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« Fun Home », par Alison Bechdel. Denoël Graphic.

Séance de rattrapage pour ceux qui ne se sont pas adonnés à Libé cet été. « Fun Home » est l’un des « graphic novels » américain les plus intéressants du moment, exercice autobiographique presque clinique qui frise l’excellence. Alison Bechdel, érigée en icône de la presse gay par sa série « Dykes to watch out for » (Lesbiennes à suivre), y livre une confession troublante sur les liens qui l’unissaient à son père, décédé il y a vingt-cinq ans dans un accident de la route qu’elle soupçonne d’être un suicide. Et signe sans en avoir l’air un portrait sans concession d’une société américaine embourbée dans son puritanisme, aussi hypocrite qu’intolérante dans son exigence d’un modèle familial judéo-chrétien. Alison Bechdel y ausculte la relation à la fois distante dans l’affection et fusionnelle dans la passion pour la littérature, qui l’unissait à ce professeur d’anglais gérant d’une maison funéraire (le fameux « Fun Home »), qui vivait à la sauvette son homosexualité, mal dissimulé sous un masque de père de famille modèle.

 

Le roman graphique d’Alison Bechdel est remarquable sur bien des points. Sa structure narrative, d’une part, qui écarte la simple évidence de la chronologie. Ce refus de la linéarité, ces incessants allers et retours dans le temps, la voix off omniprésente, posent le véritable ton du récit. Plus que de son histoire au sens propre, Alison Bechdel évoque sa construction en tant qu’adulte, le rôle prépondérant tenu par son père dans ce schéma complexe, de ses émois d’enfant à la  découverte de sa propre homosexualité. Son découpage ensuite, sobre et classique, qui intègre sans heurts les changements d’époque et les textes abondants, autour du leitmotiv de « l’accident » de Bruce Bechdel. Son graphisme enfin, calme et posé, manifestant un refus manifeste des effets de style, traduisant sur le plan graphique cette distanciation qui semble être la marque de fabrique des Bechdel. Autant de caractéristiques qui font de « Fun Home », oeuvre d’une littéraire se décrivant elle-même comme cérébrale, une sorte d’anti-« Blankets » (Craig Thomson, Casterman), un récit faussement sage qui se révèle des les premières pages sensible et émouvant, troublant et impliquant.

 

 

Chronique de Philippe Belhache

11 décembre 2006 - Aucun commentaire
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“Le maître de Ballantrae”, d’Hippolyte. Denoël Graphic.

Quand Denoel pratique la BD il ne fais pas dans la demi-mesure et avant d’aborder le contenu de l’album on découvre d’abord un très bel objet à la couverture granuleuse et agréable au toucher. On verra que l’intérieur est aussi somptueux.

Frank Meynet, dit Hippolyte, adapte ici un roman de Roman Louis Stevenson, moins connu certes que "l’ÃŽle au Trésor" mais digne d’une tragédie grecque. Ecrit en 1888 l’histoire évoque l’affrontement déchirant de deux frères que tout oppose. Leur père, châtelain écossais, décide de miser sur deux tableaux en en envoyant un dans chaque camps, catholique et protestant, alors en pleine guerre en 1745. L’attribution des rôles se joue à pile ou face et contrairement à toute attente c’est James le libertin et l’aîné qui quitte le château dont il devrait naturellement le maître, le cadet Henry, plutôt vertueux, reste dans les murs et épouse Miss Alison amoureuse de James. Ce dernier va passé pour mort à la bataille de Culloden avant de s’enrôler dans un équipage de pirates, puis de revenir au domaine familial pour piller la fortune de sa famille. On le voit l’histoire de ce premier tome (deux sont prévus) fourmille de rebondissements mais c’est surtout le dessin d’Hyppolite qui retient l’attention. Cet aquarelliste sait à merveille évoquer en bleuté la beauté de la nuit (voir par exemple la page 42, magnifique) mais d’autres situations n’ont rien à envier avec des pages vertes ou ocres quasiment monochromes. Et comme on reste dans le domaine de l’aquarelle les couleurs débordent allègrement des cases, sans compter de très beaux clairs obscurs.

Après avoir adapté " l’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde " et " Dracula " Hyppolite poursuit un joli bonhomme de chemin et on a hâte de pouvoir admirer ses planches grandeur nature. A signaler une préface de l’écrivain Michel Le Bris qui compare justement l’antagonisme entre Jekyll et Hyde et le conflit qui sépare les frères James et Henry.

Chronique de Jean-Marc Lernould

28 octobre 2006 - Aucun commentaire
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