L’enfer du grand blanc
BANDE DESSINEE. Christophe Chabouté adapte Jack London avec « Construire un feu », aux éditions Vents d’Ouest. Un récit âpre formidablement mis en image par l’auteur oléronnais
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« Avec Landru, j’ai réussi à faire peur avec le noir. J’ai voulu me prouver que je pouvais le faire avec du blanc… » Ce pourrait être une boutade pour certains. Pour Christophe Chabouté, c’est un défi et un engagement. L’auteur, installé depuis plus d’un an dans l’île d’Oléron, s’est attelé à l’adaptation en bande dessinée d’une nouvelle de Jack London. « Construite un feu », édité chez Vents d’Ouest, est un récit âpre et dépouillé sur la confrontation de l’homme, porté par un graphisme sous tension.
« C’est une nouvelle de Jack London, explique Christophe Chabouté. Un texte court, à peine une cinquantaine de pages. L’adapter était un véritable défi, car en définitive, il n’y a rien à raconter. Il n’y pas d’action. Tout est une question d’ambiance. » Le texte est peu connu du grand public, au regard de « L’appel de la forêt » ou de « Crocs blancs ». Il n’en est pas moins âpre, au style « sec et dépouillé ». L’argument ? Un trappeur se met en tête de traverser, seul avec son chien, une vaste étendu glacée, dans le Yukon, par des températures avoisinant les moins soixante degrés. Son orgueil se brise sur la réalité d’un environnement hostile
Défi graphique. Pourquoi adapter un tel texte après le succès critique et populaire de son « Henri-Désiré Landru » ? Christophe Chabouté aime surprendre, délaisser les portes ouvertes par d’autres, partir explorer de nouveaux chemins là où personne ne l’attend. Question de respect, pour son lectorat, pour son art, pour lui-même. « Beaucoup attendaient à ce que je poursuive dans la voie du polar noir et blanc, sourit l’intéressé. J’ai choisi un récit d’aventures en couleurs. Avec toutes les difficultés que cela comporte. J’aime poser ce genre défis, élaborer des solutions techniques pour en venir à bout. »
Les contraintes étaient nombreuses. « Il m’a fallu adapter la narration, trouver un ton, celle d’une voix off dont on ne connaît pas l’auteur… Et faire en sorte d’intéresser le lecteur à l’histoire d’un homme qui ne fait que marcher dans la neige. C’est une histoire simple, dépouillée à l’extrême. Tout se passe dans la neige, dans les grands espaces. L’homme est seul avec son chien. La base même de l’émotion… »
La chaleur du feu. Christophe Chabouté fait sien le récit, adapte son trait, fait peser sur l’expression toute l’évolution psychologique d’un personnage pris au piège de la neige, mais aussi de la peur. Apôtre du noir et blanc, Chabouté utilise la couleur avec parcimonie, comme d’un élément narratif à part entière, langage aux codes bien définis. « Toutes les couleurs sont pâles, délavées, à l’unisson de cet univers blanc du Yukon. Seul le feu prend une teinte chaude. Il a une valeur particulière. Je souhaitais que l’on ressente sa chaleur. » Pari tenu. Chabouté relève le défi avec un talent indéniable, déroulant soixante-deux planches d’une narration fluide, lente mise sous pression du personnage, dans une mise en scène sans concession. Un album fort, intègre, belle adaptation de l’œuvre d’un chantre des grands espaces par un auteur en liberté.
« Construire un feu », de Christophe Chabouté, d’après Jack London. Vents d’Ouest. 13 euros.Â
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Article de Philippe Belhache
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Christophe Chabouté a élu domicile dans l’île d’Oléron. L’auteur de bande dessinée vient d’être couronné du Grand Prix BD RTL pour son dernier titre, « Henri-Désiré Landru ».
"Rencontre avec Christophe Chabouté dans son nouveau fief de l’ÃŽle d’Oléron. Cet apôtre du noir et blanc vient de recevoir le Grand prix RTL 2006 pour son "Henri-Désiré Landru", paru aux éditions Vents d’Ouest. Une interprétation de l’un des plus fameux faits divers du début du XXe siècle déjà recommandée par la revue Historia pour la justesse de sa reconstitution. Christophe Chabouté se concentre aujourd’hui sur un nouveau récit dont il ne souhaite pas pour l’heure dévoiler le contenu. Un auteur à suivre."
Pauvre Landru, celui que l’on croyait n’être qu’un vulgaire partisan de la femme au foyer aurait été en fait un escroc minable tout juste capable de soutirer quelque argent aux femmes qu’il séduit. C’est le parti pris original de Chabouté qui place l’homme sous la coupe d’un couple d’escroc dont une " gueule cassée " qui s’est fait déchiqueter la figure lors de cette horrible " Grande " guerre. Et comme le défiguré a besoin de peau humaine pour retrouver la face les dames qui passent par la maison de l’Ermitage, petite propriété campagnarde de Landru y laisseront littéralement leur peau, d’abord à l’insu d’Henri Désiré, qui lui n’aurait jamais tué qui que ce soit et prend le rôle de la victime.