« Le désert blanc », Climax 1, par Eric Corbeyran, Achille Braquelaire, Luc Brahy. Dargaud.
Une nouvelle série de l’inépuisable Corbeyran ? Oui et non. Les observateurs les plus avisés auront reconnu le trio d’auteur de la série « Imago Mundi », dont « Climax » est effectivement un spin off, traité comme un titre à part entière. Planifié en quatre tomes, le récit met en scène Leïa Lewis en pleine mission polaire, employée par une station scientifique étudiant les conséquences du réchauffement climatique. Une mission acceptée pour sortir l’agence Imago Mundi d’une bérézina financière faisant directement suite aux événements relatés dans le diptyque « La colline blessée » / « Le deuxième cercle ». Corbeyran et son complice scientifique Achille Braquelaire entendent bien entendu faire passer un message, sur fond d’Année polaire internationale. « Climax », à l’instar de ses aînés, reste cependant un thriller, avec ce qu’il faut d’enjeux de pouvoir et d’argent. Et des enjeux personnels pour Leïa Lewis, intriguent dont les auteurs dissimulent à peine les fils… Luc Brahy met tout cela en scène avec sa patte habituelle, graphisme solide mis en valeur par le très beau travail de la coloriste Bérengère Marquebreucq.
48 pages. 10,40 euros.
Chronique de Philippe Belhache



etrouvé dérivant dans un tonneau dans le premier tome, Nelson Lobster, tout bébé, est protégé par un œil de sorcière enfermé dans un bocal. Ce qui ennuie bien la Grande Blême (la Mort en personne) qui sous un joli visage crève de haine pour venir à bout de ce Nelson. Bien obligée de sceller un pacte avec celui qui devient vite un brillant mousse adolescent, et qui vivra tant qu’il n’aura pas terminé la rédaction de ses mémoires… qu’il fait traîner.
L’insatiable Corbeyran remet le couvert avec une nouvelle série qui se déclinera en trois tomes, « Uchronie[s] » et qui vient de débuter avec « New Byzance » dessiné par Chabbert. Précision utile car chacune des trois histoires (composées de trois tomes, plus un dixième qui servira d‘épilogue) se verra confiée à un illustrateur différent: Defali prendra « New York » en main tandis que « New Harlem » sera dévolu à Tibery.
Décor baroque. Plans cinoche avec champ/contre champ, plongée/contre plongée. Scénario ciselé aux petits oignons par Corbeyran sur des lueurs de Paul Marcel en pleine bourre. Le tome deux du « Malvoulant » s’enfile finement dans les dédales du premier, avec secrets cachés et Bretagne côtière plus qu’entre les lignes de la marée.
Le trio d’auteurs bordelais s’attaque à une trilogie fantastique après que les deux premiers aient signé le célèbre « Chant des Stryges » tandis que le dessinateur s’est frotté à « la Loi des douze tables ».
Retour en 1628 en pleine guerre de Trente ans où l’on retrouve trois personnages hétéroclites: Walaya l’aventurière, Joachim l’alchimiste et Erik le puissant mercenaire. Ce sont eux qui forment la fameuse Conjuration d’opale à la recherche justement de trois de ces pierres dont chacun a hérité. Le hic est qu’ils ne sont pas seuls à s’enquérir de ces objets qui sont censés permettre le déchiffrement des prophéties de Nostradamus.
Une fois n’est pas coutume, la nouvelle livraison d’Imago Mundi arrive seule. Les auteurs avaient pourtant pris le parti - conjointement avec les éditions Dargaud - de ne concevoir que des diptyques dont les deux volets paraissaient jusqu’ici simultanément. La méthode ne change pas, seul le rythme de parution diffère. « La colline blessée » est dès lors un album particulièrement frustrant, les deux complices Corbeyran et Braquelaire faisant preuve d’un savoir-faire redoutable dans leur domaine de prédilection, le thriller scientifique. Le pitch ? Comme de coutume, l’équipe d’Imago Mundi est appelée sur un site archéologique pour y mettre en oeuvre une technologie de pointe en matière d’imagerie. La petite troupe débarque dans un contexte troublé, plusieurs groupes - un duo de pilleurs de tombes (?), des militants écologistes manipulés, un commanditaire ami de la famille - agissant au gré de desseins qui leurs sont propres. Avec en toile de fond une dimension fantastique, le mystère subsistant sur l’apparition de « crops circles », cercles géants naissant « spontanément » dans les champs de maïs de la campagne environnante du Wiltshire. De fait, les thèmes développés ici ont souvent été utilisés séparément, tant en bande dessinée qu’en littérature ou même au cinéma. « La colline blessée » n’en reste pas moins un thriller surprenant, mis en scène dans un contexte politique cohérent. Scénariste prolifique, Éric Corbeyran signe avec Imago Mundi l’un de ses titres les plus solides, travail effectué à quatre mains avec son ami Achille Braquelaire, professeur d’informatique à l’université de Bordeaux. Ce dernier apporte sa caution scientifique autant qu’une ouverture sur les différents champs d’application de l’imagerie scientifique, dont le bonhomme s’est fait spécialité. Luc Brahy, aux pinceaux, fait siennes les vues des deux complices en écriture pour offrir dynamisme et crédibilité au premier volet de ce qu’il est convenu d’appeler « Le Dossier V ». La suite ? Les auteurs nous feront moins languir que ceux de Largo Winch. La conclusion du diptyque, « Le deuxième cercle », est d’ores et déjà programmée pour juin 2007.