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Onze auteurs au salon du livre de Villeneuve-sur-Lot (47)

Ce week-end Samedi et dimanche, le Salon du livre de Villeneuve-sur-Lot accueille onze auteurs de BD. Original : faute de budget pour emmener la troupe au resto, la mairie leur organise un pique-nique, le midi, ouvert au public, aux fans ou dessinateurs en herbe. L’occasion de prendre le temps de discuter avec les auteurs… sauf si les grèves dans les transports dispersent les rangs. Ce serait ballot de rater Yoann, l’autre vedette du salon (après Boucq, absent), passionnant dessinateur de Toto l’ornithorynque, d’un volume de la série des Donjon (avec Trondheim et Sfar), et surtout d’un Spirou et Fantasio revigoré comme jamais depuis Franquin (c’est notre avis). En tout cas, on est a priori sûr de voir Thierry Gloris, scénariste du très beau «Codex Angélique» (Delcourt, 2 tomes), un des succès éditoriaux de l’année, qui est Villeneuvois. Il sera accompagné de son dessinateur Mickaël Bourgoin. Al Coutelis («Fluide Glacial», «Écho des Savanes») viendra présenter la nouvelle revue «BD Cargo Zone», accompagné du rédac’chef François Forcadell, et du dessinateur Eric Lerouge («Fluide», «Harakiri»). Sinon, on verra un habitué du salon, qui vient en voisin du Gers, Serge Ernst, avec ses «Zappeurs» (Dupuis). On sera aussi ravi de rencontrer Clapat et Clanet, auteurs d’Alcibiade Didascaux, une série BD historique qu’on nous faisait lire en latin, au collège. Et aussi : Marc Moreno («Les Hydres d’Arès», chez Delcourt), Eric Stalner («Voyageur», Glénat), et un autre local H.Tonton («Armandis», Paquet). Adrien Vergnolle

15 novembre 2007 - Aucun commentaire
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« Le Codex Angélique », tome 2 « Lisa », de Bourgoin (dessin) et Gloris (scénario). Delcourt.

codex2.jpgLe deuxième des quatre tomes prévus pour cette série reste dans la droite lignée du premier volume, un thriller fantastique. Dans ce Paris du début du siècle la majeure partie du récit se déroule dans les murs de l’asile Sainte Anne tandis qu’en parallèle « l’affaire Croc’ Coeur » défraye la chronique des faits divers dans les gazettes à force de cadavres de femmes retrouvées éviscérées.

A l’image du premier volume on croise des personnalités comme Sigmund Freud qui manie à l’asile la fée électricité sur des cobayes attachés dans de véritables chaises de torture… D’ailleurs en exergue Gloris prévient: « A l’image de la psychanalyse, il met à nu notre MOI profond et fait rejaillir ce que nous avons tous été un jour. Un enfant qui a peur du noir! » Noir comme cet asile où errent des personnages comme le Caresseur ou Lisa la putain.

En filigrane on suit les aléas de la famille de bons bourgeois, les Devisse, dont l’oncle fou mange sa dose quotidienne d’ésotérisme en contemplant sa sœur morte et embaumée dans un morceau de glace.

On retrouve de très belles planches (cf la page 16), très fantasmagoriques et l’intrigue se poursuit avec une grande densité. Belzébuth, Satan, Nemrod ou le docteur Mabuse complètent le casting de l’horreur. Sans oublier la surprenante apparition de l’auteur du Codex Angélique en personne.

Enfin cette fois l’éditeur n’a pas oublié le lexique pondu par Gloris qui n’était fourni que sur une feuille volante dans le premier tome. Bref, on a là une excellente suite munie d‘un cahier de croquis pour ce premier tirage. Pourvu que ça dure…

56 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

12 septembre 2007 - Aucun commentaire
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Il est entré dans la bulle

wp-content/blogs.dir/sudouestb/52/files/CodexAngelique.jpg Le très beau « Codex Angélique », première bande-dessinée scénarisée par Thierry Gloris, 32 ans, est sorti chez Delcourt, après cinq ans de tentatives pour forcer la porte du métier.

Il avait prévenu, au téléphone, que son bureau est un vaste de champs de bataille : « Je suis scénariste, donc il y a des livres partout. » Thierry Gloris, 32 ans et une bouille d’adolescent, n’a pas menti. Son antre, façon cocon intime, est un assemblage de post-it, de papiers griffonnés, de BD (une centaine) et d’ouvrages historiques où l’ordinateur peine à s’imposer. Il y a une carte du monde en 1911, des bios de Louis XV pour un projet avec un dessinateur Québécois. Le tout, habite une mezzanine du pavillon d’une résidence où les noms des rues sont des références aux anciens-combattants. C’est un endroit où naissent des histoires de chasseur de cauchemar, de quête ésotérique de l’immortalité, de bas-fonds parisiens. Thierry Gloris écrit des Bande-dessinée. Sa première, le très beau « Codex Angélique », vient de paraître chez Delcourt.

Le « Codex » c’est un scénario en trois tomes et cinq ans de travail. La semaine prochaine, Thierry Gloris signera ses premiers autographes en festival. Et si tout se passe bien _ c’est à dire à partir de 7 000-9 000 exemplaires vendus _, il commencera à vivre de son métier. Il ne plastronne pas, ne la joue pas "mon rêve s’est réalisé" : « Je ne suis pas comme un gamin qui signe un contrat avec un gros club de foot. » Mais « il était temps ». C’est ça, la vie d’un scénariste : écrire une histoire qui sera un salaire dans un ou deux ans. « Pour prévoir en terme de carrière », encore faut-il jongler avec plusieurs séries. Des projets sont lancés, des synopsis attendent dans leurs bulles.

En attendant, il anime des ateliers BD dans les écoles de Villeneuve-sur-Lot (47), ville natale où il est revenu par hasard, après la fac, à Bordeaux. Il a poussé ses études d’Histoire au DEA. Prolongé par une licence de communication, dont il se sert des cours d’analyses transactionnelles (« qui est l’autre ? ») dans ses bulles. À Bac+5, il s’est posé la question d’un doctorat, a tenté un Capès sans ambition. Puis il a eu une petite fille, et préféré courir les petits boulots.

Sur l’autre barre asymétrique de sa vie, il y a la BD, sa passion. Ses premiers scénarios datent de la fac, quand il a « redécouvert » l’amour de l’écriture bridée par le verbe universitaire. Pour son « Codex », il s’est servi de Villeneuve et son côté « vieille France », les « bons vieux termes » entendus au marché, au bistrot, où l’on dit « toubib » ou « michtonneuse ». Il a aussi baptisé son policier Pujol, référence au village voisin, et pas aux Brigades du tigre. Dans son atelier bibliothèque, il « mange de tout » : en ce moment, il est sur « journal », l’entreprise autobiographique sans concession de Fabrice Néaud, les « Pilules bleues » de Frédérik Peeters (Koma). Célèbre encore les fameux « trois ou quatre niveaux de lecture » d’Astérix par Goscinny, ce « génie ». Jeune, il est passé par Tintin, les comix américains, du manga quand c’était la mode. Aujourd’hui, il dit : « Je bosse pour l’éditeur qui a refait découvrir la BD adulte. » Mais n’a rien contre « les Blondes », ni Largo Winch.


Pour se reposer du second volet du « Codex », fresque sombre, romantique, gothique, usante « psychologiquement » pour l’auteur, il se lance dans l’élaboration d’un « roman graphique » (nom pompeux qui désigne la "nouvelle bande-dessinée", plus introspective) de 100 pages. Et ne désespère pas de placer sa série « Hector Larsen » (le chasseur de cauchemar), qui devait inaugurer il y a deux ans son entrée dans le monde de la BD professionnelle.

Sur le parcours d’un jeune scénariste, il y a des portes à ouvrir chez les éditeurs, les gros qui refusent, les petits qui signent mais ne payent pas toujours. Des synopsis à corriger et recorriger. Des rencontres décisives au festival d’Angoulême (Pour Gloris, c’est en 2004, avec Thierry Tinlot, alors rédac’chef de Spirou magazine). Et des désillusions cruelles : via Spirou, l’éditeur Dupuis (réputé bon payeur) devait sortir la série Hector Larsen, mais patatras, le rachat par Dargaud a fait capoter l’affaire. Alors, Thierry Gloris a rongé son frein. Il se demande s’il faut « tout arrêter » mais repart en chasse d’un dessinateur. Delcourt refuse Hector, mais s’intéresse au scénar’ du « Codex » (titre orginal, rien à voir avec le Da Vinci Code).


Le duo Gloris/Bourgouin travaille sur internet. Gloris écrit, découpe son histoire par page, selon un séquencier détaillé; l’autre crayonne, dessine, colorie. Rythme : une planche (page, dans la jargon BD) par semaine. Peu de rencontres. Gloris appelle ça « une relation professionnelle », loin de l’époque des duo serrés, genre Christin-Bilal… Thierry Gloris ne sait pas expliquer l’alchimie avec un dessinateur, ni « pourquoi une histoire va marcher ». « C’est un métier où il faut rebondir vite et laisser l’amertume de côté », quand une histoire est refusée. D’ailleurs, la réception de son oeuvre par le « microcosme » et le public ne l’effraye pas : « Ça fait tellement longtemps que j’attends. Et puis je sais que j’ai fait de mon mieux. »

17 juin 2006 - Aucun commentaire
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