logo

« Le sanctuaire du Gondwana », Blake & Mortimer 18, par Sente et Juillard, d’après les personnages d’Edgar P. Jacobs, et « Dans les coulisses de Blake et Mortimer » (hors série). Editions Blake et Mortimer – Dargaud.

blakemortimer.jpgLes adorateurs de « La Marque Jaune », la plus célèbre des aventures de Blake et Mortimer, vont sans doute crier à la trahison, comme ils le font régulièrement depuis l’annonce de la reprise, voici quelques années, de cette série créée par feu Edgar P. Jacobs, ancien collaborateur d’Hergé. Force est pourtant d’avouer que le dispositif mis en place par l’éditeur fonctionne plutôt bien, avec – fait rare dans le monde encore jeune de la bande dessinée franco-belge – deux équipes opérant en parallèle, l’une menée par la star des ventes, Jean Van Hamme, l’autre par celui qui s’affirme comme son héritier, Yves Sente.
 
« Le sanctuaire du Gondwana » est la troisième collaboration du duo Sente et Juillard sur la série. Directeur éditorial des éditions du Lombard, Yves Sente s’impose depuis quelques années comme un scénariste classique d’une belle maîtrise, capable de reprises de haute volée, (Blake & Mortimer, mais aussi Thorgal), comme de créations originales. Il signe ici un récit à double détente, jouant d’un côté du ressort classique qu’est  la recherche d’une ancienne civilisation, entretenant de l’autre le doute sur les motivations du forcément maléfique Olrik, avec un joli retournement de situation à la clef. Une mécanique narrative mise en valeur par le graphisme du vétéran André Juillard, cosignataire avec Pierre Christin du très beau « Le long voyage de Léna », lequel a su se placer dans les pas de Jacobs et restituer cette atmosphère surannée qui fait le charme de la série. Pas de révolution à attendre,  blakemortimerhs.jpg« Le sanctuaire du Gondwana » reste respectueux du mythe et de la charte imposée. Il porte cependant la patte des auteurs, assurant ainsi la bonne tenue du titre. Nostalgiques et amateurs d’aventures « fifties », à défaut des puristes, y trouveront largement leur compte. Les collectionneurs également, avec la parution en simultané d’un recueil hors série, « Dans les coulisses de Blake et Mortimer », fort de superbes illustrations et d’un commentaire des auteurs sur les recherches graphiques menées par André Juillard.

56 pages, 14 euros (tome 18). 80 pages, 20 euros (hors série).
 
Chronique de Philippe Belhache
 

27 mars 2008 - 2 commentaires
Classé dans : Chroniques Tags: ,

“Le Triangle secret”, “Hertz”, de Convard, Falque et Juillard. Glénat.

Après les sept tomes bien tassés du "Triangle Secret" Convard continue à explorer la saga de son crû basée sur une confrontation plus que millénaire entre la Loge Première maçonnique et les Gardiens du Sang, sbires ecclésiastiques, autour du fameux " Evangile du Fou " susceptible d’ébranler les fondements de l’église.

Ce one-shot est centré sur le personnage clef de Martin Hertz, franc-maçon manipulateur, avec retour sur son enfance en 1943 lorsque avec son copain immigré Bartoloméo (le cardinal Montespa du " Triangle ", qui veut déjà entrer au petit séminaire). Les deux copains âgés d’une douzaine d’années sauvent un franc-maçon échappé d’un convoi en transit vers un camp de concentration et qui détient le lourd secret de " l’Evangile du Fou ". Et c’est ainsi que la franc-maçonnerie entrera dans la vie des deux camarades, avec ses histoires cachées dont l’une est révélée sur le tard par Martin à sa femme Léa.

Le récit est bien mené, les dessins irréprochables, avec quelques piques lancées vers l’Eglise dont certains membres collaborent allègrement avec les nazis. Voilà un bel hommage collatéral au " Triangle Secret ".

A signaler que Didier Convard sort en parallèle un roman, "le Triangle secret, les larmes du pape" dans une coédition Mazarine-Glénat.

Enfin le site de Glénat propose un jeu autour de la série INRI, elle aussi dérivée du "Triangle secret" (www.trianglesecret.com/inri/jeu.asp).

Chronique de Jean-Marc Lernould

23 septembre 2006 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: ,

« Le long voyage de Léna », d’André Juillard et Pierre Christin. Dargaud, collection Long Courrier.

S’il l’on devait retenir des lignes directrices dans la bibliographie foisonnante de Pierre Christin, une colonne vertébrale à son oeuvre, deux mots reviendraient en permanence : voyage et géopolitique. L’homme est un voyageur infatigable, observateur attentif du monde, à l’affût des transformations induites par les grands mouvements qui ont secoué Orient et Occident ces dernières années. « Le long voyage de Léna », première collaboration avec André Juillard, ne déroge pas. L’argument ? Le parcours de Léna, voyage programmé par de mystérieux commanditaires, des pays de l’ex-bloc soviétique jusque dans les contrées ô combien sensibles du Moyen-Orient. Avec pour toile de fonds le terrorisme et la persistance de l’idéal communiste révolutionnaire, au-delà de la disparition d’un système

Pas question pour l’auteur d’écrire un nouveau thriller à la Fleming. Léna est une coursière, qui va de contact en contact au fil d’une mission dont elle ignore les tenants et les aboutissants. Elle est aussi une page blanche sur lequel Christin écrit l’histoire d’un monde déchu. Il oppose cette femme au profil lisse, élégante et inaccessible, et ses contacts plus ou moins hauts en couleurs, tout en mettant en parallèle leurs motivations, lesquelles se rattachent aux éléments épars d’un passé vivace et pourtant révolu. Jusqu’à la conclusion finale Pierre Christin compose là une intrigue simple mais solide, faussement linéaire, bâtie à la manière d’un puzzle. Il impose au récit le rythme indolent des voyage à l’ancienne, interdisant à son personnage tout contact avec les moyens modernes de déplacement ou de communication. Trains, bus, cargos permettent à ce grand bourlingueur de capter l’humeur du lieu pour mieux la restituer.

André Juillard retranscrit ces ambiances avec ce trait élégant qui est aujourd’hui sa signature. Graphiquement, Léna se pose comme une grande soeur un rien mutique de la Louise de son « Cahier bleu », élégante, racée, intemporelle dans sa mise jusque dans les dernières pages où elle retrouve enfin sa personnalité. Il réussit l’exploit d’accompagner le propos de Christin, ses errances, sans décrocher le lecteur malgré l’importance des commentaires en voix off et l’omniprésence du personnage de Léna. Il y avait beaucoup à attendre de cette rencontre entre deux grands noms de la bande dessinée. Le rendez-vous est tenu. Pour le meilleur.

Chronique de Philippe Belhache

12 septembre 2006 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: , ,
Fermer
Envoyer à l'email