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« L’ombre de l’Ange », Le Scorpion 8, d’Enrico Marini et Stephen Desberg. Dargaud.

scorpion-8.jpgPour ou contre le « Scorpion » ? Disserter sur la question serait reprendre l’éternel débat sur le feuilleton en bande dessinée : avantages, inconvénients, délais entre deux albums, délayages inappropriés de l’intrigue… Le Scorpion, c’est le feuilleton par excellence, conçu et réalisé comme tel par un Stephen Desberg désireux de renouer avec un genre populaire dans le bon sens du terme. « L’ombre de l’ange », huitième tome des aventures de cet aventurier italien dans une Rome tombée de force dans l’escarcelle d’un Pape comploteur, est un modèle pour tout scénariste désireux de relancer une machine pourtant déjà bien huilée. L’homme fait avancer l’intrigue, donne de l’épaisseur à de nouveaux venus comme Nelio Trebaldi ou Marie-Ange de Sarlat. Mais surtout, il glisse de ci de là quelques informations à même de mettre à mal les certitudes du lecteur. Ceux qui – comme votre serviteur – considéraient comme acquise la filiation d’Armando Catalano, alias « le Scorpion » avec le pape Trebaldi devront-ils revoir leur copie ? Desberg semble avoir trouvé le bon équilibre dans ce nouveau cycle. Il avance certes à pas comptés, mais conserve une vraie densité au scénario. Le graphisme d’Enrico Marini, dont le talent frise l’indécence, offre toute l’énergie nécessaire au récit. Et Dieu que l’énergumène aime à dessiner les femmes ! Et qu’on aime le regarder faire… Alors pour ou contre ? Pour, indubitablement. Quoique… Il y a toujours ce problème du délai d’attente.

48 pages. 10,40 euros.

Chronique de Philippe Belhache

19 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Au fil des planches

thorgal31.jpgYves Sente, investi sur « Blake et Mortimer », « Thorgal » et bientôt « XIII », serait-il le repreneur idéal ? Quoi qu’il en soit, force est d’admettre que le nouvel arc narratif développé par le successeur de Jean Van Hamme tient la route. Il développe la personnalité de Jolan - le fils de Thorgal - et des nouveaux personnages tout en maintenant le lien avec la mythologie développé durant la saga. Quelques choix peuvent malgré tout sembler faciles : la foi monolithique de Jolan dans l’exemple idéal de Thorgal, par exemple, ainsi que le recours, une nouvelle fois, au principe de la sélection par l’épreuve usé depuis les « Trois vieillards du pays d’Aran ». Il y manque le brin de perversité qu’avait insufflé Van Hamme depuis le cycle d’Ogotaï. Bref, il lui manque une Kriss de Valnor. « Le bouclier de Thor » n’en reste pas moins un album bien construit et agréable à lire, soutenu par le trait et les couleurs de Gregorz Rosinski.

« Le bouclier de Thor », Thorgal 31, par Gregorz Rosinski et Yves Sente. Le Lombard
48 pages. 10,40 euros. Sortie le 28 novembre.


2205060331.jpgSacré Bouzard. L’auteur underground le plus célèbre du Sud Deux-Sèvres avait fait une entrée remarquée dans la collection Poisson Pilote de Dargaud avec son « Football, football », recueil des illustrations parues dans le mensuel « So Foot ». Le revoici avec « The autobiography of a mitroll », album retenu avant même sa parution officielle dans la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2009, dont les premiers exemplaires étaient exceptionnellement mis en vente à l’occasion de l’événement Rock & BD organisé à la Poudrière à Rochefort-sur-Mer (17). Le titre vous dit quelque chose ? Normal. Bouzard y reprend les personnages de son hilarante « Autobiography of me too », publiée aux Requins Marteaux. « Ce n’est pas vraiment une suite, assure l’auteur. Je reprends les personnages et le découpage. Pour le reste, je leur fais faire tout autre chose. » Et pour cause. A la mort de sa mère, l’auteur apprend que son père serait en fait un troll ! Le résultat est à la hauteur des attentes. L’humour décalé du bonhomme, toujours omniprésent avec quelques jolies séquences d’émotion en plus, fait mouche. Un bémol ? La frustration d’être confronté à un récit au long cours et donc à suivre. Une des grandes qualités de l’Autobiography tenait dans la densité des gags bouclés en quelques planches. Tant que cela ne gâche pas le plaisir…

« Mum is dead », The autobiography of a mitroll 1, de Bouzard. Dargaud, collection Poisson Pilote. 48 pages. 10,40 euros. Sortie le 21 novembre.


snoopyint6.jpgLes grands noms du strip américain ne sont pas si nombreux. Charles Monroe Schulz, disparu en février 2000 à la veille de la parution de son ultime strip, est incontestablement le plus célébré d’entre eux. Le créateur des Peanuts laisse une œuvre dense et homogène sur la durée, une petite merveille d’humour dont on saura jamais vanter suffisamment les qualités poétiques et humanistes. Les Peanuts ? Ceux qui ne connaissent pas ce titre – initialement baptisé Lil’folks – en connaissent les personnages principaux, Charlie Brown et son chien Snoopy. Cette intégrale « Snoopy et les Peanuts » a été réalisée aux Etats-Unis sous la direction du graphiste canadien Seth – auteur notamment de Wimbledon Green (Seuil) - pour les éditions Fantagraphics. Une entreprise de longue haleine - nous parlons de cinquante ans de création – relayée en France par les éditions Dargaud. Ce sixième volume repend les strips parus dans les années 1961 et 1962.
 

« Snoopy & les Peanuts », 1961-1962, intégrale de l’œuvre de Chales M. Shultz, coordonnées par Seth. Dargaud. 328 pages, 29 euros.


village.jpgNouvelle collaboration du duo Rodolphe et Bertrand Marchal , déjà complices sur la série « Frontière » (Le Lombard). Et nouveau un titre abordant le thème de la manipulation mentale. « Le village » est un hommage ouvert de Rodolphe à la série culte de Patrick Mc Goohan, « Le Prisonnier », qui a marqué à vie plusieurs générations de téléphages. Rodolphe en reprend le principe expérimental – un village coupé de tout dont la fonction semble liée au monde du renseignement – sans pour autant effectuer un copier-coller. Le pitch ? 1961. Après un échange entre agents de l’Est et de l’Ouest, un homme se réveille dans un village dont il ignore tout. Tout le monde semble le connaître, mais lui ne sais pas ce qu’il fait là… « L’ingénieur » se révèle au fil des pages comme un récit solidement construit, original et finalement assez roublard. L’album est bien servi par le graphisme de Bertrand Marchal, dont le trait semble se rapprocher parfois de celui du vétéran Léo. Bonne pioche. D’autant que les auteurs envisagent la série sous forme de one-shots successifs, choix a priori pertinent.
 

« L’ingénieur », Le village 1, par Marchal et Rodolphe. Bamboo Grand Angle, collection Focus. 48 pages. 10,40 euros.

Chronique de Philippe Belhache


 

19 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Lectures de fin de week-end

vie-zombie.JPGDifficile de renouveler un genre aussi usé – notamment par le cinéma – que celui du récit de zombie. Sébastien Viozat et raphaëlB y parviennent cependant, en transposant ce qui aurait pu être un « simple » drame intimiste en série B de très bonne tenue. Ou comment Léon, jeune gardien de cimetière qui a souffert de la haine d’une mère abusive, se retrouve à contenir des pensionnaires un tantinet enclins à se faire des extras en dehors de la tombe… Sébastien Viozat travaille la psychologie de son personnage principal, que l’on voit évoluer, rongé par ses blessures intérieures et extérieures. L’album réserve de belles surprises. Dont quelques-unes bien gores…

« Ma vie de zombie », de Sébastien Viozat et raphaëlB.
Ankama, label Araignée. 96 pages. 12,90 euros.
 

business-circus.jpgPetit retour en arrière dans l’année éditoriale. Et arrêt sur cette première incursion de James chez un éditeur « meanstream ». Connu pour ses commentaires vachards sur le petit monde de la bande dessinée, en compagnie de la Tête X sur le blog Ottoprod Inc, James s’attaque avec « Business Circus » à l’univers de l’entreprise, qu’il connaît particulièrement bien. Une virée toute en ironie dans les couloirs d’une entreprise de lingerie. Le résultat est cependant inégal. James n’évite pas certains poncifs. Tout à son désir de mettre en valeur l’absurdité de la vie de l’entreprise, l’égotisme de ses dirigeants, l’incommunicabilité chroniques des cadres et l’énormité de leurs comportements, il réduit ces derniers à des pions stéréotypés dans un jeu de rôles formaté. L’auteur inspiré de « Comme un lundi » (Six Pieds sous Terre) semble dès lors hésiter entre vision décalé et farce mordante. Ce qui n’obère pas quelques moments de pur bonheur, tels les réunions de l’équipe de vente, la demande de récupération des heures supplémentaires, le dialogue avec un directeur financier incapable de dire ce que la société fabrique… Un titre prometteur, encore en devenir.

« Business Circus », Dans mon open space 1, par James.
Dargaud, collection Poisson Pilote. 48 pages. 10,40 euros.
 
nowhere.jpgAprès l’équipée sauvage de « La nuit des chats bottés » (Casterman, Ecritures), adapté du polar anar de Frédéric Fajardie, Boris Beuzelin revient aux crayons sur un scénario signé de Fabrice Colin, écrivain passé à la bande dessinée par « Word Trade Angels » (Denoël Graphics) et l’échevelé « Gordo, un singe contre l’Amérique » (L’Atalante). « Nowhere Island » est de nouveau un titre noir, qui allie les codes du polar classique et ceux du fantastique shamaniste. Fabrice Colin convoque les fantômes hollywoodiens des années 30 dans une sordide histoire de meurtre dans les milieux interlopes du cinéma de série B. Un réalisateur fini, violent, alcoolique et surtout jaloux élimine le jeune premier de son film pour tenter de séduire sa compagne, dans le cadre pourtant idyllique d’un tournage dans l’île de Maui, à Hawaï. Il abat dans la foulée le natif témoin de la scène. Les esprits du lieu ne laisseront pas le crime impuni, choisissant la Cité des Anges pour nouveau décor. Le récit séduit et intrigue si on veut bien en admettre la mécanique. Le graphisme de Boris Beuzelin s’adapte bien à cette ambiance surannée d’une Amérique fantasmée. Son choix de la bichromie convainc moins, l’ambiance bleutée affadissant son travail noir et blanc. Ceci même s’il en joue dans une séquence onirique surprenante, planches construites autour des célèbres lettres géantes d’Hollywood Land.

« Nowhere Island » de Fabrice Colin et Boris Beuzelin.
L’Atalante, Flambant 9. 80 pages. 13,50 euros.

newyork3.jpgLes deux premiers recueils publiés par Delcourt regroupaient saynètes et illustrations qui se répondaient les unes aux autres, avec pour point commun la ville et ses codes. Ce troisième volume est, lui, structuré autour de trois histoires courtes. Trois récits de gens déjà peu avantagés par la vie, qui finiront brisés par la bêtise humaine, dans l’indifférence générale. Un homme se voit ainsi réduit à néant après que l’on ait publié par erreur son avis de décès ; un pauvre gars, doté du pouvoir de guérison, sera incapable de rendre la santé à son propre fils ; une vieille fille dont le père malade vient de mourir tente de refaire sa vie avec un vieux garçon couvé par sa mère… Eisner décrit en ethnologue ces descentes ordinaires aux enfers. Il n’en laisse pas moins paraître une véritable affection pour ces loosers magnifiques, prisonniers d’une mécanique qui le plus souvent leur échappe. Le rêve américain en prend des allures de fiction lointaine. Will Eisner avait nommé ce volume « Invisible People ». Il n’y a pas de meilleur titre.

« Les gens », New York Trilogie 3, de Will Eisner. Delcourt.
120 pages. 12,90 euros.


Chronique de Philippe Belhache

« Long John Silver, tome 2 « Neptune », de Xavier Dorison et Matthieu Lauffray. Dargaud.

long_john_silver.jpgLe Neptune poursuit son périple sur l’océan déchaîné, en direction de l’embouchure de l’Amazone. Armé par son frère Edward, il doit rejoindre Lord Byron Hasting qui a amassé des monceaux d’or en Amérique du Sud, mais manque de moyens logistiques pour les ramener en Europe. Mais l’opération suscite le vif intérêt du tristement célèbre pirate John Silver, embauché à bord comme cuistot, et dont le charisme malfaisant rassemble peu à peu autour de lui les hommes d’équipage mécontents du sort de simple matelot et âpres au gain.

De quoi compliquer la tâche du capitaine Edward Hasting, d’autant que Vivian Hasting, épouse de Byron, et enceinte d’un autre, participe largement au complot visant son mari. Un drame qui se joue sur les quelques mètres carrés du Neptune, théâtre malgré lui d’un retour en grâce de la piraterie d’antan.
Si les auteurs ont repris certains personnages de « l’Île au Trésor » de Stevenson, ils se défendent de donner une suite à ce récit mythique, mais entendent « retrouver un peu de la poussière d’antan que fit naître Robert Louis Stevenson… » Et si le mandrin à la jambe de bois raconte aux marins passionnés les exploits sanglants des grands flibustiers, John Silver, atteint de malaria, va tousser dans son coin son flot de sang. Reste que la piraterie, bien que vieillissante, n’en est pas moins cruelle, usant de rouerie aussi sordide, d’expédients autant cruels que définitifs.

Loin d’être une énième histoire de piraterie, cette série profite d’un excellent scénario de Dorison (« West », « Sanctuaire ») pour ranimer l’étincelle de notre jeunesse pour ce genre, s’arrêtant longuement sur la psychologie complexe du forban John Silver. Le dessin de Matthieu Lauffray personnifie cette ambiance de mort qui plane sur le navire pourrissant de l’intérieur, par des regards hallucinés, par les filets d’eau d’une moiteur dégoulinante, des combats en contre-jour proches de l’expressionnisme. Une nouvelle dynamique redonne du goût au genre, avec ces deux premiers tomes d’une série qui doit en totaliser quatre.

46 pages, 13 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

7 novembre 2008 - Aucun commentaire
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« Empire USA », tomes 1, 2 et 3. Scénario de Desberg, dessin de Griffo (T1), Mounier (T2) et Jussiena (T3). Dargaud.

empire_usa_1.jpgAvant d’être une BD, « Empire USA » est essentiellement un produit de marketing, un best-seller-incontournable que les libraires sont obligés de nous faire enjamber, trônant en têtes de consoles. C’est évident, « Empire USA » se vendra, comme « Astérix chez les nudistes » ou « XIII à la douzaine », et les couvertures des six volumes ainsi que l‘essentiel de l‘histoire résumé en six lignes de couv’ entretiennent un suspens insoutenable. Nombre de poids lourds du 9,99 ème art ont d’ailleurs été mobilisés, pardon, se sont proposés, pour cette sorte de course contre la montre façon « 24 heures chrono », avec parution des six albums de « la série événement de fin d’année 2008 » de septembre à décembre. Et, n’en jetez plus, l’éditeur lance un appel à la collaboration en vous permettant d’offrir gratuitement le tome 1 à un « ami ». Heureusement qu’ « Empire », lancé sa conquête de commerce préventif, a embarqué dans sa cavalerie des Desberg, Marini, Reculé, Mounier ou Marini (tient, c‘est fou ce que le grand méchant terroriste ressemble à Scorpion), sinon on aurait crié au complot.

empire_usa_2.jpgL’histoire. Des Islamistes fanatiques qui feraient passer Ben Laden pour un gentil groom, projettent un terrible attentat sur le sol des States, rien que pour perturber les élections présidentielles. Les Ricains, pas réactionnaires pour deux dollars, imposeront l’annulation de la séparation de l’État et de la religion (laquelle, il y en a des centaines Outre-atlantique?) interdisent l’enseignement des thèses darwiniennes et bien sûr l’avortement, s’en vont exploser les terroristes à Paris ou à Londres sans en référer à personne, etc. Et le sauveur présumé du monde civilisé veut se suicider dès la deuxième page, alors qu’il fait la couverture du futur tome 6 (au fait, les huit premières planches du tome 2 ne servent qu’à résumer le premier volume, pour ceux qui auraient zappé, idem pour le tome 3).

Alors, faut-il acheter « Empire »? Ou attendre un téléfilm, qui, mieux que XIII et ses deux petits épisodes, condensent la série en 20 minutes chrono? Pas sûr en tous cas que les Américains rachètent les droits de cette œuvre qui les laissent apparaître comme des copies conformes de la famille Bush.

48 pages chacun, 10,40 euros chacun.

Chronique de Jean-Marc Lernould

24 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Les serpents aveugles » de Cava et Segui. Dargaud.

serpents-aveugles.jpgLa collection Long Courrier de Dargaud ne cesse de s’enrichir d’ouvrages dignes d’intérêt, one-shots ou diptyques au ton souvent singulier. « Les serpents aveugles », signé des auteurs espagnols Felipe Hernandez Cava et Bartolomé Segui, s’inscrit dans cette veine. Le pitch ? Trois personnages se livrent à une double chasse à l’homme dans les quartiers populaires du New-York de 1939. Une histoire d’hommes à l’ancienne, entre polar et western, avec pour véritable toile de fonds l’engagement politique, la guerre civile espagnole et la psychose anticommuniste primaire d’une Amérique sortant à peine de la crise. Cava signe avec ce one-shot  un récit sombre et dense qui voit les personnages principaux gagner peu à peu en épaisseur, chacun entretenant sa part d’ombre et son ambiguïté, pour assumer finalement leurs dettes d’honneur. Le graphisme de Segui est à l’unisson. Le découpage est dense, les plans souvent serrés, les architectures oppressantes… Le tout bénéficiant d’une mise en couleur sombre, « terrienne », traversée de fulgurances rouges à valeur souvent symbolique. A commencer par la couleur du costume de cet étrange personnage lancé aux basques de Ben Koch…Une belle réussite, savant mélange de drame psychologique, de récit politico-historique et de roman noir, mâtiné d’une pointe de fantastique.

64 pages. 15 euros.

Nota : Bartolomé Segui Nicola dédicacera “Les Serpents Aveugles”, demain jeudi 16 octobre à partir de 15 heures, à la librairie Bachi-Bouzouk de Pau (11, rue Latapie).

Chronique de Philippe Belhache

15 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Le Maître de Benson Gate », tome 2 « Huit petits fantômes », de Nury et Garreta. Dargaud.

benson_gate2.jpgOn peut au choix compléter le cycle 1 du « Maître de Benson Gate » en acquérant le deuxième tome, ou investir dans le coffret réunissant les deux volumes, pour ceux qui auraient raté le premier épisode. Avec « Huit petits fantômes », Nurry et Garreta achèvent le premier cycle (« Richard ») de cette série particulièrement cynique, qui traite d’une puissante famille dans le Boston du début du XXème siècle. Une famille dont la fortune tire son origine du pétrole, de manières douteuses et de son empressement à écraser tout adversaire. Une ambiance que ne prise guère le jeune fils idéaliste Richard, qui revient de l’université de Yale pour s’inscrire au barreau, tandis que son despote de père le voyait reprendre les affaires familiales. L’autre frère, Calder, a quant à lui les deux pieds plongés dans la pègre et les bas fonds, et entraîne Richard dans des aventures peu recommandables. Le brillant avocat n’en sortira pas indemne, manipulé par des forces qui le dépassent, et comme Al Pacino dans le film « le Parrain », il lui faudra choisir entre un chemin honorable et la reprise moins avouable du flambeau paternel.

L’intrigue laisse suffisamment de questions sans réponses pour amorcer prochainement le deuxième cycle, « Calder », avec « le Sang noir » (T3) puis « Quintana Roo » T4).

48 pages, 13 euros le tome 26 euros le coffret.

Chronique de Jean-Marc Lernould

7 octobre 2008 - Aucun commentaire
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« Garrigue », tome 2, de Berlion et Corbeyran. Dargaud.

Parus à quelques mois d’intervalle à peine, les deux tomes de « Garrigue » prennent toute leur saveur à être lus d’un seul jet. Corbeyran a en effet parsemé le premier opus de nombreuses questions et intrigues sans réponses comme ce meurtre sans mobile apparent qui ouvre ce diptyque. Avec ce tome 2, qui achève l’histoire, les pièces d’un puzzle savant s’emboîtent peu à peu les unes dans les autres pour former un canevas peu reluisant, malgré le soleil plombant du Midi de la France.

On revient sur cette association de quatre copains, petits escrocs à temps perdu, autant par jeu - plumer un pigeon les fait doucement rigoler - que par intérêt financier. Mais leur dernier coup est dévoilé dans toute sa splendeur, dix ans plus tard par l’un des protagonistes du quatuor, un ancien gendarme un peu ripoux sur les bords, mais tourmenté par la découverte de papiers d’identité cachés. Saisi d’un pressentiment, puis de remords, il mène alors une enquête rétroactive sur l’ultime fait d’arme de ses anciens camarades, pour découvrir une réalité sordide. Le désir de rédemption fait surface, tout comme la révélation d’être passé à côté de la femme qui n’attendait que lui.
L’intrigue est soignée, magnifiquement illustrée par le trait réaliste de Berlion (également coloriste), qui parvient à nous faire entendre le chant de tristes cigales.

48 pages, 13 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

24 septembre 2008 - Aucun commentaire
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« A la Recherche de la licorne », intégrale, d’Ana Mirallès et Emilio Ruiz Zavala. Dargaud.

licorne.jpgDargaud a eu la très bonne idée de rééditer le récit paru en trois tomes autrefois chez Glénat, en un seul tenant. Il s’agit d’une très belle adaptation du livre de l’Espagnol Juan Eslava Gàlan, qui reçu à sa sortie le prix Planeta (1). L’écrivain a d’ailleurs collaboré à cette adaptation, sans pour autant reprendre les textes remaniés par Emilio Ruiz, preuve de confiance.

L’histoire n’est pas sans rappeler les tribulations dramatiques de « Aguirre la colère de Dieu », entraînant à la fin du quinzième siècle une escouade de Castillans en Afrique, dans une quête insensée et digne de celle imaginée par Werner Herzog et personnifiée par Klaus Kinski. Ici, il ne s’agit pas de dénicher un Eldorado, mais de mettre la main sur une licorne et en rapporter la corne au roi Enrique, qui espère ainsi palier, disons, une certaine mollesse dans la partie inférieure de son corps et s‘assurer une descendance. C’est donc Juan de Olid qui va se charger de mener en Afrique une troupe d’arbalétriers, redoutables soudards, ainsi qu’une jeune femme vierge sensée calmer la bête légendaire. Marrakech, Tombouctou, le pays Bandi, les pays d’or du roi Monomotapa sont les étapes d’une traversée complète du nord au sud du continent, où beaucoup laisseront leurs vie et leurs illusions. Autant d’occasions de croiser des cultures radicalement différentes, pacifiques ou plus souvent guerrières, de côtoyer la cruauté comme la traîtrise ou la fidélité.

Cette intégrale prend encore davantage de valeur avec en fin d’album une longue interview d’Ana Mirallès et de son compagnon Emilio Ruiz, ainsi que des esquisses. La dessinatrice venait alors juste d’achever le très sombre « Éva Medusa » et se réjouit d’avoir pu aborder davantage d’humour, propos curieux tant l’univers de la Licorne est noir comme suie. On y apprend également qu’une dizaine de vignettes ont été ajoutées par rapport à l’œuvre originale et que la mise en page s’en trouve plus aérée. Et ne serait-ce que par sa nouvelle et fabuleuse couverture, cette intégrale ne devrait pas rester longtemps dans les bacs des libraires.

(1) Le Prix Planeta ou prix Lara est un prix littéraire qui récompense des romans, attribué depuis 1952 par la maison d’édition Planeta. Il fut créé par l’éditeur José Manuel Lara Hernandez pour promouvoir les écrivains espagnols.

160 pages, 29 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

12 septembre 2008 - Aucun commentaire
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Quelques lectures pour la rentrée (2)

marziint.jpgDéjà lu ? Chaque nouvelle intégrale appelle la question. Surtout lorsqu’il s’agit d’une série en cours, portée aux nues par nos soins. En offrant une nouvelle jeunesse à la série « Marzi », chronique du quotidien d’une enfant  - Marzena Sowa elle-même – dans la Pologne des années 80, Dupuis va pourtant au delà de la simple opération commerciale. Ce « Marzi (1984-1987) » est bel et bien la reprise des trois premiers albums. Ces derniers, parus en format classique cartonné-couleur, étaient « trop vite assimilé aux albums jeunesse », dixit l’éditeur. Le titre est alors refaçonné pour lui donner une nouvelle identité. «  Marzi »  adopte aujourd’hui le format d’un roman graphique de 264 pages, redécoupé en, quatre cases par pages, en bichromie grise et rouge. L’effet est saisissant, renforçant l’idée de décalage, mais aussi le sentiment d’intemporalité qui se dégageait du récit. Profondément ancré dans l’actualité polonaise des années 80, ce dernier  semble pourtant issu de la réalité sociale des années 50. Marzena Sowa évoque ces années avec simplicité mais sans candeur, par les yeux de l’enfant qu’elle était alors. Le graphiste Sylvain Savoïa, adapte son style, jouant sur différents niveau réalistes ou semi-réalistes pour conserver toute sa fraicheur à cette chronique sociale  tout en lui conservant authenticité et crédibilité. A (re)découvrir d’urgence. En attendant la suite , retour sur les années 1987 à 1989, précédant juste la chute du mur de Berlin, à paraître en 2009.

« Marzi, 1984-1987 », de Marzena Sowa et Sylvain Savoïa. Dupuis. 264 pages. 25 euros.

resistancesanglier.jpgUn coup de cœur, Monsieur ? « Stéphane Levallois. Graphiquement, c’est une tuerie… » Le compliment est sincère. Il l’est toujours, venant d’un auteur aussi exigeant que peut l’être Christophe Chabouté.  Encore peu connu du grand public pour son œuvre en bande dessinée, Stéphane Levallois est cependant loin d’être le premier venu. Graphiste, designer, strory-boarder mais aussi réalisateur de court-métrages, ce diplômé de l’Ecole supérieure d’art graphique de Penninghen nous avait laissés orphelins avec  « Noé », un premier roman graphique remarqué, paru en 2000 aux Humanos. Et ensuite ? Silence BD, l’homme se testant sur d’autres  formes de supports ou de médias.  « Le dernier modèle », récit en grande partie autobiographique,  a marqué en 2007 son entrée dans la maison Futuropolis. « La Résistance du sanglier » est leur seconde collaboration, après un petit détour par le catalogue jeunesse de Sarbacane. Et le résultat est toujours aussi parfait. Levallois y évoque la mémoire de son grand père, résistant durant la Seconde Guerre mondiale, usant de la mémoire mais également du ressenti, portrait sensible d’un homme ordinaire pris dans l’engrenage d’événements extraordinaires. L’auteur a choisi d’évoquer la mémoire de cet homme qu’il n’a jamais connu en lui donnant les atours d’un sanglier, forme héritée d’un souvenir d’enfant, celui d’une table aux pieds en tête d’animaux.  Un choix assumé et parfaitement intégré qui donne au récit des allures de fable tragique. La finesse de son trait, le choix du lavis, le travail sur l’ombre et la lumière, l’expressivité des visages et des attitudes, les outils narratifs tels que les allez-et-retours dans le temps… Tout est maîtrisé, rien (ou peu) n’est laissé au hasard, l’émotion se nichant entre les silences. Une plongée sensible dans l’Histoire, faite d’héroïsme ordinaire, de faits avérés et drames suggérés. Et parallèlement une belle réflexion sur l’absence.

« La Résistance du sanglier », de Stéphane Levallois. Futuropolis. 120 pages. 23 euros.

climax2.jpgLe deuxième volume de la tétralogie « Climax », série dérivée d’Imago Mundi, est aujourd’hui dans les bacs. Après avoir suivi Leïa Lewis dans ses pérégrinations polaires, les auteurs s’intéressent à celles, durant le même temps, de son binôme d’Imago Mundi, Loïc Mellionec. Les deux amis se retrouvent au bout du monde dans des circonstances dramatiques,  au terme de trajectoires finalement plus convergentes que parallèles. Eric Corbeyran a suffisamment de métier pour nous faire digérer ses choix narratifs, ce dispositif d’allers-et-retours dans le temps qu’il impose. Le propos sur les recherches menées au pôle – qui prend toute sa valeur dans le cadre de l’Année polaire internationale – s’avère tout aussi passionnant, Achille Braquelaire restant garant de la bonne tenue du propos scientifique. Le thriller, par ailleurs conserve ses droits, courses-poursuites et retour d’anciens ennemis à la clef. Pas de très grandes avancées dans l’intrigue, donc, mais des informations distillées avec expérience au fil d’un album solide. Ce qui alimente d’autant la frustration des lecteurs. Il ne reste qu’à ronger son frein en attendant le troisième volume.

« Vostok », Climax 2, de Brahy, Corbeyran, Braquelaire. Dargaud. 48 pages . 10,40 euros.

robin21.jpgUn petit dernier pour la route, dans un registre plus léger. Robin Dubois, pour beaucoup, c’est un plaisir « proustien ». Cette première collaboration de Turk et De Groot, bien avant « Clifton » ou « Léonard », conserve une saveur particulière, série à l’humour potache ne reculant devant aucun calembour ni aucun anachronisme, la légende de Sherwood n’étant que prétexte à délires et autres considérations (bien) frappées au coin du non-sens. La reprise graphique de la série, l’an dernier, par Diaz et Borecki lui a redonné un coup de jeune. Le travail des deux hommes, lesquels ont opté pour une stricte conformité avec les codes de Turk, semble avoir donné un nouvel élan à cette usine à gags qu’est Bob de Groot. Reste l’éternelle question de savoir si faire du neuf avec du vieux – de nombreux titres ont été repris ces dernières années - fait avancer la cause du Neuvième Art. Mais bon. Une petite madeleine, de temps à autres, ça ne peut pas faire pas de mal…

« La bourse ou l’habit ? », de Bob de Groot, Turk, Miguel  Diaz et Ludo Borecki. Le Lombard. 48 pages. 9,25 euros.

Chronique de Philippe Belhache

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