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Interview de Hugues LABIANO, à l’occasion de la sortie du tome 3 de « Black op » (Dargaud)

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Hugues Labiano, 44 ans, est aujourd’hui une valeur sûre de la maison d’édition Dargaud. Le dessinateur basco-landais (il est né à Bayonne et a passé son enfance à Tyrosse), associé au scénariste Stephen Desberg, dessine la série « Black Op », dont le tome 3 vient de sortir ce mois-ci. Un succès de librairie, puisque après les deux premiers opus, « qui se sont très bien vendus », selon Hugues, l’éditeur espère dépasser avec ce T3 le seuil des 30 000 exemplaires, un excellent chiffre sur ce marché saturé de la BD.

« Sud Ouest ». On imagine que vous êtes content du bon démarrage de votre nouvelle série ?
Hugues LABIANO : Je suis en effet très heureux du succès de « Black Op », une série sur la guerre froide et le rôle de la CIA. Ce n’est jamais facile lorsqu’on se lance sur une nouvelle série de prévoir si elle va rencontrer son public ou non. Là, avec Stephen, que j’ai rencontré grâce à Enrico Marini (« Le Scorpion »), nous avons vraiment voulu produire une série grand public de qualité, très fournie. Avec une vraie recherche derrière et un travail de fond sur l’histoire, le dessin, la narration ou le découpage.

SO : Dargaud a mis les moyens aussi…
HL : Oui, et j’en suis très content. C’est un plaisir de travailler avec eux, j’aime beaucoup l’équipe en place et c’est vrai qu’ils ont de suite cru en ce projet. Si la série marche très, très bien, c’est aussi bien sûr grâce au poids et au savoir-faire de Dargaud. Le choix du grand format, par exemple, est une excellente chose; lorsqu’ils ont vu les premières planches, ils n’ont pas hésité, et ça tombe bien car je préférais aussi ce format au plus petit même si commercialement il est peut-être moins porteur.

SO : Pour en venir au fond, le héros, Floyd Whitman est intéressant, déjà parce qu’il a une personnalité mystérieuse et aussi parce qu’il n’est pas tout jeune, ce qui est rare en BD.
HL : Le héros porte bien la soixantaine, il est actif et très bien conservé ! C’est le scénario qui l’a voulu ainsi. Plus que raconter l’histoire de 40 ans de Guerre froide, d’être un vrai thriller, « Black Op » raconte aussi la vie d’un homme. Avec Stephen, nous avons voulu centrer l’histoire sur les personnages. Dans les six tomes prévus, il y a une vraie profondeur dans leur évolution.

SO : Leur dessin a-t-il été compliqué à réaliser ?
HL : Oui, c’est un travail difficile de faire vieillir ses personnages, surtout les Russes ! J’ai un dessin naturel, qui m’est propre, qui n’est pas purement réaliste. On peut le qualifier de semi-réaliste, impressionniste. Même pour « Black OP », qui demandait un dessin plus réaliste que dans mes précédentes séries, j’ai essayé de conserver les caractéristiques de mon dessin. Depuis le début de ma carrière, je pense avoir démontré une patte originale; je n’ai jamais essayé de copier, de faire du sous-Giraud ou du sous-Juillard, je fais du Labiano.

SO : Vous êtes un autodidacte, vous sentez-vous à l’aise dans ce milieu ?
HL : Oui, j’y évolue maintenant depuis plus de vingt ans. Je n’ai jamais fait d’école, après mon bac Arts plastiques à Bayonne, je suis monté à Paris, sans contact, mais avec la volonté de devenir dessinateur de BD. J’ai eu la chance que mon travail soit remarqué assez vite, j’ai fait des rencontres clés, avec Claude Moliterni de chez Dargaud ou Jean-Claude Camano (NDLR, l’agent et découvreur de Zep), qui m’a proposé de rejoindre Glénat, chez qui j’ai signé ma première série, « Matador ».

SO : Ensuite, vous bossez avec Jean Dufaux (« Dixie Road »), Le Tendre ou Rodolphe et aujourd’hui Desberg, ça va, vous n’avez pas pris les pires !
HL : C’est vrai (rires), mais ce sont eux qui m’ont contacté, et le feeling est toujours bien passé. Ils aimaient mon dessin, qui est assez original, et de mon côté je ne me sentais pas encore prêt à être un auteur complet. Avec Stephen Desberg, nous avons longtemps discuté avant de lancer « Black Op », pendant plus d’un an. On a bâti un projet sur le long terme, en six tomes. Et, vu le succès de la série, il n’est pas dit qu’il n’y ait pas une suite, vers d’autres directions.

SO : Comment travaillez-vous avec Desberg ?
HL : Le plus simplement du monde, même si ce n’est pas toujours très simple car je dois être l’un des rares dessinateurs à ne pas avoir d’ordinateur. On se voit souvent, à Paris, Bruxelles ou Toulouse, on discute de vive voix. Et puis il y a le téléphone ou le courrier, ça existe encore ! De toute façon, l’histoire globale est en boîte depuis le début, Stephen a bien calculé son coup; il n’a rien laissé au hasard, car la série est à la fois très dense et extrêmement ramassée.

SO : Des envies de travailler en solo ?
HL : Oui, « Black Op » devrait durer encore trois ans, à raison d’un tome par an, et j’ai commencé à me pencher sur une idée de sujet pour réaliser un one shot. J’ai beaucoup lu sur la période des officiers méharistes au début du siècle dernier. J’ai envie de raconter l’histoire d’un jeune officier plongé dans des aventures au coeur du Sahara, une histoire avec du souffle. Cela me donnera aussi l’occasion de dessiner de nouveaux décors, un cadre différent des séries très contemporaines qui se déroulent aux Etats-Unis que j’ai réalisées jusqu’ici. Mais ce n’est pas encore vraiment d’actualité. Là, je suis à fond dans la promotion de « Black Op », les salons et quelques séances de dédicaces ici ou là (1).

Recueilli par Christophe BERLIOCCHI
(1) Hugues Labiano participe au salon du livre de Paris puis sera en dédicace dans la région, à la librairie « Bachi-Bouzouk ! » à Pau le vendredi 6 avril à partir de 15 heures. Bachi-Bouzouk !, 11, rue Latapie, 64000 Pau. Tel : 05 59 27 47 42.

31 mars 2007 - Aucun commentaire
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Black Op 2, par Hugues Labiano et Stephen Desberg

Suite de cette nouvelle fiction de Stephen Desberg, maître ès feuilleton, aussi à l’aise dans la haute finance (IR$, Le Lombard) que dans l’espionnage ou la « catholic fantasy » (Le Scorpion, Dargaud). Qu’on se le dise d’entrée, cet album est complètement, définitivement, absolument impossible à dissocier du précédent, comme il le sera sans doute des suivants. C’est la loi du genre, à laquelle on peut adhérer ou pas, le risque étant que les auteurs se laissent aller à délayer le propos pour tenir plus loin la distance. Pour l’heure, ce n’est pas le cas.

Le tome 2 de cette saga permet d’en savoir plus sur le personnage central, l’ambigu Floyd Whitman et ses motivations. Construit comme le premier opus sur une alternance de situations contemporaines et de flash backs relatant les premières prises de contact entre CIA et Mafia russe dans le contexte propice de la guerre froide, « Black OP 2 » fait pénétrer le lecteur dans un univers dont Desberg ne livre les clefs qu’à contrecoeur, distillant ce qu’il faut d’informations pour faire avancer l’intrigue. De son côté, Hugues Labiano remplit le contrat, même si on aurait parfois aimé un peu plus d‘air dans ses compositions. Il travaille un découpage au plus près des personnages, multiplie les plans serrés sur les visages des protagonistes, privilégie des vignettes aérées jusqu’à donner l’impression de voir le texte se développer au détriment de l’image. Le bilan ? Du bel ouvrage malgré tout. Black Op pourra laisser toute une catégorie de lecteurs de côté. Mais les amateurs de politique fiction un peu tordue devraient prendre un plaisir pervers à décortiquer avec les auteurs les compromissions des uns et des autres, dans un univers où finalement personne n’a le nez propre.

Black Op 2, par Hugues Labiano et Stephen Desberg. Dargaud.

Lire également la précédente chronique de Jean-Marc Lernould

11 mars 2006 - Aucun commentaire
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