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« Shutter Island », roman de Dennis Lehane adapté par Christian De Metter. Rivages/Casterman/Noir.

shutterisland.jpgL’association entre Rivages/Noir et Casterman s’avère tenir ses promesses et nous offre un beau cinquième bébé avec « Shutter Island », autre mariage réussi entre le romancier Dennis Lehane et Christian De Metter (« le Sang des Valentine »). Le dessin troublant et angoissant de ce dernier va comme un gant au décor glauque et boueux de l’écrivain, nous entraînant irrémédiablement vers la folie au fur et à mesure que l’on égrène les 128 pages de ce huis clos étouffant.

Deux flics, les marshals Daniels et Aule, rallient Boston pour un îlot paumé dont l’unique destination est d’abriter un asile où sont enfermés des fous criminels. La seule vue de ce rivage hostile les convaincs que retrouver l’une des détenues évadées ne sera pas une partie de plaisir, d’autant que l’encadrement de l’établissement collabore du bout des lèvres. De sourds secrets émergent peu à peu. Comment cette meurtrière a-t-elle pu s’échapper de sa cellule étroitement surveillée? Où pourrait-elle se terrer sur ce minuscule et austère territoire? Quelles expériences abrite un phare isolé? Bloqués dans l’île par une tempête, les deux enquêteurs essaient malaisément de progresser, mais l’entreprise part en vrille et la démence suinte du pénitencier, contamine toute raison.

Entre des couleurs verdâtres et ocre, seul du rouge sang apparaît furtivement. L’essence du texte initial est respectée, et lorsque les dialogues s’absentent, quelques traits sombres les relayent pour glisser vers la chute finale, inexorablement. La perle de Lehane a trouvé son écrin.

128 pages, 18 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

6 novembre 2008 - Aucun commentaire
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« Red Bridge » , tome 1 « Mister Joe and Willoagby », scénario de Maryse et Jean-François Charles, dessin de Gabriele Gamberini. Casterman.

redbridge1.jpgJean-François Charles a cette fois délaissé le dessin sous lequel est né « India Dreams », pour se consacrer uniquement au scénario en collaboration avec sa compagne Maryse. C’est Gabriele Gamberini qui a pris la relève (on doit déjà au même trio une biographie de James Dean, « Jimmy ») et a planté le décor de Red Bridge, modeste bourgade de l’Amérique des années 60, perdue dans les teintes fauves de l’été indien. Des couleurs et un trait tout en souplesse qui mettent immédiatement le lecteur dans le bain, au sein d’un univers banal qui va basculer touche par touche vers le thriller.

Ellie Miller, la quarantaine, représentant en parapluies, s’achemine lentement vers sa ville natale où il n‘a pas mis le pied depuis des années. Renfermé sur lui-même, « coincé » selon ses anciens amis qu’il retrouve à Red Bridge, il replonge dans un passé peu glorieux, marqué par son indécision et le peu d’empressement à prendre le taureau par les cornes. Il est surtout ébranlé par des décès en série d’anciens camarades de classe, tandis qu’il découvre une invitation au repas du dixième anniversaire de la section littéraire de son ex-collège, où il retrouvera d’autres ex-élèves dont les destins se télescopent parfois. Et pour ne rien arranger, il ne peut pas faire un pas sans rencontrer Aaron Willoagby, personnage trouble accompagné d’un chat cyclothymique. Ellie se sent comme un chien lâché dans un jeu de quilles, naviguant entre de sourds secrets qui pourraient l’amener très loin.

Les scénaristes nous font entrer tout doucement dans cet automne inquiétant, au sein d’une petite ville qui semblait si tranquille… On saura assez vite le dénouement de cette intrigue avec la suite et la fin dans un prochain tome 2.

48 pages, 12,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« Opération vent printanier », première partie, de Wachs et Richelle. Casterman.

vent-printanier.jpgCe « vent printanier » n’annonce pas vraiment la renaissance de la nature, tout comme dans le roman de Patrick Cauvin « Nous allions vers les beaux jours ». Les deux récits ont pour cadre le sort affreux des Juifs français sous l’occupation allemande et la férule de leurs sbires vichyssois. Le scénariste Philippe Richelle et le dessinateur Pierre Wachs, qui officient déjà ensemble sur la série « Secrets bancaires », esquissent dans cette première partie l’hiver 1941 et les semaines qui vont précéder la rafle du Vel’d’Hiv, condamnant les Israélites à une déportation dont la plupart ne reviendront pas.

L’histoire débute doucement en zone occupée, lorsque le joug nazi n’a pas encore atteint son paroxysme. On sent par contre la montée des périls avec des allusions antisémites de « bon Français comme tout le monde », tandis que certains policiers, qui flairent le désastre, tendent au contraire discrètement la main vers les persécutés. Ils seront hélas minoritaires lors de cette rafle.
Les étoiles jaunes se multiplient, la jeune Charlotte se noue d’amitié avec un soldat allemand humaniste tandis que son oncle, prisonnier de guerre, envoie de maigres nouvelles depuis son stalag, que le jeune Lucien doit jongler entre le commerce avec l’ennemi et la délation des fraudeurs, et que Mercadier, un vieux bonhomme, ex militant communiste pourtant, finit par se faire arrêter.

L’ambiance et le dessin ne sont pas sans rappeler certaines situations évoquées par Warnauts et Raives, sans avoir à rougir de la comparaison. Les deux auteurs s’attaquent avec bonheur à cette tranche d’histoire, où le moindre geste pouvait sauver ou condamner n’importe qui.

64 pages, 15 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

9 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Journal de la guerre », premier épisode, « 1914 », de Tardi et Jean-Pierre Vernay. Publié par Casterman.

tardi.jpgJe me rappelle mon entrée en sixième, à l’école Saint-Sulpice, Paris. Notre professeur d’histoire attaqua d’emblée le premier cours par l’étude de la « Grande Guerre », avertissant au passage : « cette étude de 14-18 va durer plusieurs mois, et ce sera long, pour que vous compreniez l’éternité qu’a duré cette tuerie. » Comme cet enseignant, Jacques Tardi et son ami et historien Jean-Pierre Vernay ont cette boucherie dans les tripes et poursuivent leur patient travail afin de saper toutes les illusions de gloriole qu’a pu engendrer cette période. Il y a eu « c’était la Guerre des tranchées », « Adieu Brindavoine », « la Fleur au fusil », « la véritable Histoire du soldat inconnu », mais Tardi remet sans cesse le couvert sans lasser, dénonçant les puissants qui ont réduit les hommes du peuple au rang de pantins ensanglantés.

Comme pour le récent « le Secret de l’Étrangleur », ce nouveau manifeste paraît sous forme de journal, soit trois exemplaires de 20 pages 30×42 centimètres, chacun paraissant mensuellement d’août à octobre, mois qui verra la publication de l’ensemble sous forme d’un album. On débute normalement par 1914 et cette naïveté des truffions des deux camps qui se voient déjà paradant dans la capitale adverse. A raison de trois strips par page, tout en largeur, un soldat lambda évoque d’emblée sa perplexité devant l’engouement de ses camarades. Un pessimisme renforcé par la première case, où s’étalent des cadavres bleus et vert de gris sur lesquels s’abattent des nuées de corbeaux. Une image récurrente tout au long de cette douloureuse narration, où la guerre de mouvement et la bataille de la Marne laissent rapidement la place à la guerre de position et aux premières tranchées, et où les couleurs clinquantes des uniformes virent peu à peu au monochrome crasseux et boueux.

Les quatre dernières pages de ce journal sont écrites par Jean-Pierre Verney qui résume efficacement et d’une façon aussi synthétique que pédagogique l’évolution de ce carnage, sans oublier d’énumérer les centaines de milliers de morts, civils ou militaires, tués durant les cinq premiers mois de ce conflit.

En parallèle à cette nouvelle œuvre, rappelons qu’un accord entre EuropaCorp (autrement dit Luc Besson) et les éditions Casterman prévoit l’adaptation de l’adaptation au cinéma de trois films relatant les aventures d’Adèle Blanc-Sec, dont le premier est prévu pour 2009. Une Adèle qui elle aussi naviguera dans les eaux troubles de ce véritable commencement d’un XXème siècle sanglant.

« Journal de guerre », 20 pages, 2,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

4 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Nuit de fureur », de Miles Hyman et Matz, d’après le roman de Jim Thompson. « Pauvres Zhéros » de Baru, d’après Pierre Pelot. Casterman/Rivages.

nuit_de_fureur.jpgL’alliance entre Rivages/Noir, la collection de poche consacrée au polar et notamment à ses grands classiques, et Casterman, s’avère très intéressante. Le format est agréable (26×18,5 cm) et la pagination relativement libre pour les adaptateurs, avec par exemple 90 feuilles pour « Nuit de fureur » contre 83 à « Pauvres Zhéros ». Ajoutons-y un papier bien épais et vous aurez un confort de lecture appréciable.

« Nuit de fureur » reflète parfaitement l’univers glauque de Jim Thompson, à qui le noir va comme un gant. Particulièrement prolixe dans les années 50 et 60, il signe une trentaine de romans, dont celui-ci n’est pas un des moindres. Le scénariste Matz a redécoupé l’ouvrage qui se situe dans les années 50, principalement à Peardale, une bourgade peu animée des Etats-Unis. Ce monsieur Bigelow qui débarque du train, sa valise à la main, pourrait n’être au premier abord qu’un représentant de commerce, mais une toux sanglante et une voix off désabusée recadre vite le décor. Ce petit homme, complexé par sa taille, et qui se fera passer pour un étudiant, s’avère rapidement comme un redoutable tueur à gages, au corps usé. Sa mission: liquider une « balance » qui menace le Patron, un puissant mafioso. L’homme en question, Jake Winroy, est surprotégé par la police en attendant de témoigner, et il faudra de la patience pour l’exécuter sans éveiller les soupçons. Bigelow va donc prendre pension chez lui, et faire une connaissance approfondie de son épouse, Fay, ainsi que de Ruth, une pensionnaire handicapée mais pourvue d’autres avantages… Mais l’affaire du tueur va vite se compliquer, et Bigelow voit peu à peu le piège se refermer sur lui. Le très beau dessin de Miles Hyman restitue une atmosphère suffocante à souhait, aussi sombre qu’écrasée par le soleil.

Autre perle de cette collection, « Pauvres Zhéros » ne détone pas par son pessimisme. Baru n’est pas du genre rigolard lorsqu’il dépeint ses prochains, et le récit désespéré et désespérant de Pierre Pelot lui va comme un gant. Cette fois, l’intrigue se déroule en France, là aussi dans un patelin paumé où l’hiver et la neige ont remplacé la canicule de Jim Thompson. Une vieille mère pochtronne et son feignant et voleur de fils, Nanase, Albert, un taré isolé en pleine cambrousse, qui confond un petit mongolien échappé de l’orphelinat avec un extraterrestre, une dame cloîtrée avec sa cinquantaine de chats: toute la misère du monde semble s’être donné rendez-vous sur quelques kilomètres carrés. L’action, pour peu que l’on puisse qualifier ainsi les péripéties minables des uns et des autres, nous ramène irrémédiablement vers cet orphelinat, centre de toutes les perversions qui sont ramenées peu à peu à l’air libre, mais un air vicié (on lit en quatrième de couverture que Pelot s‘est inspiré d‘une situation réelle). Bref, on est loin de respirer la joie de vivre, mais pourtant cette collaboration Baru/Pelot est un petit bonheur, une vraie complémentarité. Une façon paradoxale de se remonter le moral dans un univers qui rappelle ceux de Manchette ou d‘ADG.

« Nuit de Fureur », 90 pages, 16,95 euros / « Pauvres Zhéros », 83 pages, 15,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 mai 2008 - Aucun commentaire
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« R 97, les Hommes à terre », de Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau, Casterman.

r97.jpgDifficile de comprendre l’univers d’un marin, lorsque l’on n’a pas connu cette emprise de la mer et ces lointains vers lesquels elle nous porte. Pourtant Bernard Giraudeau possède ce talent d’écriture qui lui permet de partager, de faire ressentir dans les tripes des lecteurs le bercement des vagues ou la fureur d’un ouragan. D’abord connu en tant qu’acteur, Giraudeau a pris la plume pour conter ses périples, dont le tour du monde de plusieurs mois effectués à bord du porte hélicoptères « la Jeanne d’Arc ». Il sait évoquer l’émotion du départ et l’appel du large, les liens qui se tissent entre les hommes d’équipage, les femmes rencontrées dans chaque port et qu’on oublie malgré des promesses de fidélité, « car un marin n’a pas de liaison à part la mer ».

On suit le jeune Laurens qui embarque avec en tête les récits de Conrad (on cite « Typhon ») ou Stevenson. Dans ses pas, l’aventure humaine se dessine, avec la même nostalgie que l’on peut surprendre dans les yeux d’un Corto Maltese. Christian Cailleaux anime à merveille ces rêves qui accostent à Valparaiso, à Colombo ou en Somalie sur les traces virtuelles de Rimbaud, autre héro au long cours. Le dessinateur livre des images aérées, un véritable carnet de voyage initiatique dont le navire est le centre philosophique, et dont l’intensité nous fait tanguer. Nous ne sommes plus dans « les Caprices d’un fleuve », mais au cœur de la matrice mer, possessive et exclusive. Larguez les amarres…

118 pages, 17,95 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

7 mai 2008 - Aucun commentaire
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Mardi 6 mai 2008 : Schuiten et Peeters

Après la série d’albums « Les Cités obscures » qui mettait en scène « le futur du passé », François Schuiten et Benoît Peeters se sont lancés un nouveau défi : rêver l’avenir de notre monde, se risquer à une véritable prospective, dans la lignée des visions de Jules Verne et de Robida…

Le mardi 6 mai, ils seront au théâtre d’Agen à 20 h 30 pour une « conférence-spectacle ».

La série “Les Portes du Possible” a été publiée en feuilleton dans Courrier International, ainsi que dans les journaux belges Le Soir et De Morgen, et est parue sous forme de livre aux éditions Casterman. Chaque page développe une anecdote, de manière à la fois ludique et informée. On ne cherche pas à décrire l’avenir de manière plausible, moins encore à dire à quoi il devrait ressembler, expliquent les auteurs. « Ce que nous voudrions, c’est intriguer, faire rêver, lancer des pistes de réflexion. »

Dans “Les Portes du Possible”, Schuiten et Peeters évoquent quelques scénarii plus ou moins fantaisistes pour les prochaines décennies : des Rochers habités aux Ecoles du Tri, de la Fracture Funèbre aux Pèlerins de l’Industrie, en passant par les Toitures Nomades, les Nouveaux Echassiers et les Voitures-Cocons…Un regard mi-sérieux mi-amusé sur un futur peut-être pas si lointain.


La conférence musicale que proposent François Schuiten et Benoît Peeters s’appuie sur ces images projetées sur grand écran et soutenu par les interventions musicales du compositeur Bruno Letort.

« Wild River », tome 1 « le Raid », de Wagner et Seiter. Casterman.

wilriver.jpgUn petit western de temps en temps ne fait pas de mal, surtout lorsque l’action se déroule en 1810 sur le Missouri, c’est-à-dire dans un contexte de fraîche colonisation. On a donc surtout affaire à des trappeurs qui font commerce de diverses peaux, relativement isolés, alternant cheval et canoë pour rallier un semblant de civilisation.

Mais évidement il faut compter avec les Indiens, dont les Shawnee qui poussent à la révolte et effectuent quelques razzias sanglantes sur les fermes éparses. L’enlèvement d’Elisabeth et de son jeune fils va bouleverser le « quotidien » du mari, Robert Frazer, qui va suivre la piste des kidnappeurs en compagnie de quelques amis et de son frère récemment débarqué dans ce monde encore sauvage, où la nature est loin d’être apprivoisée.

Le dessin de Vincent Wagner est impeccable et contribue largement au souffle épique de l’histoire, avec notamment une mise en couleurs chatoyante. Quant à la trame, si de prime abord elle ne semble pas des plus originales (retrouver et ramener la famille au bercail), elle offre des perspectives moins communes, en abordant de front la violence et des marchandages douteux.

Cette série trouvera certainement un second souffle puisqu’elle ira fouiner dans la vie et les coutumes des Indiens. La superbe couverture est le reflet parfait de ce qui vous attend au fil des pages.

48 pages, 11,50 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 avril 2008 - Aucun commentaire
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« L’Agence », tome 3 « Dossier Machu Picchu », de Jean-Claude et Agnès Bartoll (scénario) et Thomas Legrain (dessin). Casterman.

machu_picchu.jpgLes Arcachonnais Bartoll, mari et femme, étaient présents au récent salon de Floirac. Très prolixes, ils présentaient notamment leur dernier tome de la série « L’Agence », dont chaque volume peut se lire de façon indépendante. Ancien grand reporter pour la TV, Jean-Claude, avec son épouse Agnès, photographe de formation, ont écumé les continents et avouent une prédilection pour les scénarios dévoués à l’action (voir les séries « Insiders », « Mékong » ou encore « le Terroriste » par exemple).

Le « Dossier Machu Picchu ne déroge pas à cette règle, mettant en scène une équipe d’archéologues, dont le docteur Bernstein, une jeune femme qui par chance découvre une lettre du XVI ème siècle écrite par un conquistador avec son sang, et qui révèle l’emplacement de la tombe et du trésor du grand Inca Atahualpa. Un rêve vite troublé par les convoitises d’un amateur d’art dénué de tout scrupule. Malgré la volonté de proposer un one-shot on peut parier que ce bras de fer se poursuivra dans un autre album.
Saluons le dessin de Thomas Legrain, très réaliste et peaufiné (ce sont ses véritables débuts en BD), bien servi par les couleurs de Gaëlle Tejan-Cole. Les Bartoll avouent d’ailleurs un grand éclectisme dans le choix de leurs collaborateurs, proposés par les éditeurs ou rencontrés sur des salons, voire repérés sur Internet (comme quoi les blogs ne sont pas qu’anecdotiques).

Au total, le « Dossier Machu Picchu » permet de passer un bon moment de lecture.

48 pages, 9,80 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 avril 2008 - Aucun commentaire
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« Le Futuriste », de Cotte et Stromboni. Casterman.

futuriste.jpgAlors que l’on vient d’enterrer le dernier poilu français, la Grande Guerre a pris depuis belle lurette ses quartiers au sein de la bande dessinée. A tel point que les scénaristes creusent maintenant la période qui a précédé l’horreur des tranchées et des massacres industriels (voir la chronique précédente sur « Au Bord de l’eau », de Jean-David Morvan). La décennie qui a posé les jalons de 14-18 offre aux auteurs l’avantage de choisir leur angle d’attaque, ce qu’Olivier Cotte (Olivier Cotte a réalisé des ouvrages sur le cinéma d’animation. Il signe là sa première BD) a entrepris de façon originale.

Le récit semble d’abord se consacrer à la vie d’artiste de Luciano, peintre bohème et sans le sou, qui, en 1912, côtoie Picasso ou Apollinaire et leurs collègues. Le peintre se cherche, boit abondement, néglige son amie Marie, jusqu’au jour où il cède aux sirènes d’une étrange commande. Son cheminement n’est pas nouveau en soi, mais le travail proposé à Luciano (des scènes d’une guerre future, à l’instar des machines imaginées par Robida, cet « autre Jules Verne ») va largement influer sur son comportement, mais également sur l’Histoire elle-même… de façon diabolique. Le peintre se repentira peut-être d’avoir citer Marinetti (« Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde-, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme ») avant le début des hostilités (Marinetti fut un écrivain italien (1876-1944) précurseur du mouvement littéraire futuriste. Nationaliste, puis favorable au fascisme, il sera cependant désavoué par le gouvernement de Mussolini pour son « art dégénéré »).

Jules Stromboli a opté pour des teintes ocres, proches du crayonné, avec ici et là des lettrages qui rappellent ceux des collages des surréalistes. Il s’y fond parfois des photographies de machines de guerre, bien réelles celles-là, et la sensation désagréable que l’art peut aussi avoir sa part de responsabilité dans les tragédies humaines.

56 pages, 13,75 euros.

Chronique des Jean-Marc Lernould

15 avril 2008 - Aucun commentaire
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