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« Séquana, tome 1 « le Guetteur mélancolique », de Léo Henry et Stéphane Perger. Editions Emmanuel Proust.

sequana_1.jpgEn 1909, la Seine monte et déborde de son lit, inondant Paris où les badauds affluent en curieux contempler le spectacle, tandis que l’on commence à patauger dans les ruelles détrempées par une pluie incessante. On ne voit en effet pas beaucoup de soleil dans ce premier volume, où même les aquarelles de Stéphane Perger négligent de s’arrêter au bord des cases. Mais il ne coule pas que de l’eau dans cette atmosphère qui préfigure la Grande Guerre. L’alcool et le sang abondent, les assassins tâchent de fuir la capitale pour échapper à la police, tout comme les bourgeois, inquiets du déluge. Un déluge craint également par monseigneur l’archevêque, qui remet au programme de sa messe dominicale le mythe des péchés lavés par les flots, avec vue sur l’arche de Noé. En attendant les nuées noires des tranchées, ce paysage antédiluvien -plus pour longtemps- prend l’eau de toute part, tandis que les tensions montent entre les partisans de l’extrême droite nationaliste et des socialistes radicaux.

Dans cet univers à décourager tout aquaphobe qui se respecte, les intrigants nagent comme des poissons dans l’eau, sans se douter que le couvercle se referme lentement au dessus de leur tête. Goûte à goûte, l’ambiance devient étouffante, submergée par le fleuve.

Extrêmement documenté, « Sequana » tisse en filigrane la véritable fin du XIX ème siècle, doublée de la montée des périls, comme une rumeur sourde. Le graphisme est parfaitement maîtrisé, rehaussé de couleurs inspirées, posant un décor qui va comme un gant à la narration subtile de Léo Henry, lequel remonte l’Histoire à contre courant et n’hésite pas, évidement, à citer les sources de cet heureux tsunami de mots et de traits.

49 pages, 13 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

« La chute de la Maison Usher », de Nicolas Guillaume, d’après Edgar Allan Poe. Editions Emmanuel Proust.

Pour son premier album Nicolas Guillaume a choisi un classique qui correspond parfaitement à son style, un noir et blanc - parfois plutôt un gris et blanc - hachuré qui restitue le malaise suintant de Poe.

Des êtres fantomatiques se croisent sans presque jamais se parler mais se lancent des regards hallucinés dans cette maison, véritable personnage plantée au beau milieu de marais gluants.

La mort plane sur une étrange mise en case, le trait vif et acéré de Guillaume créé le mouvement au sein de cette chape de plomb. Paradoxe.

Il y a du Breccia (père) dans ce pouvoir de suggestion, dans cette évocation maladive d’une folie qui assimile cette maison aux êtres qui y meurent.

Bonus: le livre comprend le texte intégral de la nouvelle traduite à son époque par Charles Baudelaire.

18€, 60 pages, sans compter le texte de Poe.
Chronique de Jean-Marc Lernould

27 mars 2007 - Aucun commentaire
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« Dracula », de Pascal Croci et Françoise-Sylvie Pauly. Editions Emmanuel Proust.

Le bon vieux comte Dracula ressuscite et c’est tant mieux, sous la narration conjointe de Pascal Croci et de Françoise-Sylvie Pauly, le premier conservant la maîtrise d‘un dessin époustouflant sauf deux pages laissées intelligemment à la seconde qui montre qu‘elle est loin d’être manchote…

On attendait cet album avec impatience tant le style de Croci correspond avec l’invention de Bram Stoker terriblement gothique et angoissant. Les pages de garde ont déjà le souffle de l’enfer en filigrane et la performance est qu’on ne verra jamais le visage de Dracula. Non, le respect du texte original découpé par bribes et discret est davantage illustré par des paysages, des stèles, des gargouilles que narré par des personnage.

Croci a choisi un bleu-mauve comme ton principal et même la neige de Transylvanie n’est jamais vraiment blanche sous ses coups de pinceau baroques. On retrouve l’âme du roman comme ces trois femmes vampires/maîtresses de Dracula souvent absentes des diverses adaptations et dont le regard est une menace à lui seul. L’architecture est travaillée comme jamais ne l’a fait Croci, un dessinateur que l’on devrait enfermer une année entière dans le cimetière du Père Lachaise pour en restituer toutes les folies. Sous sa plume la moindre statue d’angelot devient une terreur, des pleines planches sont hallucinantes comme cette montée en carrosse vers le château du Monstre, les rats traversent les cases tranquillement sans qu’on y fasse attention. Seule la double page de Françoise-Sylvie Pauly apporte du vert et du rouge dans cet album, dans une intention bien précise que l’on ne vous délivrera pas.

En fin d’album Croci se livre sur ce « Dracula qui m’accompagne en permanence » et l’Aveyronnais cherche toujours un cimetière abandonné lors de ses balades. Vampirisé à mort Croci livre peut-être la plus belle version du mythe depuis le « Nosferatu » de Murnau (mais il cite particulièrement « la Marque du vampire » de Tod Browning avec notamment l’actrice Carol Borland) et depuis 20 ans il rêvait d’en porter la croix.

90 pages, 16,90 €.

Chronique de Jean-Marc Lernould

25 mars 2007 - Aucun commentaire
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“The Fountain”, de Darren Aronofsky et Kent Williams. Emmanuel Proust.

“The Fountain” n’aurait dû être à l’origine qu’un film, mais quand le scénariste Darren Aronofsky a craint que son projet ne capote il a remanié son histoire et a doublé le long métrage d’une BD avec le peintre Kent Williams. Heureusement d’ailleurs car le livre relève le niveau du film malgré évidemment de grandes similitudes, ce qui est assez paradoxal.

Le postulat de départ est relativement simple: et si la mort n’était qu’une maladie qu’on pouvait guérir? Et que la mort serait une renaissance, ce qui soulagerait la quasi totalité des religions de notre petit monde dont c‘est la pierre angulaire. Et donc si on peut éviter de mourir, reste à savoir comment.

D’abord en envoyant des conquistadors chercher l’arbre de vie chez les Mayas au seizième siècle, ce qui sauverait du coup la reine d’Espagne menacée par l’Inquisition. Ensuite en faisant plancher un scientifique sur des singes car il va de la vie de sa femme atteinte d’une tumeur. Enfin en envoyant bourlinguer dans l’espace une sorte de bonze enfermé dans une bulle et volant à destination d’une étoile symbole d’une nouvelle vie. Pas facile donc de trouver une cohérence à ces alternances d’époques différentes bien qu’axées sur la même quête et bizarrement la BD tient beaucoup mieux le coup avec un découpage qui s’attarde davantage sur chacune de ses phases. Le dessin de Williams n’y est pas étranger même si le peintre change souvent de technique et cela permet de remettre un peu d’ordre dans le récit, en évitant la surcharge d’effets lumineux comme dans le film.

La fin n’est pas sans similitude avec “2001” de Kubrick qui paraît pourtant moderne au regard de “The Fountain”. Bref la BD est lisible sans sauter au plafond, mais s’il fait beau n’allez pas au cinéma. Sauf pour les beaux yeux de Rachel Weisz.

Chronique de Jean-Marc Lernould

22 février 2007 - Aucun commentaire
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