« Le Cœur des batailles », tome 2 « Verdun », de Morvan, Kordey et Walter. Delcourt.
Ce second tome est encore plus intense que le premier, non seulement parce que les principaux théâtres d’opération s’appellent Verdun et le fort de Vaux, scènes d’horribles massacres, mais surtout par le fait que personnage principal, Zamaï, y gagne en une puissance surréaliste. Ce géant africain, peu loquace, et qui dispose d’un instinct quasi animal, en fait un guerrier qui force le respect des hommes de son régiment. Le destin de Zamaï, c’est l’un de ses compagnons de tranchée, Blaise Boforlan, qui le confie à un journaliste américain, en 1940, alors que les rues de Strasbourg se sont vidées en prévision les premiers coups de boutoir allemands, d‘une autre guerre inéluctable.Amaréo Zamaï pourrait avoir l’étoffe d’un super héro, tant il dégage de puissance et de certitude, mais il demeure un homme, malgré ses qualités exceptionnelles de combattant. L’intellectuel Boforlan, qui l’observe et le croque avec attention, va l’ériger en véritable mythe, avec tous les risques que cela comporte dans l’enfer de Verdun. Morvan a su par un scénario serré rendre le charisme de cette homme, renforcé par le dessin du Croate Igor Kordey, lui-même servi de superbe manière par le coloriste Walter, dont le pinceau fait se confondre le bleu et le vert des uniformes pour ne faire ressortir que la noirceur des cadavres. Enfin, la mise en scène du quotidien des soldats « candidats » à la boucherie se démarque de nombreux ouvrages sur ce même thème.
Le troisième tome, « le Chemin des Dames », autre lieu de massacre, est prévu pour 2009.
48 pages, 12,90 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould



On va faire une petite entorse et « oublier » le coloriste Régis Lejonc, non qu’il soit mauvais, loin de là , mais pour savourer l’édition noir et blanc de « Après la Nuit ». Cette édition spéciale (2 500 exemplaire) permet de prendre en pleine poire le dessin de Richard Guérineau, qui sur un scénario de Henri Meunier, redonne ses lettres de noblesse au western.
C’en est donc fini. Fini de ce « Territoire », aux frontières de la vie et de la mort, aux frontières de la raison et de la folie. La série s’achève sur ce sixième volume, hantée par les peintures de Jean-Pierre Ugarte, cet artiste du sud-ouest qui a su semer le doute chez les autres créateurs que sont Corbeyran et Espé. On peut d’ailleurs admirer ses œuvres sur son site perso (
Le tandem Makyo/Rotundo continue sur la lancée, avec la deuxième étape de « Prédiction », une série fantastique et pour le moins inquiétante. Les deux auteurs poursuivent les tourments de David Lozowick, un funambule endeuillé par la mort accidentelle de sa mère, et dont l’épouse amnésique, Carole, erre dans un hôpital psychiatrique, poursuivie par l’horrible et imposante Mélodie, une malade mentale, incarnation du mal absolu, qui annonce à ceux qu’elle croise le jour de leur mort. Cette dernière se montre de plus en plus pesante dans ce second volume, et surtout très dangereuse. Elle obsède David au point qu’il la sculpte en vierge noire géante. Mais une autre vierge poursuit David, une statue qu’il a fracassé de rage dans une église, à la mort de sa mère. La destruction de cette icône aurait libéré un très mauvais sort, et sa reconstitution s’impose. Cette résurrection va de pair avec l’état de santé de Carole, qui retrouve peu à peu la mémoire. L’ambiance de ce livre plaira à ceux qui ont aimé des films comme « la Malédiction », avec curés assassinés à la clef, et secrets occultes en sus. Le personnage éléphantesque de Mélodie est angoissant à souhait, et sous le trait de Rotundo (mis en couleur par Emmanuelle Tenderini), Makyo nous emmène pour une balade au bout de l’immonde.
En parcourant le net, on comprend que les amateurs de BD érotique ont eu chaud, puisque les Éditions Delcourt se sont réellement tâtées avant de publier ce petit chef-d’œuvre. D’éventuelles poursuites juridiques, au vu de certaines scène particulièrement crues, ont pu faire craindre une autocensure, heureusement balayée au final par l’éditeur, qui orne néanmoins cette intégrale d’un superbe macaron « réservé aux adultes, interdit aux mineurs ». Une précaution compréhensible, mais ce récit sulfureux vaut réellement la peine de s’y investir, avec la bagatelle de 318 pages hallucinantes. 
La collection « Ex-libris », pilotée par Jean-David Morvan, poursuit son petit bonhomme de li en explorant les traditions chinoises. « Les Contes du boudoir hanté » viennent rejoindre, entre autres, « Au bord de l’eau » et « le Dieu singe », premières pierres d’un temple dédié au passé de l’Empire du Milieu, avec son pesant de fantastique.
D’emblée, le récit du « Céleste noir » s’ouvre sur l’étrange. Car malgré le dessin très réaliste du Serbe Laci, ses ombres tranchées laissent se profiler d’obscures contrées. L’histoire débute aux States, de nos jours, dans un asile qui n’a rien à envier à celui d’Arkham où errent certains protagonistes de Batman. Ici, c’est Ramsey Ligorn qui séjourne dans cet établissement, placé par sa riche famille. En proie à des crises ultra violentes qui envoient valser tout ce qui l’entoure, il est finalement libéré par une étrange apparition. On comprendra plus tard que la découverte d’un temple colombien n’est pas sans rapport avec l’état végétatif de Ligorn. En parallèle, le département de la Défense réunit quatre experts en langues et écritures anciennes, avec pour objectif de décrypter l’Ex abysso lumen, un livre magique dont les symboles qui le composent se réagencent toutes les dix secondes… Et seul Cliff Bennett, atteint d’une maladie rare, est, capable d’en mémoriser les signes. Ces derniers, dans un climat de conspiration, sont en voie d’interprétation dans un mystérieux institut militaire, lui-même protégé par la magie.
Peut-on écrire à la mère qui ne vous a jamais aimé, tout le bien que l’on pense d’elle? Exercice difficile, mais l’auteur, bien qu’il ne s’agisse pas d’une autobiographie, a le sang-froid de prendre le recul nécessaire, sans haine, même avec tendresse, mais sans oublier un passé et les blessures d’Agathe qui ne se refermeront jamais. Nathalie Ferlut met le doigt où ça fait mal, pour ce qui est quasiment son premier album de BD. Elle conte l’histoire d’une fillette née en 1946, toisée de haut par une mère dont la seule tendresse n’est accordée qu’à ses deux fils. Dès sa naissance, Agathe sera rejetée, juste une petite fille méprisée, qui prendra comme une baffe ses premières règles, tenue à l’écart des moindres rudiments éducatifs. Entre mère et fille, la tension est extrême, sans raison apparente autre qu‘une certaine forme de jalousie pour sa progéniture. « Ma petite maman chérie, je crois que tu ne m’as jamais aimé, n’est-ce pas? » affirme doucement Agathe en préambule d’un long et douloureux courrier. Le temps perdu ne se rattrape pas, pas davantage que le regard d’une mère. Mais il est des secrets que l’on découvre sur le tard et qui peuvent changer un jugement. Quant aux traits de la dessinatrice, ils sont parfaits pour évoquer ces sentiments très intimes.