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« Le Dieu singe », de Morvan et Jian Yi. Delcourt.

dieu_singe.jpgL’un ne va pas sans l’autre, et « le Dieu singe » de Jian Yi trace la route nouvellement ouverte par Jean-denis Morvan en compagnie de « Au Bord de l’eau » illustré par Wang Peng. Les deux compères étaient d’ailleurs côte à côte au salon de Floirac, rivalisant d’encre de Chine pour la plus belle des dédicaces. Morvan leur a servi un beau trait d’union avec sa collection Ex-libris, nichée dans les alcôves de Delcourt, et qui semble d’emblée trouver un joli succès public (Hors Asie, cette collection publie également « Frankenstein » de Marion Mousse, ou « la Colonie pénitentiaire » de Ricard et Maël d’après Kafka, parmi les albums les plus réussis).

Le parti pris est d’illustrer les grands textes fondateurs de la littérature - et pas seulement celle du Matin Calme -, des sagas qui n’étaient au départ que des contes enjolivés au fil des siècles. « Le Dieu singe » est l’un des quatre indispensables de l’histoire littéraire chinoise selon Jean-Denis Morvan, digne de figurer parmi les textes séculaires emprunts de fantastiques qui marquent de leur sceau l’interprétation d’une certaine genèse du monde.

Notre ami singe est issu du chaos, très conscient de sa valeur et non dépourvu d’effronterie, voire d’insolence. Non seulement capable de tutoyer les dieux établis, il les utilise sans vergogne tout en propulsant son peuple singe vers la civilisation, pas toujours dénuée d’intérêts sournois. Une ascension surveillée de près par le seigneur qui règne sur son nuage, avide de connaître les tenants et aboutissants de cet être étonnant qui rêve d’immortalité.

Cette saga qui a enjolivé une histoire vraie, celle d’un alter ego chinois de Marco Polo à la découverte de contrées lointaines, figure comme un classique des contes et légendes d’Asie. Une histoire mainte fois reprise, tordue, manipulée ou simplement enjolivée le temps d’un rêve, qui trouve avec Jian Yi un merveilleux que certains pourraient trouver clinquant, faute de s’y abandonner. Certes le pastel n’est pas de mise, mais les couleurs s’ajoutent impeccablement à la finesse du trait (ce qui paradoxalement rend d’autant plus précieuses les dédicaces jetées au pinceau sur les pages de garde).

Ex-libris mentionne encore deux autres piliers de la littérature chinoise, « le Rêve dans le pavillon rouge », et « l’Histoire des trois royaumes », dont on verra s‘ils trouvent eux aussi leur plume.

PS: Pour revenir à l’album « Au Bord de l’eau », il est bien dommage que le dessinateur talentueux Wang Peng ait dû se contenter de dédicacer sur feuilles volantes, faute de page de garde dans l’album. Le syndrome de la page blanche, Monsieur Delcourt?

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

22 avril 2008 - Aucun commentaire
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« Au Bord de l’eau », tome 1, de Morvan et Wang Peng. Delcourt.

borddeleau.jpgDirecteur de la collection Ex-Libris, Jean-David Morvan lance avec ambition l’adaptation en BD de « textes fondateurs » de l’humanité. Des sagas relativement peu connues en Europe, mais qui font office de best-sellers dans l’histoire d’autres civilisations. C’est la Chine qui ouvre le ban avec la parution simultanée du « Dieu singe » et de « Au Bord de l’eau », ce dernier récit étant scénarisé par Morvan et dessiné par Wang Peng.

« Au Bord de l’eau », tel l’Iliade et l’Odyssée, est une synthèse de légendes orales inspirées de faits réels datant du douzième siècle ap J-C, au Pays du Matin Calme, puis enjolivées et converties en un long texte. A la fin du règne du dernier empereur de la dynastie Song, un bandit se révolte contre l’autorité. Réfugié au sein d’inextricables marais et entouré d’un aréopage de malfrats (au nombre de 108, finiront par établir les conteurs…), le héros Song Jiang fait figure de Robin des Bois, prenant appui sur une population écrasée par les taxes pour affronter les autorités. La magie y a bien évidement son mot à dire, convertissant les bandits en démons. Bref, tous les ingrédients sont réunis dans cette œuvre pour que les Chinois se l’approprient, bien que Mao l’ait mis à l’index lors de la Révolution culturelle.

Ce premier tome plante donc les jalons de cette épopée, mise en image par les dessins tout en transparence de Wang Peng, aussi à l’aise dans le fantastique que dans le réalisme. Le bon emploi des couleurs participe également de cette ambiance poétique, qui n’est pas sans rappeler parfois les atmosphères dépeintes par Vink dans son « Moine fou ». Dépaysement assuré.

48 pages, 12,90 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

31 mars 2008 - 4 commentaires
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Un petit tour d’horizon BD, par Christophe Berliocchi

Plusieurs semaines loin du blog BD, en raison d’un surplus de travail au journal et à la… maison, et me voilà de retour : histoire de ne pas surcharger la mule, je vous propose ici un petit condensé de récentes lectures qui tournent exclusivement autour de la BD franco-belge. Désolé, je n’ai pas profité de cette « pause » pour m’intéresser à autre chose !


Fidèle à Hermann, son one-shot « Afrika » au Lombard est une pure réussite (lire chronique du 31/12/207), plus féroce et innovante que le dernier Jérémiah en tout cas (« Esra va très bien », T28, Dupuis). Pour rester dans le lourd, j’ai bien aimé « La version irlandaise » de Jean Giraud (T18, XIII), moins le dernier Niklos Koda (« Arcane », T16, Lombard), je n’arrive plus trop à suivre les pistes de Jean Dufaux. Petite déception également avec « Destination goulag » (Dargaud), Insiders est une série qui a démarré sur les chapeaux de roue mais patine un peu du côté de la Sibérie. Vous connaissez Al’Togo (Dargaud), de Morvan et Savoia ? Là aussi, c’est pas mal, le dessin est excellent, mais « SMS Republik » ne m’a pas fait sauter au plafond. De chez Bamboo, j’ai lu le second tome de Gemelos, car j’avais aimé le T1, la suite est cependant sans surprise. Belle surprise par contre avec Conrad, l’héritier de Franquin, et Wilbur qui réussissent un excellent cocktail asiatique avec le tome 5 de Tigresse blanche, une série à découvrir. Rien de bien transcendant donc en cette fin d’année 2007 et début 2008, en attendant la suite.

Ah si, j’ai rencontré Georges Lautner à Biarritz fin janvier, j’en ai profité pour lui faire dédicacer « Lautner s’affiche » (Lombard), ses meilleurs films illustrés par une vingtaine d’auteurs (Dany, Achdé, Boucq, Tibet…) avec des textes… engagés de Philippe Chanoinat. Visiblement, il aime Lautner (nous aussi) et pas ceux qui l’ont critiqué. « Ne nous fâchons pas », « Le professionnel » ou « Flic ou voyou » ne sont certes pas des films d’auteur, mais furent de vrais cartons à leur époque. Au ciné, comme dans la BD, il y a toujours cette antinomie entre œuvre d’auteur et succès commercial. Heureusement, les deux peuvent parfois faire bon ménage..

Christophe Berliocchi

« Helldorado », tome 2 « Esperar la muerte », de Morvan et Dragan (scénario) et Noé (dessins et couleurs). Casterman.

helldorado2.jpgNous voici de retour dans la luxuriante île de la Pénitence située en Atlantique, probablement au large de l’Amérique Centrale, au milieu du XIX ème siècle. Deux peuples s’y opposent: les indiens autochtones, les Syyanas, et les conquistadors espagnols menés par le terrible capitaine Abatirso qui eu autrefois affaire à l’inquisition. Entre ces protagonistes, une maladie virulente et foudroyante dont ceux qui en sont atteints connaissent un sort effroyable d’un côté comme de l’autre.

Trois personnages essaieront de s’en sortir: Dathcino et Hutatsu, deux jeunes pillards, et Initsiii, la fille du grand prêtre indien.

Autant le récit est sanglant et les massacres s’enfilent comme des perles, autant Ignacio Noé parvient à représenter une nature fabuleuse et haute en couleur. Il sait aussi rendre poignant les sacrifices humains ou les bûchers.

Malgré un scénario sans pitié qui fait froid dans le dos « Helldorado » se lit avec un immense plaisir et s’affiche comme un fleuron de la collection Ligne d’Horizon de Casterman.

48 pages, 9,80 euros.

Chronique de Jean-Marc Lernould

14 novembre 2007 - Aucun commentaire
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« Retour de flammes », Sillage 10, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet. Delcourt., collection Néopolis.

sillage10.jpg« Retour de flamme » serait-il pour Morvan l’album de la maturité ? Derrière le lieu commun, se profile un constat. Ce tome 10 de Sillage est l’un des plus équilibrés qu’il ait jamais écrit. Un sujet simple et fort – l’évolution croisée de deux êtres, Nävis et Heiliig, tous deux en pleine introspection post-traumatique – doublé d’une narration sobre (autant que faire se peut) et certes dense, mais sans cette impression de surcharge endémique qui caractérisait jusqu’ici la série. Le tout magnifiquement mis en image par un Philippe Buchet inspiré… Et quelle belle idée d’organiser, pour les dix ans du titre, ces douloureuses retrouvailles entre les deux principaux protagonistes de l’épisode fondateur ! Et de finaliser par la même occasion les liens avec le spin-off « Nävis », en permettant à l’héroïne de retrouver une partie de sa mémoire…Ce « Retour de flamme » a tout de l’album bilan. Il permet aux auteurs de marquer un temps en regroupant les liens de l’histoire de Nävis, lui faisant franchir une nouvelle étape son évolution psychologique avant de passer à tout autre chose. Morvan franchit le cap des dix ans de sa série fétiche en imposant une vision, une imagination fertile et une belle maîtrise narrative. Un épisode clef
  
48 pages, 12,90 euros
  
Chronique de Philippe Belhache
  

12 octobre 2007 - Aucun commentaire
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« Guerres civiles », première partie. Scénario de Ricard et Morvan, dessin de Gaultier. Futuropolis.

« Guerres civiles » est l’un des premiers essais de la collection « Futuropolis 32 », une belle tentative éditoriale qui malheureusement a fait un flop car ces albums de 32 pages qui s’échelonnent sur 15 ou 18 tomes ont pu faire fuir les lecteurs qui prisent peu cet échelonnement, d’autant que la mode est actuellement aux intégrales (les puristes pleurent ce genre de mercantilisme). Mais la série « 32 » se voit offrir une seconde chance avec la réunion en album des trois premiers volumes parus à l’origine sous couverture souple et en grand format. Heureusement car on y trouve davantage de densité (plus de 100 pages!) et surtout une très forte personnalité qui colle à cette collection dirigée par Luc Brunschwing qui scénarise notamment « Après la guerre » sur des dessins de Martin.

« Guerres civiles » est avant tout une question d’ambiance qui pourrait nous ramener quelques décennies en arrière lorsque l’OAS menait la fronde contre la République. Seulement voilà le chaos est bel et bien contemporain et les tanks qui sillonnent les rues parisiennes font froid dans le dos, dans une France qui fout le camp dans tous les sens du terme: particularismes géographiques (même les Savoyards font sécession), pillages, enfants laissés à eux-mêmes et armés, gangs en tous genres.

Le réalisme est renforcé par le parti pris des auteurs de se mettre en scène: Morvan, Ricard et Gaultier sont des personnages ordinaires qui jouent leur propre rôle dans un monde sans repère. L’intellect doit survivre dans la jungle qui s’instaure, au moins un reliquat d’humanisme mais a-t-on toujours le choix?

On peut flipper car il serait téméraire d’affirmer que « Guerres civiles » n’est pas visionnaire.

104 pages, 16 €. Chronique de Jean-Marc Lernould

15 mai 2007 - Aucun commentaire
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« Spirou et Fantasio à Tokyo », Spirou et Fantasio 49. Dupuis.

Que penser de cette nouvelle mouture ? Au delà de la querelle entre les Anciens et les Modernes, cet album possède une identité propre. S’il reprend certains éléments qui ont fait le succès de la série - on y retrouve le Fantasio technophile compulsif de « QRN sur Bretzelburg » - l’action prime dans un album mené à deux cents à l’heure, soutenu par le graphisme ébouriffant du graphiste espagnol José Luis Munuera, effets de vitesse et cadrages grand angle garantis. L’humour est un peu plus présent que dans les précédents tomes et le propos est équilibré. Mais Jean-David Morvan cède à ses vieux démons, surchargeant le contenu des planches malgré un format élargi à soixante-quatre pages. Et ne fait finalement qu’effleurer la personnalité de ses personnages. Itoh Kata lui-même, facétieux magicien mycologue (ou le contraire) créé il y a quelque trente ans par Jean-Claude Fournier, devient une figure monolithique, sorte de sensei japonais respecté mais sans réelle fantaisie.

Le personnage principal de ce nouveau « Spirou et Fantasio » reste finalement Tokyo, cité décrite avec une volonté documentaire, bien éloignée des capitales fantasmées déjà traversées par les deux héros. Une volonté qui justifie l’édition en parallèle d’un numéro 49Z - intéressant mais pas incontournable - en collaboration avec le journaliste Boris Demaria et le mangaka Hiroyuki Ooshima. Ce nouvel album est à cheval entre deux mondes, l’univers Spirou classique et l’imaginaire débridé de Jean-David Morvan. Il peut repousser ou séduire selon que l’on adhère à l’un ou à l’autre. Le numéro 50 de la série, dont la parution devrait coïncider avec les 70 ans de Spirou, devrait trouver un nouvel équilibre, co-écrit avec un ancien de la maison, le scénariste Yann. Il devrait également marquer le retour du savant fou le plus gaffeur de l’histoire de la bande dessinée (roulement de tambour), le grand Zorglub. De quoi susciter de nouvelles attentes.

Chronique de Philippe Belhache

25 septembre 2006 - Aucun commentaire
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