome trois Léviathan est très agréable à lire. Bec, ici scénariste, poursuit le récit d’une amitié profonde entre l’éditeur Martinien et le colosse Aimé, gagné par une maladie incurable. Sur décor de monde parallèle (éternels dirigeables, art nouveau, buildings baroques de la Nouvelle York) et sur fond d’attentats anarchistes on sent clairement la critique des conditions de l’émigration vers les Etats-Unis au début du vingtième siècle et des inégalités sociales, sans grandes nuances cependant.
Mais l’intrigue n’est pas le principal intérêt de Léviathan qui est surtout un plaisir visuel. On a du mal à croire que Mottura a dessiné auparavant pour les studios Disney, bien qu’il y ait été primé par un "Mickey d’Or". Il se fend de quelques double pages très aérées bien qu’un peu gratuites mais l’environnement urbanistique et technique est alléchant.
On se réjouit que ce couple continue le combat (les deux auteurs planchent actuellement sur projet baptisé Deus en collaboration avec Stéphane Berbeder dont lintrigue se déroulera à Venise au dix-septième siècle), quitte à y mettre davantage de profondeur, mais c’est déjà du beau boulot.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Christophe Bec est décidément sur tous les fronts. « Bunker » arrive dans les bacs alors même que les Humanoïdes associés publient son « Temps des loups » (textes et dessins) et la conclusion du triptyque « Carême » (au scénario uniquement). Son nouveau projet chez Dupuis reprend, dixit le dossier de presse, des thématiques qui lui son chères : l’enfermement, l’univers militaire, l’individu confronté à des choses qui le dépassent La définition semble effectivement convenir à ce premier jet de « Bunker », nouvelle collaboration avec Stéphane Betbeder après le très surprenant « Hôtel particulier » (Soleil) et sa version revue et corrigée « Anna » (La boîte à bulles). L’ambiance dégagée par ce thriller fantastique n’est certes pas sans rappeler le travail de Bec sur « Sanctuaire » (avec Dorison), mais aussi les univers dérivés de l’oeuvre de Lovecraft (cité en préambule) et le pitch de certains films fantastiques des années 80, au premier rang desquels la « Forteresse noire » de Michael Mann. Le résultat ? Le graphisme de Christophe Bec tient à bout de bras une fiction relativement difficile d’accès. Le dessinateur excelle dans la mise en place de paysages angoissants, dans le design d’univers mêlant éléments fantastiques et réalité terre à terre, dans sa restitution des ambiances militaires. Il est soutenu en cela par le travail de Marie-Paule Alluard sur la couleur, qui contribue largement à la cohérence graphique de l’ensemble. Mais entrer de plain-pied dans « Bunker » signifie avoir digéré en premier lieu le glossaire et le trombinoscope opportunément glissés dans les pages de gardes. Une précaution qui ne semble pas indispensable au premier abord, mais qui s’avère fort utile dans le déroulement des faits, les auteurs allant au plus court dans la présentation des personnages. Il faut accepter en outre le principe d’un récit fleuve d’ores et déjà tronçonné en cinq parties, pour lequel Bec et Bedbeger ne livrent pour l’heure qu’un minimum de clefs. Nous sommes loin de l’implacable savoir-faire de Xavier Dorison en la matière. Mais la première pierre est posée. Nul doute que l’édifice vu dans sa globalité vaudra le détour, mais il faut encore attendre.
Chronique de Philippe Belhache
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