Sébastien Latour double la mise
Double actualité pour le scénariste Sébastien Latour, aujourd’hui (ré)installé en Pays Basque. Ce grand admirateur de Neil Gaiman avait fait sensation en 2006, dans le milieu des bédéphiles amateurs de littérature fantastique, en ouvrant la collection Portail du Lombard avec deux séries fortement marquées par l’œuvre de ce maître de l’urban fantasy : « Ellis » (avec Griffo), plongée très contemporaine dans le monde des chimères, et « Wisher » (avec Giulio de Vita), illustration d’un thème « gaimanien », la survivance d’êtres mythologiques dans le sous-sol de Londres. Le label Portail a fait long feu mais les titres survivent hors collection. Pour l’un comme pour l’autre, le premier tome est réédité concomitamment à la sortie du second, moyennant un lifting graphique bienvenu et un packaging spécifique.
« Sax » est la suite des aventures de Deep O’Neil au sein d’une série rebaptisée « Ellis Group ». Latour, maître de son sujet, marche au pas de charge. Il avait choisi de ne pas faire lambiner le lecteur en dévoilant, dès la fin de son « Lady Crown », la véritable nature d’O’Neil et indirectement les difficultés auxquelles il allait devoir se confronter. « Sax » poursuit l’exploration de son entourage direct en s’intéressant plus particulièrement à la personnalité du partenaire d’O’Neil, personnage loin d’être aussi monolithique qu’il n’y paraît. Il développe en parallèle son intrigue principale, offrant à intervalles réguliers les clefs nécessaires à l’appréhension d’un univers relativement complexe, soutenu par le graphisme du créateur de « Vlad », « Samba Bugatti », « Giacomo C. » ou « SOS Bonheur », Griffo.
« Sax », Ellis Group 2, de Griffo et Sébastien Latour. Le Lombard. 48 pages. 10,40 euros.
Il en fait de même pour « Féeriques », deuxième tome de la série « Wisher ». Le lecteur en apprend plus sur l’univers composé par Latour, tant sur la nature d’un Nigel désormais convaincu d’être le dernier des Djinns, que sur celle de ses amis supposés, ou même celle des membres du bureau gouvernemental qui traque tout ce joli monde. Tout cela est mené tambour battant, Giulio de Vita mettant le tout en image avec un professionnalisme consommé. Sébastien Latour, croisant plusieurs intrigues, y fait preuve d’un sens réel du timing narratif, de l’équilibre action /explications et surtout de l’usage du cliffhanger. A suivre donc, avec intérêt.
« Féeriques », Wisher 2, de Giulio de Vita et Sébastien Latour. Le Lombard. 48 pages. 13 euros.
Chronique de Philippe Belhache.


Revendiquer une influence est une chose. La voir brandie à bout de bras par un scénariste en est déjà une autre. Sébastien Latour - dont c’est là le premier titre en attendant « Ellis », dans la même collection - voue un culte sans détour ni concession à Neil Gaiman, golden boy de la littérature fantastique qui est à « l’urban fantasy » ce que William Gibson est au « cyberpunk » : un initiateur et un maître. L’urban fantasy ? Un univers décalé qui voit entrer dans le quotidien du XXIe siècle les créatures des contes et légendes des temps passés. « Wisher » est de ce bois, poussant l’hommage au « Neverwhere » de Gaiman jusqu’à installer son intrigue à Londres et organiser le refuge des créatures d’un autre monde dans les souterrains attenant au métro. Pour autant, pas question de donner dans l’hommage béat. Sébastien Latour réalise là un premier scénario musclé, sans temps mort, centré sur un personnage central - le fameux Nigel - que l’on soupçonne d’être le dernier djinn sur terre. Latour donne suffisamment de clefs dans ce premier jet pour ferrer efficacement le lecteur. L’affaire est superbement servie par le graphisme abouti de Giulio de Vita, dessinateur italien qui s’est rodé aux fumetti avant de prendre pied en France par la case « Décalogue », et d’attaquer « James Healer » au Lombard avec Yves Swolfs. « Wisher » joue sur le décalage graphique entre le design XXIe siècle des personnages principaux, et celui - faussement désuet - des agents du MI 10. Sans même parler des créatures de fantasy. Bref, une très bonne entrée en matière pour la collection « Portail », avec pour principal bémol un traitement trop sombre des couleurs, qui nuit