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La BD bordelaise à l’honneur

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Benoît Lacou, Bast et Olivier Ka (de gauche à droite) avec les albums qui font leur actualité (PHOTO FABIEN COTTEREAU)


EDITION. Trois auteurs sous les feux de l’actualité avant le festival d’Angoulême.

A quelques jours de l’ouverture du salon de la BD d’Angoulême, c’est Bordeaux qui fait l’actualité. Trois auteurs girondins se distinguent en effet en ce début d’année, à des titres divers.
Commençons par Bast, Sébastien Lagarrigue de son vrai nom, 32 ans, dessinateur de bandes dessinées. Bast vient d’illustrer un jeu de société, « Les Ribauds, la pègre du moyen âge », créé par Emmanuelle Busquet et disponible depuis quelques semaines (édition Neko corp).
Il s’agit d’un jeu de société basée sur la stratégie. L’objectif est de conquérir une ville et d’en devenir le maître. « Ca me change beaucoup de la BD. J’ai dû concevoir 60 cartes en illustration pure, ainsi que le plateau et la boîte du jeu. On a comme ça deux ou trois projets », raconte Bast, visiblement emballé. Il vient également de sortir un nouvel album, « Le Gardien du zoo ».

Dédicace samedi. Distingué également ce mois-ci, Benoît Lacou, 43 ans, caricaturiste (notamment pour la rubrique « Le tire-bouchon de « Sud Ouest »), dessinateur et graphiste, qui s’est lancé dans la BD il y a cinq ans. Il vient de sortir son septième album, troisième de la trilogie Murel, sous le titre « Les chants de l’air ».
Sur des scenarios de Claude Ecken, ce sont des aventures de science-fiction au dessin très soigné, pur et original. En avant-première avant le salon d’Angoulême, Lacou dédicacera son dernier opus samedi prochain à l’école supérieure des métiers de l’image, à Bordeaux (ESMI, 14 rue Ferrère). Cet album a représenté un an de travail.
Enfin, troisième auteur local a faire la « une » de l’actualité BD, Olivier Ka, 39 ans, originaire de Paris mais installé à Bordeaux, qui sort « L’ange ordinaire » (avec sa soeur Mélaska), chez Le Cycliste, une maison d’édition elle aussi basée à Bordeaux. Ka vient aussi de livrer « Pourquoi j’ai tué Pierre » (avec Alfred, éditions Delcourt), un album très remarqué dans le milieu, qui a obtenu le prix du public au festival d’Angoulême, seul prix décerné avant l’ouverture du festival.

La proximité d’Angoulême. Le sujet est autobiographique : « je passe au scanner ma vie, de 7 à 35 ans, avec un axe situé lors de mes 12 ans où j’ai été abusé par un curé. C’est une réflexion sur l’avant et l’après. C’est une BD sur la manipulation, le rapport adulte/enfant et les dégats qui peuvent survenir. Dans cette histoire, je ne ménage personne », explique Ka.
Très différents dans leurs créations, ces trois auteurs s’accordent sur un point : le secteur de la BD est plutôt dynamique à Bordeaux. Ka estime que c’est lié à la proximité d’Angoulême : « beaucoup de dessinateurs sont venus dans le Sud-Ouest à cause d’Angoulême et se sont installés à Bordeaux parce que c’est une plus grande ville. C’est mon cas. Cela crée une émulation ici. »
Cette même vigueur aurait aussi décidé la toute nouvelle ESMI à s’implanter ici il y a quelques mois. Dominique Rodriguez, sa directrice note qu’il y a à la fois de gros besoins et une demande forte. De fait, les trois auteurs en question sont tous intervenants à l’ESMI.

Article de Denis Lherm

18 janvier 2007 - Aucun commentaire
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Des images pour l’indicible

Olivier Ka signe avec le Bordelais Alfred un récit autobiographique évoquant les attouchements dont il a été victime enfant. Une oeuvre surprenante et sensible.



« Je savais qu’un jour, je devrais écrire cette histoire. Je l’avais en tête depuis des années. J’attendais d’être prêt. » Olivier Ka a aujourd’hui tourné une page de sa vie. Celle d’un traumatisme de jeunesse qui l’a hanté durant plus de vingt ans. Il signe avec « Pourquoi j’ai tué Pierre » un récit revendiqué 100 % autobiographique. Le récit d’un épisode clef de son existence, du genre qui détruit un enfant, conditionne l’homme qu’il devient. À l’âge de 12 ans, Olivier Ka a été victime d’attouchements sexuels, commis par un homme qu’il aimait et admirait. Aujourd’hui, avec l’aide du dessinateur bordelais Alfred, il se met complètement à nu. Un témoignage sensible et douloureux.

Olivier Ka est écrivain. En fait de thérapie, il a naturellement choisi la voie de l’écriture. L’homme qu’il est devenu a disséqué son enfance, mis ses tripes sur une page blanche, réglé ses comptes avec un passé encore trop présent. « Et puis j’ai honte, écrit-il. Honte de m’être fait croire, pendant des années, que ce qui m’était arrivé n’était pas grave. Il reprend les choses à la base, ouvrant le livre de sa vie à la page des sept ans. Une mise en perspective de l’événement en regard de son existence, de son éducation dans un environnement libertaire, pour ce fils d’artistes (Olivier Ka est le fils de Paul Carali, dessinateur et fondateur de la revue Psikopat, et de l’auteure de livres pour enfants Gudule. Il est également neveu du dessinateur Edika) élevé dans un milieu qui remettait sans cesse en cause ses repères. Olivier Ka pose là une démarche profondément personnelle, et « parfaitement égoïste », posant un témoignage sans jugement, sans excès de pathos.


Alfred (à gauche) et Olivier Ka, durant la journée de bouclage de l’album "Pourquoi j’ai tué Pierre".



Responsabilité. L’homme appelé Pierre est un prêtre ouvrier avec qui le jeune Olivier partait en colonie de vacances. Un ami de ses parents avec qui il entretenait une véritable amitié. « Il représentait énormément pour moi. Il m’a fallu attendre d’avoir le recul nécessaire pour pouvoir en parler. Et expliquer ainsi le regard que j’avais sur la religion. J’ai sur les curés un regard assez moche et assez violent. » Il en parle sans détour, tout comme il évoque les convictions religieuses de ses grands- parents, mais aussi les choix de vie de ses parents, toutes choses qui ont contribué à façonner sa personnalité. « Il me semblait important de tout mettre sur la table. Pour être honnête avec moi-même, admettre ma propre part de responsabilité dans cette histoire. Tout est là. »

Sa mère, sa première confidente, a également été sa première lectrice. Mais dans la démarche entreprise, la personnalité prépondérante reste Alfred. Son voisin de palier, son ami, son complice déjà sur deux albums de « Monsieur Rouge » (Petit à Petit). Olivier Ka a aujourd’hui quitté Bordeaux, mais il est des liens qui ne peuvent être brisés. L’album devait se faire avec Alfred ou pas du tout. « Il est bourré de talent. Il l’a mis au service de cette histoire. Ce travail n’est plus le mien, mais le nôtre. Cela a été une très belle aventure. »

Alfred l’admet lui-même. « Pourquoi j’ai tué Pierre » n’aurait pas vu le jour sans cette amitié indéfectible. « Quand olivier m’a raconté cette histoire, il y a quelques années, j’ai été bousculé, explique ce dernier. Je n’étais ni en colère, ni triste. C’était autre chose. Elle avait une résonance énorme en moi. Je viens du même type de milieu que lui, j’ai le même genre de parents (les miens sont comédiens). Ils m’ont donné le même genre d’éducation, avec des références très communes, des idées, des convictions et un style de vie très proches. J’étais également le même genre de petit garçon que lui. A la fois réservé et rêveur… »

Retour. Cette proximité, cette compréhension intime, transparaissent dans chaque page de l’album. Jusqu’au dernières pages, qui les unissent au coeur de l’histoire. « Lorsque j’écris le mot "fin" dans l’histoire, cela correspondait réellement à la fin de mon texte, reprend Olivier Ka. Nous ne pouvions pas prévoir la suite. » De retour sur les lieux avec Alfred pour des repérages graphiques, Olivier Ka et Alfred retrouvent la colonie de vacances intacte. Et sur placeà Pierre, avec qui l’auteur a pu enfin s’expliquer. « C’était fou. Nous étions en plein dedans. Cela boucle l’histoire de telle manière… Cela n’est presque pas crédible. Alors que cela s’est passé exactement comme ça. » La boucle est bouclée. Olivier Ka s’avoue « fier que l’album existe », se sent prêt à affronter les réactions. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un album sur la parole libérée, plus forte que le mensonge ou les secrets honteux. Et un superbe travail d’auteurs.

« Pourquoi j’ai tué Pierre », par Alfred et Olivier Ka. Delcourt (collection Mirages). 14,94 euros.
Article de Philippe Belhache

2 octobre 2006 - Aucun commentaire
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« Pourquoi j’ai tué Pierre », par Alfred et Olivier Ka. Delcourt, collection Mirages.

 

Comment peut-on en arriver là ? Olivier Ka essaye de comprendre. Et pour sortir Pierre de sa vie, il écrit. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un récit « 100 % autobiographique », écrit avec ses tripes par un auteur en pleine possession de ses moyens, qui a décidé de liquider ses comptes avec le passé. A l’âge de 12 ans, le jeune Olivier a été victime d’attouchements de la part d’un prêtre ouvrier avec qui il allait en colonie de vacances. « Je n’ai pas été violé, précise-t-il. Je n’ai pas fait non plus l’objet de violences… » Pourtant, l’homme qu’il est devenu réalise aujourd’hui à quel point l’incident l’a marqué, jusqu’à façonner pour partie sa personnalité.

 

Olivier Ka, auteur d’ouvrages pour enfants, a choisi d’écrire cette histoire, son histoire. En la mettant en perspective de sa propre existence de fils d‘artistes, de ses questionnements d’enfant élevé dans un milieu libertaire et plutôt permissif, de sa relation avec celui qu’il appelait son ami. Avec un homme qu’il n’est pas arrivé à haïr après les faits, allant jusqu’à respecter longtemps sa promesse de ne rien révéler. L’adulte qu’il est devenu est allé jusqu’au bout. Jusqu’au mot « fin ». Et même au-delà. Le voyage effectué sur les lieux de la colonie de vacances avec Alfred a eu de fait des conséquences inattendues…

 

« Pourquoi j’ai tué Pierre » est remarquable à plusieurs points de vue. Par le ton adopté, mais également par ce parti pris d’autobiographie à quatre mains. Olivier Ka confesse volontiers que sans Alfred, il n’y aurait pas eu d’album. Et Alfred d’accompagner la démarche jusqu’au bout, parce que « c’est mon pote, et que nous avons énormément de choses en commun. » Le dessinateur aujourd’hui bordelais offre toute la poésie de son graphisme volontiers surréaliste au texte de Ka, épousant le regard de celui qui n’était encore qu’un enfant, explorant sa relation à Pierre, pour mieux l’accompagner ensuite dans sa vie adulte. Les deux hommes avaient déjà éprouvé leur complicité sur « Monsieur Rouge » (Petit à Petit). Ils ont réussi à rendre unique leur point de vue. « Pourquoi j’ai tué Pierre » est un album sur la libération de la parole, servi par un graphisme lui-même conçu comme un langage, les couleurs comme une grammaire. Un album sensible, sans conteste l’un des plus touchants de cette rentrée 2006.

 

Chronique de Philippe Belhache

27 septembre 2006 - Aucun commentaire
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